En 1924, Walt Disney sait déjà qu'il ne sera jamais un grand animateur. Bien
qu'il ait aimé cette activité durant les années passées à Kansas city, il
comprend, en effet, rapidement, qu'il existe des personnes bien meilleures
que lui et que son vrai et premier talent est celui de conteur d'histoires.
Il se focalise ainsi sur les scénarios, la réalisation et la production. Le
meilleur animateur demeure, à l'époque, pour lui, son ami, resté à Kansas
City, Ub Iwerks. Après l'échec des Laugh-O-Grams,
ce dernier a, il est vrai, fait le choix de ne pas suivre Walt Disney à Los
Angeles. Mais c'est sans compter sur la détermination du Maître en devenir :
entretenant avec lui une riche correspondance, à force d'insistance et de
persuasion, il parvient, en effet, à le convaincre de le rejoindre en
Californie, en milieu d'année 1924.

Le premier cartoon des Alice Comedies à bénéficier
du talent d'Ub Iwerks est donc Alice the Peacemaker. Comparé à Alice and the Dog Catcher,
la différence saute aux yeux : la part belle est d'abord donnée à
l'animation et non plus aux séquences "live". Ensuite, un personnage, déjà
apparu dans deux cartoons précédents, Alice's Fishy Story et
Alice's Spooky Adventure, revient sur le
devant de la scène : le chat noir ne le quittera d'ailleurs plus, au point
de devenir une des pierres angulaires de la série. Enfin, l'animation est
beaucoup plus inventive et divertissante. La galerie de toons est plus
étoffée, à l'exemple du chien policier ; de même, le lot d'effets
spéciaux, à l'image de l'élongation des jambes d'Alice, est plus abouti.
Alice the Peacemaker permet à la série des Alice Comedies
d'atteindre son standard de fabrication, non seulement en terme de qualité mais
aussi au point de vue de la construction de son récit.support.