La Ferme se Rebelle
L'affiche du film
Titre original :
Home on the range
Production :
Walt Disney Animation Studios
Date de sortie USA :
Le 2 avril 2004
Genre :
Animation 2D
Réalisation :
Will Finn
John Sandford
Musique :
Alen Menken
Durée :
76 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Maggie, Miss Caloway et Grace, trois vaches aux caractères diamétralement opposés, vivent sereinement dans une ferme justement appelée "Le Petit Coin de Paradis" jusqu'au jour où leur havre de paix est menacé de saisie par la banque. Afin de réunir les fonds nécessaires pour stopper la procédure d'expulsion, les trois consœurs se mettent dans la tête de capturer, à elles seules, Alameda Slim, le plus terrible et rusé voleur de bétail de l'ouest tout entier et toucher ainsi une confortable récompense...

La critique

rédigée par
Publiée le 09 juin 2019

La Ferme se Rebelle a, pendant un temps, représenté le chant du cygne de l'animation traditionnelle pour les Walt Disney Animation Studios. Le film reste depuis le symbole d'un studio qui s'était laissé dépasser et n'arrivait plus à proposer des histoires modernes avec des personnages attachants. Si tout n'est pas à jeter dedans, notamment sa deuxième partie, il a bien du mal à démarrer, proposant des séances de flatulence inutiles et souffrant de personnages au design raté pour ses héroïnes qui manquent le plus souvent cruellement d'empathie. Il aurait pourtant fallu de pas grand chose pour que l'opus soit réussi.

Les Walt Disney Animation Studios du vivant de Walt Disney ont toujours eu un penchant pour le folklore américain et en particulier pour la fameuse conquête de l'ouest. De très nombreuses œuvres sont, en effet, là pour le prouver. La première d'entre elle est évidemment la fameuse séquence Pecos Bill dans le film d'anthologie de 1948, Mélodie Cocktail. Elle présente ainsi un cow-boy haut en couleur en plus de décors colorés à couper le souffle. Quelques années plus tard, en 1956, le cartoon Pas de Cow-Boy Sans Cheval offre, lui, un far west très stylisé façon animation minimaliste typique de l'époque. Enfin, en 1958, Paul Bunyan conte l'histoire du héros légendaire américain tandis qu'en 1961 Le Chariot à Voile raconte, lui, comment le capitaine Windwagon Smith naviguait dans les plaines verdoyantes du Kansas. Ensuite, et pendant près de trois décennies, l'animation Disney délaisse les inspirations venues de l'ouest américain avant qu'un artiste s'y intéresse de nouveau au début des années 90.

L'origine de La Ferme se Rebelle remonte ainsi avant même la mise en production de Pocahontas, une Légende Indienne et vient du réalisateur Mike Gabriel. Entré à Cal Arts pour étudier l'animation de personnages, il débute logiquement sa carrière chez Mickey, en 1982, en travaillant sur le court-métrage, Fun with Mr. Future. Il suit ensuite divers programmes d'entraînement sous le tutorat d'Eric Larson. Il travaille ainsi en tant qu'animateur sur Taram et le Chaudron Magique, Basil Détective Privé et Oliver & Compagnie puis se voit enfin confier, avec Hendel Butoy, la réalisation d’un long-métrage : Bernard et Bianca au Pays des Kangourous. Après sa seconde réalisation Pocahontas, une Légende Indienne, il se lance dans l'élaboration du film qui deviendra La Ferme se Rebelle.

L'idée originelle de Mike Gabriel est de mélanger le personnage du Capitaine Courageux de Rudyard Kipling avec le genre western. Mais le concept est encore vague et il attend la sortie du film de la jeune indienne avant de s'y plonger sérieusement. Il revient alors à son idée de base et écrit un script de quarante pages qu'il présente à Peter Schneider, alors président des Walt Disney Feature Animation, l'ancien nom des Walt Disney Animation Studios. Le responsable est impressionné au point d'écrire, quand il retourne le premier traitement du projet, un "wouah" enthousiaste sur le document qui lui a été remis. Le projet, peu de temps après, part en développement avec pour titre temporaire, Sweating Bullets. Puis le récit va alors beaucoup bouger. À un moment, l'opus envisage de mélanger le western et le fantastique et voit un jeune cow-boy timide visiter une ville fantôme et affronter un chasseur de bétail mort-vivant nommé Slim. L'histoire évolue encore pour se concentrer autour d'un petit taureau nommé Bullets qui rêve d'être comme les chevaux qui mènent le troupeau. Mais les artistes Disney préfèrent finalement proposer une comédie légère. La question de savoir comment ne pas perdre tout le travail qui a été fait, notamment sur les décors et certains personnages, se pose alors sérieusement. Et il faut attendre 1999 pour voir l'artiste Michael LaBash suggérer une approche différente de l'histoire en proposant que trois vaches deviennent des chasseuses de primes afin de sauver leur ferme. Les scénaristes Sam Levine, Mark Kennedy, Robert Lence et Shirley Pierce s'emparent de l'idée et construisent un nouveau récit autour d'elle. Malheureusement, l'histoire continue toujours à patiner et les responsables du studio décident d'enlever le projet à son initiateur. Mike Gabriel, ainsi que le co-réalisateur qui lui avait été assigné Mike Giaimo, sont brutalement débarqués. Mike Gabriel continue à faire quelques travaux pour Disney de-ci de-là, mais ne revient véritablement à la réalisation que pour le court-métrage Lorenzo en 2004.

Thomas Schumacher, le nouveau responsable des Walt Disney Feature Animation, décide donc de confier en octobre 2000 la réalisation de ce qui deviendra La Ferme se Rebelle à Will Finn et John Sandford.
Né le 1er novembre 1958, Will Finn arrive au sein des studios Disney à la fin des années 1970 où il travaille en tant qu'animateur sur le court-métrage Le Petit Âne de Bethléem (1978) et le long-métrage Rox et Rouky (1981). Il décide ensuite de suivre le réalisateur Don Bluth quand ce dernier quitte avec fracas les studios Disney. Il collabore ainsi aux films Brisby et le Secret de N.I.M.H. (1982), Fievel et le Nouveau Monde (1986) ainsi qu'aux jeux vidéo Dragon's Lair (1983) et Space Ace (1984). Il revient chez Disney à la fin des années 80 de façon intermittente. Il travaillera alors en tant qu'animateur, designer de personnages mais également scénariste pour les Walt Disney Animation Studios notamment sur Footmania pour Dingo (1987), Oliver & Compagnie (1988), La Petite Sirène (1989), Bernard et Bianca au Pays des Kangourous (1990), La Belle et la Bête (1991), Aladdin (1992), Pocahontas, une Légende Indienne (1995) et Le Bossu de Notre-Dame (1996) mais aussi pour les Walt Disney Television Animation sur des films comme Dingo et Max (1995) ou des séries comme Aladdin (1994) ou Couacs en Vrac (1996). Il délaisse de nouveau Disney pour travailler sur le scénario du film DreamWorks Animation, La Route d'Eldorado puis revient pour être associé au film Sweating Bullets d'abord en tant qu'animateur sur le personnage de Maggie avant d'être vite promu réalisateur, une première dans sa carrière.
John Sandford est, quant à lui, bien plus jeune. Il débute en effet sa carrière en travaillant chez Disney en tant que scénariste pour Le Bossu de Notre-Dame (1996) puis enchaîne sur Mulan (1998), Atlantide, l'Empire Perdu (2001) et Lilo & Stitch (2002).

Ce changement de réalisateurs ne rend pas moins mouvementée la production de Sweating Bullets. Le film qui s'est déjà mué en comédie devient en plus musical. Au début de 2002, les studios changent également le titre pour illustrer la nouvelle direction prise par l'histoire et son nouveau ton. Il devient Home on the Range en anglais faisant référence à une fameuse chanson du folklore de l'ouest américain. En français, il est traduit par La Ferme se Rebelle. Le scénario, quant à lui, évolue jusqu'au dernier moment alors même que certaines scènes sont déjà animées. La dynamique des trois vaches va, par exemple, être complètement revue sur la fin avec l'arrivée d'une nouvelle actrice pour le personnage de Maggie. Alors que cette dernière appartenait dans un premier temps, et ce dès le début du long-métrage, à la ferme du Petit Coin de Paradis, les artistes décident d'en faire une étrangère, brute de décoffrage, qui arrive au début dans la ferme des deux autres permettant des interactions plus vivantes et dynamiques. L'inconvénient est en revanche que les réalisateurs doivent refondre les scènes où elle apparaissait en ouverture pour qu'il n'y ait pas trois mais deux vaches, laissant parfois des trous un peu visibles dans certains plans.

Cette refonte du début de La Ferme se Rebelle se révèle au final une très mauvaise idée car elle rend l'ensemble bancal. Il est évident, après visionnage, que le bricolage est là et que son rendu ne fonctionne pas. Les vingt premières minutes sont dès lors particulièrement ratées. L'introduction des habitants de la ferme est lourde à souhait avec un recours bien trop prononcé à des gags de flatulences aussi inutiles que vulgaires. Qui plus est, la présentation est bien trop rapide et il est difficile de s'attacher aux personnages entre une Maggie aussi grossière que m'as-tu-vue, une Miss Caloway coincée, une Grace naïve et un Buck étalon antipathique à l'égo surdimensionné. Les autres habitants de la ferme sont eux anecdotiques à l'exception peut-être de Jeb le bouc qui arrive à tirer un sourire. Quant à Pearl, la propriétaire de la ferme, elle est bien trop transparente pour que le spectateur soit touché par ses malheurs. En fait, même quand les trois vaches quittent leur ferme dans l'idée de partir à la chasse du voleur de bétail, Alameda Slim, leur relation est poussive et leur arrivée en ville inintéressante alors qu'elle se voulait drôle. La scène dans le saloon où les trois héroïnes se battent avec les danseuses humaines provoquent notamment une gène tant elle ne fonctionne pas.

Heureusement, le film décolle quand les trois héroïnes rencontrent Alameda Slim. Déjà, la séquence est réussie grâce à sa chanson mais aussi son visuel coloré. De plus, à partir de là, les trois vaches voient enfin leur personnalité évoluer au delà de la caricature. Même Buck se fait plus subtil. Mais le clou du spectacle est clairement la scène de la mine. Dans une construction proche du vaudeville, le passage sort clairement du lot et n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle du restaurant de Kuzco, l'Empereur Mégalo. La Ferme se Rebelle offre alors, pour la première fois, un vrai moment de drôlerie. L'ajout du lapin Lucky Jack ou de Junior le bison apporte d'ailleurs un peu de piment bienvenu. Les allers-retours dans les tunnels entre les différents protagonistes fonctionnent à merveille tout à la fois mouvementés et amusants. La tension retombe ensuite avec la course-poursuite en train même si elle reste tout de même de bonne facture terminant le film sur une note positive. Le constat est alors cruel : si La Ferme se Rebelle avait réussi son entame, le long-métrage aurait clairement pu proposer un récit d'un bon niveau. Mais voilà ses vingts premières minutes plombent totalement l'ensemble.

D'un point de vue technique, La Ferme se Rebelle affiche un bilan correct allant du rendu soigné au design un peu maladroit mais jamais, toutefois, le spectateur ne ressort impressionné par ce qu'il a vu. De conception classique, reprenant les codes des dessins des années 50, l'animation est ainsi très proche du plus pur style Tex Avery. Le défaut principal, d'un point de vue graphique, est en revanche peut-être le design de ses trois héroïnes bovines. Les vaches épousent en effet un corps très stylisé avec des angles presque pointus. Les lignes sont droites et rudes donnant du dynamisme aux personnages mais leur ôtant deux éléments importants pour les rendre attachants : du réalisme et de la chaleur. Si les artistes avaient choisi des courbes plus souples pour définir Maggie, Grace et Miss Caloway, elles auraient sans doute dégagé bien plus de charme et aidé le public à s'attacher à elles. Le même reproche peut d'ailleurs être fait à l'endroit du cheval Buck même si son apparence est somme toute moins gênante. Fort curieusement, le seul personnage, tout en rondeur, s'avère être Alameda Slim, ce qui revient à faire du méchant l'intervenant le plus avenant : une très étrange impression. Le reste du casting est quant à lui moins stylisé et passe mieux même s'il reste malheureusement anecdotique.
Les décors sont, pour leur part, bien plus réussis. L'idée de s'éloigner de l'image d'Épinal du far west avec des couleurs beiges poussiéreuses est, en effet, excellente. La Ferme se Rebelle se révèle ainsi particulièrement coloré magnifiant ses paysages. Techniquement, l'opus s'appuie aussi sur certains éléments réalisés par ordinateur comme la séquence du train toute entière, ou pour la composition de certaines scènes, notamment la course-poursuite dans la mine. Même si visuellement, rien n'est ici vraiment extraordinaire, le long-métrage n'en demeure pas moins beau à regarder.
Il se permet en outre quelques jolis clins d'œil aux westerns légendaires, époque Ennio Morricone, comme dans ce passage mémorable où Buck, le cheval, s'imagine mettre en déroute, à lui tout seul, cinq desperados. Cette séquence dont le format de l'image passe pour l'occasion en scope vaut à elle-seule le détour.

C'est dit : l'énorme problème de La Ferme se Rebelle se trouve dans la définition de ses personnages qui sont tout sauf attachants.
Maggie est ainsi une vache de concours qui a vu sa ferme vendue aux enchères. Son propriétaire chassé décide alors de confier son ancienne championne à Pearl pour qu'elle s'occupe d'elle dans son Petit Coin de Paradis. Dotée d'un fort caractère et de manières un peu rustres, elle ne se laisse pas faire et a tendance à foncer dans le tas. Elle va devoir pourtant apprendre à mettre de l'eau dans son vin pour se faire accepter dans son nouveau foyer. Doublé en anglais par l'actrice Roseanne Barr connue pour son premier rôle dans la série Roseanne, le personnage a vraiment du mal à se rendre attachant si bien qu'il faut attendre le milieu du film pour qu'elle devienne un tant soit peu sympathique, en s'assagissant à la marge et décidant de travailler en équipe.
Miss Caloway est, quant à elle, la figure d'autorité du Petit Coin de Paradis. Posée, calme, bien élevée, elle garde toujours la tête froide. Coquette, elle aime porter un joli chapeau.... Et gare à quiconque osera lui enlever au risque de la voir se transformer alors en taureau en furie. Elle a également bien du mal avec l'idée de changement qu'il soit porté par l'arrivée de la nouvelle ou la nécessité de partir à l'aventure pour sauver sa ferme. Son côté snobinard fonctionne assez bien surtout qu'elle arrive à se décoincer sur le tard, prenant alors un peu plus de chaleur.
Enfin, Grace est la petite jeunette du trio. Très zen, elle est celle qui a le moins d'autorité. Elle essaye toujours de rabibocher tout le monde mais a souvent du mal à imposer son point de vue. Les artistes ont utilisé sur elle un joli gag, la rendant piètre chanteuse au point d'énerver particulièrement Maggie. Son manque d'oreille musicale lui conférera en revanche un atout fort appréciable face à Alameda Slim. En français, elle est doublée à merveille par Claire Keim.

Côté personnages masculins, Buck est le cheval du shérif. Et il ne rêve que d'une chose : devenir la monture du chasseur de prime, Rico, le seul cavalier qu'il juge assez charismatique pour permettre d'exploiter tout son potentiel. Le canasson a ainsi un égo démesuré alors qu'il est en réalité maladroit et peu doué. Et tout le monde en a conscience sauf lui ! Mais cela ne l'empêche pas d'être infecte avec les autres en raison de son fort sentiment de supériorité. Il faudra donc qu'il se prenne une ou deux claques à la fin du film pour enfin devenir sympathique. Sa voix est tenue en français par un toujours génial Anthony Kavanagh.
Le méchant Alameda Slim rejoint, quant à lui, - mais sur un strapontin ! -, le club Disney très fermé des êtres mauvais, supérieurement intelligents et définitivement mal secondés ! Le personnage est d'ailleurs sûrement le plus réussi du film. Son design et son caractère sont en effet plutôt bien définis et affichent des caractéristiques inédites. Sa dangerosité venant de sa capacité à entonner des chansons tyroliennes, en plus de sa cupidité et de sa malhonnêteté, fait qu'il est en effet plutôt drôle. Il est aussi secondé par un trio de neveux, les frères Trouillards, plus bêtes les uns que les autres se partageant à eux trois un seul neurone.
Enfin, le reste des personnages est bien plus anecdotique, à la fois trop nombreux et transparents. Il sera toutefois apprécié le lapin Lucky Jack, le bison Junior ou les deux taureaux, Barry et Bob, qui font la cour aux trois vaches.

La Ferme se Rebelle est également une petite comédie musicale dont les chansons sont écrites par Alan Menken, compositeur multi-oscarisé, et qui a travaillé avec les studios Disney sur La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladdin, Pocahontas, une Légende Indienne, Le Bossu de Notre-Dame et Hercule. Pour ce film, il s'allie pour la première fois avec Glenn Slater annonçant une longue collaboration sur d'autres projets pour The Walt Disney Company notamment en 2010 avec le film des Walt Disney Animation Studios, Raiponce. En attendant, La Ferme se Rebelle est sans conteste le projet d'Alan Menken pour Disney le moins réussi. Non pas que les chansons soient forcément mauvaises mais elles sont clairement en dessous du niveau d'excellence du reste de sa production. Il faut dire que c'est l'une des premières fois où la plupart de ses chansons ne sont pas interprétées directement par les personnages mais plutôt en voix off. Il n'est ainsi pas étonnant que la plus marquante soit justement Yodle-Adle-Eedle-Idle-Oo, la chanson tyrolienne d'Alameda Slim, à la fois drôle et décalée.  Celle d'introduction La Ferme se Rebelle présente, elle, deux problèmes majeurs. Elle est trop courte et manque de panache. Sa rythmique est certes bonne, représentant parfaitement le far west mais elle aurait méritée de durer au moins une à deux minutes de plus. L'autre souci vient de sa traduction française. En anglais, le titre est le quasiment le même que celui du film, (You Ain't) Home On The Range, qui signifie "(Vous n'êtes pas dans) la Maison dans la Prairie". Sauf qu'en ayant voulu conserver le titre français, La Ferme se Rebelle, les paroles passent vite pour pathétiques. Un Petit Coin de Paradis au Far West est la chanson qui présente les habitants de la ferme de Pearl. Là aussi, elle est sympathique mais bien trop courte passant ainsi inaperçue. La Ferme se Rebelle comme Un Petit Coin de Paradis au Far West seront  ensuite reprises rapidement un peu plus tard dans le film mais ne parviendront toujours pas s'imprimer durablement dans l'esprit des spectateurs. Le Retour du Soleil d'Antan est, quant à elle, la chanson triste de l'opus où Pearl comme ses trois vaches perdent courage. Enfin, le générique de fin propose aussi deux chansons pop assez anecdotiques, Wherever the Trail May Lead et Anytime You Need a Friend.

La production de La Ferme se Rebelle a été particulièrement longue, même pour un film d'animation... Les délais, les changements de directions de l'histoire, le remplacement des réalisateurs font que son budget dérape en s'élevant à 175 millions de dollars. Le film est, en plus, prévu à l'origine  pour sortir à l'automne 2003 (il est d'ailleurs prêt dès octobre de cette année) mais les responsables Disney lui préfèrent  Frères des Ours afin de le promouvoir en même temps que Le Roi Lion qui ressortait en vidéo, pensant que les deux longs-métrages avaient des points en commun. La Ferme se Rebelle est donc repoussé au 2 avril 2004, une date positionnée à une période de l'année où le public est peu habitué à voir des films d'animation Disney. Tout montre en fait que la Maison Mère ne croit pas une seule seconde à son potentiel commercial, sabotant presque sa sortie avec une mauvaise date et une promotion absente. Il faut dire que les projections tests ont été assez calamiteuses révélant que le long-métrage est vu comme la plus mauvaise production du studio d'animation depuis Taram et le Chaudron Magique. La presse, ensuite, qui, alors prompte à enterrer Disney sous le pilonnage des productions Pixar ou DreamWorks Animation, se fait un plaisir d'attaquer la dernière production du studio historique de la multinationale estimant cette dernière à bout de souffle et à cours d'idées novatrices. Ces critiques accélèrent également le désamour du public pour l'animation 2D américaine. Difficile dans ces conditions pour La Ferme se Rebelle de remplir les salles ! Le flop est total ramenant à peine 50 millions de dollars aux États-Unis et autant à l'international. Le studio perd ainsi environ 100 millions de dollars sur le film. En France, il réalise seulement 889 000 entrées alors qu'il est sorti en plein milieu des vacances d'été.

De là à penser que son échec arrangeait des intérêts aussi nombreux que diamétralement opposés... En tous les cas, la direction de The Walt Disney Company y voit à l'époque un signe de la validation d'une des décisions qui reste encore aujourd'hui la plus contestée : la fin de l'animation traditionnelle. (Elle reprendra ensuite de façon temporaire en 2009 avec La Princesse et la Grenouille et en 2011 avec Winnie l'Ourson). Le 25 mars 2002, Thomas Schumacher, le responsable des studios d'animation Disney réunit en effet toute son équipe à Burbank. Sa double annonce est terrible : licenciement de 250 artistes et fermeture des studios d'animation 2D ; le but étant désormais de se recentrer sur une petite équipe dédiée uniquement à la 3D, à une époque où Pixar a décidé de voler de ses propres ailes, loin de Disney ! Après cela, il est évident qu'il a dû être terriblement difficile pour les artistes Disney de proposer le meilleur d'eux-mêmes quand les dirigeants Disney ne croyaient manifestement déjà plus en leurs destinées. Les animateurs péchaient ainsi par un manque de motivation, évidemment excusable compte tenu de l'épée de Damoclès qui pendait au dessus de leur tête ; leur seule erreur étant d'avoir pensé que le rêve (travailler chez Disney) était éternel... Mais il y a pire ! Les échecs successifs des films animés ont d'autres lourdes conséquences puisqu'ils confortent la Direction de l'époque de fermer les studios d'animation en dehors de la Californie. Le seul mot d'ordre est désormais la concentration des moyens et des équipes. Toutes leurs forces vives sont fixées en un seul et unique studio : Burbank en Californie, et sa voilure considérablement réduite dans l'idée d'obtenir une structure voulue soudée, plus réactive et, surtout, moins coûteuse. La première conséquence est donc la fermeture des studios parisiens des Walt Disney Animation Studios situés à Montreuil en septembre 2003 suivi en janvier 2004 par celle des studios d'Orlando. La splendeur et l'opulence des années 90 avec un foisonnement d'artistes où l'animation Disney n'avait jamais été aussi bouillonnante depuis les années 30 s'arrête net.

La Ferme se Rebelle est laborieux sur bien des plans notamment à cause de ses personnages peu attachants et de ses vingt premières minutes ratées devenant l'un des longs-métrages les moins réussis du label historique de Mickey. Sa fin, sa technique et dans une moindre mesure ses chansons le sauvent toutefois du naufrage complet. Mais voilà, quand il est su qu'il était censé refermer le cycle des films d'animation traditionnelle chez Disney, l'ampleur du gâchis apparaît vite immense. Et le pire de tout, c'est qu'il ne manquait finalement pas grand chose pour La Ferme se Rebelle soit un bon film...

Les personnages

2004
Cinéma
2004
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L'équipe du film

1949 • ....
Compositeur

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