Antonio Bertini

Antonio Bertini
Date de naissance :
Le 23 janvier 1927
Lieu de Naissance :
Milan, en Italie
Nationalité :
Italienne
Profession :
Dirigeant

La biographie

rédigée par Karl Derisson
Publié le 08 juin 2022

Le 11 avril 1997, à la veille des cinq ans de Disneyland Paris, les studios Disney consacrent la cérémonie des Disney Legends Awards aux Européens qui, depuis près d’un demi-siècle, ont contribué au succès de l’entreprise de leur côté de l’Atlantique. Parmi eux, figure notamment Antonio Bertini, l’un des représentants de Mickey en Italie.

Antonio Bertini naît le 13 janvier 1927 à Milan, dans le nord de la péninsule italienne. Fils unique, il grandit au sein d’une famille modeste dont le père est métallurgiste et la mère femme de ménage. En 1935, il vit un véritable rêve éveillé lorsque ses parents lui annoncent qu’ils viennent de l’abonner à Topolino, le Journal de Mickey italien édité à l’époque par l’éditeur florentin Nerbini. Extatique, l’adolescent dévore alors chaque semaine les aventures de la souris et de ses compagnons dont il garde un souvenir impérissable.


Topolino, juillet 1935

L’insouciance des jeunes années est toutefois bien vite ternie. Après la guerre menée en Afrique pour le contrôle de l’Éthiopie, le gouvernement de Mussolini apporte son soutien à l’Allemagne nazie et déclare la guerre à la France et au Royaume-Uni. L’Italie entre alors dans la Seconde Guerre mondiale dont les conséquences seront catastrophiques. Trop jeune pour combattre, Antonio Bertini passe une grande partie du conflit au cœur des Alpes où sa famille s’est installée. Lorsqu’après la libération de la France, les Allemands prennent le contrôle du nord de l’Italie, les Bertini déménagent une nouvelle fois. Au départ logés chez un grand-père dont la maison se trouve sur la Riviera italienne, tous se réfugient finalement près de Côme, à la frontière suisse, dans une région jugée plus sûre.

Après son service militaire effectué entre 1949 et 1950, Antonio Bertini s’inscrit à l’Université de Pavie où il étudie les sciences politiques. Arpentant les nombreux rayonnages de la bibliothèque, il passe une bonne partie de son temps à se documenter au sujet d’une filière qui n’est alors pas encore enseignée, le marketing. Son diplôme en poche, Bertini quitte la faculté en 1955 et se fait embaucher comme agent de planning au sein de la filiale milanaise d’Unilever. Son travail consiste dès lors à coordonner les ventes et à assurer la publicité des différents produits phare de la firme fabriqués en Italie. Si l’expérience est forcément enrichissante, elle est bientôt décevante. Vendre du savon, du parfum, du papier toilette, des détergents ou bien de la margarine et du fromage n’a rien de bien passionnant. Surtout, Antonio Bertini n’arrive pas à s’entendre avec le chef du personnel qui, selon lui, passe son temps à lui mettre des bâtons dans les roues.

Dès 1960, Antonio Bertini, à présent marié et père de deux enfants, envisage sérieusement de quitter Unilever. C’est alors qu’il tombe par hasard sur une petite annonce publiée dans la presse. L’auteur est anonyme. La place reste mystérieuse. Bertini décroche néanmoins son téléphone et se présente à l’entretien qui lui est accordé. Il se retrouve ainsi face au major John (Jack) William Holmes, l’un des principaux représentants européens des studios Disney. Pendant de longues minutes, les deux hommes discutent de tout et de rien. Ignorant encore où cela va le mener, Bertini poursuit ses échanges pendant les mois suivants. Holmes lui demande son avis sur tel ou tel sujet. Finalement, Antonio Bertini apprend qu’O. B. Johnston, le chef de la division publicité des studios, a retenu sa candidature.


Extrait de l'acte fondateur de la société Creazioni Walt Disney S.A.I.

Engagé par Disney, Antonio Bertini débute le 1er juillet 1960 en tant qu’assistant de John Holmes. Installé dans les bureaux milanais de Creazioni Walt Disney S.A.I. (Walt Disney Creations S.p.A.), la filiale italienne des studios fondée en 1938, il travaille alors pendant un an et parvient à négocier de très juteux contrats avec les firmes locales qui payent une fortune pour s’offrir les licences Disney. Les jouets, les figurines, les livres, les disques, les vêtements, le linge de maison à l’effigie des héros de Disney inondent le marché italien. Les recettes de l’entreprise, qui ne dépassaient pas les 100 000 lires par an jusque-là, ne cessent dès lors d’augmenter, atteignant la bagatelle de 25 millions de lires, l’équivalent de presque 50 millions d’euros. Bertini permet également aux studios de gagner en prestige en associant leur nom à celui de la firme FIAT. L’entreprise automobile souhaite en effet profiter du dernier bijou technologique développé par les techniciens de Disney, le Circarama, un cinéma à 360° qui, dès le premier jour, devient l’une des attractions phares de l’Exposition Internationale du Travail qui se tient à Turin du 1er mai au 3 octobre 1961.


Walt Disney lors de sa visite des usines FIAT à Turin, septembre 1961

En seulement un an, Antonio Bertini parvient à multiplier les succès. Admirant son travail et sa persévérance, il est alors rapidement repéré par Roy O. Disney, de passage à Gênes avec son fils Roy E. durant l’année 1961. Le courant passe instantanément entre les trois hommes. Et lorsque Jack Holmes quitte ses fonctions en 1962, c’est tout naturellement que Bertini est promu au poste de président de Creazioni Walt Disney. Désormais à la tête de la filiale italienne de Disney, il se fixe notamment comme devoir de récupérer au plus tôt les 250 000 lires promises par le gouvernement italien en dédommagement de la fermeture de ses bureaux imposée par les fascistes durant le conflit. En charge de toutes les licences dans la péninsule italienne, Bertini est également chargé par Roy O. Disney de voir comment récupérer les droits de distribution des films Disney à l’époque gérés par la société United International Pictures (UIP).

Au cours de sa présidence, Antonio Bertini participe à chacune des conventions Disney en Europe. Elles le conduisent à Paris ou à Copenhague. Désormais bon ami avec Roy O. Disney qui lui conseille d’avoir une vision à long terme et de ne surtout pas accepter de dessous de tables, une pratique courante dans le milieu, il est plusieurs fois invité à séjourner en Californie. C’est là qu’il fait bientôt la connaissance de Walt durant un dîner organisé en 1963. Impressionné, Bertini fait tout de suite très bonne impression auprès du papa de Mickey avec qui il sympathise. Walt lui parle notamment de ses projets du moment. Il lui expose en particulier son ambition d’installer un deuxième Parc en Floride. Bertini voit le site en 1968. Accompagnant Roy, il est horrifié en visitant ce qui n’est encore qu’un marécage puant infesté d’alligators. C’est non sans une certaine émotion qu’Antonio Bertini est présent le 1er octobre 1971 au moment du discours inaugural de Walt Disney World prononcé par Roy O. presque cinq ans après la mort de son frère Walt et quelques semaines seulement avant son propre décès...

De retour en Italie, Antonio Bertini poursuit le développement de sa filiale. À la tête d’une équipe restreinte de huit personnes, il impulse dès 1978 la mise sur le marché de bobines 8 mm et 16 mm renfermant des extraits des longs-métrages animés, des cartoons et des courts-métrages éducatifs Disney. L’expérience est nouvelle et totalement hasardeuse. Mais elle est couronnée de succès. Un million de dollars entrent dans les caisses de l’entreprise. Le marché de la vidéo est désormais ouvert et prêt à proliférer durant les prochaines décennies. Dans le domaine de l’édition, Antonio Bertini prend en outre la décision de cesser immédiatement la vente des licences Disney aux principaux éditeurs du pays. À la place, il fonde une nouvelle division au sein de ce qui est devenu The Walt Disney Company Italia. Baptisée la Divisione Periodici, elle reprend ainsi à son compte la publication de l’hebdomadaire Topolino jusqu’ici assurée par Mondadori. Une fois encore, c’est un triomphe. Le chiffre d’affaires de la filiale italienne de Disney bondit de 1 000 % !

Invité en Floride pour assister à l’inauguration des Disney-MGM Studios le 1er mai 1989, Antonio Bertini décide de se retirer et de prendre sa retraite en 1990. Abandonnant les rênes de The Walt Disney Company Italia après trente ans de bons et loyaux services, il est couronné d’un Disney Legends Award en 1997. « Il existe toujours des débouchés commerciaux », expliquait-il, « C’est forcément facile lorsqu’on vous confie un bon produit au bon prix. Et Disney est un sacré bon produit ».

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