Joe Fowler
Date de naissance :
Le 09 juillet 1894
Lieu de Naissance :
Lewiston, dans le Maine, aux États-Unis
Date de Décès :
Le 03 décembre 1993
Lieu de Décès :
Orlando, en Floride, aux États-Unis
Nationalité :
Américaine
Profession :
Dirigeant
Amiral

La biographie

rédigée par Karl Derisson
Publié le 19 juin 2021

Lorsqu’il se lance dans la construction de Disneyland au milieu des années 1950, Walt Disney comprend immédiatement qu’il lui manque une chose pourtant indispensable pour arriver à son but : l’expertise d’hommes et de femmes capables de superviser un chantier titanesque qui, à tous points de vue, le dépasse totalement. Pour mener à terme le projet, il se lance donc à la recherche des meilleurs ouvriers et ingénieurs dans leurs domaines. Il débauche alors certains artistes et artisans parmi les plus réputés à Hollywood à l’image de Richard Irvine, Marvin Davis ou encore Bill Martin « piqués » aux studios 20th Century Fox. Walt se tourne également du côté de la société civile. C’est ainsi qu’il fait la rencontre de Joe Fowler, amiral à la retraite qui, immédiatement, devient la pierre angulaire du chantier de Disneyland et, après la mort du cinéaste, de Walt Disney World.


Joe Fowler, Walt Disney, Gretchen et Alfred C. Richmond lors du baptême du Columbia le 14 juin 1958.

Joseph (Joe) Fowler naît à Lewiston, la deuxième plus grande ville du Maine, à l’extrémité nord-est des États-Unis. Alors que la Première Guerre mondiale fait rage en Europe depuis trois ans, il est tout juste diplômé de l’U.S. Naval Academy lorsqu’il s’enrôle dans les rangs de la Navy pour servir son pays engagé dans le conflit dès le 6 avril 1917. Au front durant deux ans, il retrouve ensuite les bancs de l’école en 1919. Inscrit au sein du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.), il obtient alors deux ans plus tard, en 1921, un Master en architecture navale.
Parmi les meilleurs experts dans son domaine, Joe Fowler s’embarque pour Shanghai, en Chine, en 1925. Là, il participe à la construction de l’USS Panay et de cinq autres canonnières destinées à protéger les navires de commerce qui remontent ou descendent le fleuve Yangtsé. Toutes sont en effet sous la menace des seigneurs de guerre locaux bien décidés à défendre leur territoire et à défier le pouvoir en place. Au cours de ses années en Chine, Fowler assiste à l’arrivée au pouvoir de Tchang Kaï-Chek, le généralissime nommé président de la Première République de 1928 à 1931. Officier sur le HMS Cricket, le militaire croise aussi la route du prince Edward, futur et éphémère roi d’Angleterre avec lequel il sympathise.


Walt Disney et Joe Fowler lors d'une visite à l'Arrow Development Company.

Après son épopée chinoise, Joe Fowler est de retour au pays en 1929. Il y supervise alors la construction de l’USS Lexington et de son sister-ship l’USS Saratoga, les deux premiers porte-avions de la marine américaine et plus gros navires utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale au cours de laquelle l’amiral sert durant quatre ans comme responsable des chantiers navals de la côte Ouest. Après le conflit, Joe Fowler arrive dès 1946, et durant un an, à la tête des chantiers navals de San Francisco.
Auréolé d’une certaine gloire après trente-deux années de service, Joe Fowler prend finalement sa retraite en 1948 (bien que lui-même parle parfois de l’année 1949 dans certaines de ses déclarations). Parvenu au grade prestigieux de Rear Admiral U.S.N., contre-amiral de l’U.S. Navy, il s’installe alors avec son épouse Marguerite dans un ranch qu’il construit lui-même dans la région de Los Gatos, au sud de San Francisco. Le repos est toutefois de courte durée. Fowler est en effet rappelé au bout de quelques semaines à Washington par le Secrétaire à la Défense James Forrestal qui lui demande de chapeauter la réorganisation des services de l’armée. Arrivé dans la capitale fédérale en 1948, le militaire est en particulier chargé de faire la liste des différents corps de l’armée, d’éliminer les doublons et de se débarrasser des divisions jugées inutiles. Il supprime ainsi notamment la cavalerie, désormais totalement obsolète. Multipliant les allers-retours entre le cabinet du ministre et le Congrès, Fowler poursuit son travail sous la direction du Secrétaire Louis A. Johnson, nommé en 1949, puis sous celle de son successeur, le général George Marshall choisi en septembre 1950.


Joe Fowler reçoit le roi Hussein de Jordanie à Disneyland en avril 1959.

Joe Fowler reste trois ans à Washington pour accomplir sa mission qui s'achève finalement en 1951. Avec surprise mais aussi une énorme satisfaction, il apprend alors que ses décisions ont permis d’économiser un quart du budget fédéral ! Repéré par le président Harry Truman qui apprécie son sens pratique, Fowler est nommé en 1952 Civilian Director of the Federal Supply Management Agency, directeur de l’Agence fédérale chargée de la logistique et de l’équipement des armées.
Un samedi d’avril 1954, la vie de Joe Fowler prend un tournant inattendu grâce à l’entremise de C. V. Wood. Les deux hommes se sont rencontrés lorsque ce dernier dirigeait le Stanford Research Institute avec lequel le militaire a souvent collaboré. Désormais, Wood travaille avec Walt Disney qui l’a chargé de superviser le projet Disneyland. Grâce à lui, Fowler fait donc la rencontre du papa de Mickey venu spécialement à Los Gatos pour assister à une démonstration de train miniature. Invité à se présenter aux studios dès le lundi suivant, l’amiral est ainsi accueilli à l’aéroport de Los Angeles par Ron Miller, le gendre de Walt qui le conduit donc à Burbank. Charmé par la ville, Fowler ignore cependant totalement pourquoi il est là et la raison pour laquelle Disney l’a convoqué. Il n’est pas, en effet, un intime du producteur de dessins animés. De plus, il avoue bien volontiers qu’il n’y connaît absolument rien aux rouages de l’industrie du cinéma.


Walt Disney et Joe Fowler lors de la soirée anniversaire des 10 ans de Disneyland en 1965.

Conduit dans une voiture avec chauffeur, Joe Fowler traverse le campus construit par Disney à la fin des années 1930. Il arrive bientôt au pied du bâtiment animation. Walt le reçoit dans son bureau et lui offre une tasse de café noir. Tous les deux discutent de tout et de rien. Disney parle de ses films, de ses ambitions et bientôt de Disneyland. L’entretien est toutefois rapidement interrompu car le cinéaste est attendu à l’auditorium pour voir quelques rushes. Fowler est confié à une assistante. « Je vous accompagne à votre bureau », lui dit-elle. Fowler n’est pas sûr de bien comprendre. Il découvre alors qu’un bureau a été spécialement réservé pour lui. Il dispose par ailleurs d’une voiture de fonction. Bien qu’aucun contrat n’a été signé et que les choses demeurent totalement floues, il apprend que Disney souhaite en réalité l’avoir à ses côtés pour profiter de son expertise et superviser pour lui la construction de Disneyland. Fowler, qui ne sait en quoi consiste son boulot ni combien il sera payé, devient en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire directeur de la construction du Parc d’Anaheim ! Au départ sceptique, il accepte cette nouvelle mission.

Parfois consulté pour donner son avis au sujet de la production de 20 000 Lieues Sous les Mers, l’adaptation du classique de Jules Verne avec Kirk Douglas, Joe Fowler demande rapidement d'être briefé au sujet du Parc. Souhaitant tout savoir, il veut connaître le projet de bout en bout avant de se lancer. Il fait le tour des bureaux et des ateliers. Ce qu’il voit l’enchante. Les artistes sont talentueux. Les idées ne manquent pas. Mais la mission est plus que difficile. Il faut coordonner les équipes, installer les commodités, construire les manèges, réaliser les aménagements paysagers. Surtout, il faut le faire vite car le Parc doit ouvrir dans dix mois ! Avec flegme et talent, Joe Fowler parvient dès lors à diriger les hommes, à créer de la cohérence entre les différents secteurs, et ce, tout en subissant sans broncher les foudres de Walt qui, parfois désabusé, ne comprend pas pourquoi des sommes folles sont dépensées pour les fondations et les structures en béton armé alors même qu’aucune attraction n’est encore sortie de terre.


Joe Fowler et Walt Disney à bord du Columbia, 1958.

Parmi les chantiers les plus compliqués, figure notamment le creusement des Rivers of America, la rivière artificielle de Frontierland sur laquelle voguera le Mark Twain, la réplique d’un navire à aube d’antan. Créer une tranchée n’est en effet pas une mince affaire. Les bulldozers soulèvent des tonnes de poussière dans un environnement encore hostile où des dizaines, des centaines d’orangers doivent être arrachés. Il faut surtout faire en sorte que l’eau ne s’échappe pas dans le sol. Des dizaines de revêtements sont testés pour rendre l’ensemble bien imperméable. Fowler supervise toutes les étapes et découvre que finalement, l’argile est la meilleure solution possible. Le fond des Rivers of America en est alors tapissé. La même stratégie est utilisée pour la rivière de la Jungle Cruise.


Joe Fowler et Walt Disney lors d'une visite à l'Arrow Development Company. 

Les journées sont parfois dures. Mais d’autres chantiers sont néanmoins plus joyeux. Avec la construction du Mark Twain, Joe Fowler est évidemment dans son élément. Le bateau d’un blanc immaculé est ravissant. Le 13 juillet 1955, à quelques jours de l’inauguration du Parc, il est d’ailleurs le cadre idéal pour célébrer comme il se doit l’anniversaire de mariage de Walt et Lillian. Fowler est fier en inspectant le pont. Le navire est splendide. « Dîtes donc, vous ! Prenez donc un balais et aidez-moi à briquer ce navire crasseux ». Interpellé sèchement, Fowler, surpris, se retourne. Il se retrouve nez à nez avec Lillian qui lui donne un balai. Fowler fait ainsi pour la première fois la rencontre de Madame Disney ! La soirée est magnifique mais elle n’est qu’une parenthèse dans un moment d’une grande tension. Disneyland est sur le point d’ouvrir et tout n’est pas prêt. Fowler doit trouver des solutions à tous les problèmes. La locomotive de Casey Jr. Circus Train est notamment lestée pour éviter que le train, instable, ne reparte en arrière dans les côtes. L’amiral suggère en outre d’exposer la pieuvre en latex créée pour le tournage de 20 000 Lieues Sous les Mers afin de meubler l’un des bâtiment de Tomorrowland désespérément vide. Grâce à ses amis de la Navy, il obtient au passage une maquette du Nautilus, le tout nouveau sous-marin nucléaire de la flotte américaine…


Bill Favel, Tom Cutting, Walt Disney, Joe Fowler, Ed Morgan lors d'une visite sur la jetée de Santa Cruz en 1963.

Le 17 juillet 1955, Disneyland ouvre ses portes devant les caméras de télévision du monde entier. L’inauguration est retransmise en direct sur les ondes d’ABC. Walt Disney est plus que stressé. Tout ne fonctionne pas comme prévu. La journée est, par de nombreux aspects, calamiteuse. Joe Fowler apparaît toutefois souriant à la barre du Mark Twain au moment de la présentation de Frontierland. L’amiral de soixante ans est heureux de voir que les efforts ont payé. Pour le récompenser, son nom, comme celui des autres superviseurs, a été inscrit sur l’une des fenêtres de Main Street, U.S.A..


Joe Fowler et Walt Disney (au premier rang) lors d'une visite à l'Arrow Development Company en 1964.

Durant la décennie suivante, Joe Fowler et ses collègues sont chargés d’entretenir les lieux et surtout de répondre aux exigences de Walt Disney qui souhaite faire grandir son parc et ajouter, années après années, de nouvelles expériences pour ravir ses visiteurs. L’amiral est en particulier envoyé en Europe afin de rassembler la technologie nécessaire pour construire les téléphériques du Skyway at Disneyland inauguré en 1956. En 1957, il arpente les allées du parc Fantasy de Londres où il découvre une attraction avec des bobsleighs ramenée en Californie et utilisée au sein de la Matterhorn Mountain, la réplique du Mont Cervin construite à la demande de Walt tombé en admiration après avoir découvert la vraie montagne lors d’un séjour en Suisse. Avec Roger Broggie, le chef des ateliers de Disneyland, Joe Fowler importe aussi la technologie du Monorail développée par la société allemande Alweg. Les deux attractions sont alors inaugurées en juin 1959.


Joe Fowler et Walt Disney (au premier rang) lors d'une visite à l'Arrow Development Company en 1964.

Parmi les nombreuses autres expériences qu’il a eu à diriger, Joe Fowler est aussi envoyé à Bruxelles, en Belgique, durant l'année 1958 afin de superviser l’installation au sein du pavillon américain de la salle de cinéma à 360° développée par Ub Iwerks et dans laquelle est diffusé le film America the Beautiful, l’un des clous du spectacle de cette Exposition universelle. Ouverte en 1962, la Tahitian Terrace de Disneyland profite aussi de l’expertise de Fowler. Walt Disney trouve en effet que l’arbre factice installé près de la scène est beaucoup trop petit comparé à l’arbre des Robinson qui trône juste à côté. « Dans la Navy, lorsqu’on décide d'agrandir un navire, on le coupe simplement en deux et on ajoute un morceau au milieu », lui explique alors l’amiral. L’affaire est dans le sac. L’arbre est donc tronçonné en trois morceaux et complété par deux autres segments !


Fowler's Harbor à Disneyland.

Véritable « Yes Man » qui ne refuse jamais rien à son patron, Joe Fowler est particulièrement heureux de superviser la construction du Columbia, la réplique du Columbia Rediviva, le voilier ayant permis à l’explorateur Robert Gray de faire le tour du monde et de découvrir la rivière Columbia à la fin du XIXe siècle. Disney souhaite que le navire soit la copie parfaite de l’original. Fowler est dans son élément. Il met toute son expertise dans la marine à la disposition des artisans. Le 14 juin 1958, au moment de l’inauguration de l’attraction, le militaire est présent aux côtés de Walt. Pour l’occasion, il est vêtu de l’uniforme d’un capitaine du XVIIIe siècle. Accompagné par les Mouseketeers déguisés en mousaillons, Fowler jubile. Il est au passage flatté d’apprendre que l’anse construite pour l’entretien et la réparation des navires vient d’être baptisée Fowler’s Harbor !

Accompagnant régulièrement Walt Disney lors de ses visites à l’Arrow Development Company, la société californienne chargée de construire la plupart des attractions de Disneyland que l’amiral aime toujours autant tester, Joe Fowler reçoit au début des années 1960 une mission très spéciale. Walt Disney s’est mis en tête de construire la Ville de Demain (City of Tomorrow). Avec d’autres directeurs parmi lesquels Donn Tatum, Fowler doit trouver l’emplacement parfait. Il fait ainsi le tour du pays, passant par le New Jersey, St. Louis, la Nouvelle-Angleterre, La Nouvelle-Orléans et même les Chûtes du Niagara. Finalement, le choix se porte sur le cœur de la Floride que Joe Fowler arpente incognito pendant des semaines. Tout n’est encore que marécage mais Disney valide le site. La construction de cette Ville de demain n’est encore qu’une utopie couchée sur le papier. Son nom est bientôt choisi, EPCOT - Experimental Prototype Community Of Tomorrow. Elle bénéficiera d’une organisation parfaitement ordonnée avec des quartiers spécialisés pour le travail, le logement, les espaces verts, le tout relié par des ceintures de transports modernes. Une zone de divertissement accueillera de plus un second Parc Disney.


Walt Disney, Roy Disney, Card Walker et Joe Fowler sur le site de Walt Disney World, en Floride.

La mort de Walt Disney, le 15 décembre 1966, a toutefois tôt fait d’enterrer le projet. Roy Disney doit alors prendre la relève. La Ville de demain ne verra pas le jour mais la Floride accueille bel et bien le second Parc imaginé du vivant de Walt. Joe Fowler est le responsable de sa construction. Il s’installe donc en Floride avec sa famille. À l’époque, il porte alors plusieurs casquettes de dirigeants. Il est nommé senior vice-président des Walt Disney Productions, président des WED Enterprises ainsi que président de Buena Vista Construction Company. Ces différents postes lui permettent de gérer tous les aspects de la construction de ce qui devient Walt Disney World, inauguré en octobre 1971 par Roy.

Nommé « Homme de l’année » en 1971 par les membres de la Chamber of Congress de Miami, Joe Fowler est une fois de plus honoré. Son nom est en effet donné à l’un des navires à aubes de Walt Disney World. L’Admiral Joe Fowler Riverboat vogue ainsi durant des années jusqu’à sa rénovation durant la seconde moitié de la décennie 1970. Les choses tournent toutefois mal. Mis en cale sèche pour être réparé, le navire est sévèrement endommagé à cause d’un accident. Il est dès lors impossible de le remettre à l’eau. L’Admiral Joe Fowler Riverboat est « réformé ». Il est finalement détruit dans les années 1980…


L'Admiral Joe Fowler Riverboat.

Celui que Walt Disney et ses collaborateurs surnommaient le « Can Do Admiral - l’Amiral qui peut tout faire » prend finalement sa retraite en 1978 après vingt-quatre ans de bons et loyaux services au sein de The Walt Disney Company. Il a alors quatre-vingt-quatre ans. Désormais retiré des affaires, il ne coupe cependant pas le cordon avec la société de Mickey qui le consulte régulièrement pour différents projets dans ses Parcs. En 1990, la carrière de Joe Fowler est couronnée par un Disney Legends Award en remerciement d’un dévouement à toute épreuve. Le 28 mai 1997, le ferryboat The Magic Kingdom I est rebaptisé en son honneur Admiral Joe Fowler

Joe Fowler décède le 3 décembre 1993 à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans. Souvent méconnu du public, il demeure, aujourd’hui encore, l’un des grands noms de l’histoire des Parcs Disney américains dont il a supervisé de bout en bout la construction.

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