Paul Winkler
Date de naissance :
Le 07 juillet 1898
Lieu de Naissance :
Budapest, en Hongrie
Date de Décès :
Le 23 septembre 1982
Lieu de Décès :
Melun, en France
Nationalité :
Française
Profession :
Éditeur

Le portrait

rédigé par
Publié le 05 février 2014

Le 21 octobre prochain, le mythique Journal de Mickey fêtera ses 80 ans. A raison d'un numéro toutes les semaines (ou presque), il s'agit de l'un des titres de la presse française les plus connus, lus et appréciés par les fans francophones. Vitrine de l'Empire Disney, l'hebdomadaire prolonge les aventures cinématographiques de Mickey, Donald, Picsou, Dingo, Tic & Tac, et des dizaines d'autres personnages de la ménagerie disneyenne, tout en rendant également hommage au fil des ans à d'autres figures de la bande dessinée européenne et américaine, comme Hägar Dünor, Guy l'Eclair, Mandrake le Magicien, Alex Lechat, Zorro, L'Élève Dukobu, Cédric, Les Profs ou encore Titeuf. Vendu aujourd'hui à près de 130 000 exemplaires par semaine, le magazine est devenu LA référence de la presse jeunesse. Mais ce que beaucoup de lecteurs ignorent, c'est que le magazine, d'obédience américaine, est une belle création française, lancée par le directeur de presse Paul Winkler.

Paul Winkler est né à Budapest, en Hongrie, le 7 juillet 1898. Citoyen de l'Empire Austro-Hongrois, il quitte son pays, passe par l'Allemagne, puis poursuit ses études au Pays-Bas, à l'Université d'Amsterdam. En 1922 (ou 1925 selon les sources), le jeune homme quitte la Hollande et s'installe à Paris. C'est là qu'il entre par la petite porte dans le monde de la presse en écrivant sous le nom de Paul Vandor des articles pour un journal destiné aux émigrés hongrois. En 1928, il fonde, rue Auber, l'agence de presse Opera Mundi dont l'activité est au départ axée sur la rédaction de dépêches et d'articles pour la presse européenne. Rapidement, Paul Winkler entre en contact avec des responsables de l'agence américaine King Features Syndicate (KFS), la maison d'édition fondée en 1915 par William Randolph Hearst, homme d'affaire et magnat de la presse à la tête d'un véritable empire, qui a inspiré Orson Welles pour son Citizen Kane. A l'époque, le KFS distribue notamment nombre de magazines de bandes dessinées mettant en vedettes les héros de l'époque comme Krazy Kat et Pim, Pam et Poum. Paul Winkler, via sa société Opera Mundi, devient alors le relais européen de l'agence américaine et devient le distributeur auprès de la presse française des aventures de Flash Gordon, Mandrake le Magicien et Prince Vaillant.

Après avoir vu ses aventures sur grand écran, Paul Winkler souhaite également publier les histoires de Mickey Mouse. Il se souvient, dans une interview publiée en 1979 dans Le Journal de Mickey N°1389, avoir personnellement écrit à Walt Disney afin de lui demander l'autorisation, obtenue à l'époque par retour de courrier. Mickey apparaît alors pour la première fois en France dans les colonnes du Petit Parisien. Puis, c'est en 1931 que Winkler s'associe avec Hachette pour éditer les premiers albums de la souris.

En 1933, Paul Winkler franchit un pas. L'idée germe dans son esprit de créer un journal pour les jeunes. A l'époque, il n'existe pas en effet de gros tirages pour les enfants hormis quelques illustrés. Il se tourne à nouveau vers les éditions Hachette et rencontre Robert Meunier du Houssoy qui accepte un partenariat à condition que Winkler soit le directeur de la future revue. Devenu donc malgré lui éditeur, il lance avec l'autorisation des frères Disney et le soutien d'Hachette son propre magazine pour enfants, Le Journal de Mickey, dont le premier numéro, lancé le 21 octobre 1934, est un véritable succès. Vendu à l'époque à près de 400 000 exemplaires, le magazine est centré sur les aventures de la célèbre souris, qui est devenue une véritable star internationale. Fort de sa réussite, Winkler se rappelle s'être alors embarqué pour Hollywood afin de montrer son journal à Walt et Roy. Selon ses propres mots, les deux frères Disney sont totalement émerveillés d'avoir entre les mains "le premier hebdomadaire du monde portant le nom de Mickey Mouse". Il est intéressant de noter que dans cet entretien, l'homme de presse français semble oublier qu'à l'époque, la souris donne déjà son nom au journal Topolino, lancé en Italie deux ans avant Le Journal de Mickey. Passant quelques jours au sein des studios, Winkler se rappelle aussi avec humour que le chauffeur venu le prendre à l'aéroport n'était autre que Clarence Nash, la voix originale de Donald Duck !

Paul Winkler, Walt et Roy O. Disney se rencontrent de nouveau à Paris en 1935. Chacun se félicite alors de l'immense succès remporté par Le Journal de Mickey. Le magazine est à l'époque constitué de 8 pages, dont la moitié est en couleurs, qui présentent de la bande dessinée, mais aussi des jeux et des informations destinées aux jeunes lecteurs. La revue, dont le format est celui d'un vrai journal, met à l'honneur les aventures de Mickey, mais également des adaptations des Symphonies Folâtres ainsi que des longs-métrages d'animation. C'est ainsi que Blanche Neige et les Sept Nains fait la une du magazine dès mai 1938.

En juin 1940, l'histoire personnelle de Paul Winkler se mêle à la grande Histoire. En effet, le 14 du mois, l'armée allemande entre dans Paris. La Bataille de France est perdue. L'armée française est en pleine débâcle. Les Français sont sur les routes. Le Maréchal Pétain passe du Ministère de la Guerre à la Présidence du Conseil et signe la capitulation. Dès lors, une période de collaboration débute entre le chef de l'Etat français et le Reich allemand. De confession juive, Winkler s'embarque alors avec sa famille pour les Etats-Unis. Il s'installe à New York où il fonde l'agence Presse Alliance. Il participe en outre à la rubrique politique étrangère du Washington Post et publie plusieurs ouvrages, dont The Thousand-Year Conspiracy, Secret Germany Behind the Mask, livre de 1943 dans lequel il dénonce le chauvinisme allemand qui remonte selon lui aux Chevaliers teutoniques, les ruses utilisées par le pays pour berner les citoyens Allemands, et la restructuration de l'économie allemande en pleine crise opéré par Hjal­mar Schacht et qui a conduit le peuple à sombrer dans une hystérie commune portant Hitler au pouvoir. Toujours en 1943, il co-écrit avec sa femme Betty, qui utilise le pseudonyme Etta Shiber, Paris Underground, dont l'action se déroule durant l'exode des populations françaises qui fuient l'avancée allemande. Véritable best-seller, l'ouvrage est adapté au cinéma en 1945, dans un film réalisé par Gregory Ratoff, avec Constance Bennett et Gracie Fields.

Pendant ce temps, en France, les bureaux du Journal de Mickey passe de Paris à Marseille, en Zone libre. Mais le magazine subit les affres de la guerre. Les pénuries de papier le forcent à fusionner avec une autre revue pour enfants publiée par Opera Mundi intitulée Hop-là!. Devenu Le Journal de Mickey et Hop-là! réunis, l'hebdomadaire perd également parfois ses couleurs et sa taille se retrouve considérablement diminuée en 1943. L'année 1944 est fatale puisque le magazine disparaît en juillet, avec le numéro 477.

Après la guerre, Paul Winkler revient en France et retrouve son fauteuil de directeur au sein de l'Agence Opera Mundi. En 1945, il relance ses activités avec le magazine féminin Confidences. Le 23 mars 1947, il lance un nouveau titre, Hardi présente Donald, un hebdomadaire de 8 pages qui disparaîtra après 313 numéros, le dernier datant du 22 mars 1953. En 1952, Winkler s'associe avec Armand Bigle, directeur de Walt Disney Productions - France, pour relancer le magazine Mickey Magazine, publié au Benelux et en Suisse. Le 1er juin de la même année, Le Journal de Mickey revient dans les kiosques dans une nouvelle version de 16 pages éditée par EDI MONDE, que Winkler dirige jusqu'en 1977. Le succès est au rendez-vous, la revue se vendant entre 500 000 et 700 000 exemplaires chaque semaine. Paul Winkler s'associe également avec Gérard Gauthier et crée les Editions de Trévise, qui publient en 1957 Les Sources Mystiques des Concepts Moraux de l'Occident, la traduction française de la deuxième partie de son livre The Thousand Years Conspiracy. En 1976, il achète au groupe Hachette le quotidien France-Soir, qui passe ainsi dans l'orbite de Presse Alliance. Associé à Robert Hersant, Winkler devient Directeur général et Directeur de la publication du journal.

Paul Winkler reste le patron de France-Soir jusqu'à sa mort, le 23 septembre 1982, à l'âge de 84 ans. A la tête d'un empire de la presse, il demeure aujourd'hui l'une des figures marquantes du 9ème art, celle qui a introduit la bande dessinée américaine et disneyenne dans les kiosques français et que Roy E. Disney qualifiera de « Grand ami de Mickey Mouse ». Son travail avec The Walt Disney Company lui vaut d'être récompensé à titre posthume d'un Disney Legend Award en 1997.