Pas de film ici mais une simple compilation de shows télé et de moyens-métrages
réalisés par les studios Disney entre les années 1955 et 1966. Mais
replaçons-nous, sans tarder, dans le contexte : Walt Disney, en parfait
précurseur, a vite compris tout l'intérêt du média télévision pour soutenir la
réalisation de son parc à thèmes Disneyland et en assurer ainsi le succès
populaire. Il se décide, en effet, à présenter une série hebdomadaire dénommée
Disneyland ( ! ) et revisitant les différents mondes du parc. En bon maître de
cérémonie, (et véritable VRP !), il enchante ainsi l'Amérique chaque semaine
dans une émission qui reprend sans détour les quatre thèmes du parc : de
Fantasyland, nous plongeant dans l'univers de ses films d'animation et cartoons,
à Adventureland, reprenant des documentaires animaliers ou géographiques (True
Life Adventures, People and Places), en passant par Frontierland, nous présentant
des séries "western" (Davy Crockett) et sans oublier Tomorrowland, nous
invitant dans le futur et l'espace.

C'est ce dernier thème que nous abordons dans cet excellent DVD à ranger au
titre des collectors.
Walt Disney était un homme à la fois grand visionnaire et fervent optimiste sur
le devenir de l'humanité. Passionné de technologies, il a d'ailleurs toujours
été à la pointe de la technique de l'animation. N'est-il pas le premier à avoir
"osé" un long métrage d'animation ? Il ne fut d'ailleurs pas en reste pour le
passage du muet au son de ses cartoons, l'utilisation de la couleur ou l'emploi
de la caméra multiplane... Le parc Disneyland se devait de représenter ainsi
tout ce qui le fascinait. Rien d'étonnant dans ces conditions qu'une part
entière du site, totalement inédite et révolutionnaire pour l'époque (1950),
soit consacrée à la vision que Walt se faisait du futur. Si l'avancée des
technologies avait permis le développement de la science-fiction, personne
n'avait jusqu'ici en effet osé représenter, grandeur nature, sa vision du futur.
Le succès fut à la hauteur de l'ambition : immense et généreuse.

Walt Disney confia la réalisation de trois shows télé sur la conquête de
l'espace à l'un des "Neufs Vieux Messieurs" et grand maître de l'animation, Ward Kimball. Man in space, Man and the moon et
Mars and beyond étaient nés. Ces épisodes, mêlant l'animation aux prises
de vues réelles, ont été plébiscité par le public qui y trouvait, à la fois,
une précision scientifique (en tout cas pour l'époque ! ) et une présentation
ludique, facile d'accès et profondément optimiste. Ces shows sont en fait à
l'image de Walt lui-même qui restait persuadé du bien fondé des thèses qui lui
étaient chères. L'avenir lui donnera d'ailleurs raison, pour Man in space
et Man and the moon en tous cas. D'autres épisodes de Tomorrowland,
moins ambitieux mais tout aussi bluffants, furent réalisés dans le but de
présenter les bienfaits de la science dans l'avenir de l'homme. Eyes in
outer space nous annonce - excusez du peu - un prochain contrôle du
climat tandis que Our friend the atom ne renierait en rien le
titre de propagande pour le développement du nucléaire civil.

Walt Disney fut également très impliqué dans la préparation de quatre
attractions pour l'exposition universelle de New York de 1965 qu'il recyclera
d'ailleurs dans Disneyland et plus tard dans Disney World. Magic Skyway,
sponsorisé par Ford, offrira ainsi une partie de ses dinosaures à
l'attraction, Universe of Energy, d'EPCOT à Disney World tandis que
Les grands moments avec Mr Lincoln, sponsorisé par l'état américain
d'Illinois, sera repris dans Maint Street USA à Disneyland. Mais c'est sans
aucun doute la troisième attraction qui marquera à jamais des générations de
visiteurs ! Sponsorisée par Pepsi et l'Unicef, It's a small world, (qui
bénéficie d'une chanson des frères Sherman, compositeurs incontournables de la
Compagnie à l'époque et papas de la bande-son de
Mary Poppins),
aura d'ailleurs l'honneur d'être présente dans tous les parcs Disney, sans
exception. Enfin, la quatrième attraction, The caroussel of progress,
sponsorisée par General Electrics, également mise en musique par les frères
Sherman mais réinstallée uniquement au Magic Kingdom de Disney World, résumera à
elle seule le génie de Walt Disney dans une présentation des bienfaits de
l'électricité tout au long du 20e siècle et au delà.

Walt Disney conservera tout au long de sa vie sa passion pour le futur. Il
rêvera d'ailleurs jusqu'au bout d'une ville idéale, au sein d'un complexe qu'il
appellerait Disney World, véritable vitrine de ce qu'il se faisait de mieux en
matières de technologies, d'urbanisme et d'art de vivre. Walt ira d'ailleurs
jusqu'à acquérir un immense terrain en friche à l'état de Floride pour y
construire EPCOT, dont il présente les grandes lignes dans un moyen métrage.
Mais le Maître ne verra pas son projet aboutir. Après son décès, son frère Roy
reprend néanmoins le flambeau. Pour financer le rêve fou de Walt, il entreprit
de réunir des fonds considérables et commença, comme son frère l'avait prévu,
par construire le Magic Kingdom, copie de Disneyland en Californie. Le parc
ouvrit en octobre 1971 quelques mois avant le décès Roy Disney lui-même. EPCOT
verra son inauguration repoussée finalement en 1982, mais sous la forme d'un simple parc d'attractions
comprenant une exposition universelle permanente (le World Showcase) et une
vision du futur (le Futur World). Si réussi soit-il, le parc reste ainsi à des
lieux du projet initial, jugé par trop irréaliste.

EPCOT marque la fin d'un temps : la Walt Disney Compagnie n'est plus gérée par
des visionnaires mais par de redoutables financiers qui placent le profit avant
le rêve et le défi. Ce sont ces mêmes financiers qui laissent la compagnie à la
traîne de toutes les évolutions du métiers de l'animation et font pâlir Disney
sous de flamboyants Pixar ou Dreamworks. A quand le sursaut ?
A manipuler avec le plus grand soin, tant il contient de
véritables pépites, ce DVD collector nous présente, s'il en était encore besoin,
un Walt Disney époustouflant de passions et de rêves. Conteur hors pair, le
Maître de l'Animation parvient en effet à rendre accessible au plus grand nombre
le sujet le plus obscur (la fusion nucléaire !) ou le rêve le plus fou (le
contrôle du temps). Son génie humaniste se révèle dans toute sa dimension avec
son ultime projet (EPCOT) et lui fait prendre, pour nous Français, une posture
toute particulière, proche de notre Jules VERNE national : celle de l'ultime
Visionnaire !
A voir pour continuer à espérer...