Black Panther

Titre original :
Black Panther
Production :
Marvel Studios
Date de sortie USA :
Le 16 février 2018
Genre :
Fantastique
IMAX
3-D
Réalisation :
Ryan Coogler
Musique :
Ludwig Göransson
Durée :
134 minutes

Le synopsis

Suite à la mort de son père T’Chaka, T’Challa revient dans son pays, le Wakanda, pour assumer ses responsabilités de Prince héritier et Black Panther, protecteur du pays.

La critique

rédigée par
★★★
Publiée le 17 février 2018

Avec Black Panther, Marvel Studios propose un film social et politique, ancré dans l’actualité et ambitieux dans ses thèmes. Si la formule Marvel demeure similaire avec notamment une construction prévisible, l'opus n’est pas qu’un simple nouveau volet du Marvel Cinematic Universe mais s’essaie à autre chose en se démarquant par son engagement et la portée de son propos.

Il faut dire que le personnage est, en lui-même, historique. Créé en 1966 par Stan Lee et Jack Kirby, La Panthère Noire en version française (bien que le nom soit de moins en moins traduit) apparaît dans Fantastic Four #52 en juillet 1966 et il n’est pas moins que le tout premier super-héros noir. Black Panther est ainsi le souverain du Wakanda, pays africain fictif disposant du vibranium, le plus solide des métaux ayant permis au pays de se forger une technologie de premier ordre et de rester caché aux yeux du monde. De son vrai nom T’Challa, Black Panther acquiert ses capacités à la suite d'un rite traditionnel wakandais le liant directement à Bastet, le Dieu-Panthère, divinité du Wakanda, et avec tous les anciens Black Panther du royaume.
Si le personnage est iconique des comics, il n’a droit qu’à très peu d’apparitions sur les écrans, principalement des caméos dans des séries animées telles que X-Men en 1992, Fantastic Four en 1994 ou Avengers : L'Équipe des Super-Héros en 2010. Il voit tout de même l'un de ses comics adapté en Comic Animation, Black Panther en 2010, et figure au sein du long-métrage d’animation directement sorti en vidéo Les Vengeurs Ultimate 2.
La donne change pourtant en 2016 avec Captain America : Civil War et la première apparition du personnage au cinéma, directement introduit dans le Marvel Cinematic Universe. Le film Black Panther est donc à ce titre la suite directe de Captain America : Civil War et se déroule peu de temps après ce dernier. Mais il sait se suffire à lui-même et, si c'est un atout d'avoir vu sa première apparition, son aventure dédiée reste tout à fait compréhensible y compris des néophites.

Black Panther situe ainsi son action au Wakanda et suit le prince T’Challa sur le point de devenir roi et de composer avec les coutumes et traditions de son pays. Le film dépayse dès lors son auditoire en proposant un Wakanda de toute beauté. À la fois traditionnel et futuriste, cet état fictif d’Afrique se veut inventif et en avance sur tous les autres pays du globe (États-Unis compris !) et regorge de beautés visuelles formant autant de trouvailles qui se ressentent dans ses décors et ses costumes. Rarement un long-métrage Marvel n’a su aussi bien habiller ses personnages :  armures de combats, robes aux couleurs variées, pictogrammes et maquillages ancestraux, tout est ici décidément splendide. Le spectateur assiste à une véritable plongée dans les coutumes vestimentaires africaines, et ce, même si le pays visité dans Black Panther est fictif !

Pourtant, bien plus que dans son rendu visuel, la force principale du film se trouve assurément dans son propos et dans ses thèmes. Plus ancré dans l’actualité que n’importe quel autre opus du Marvel Cinematic Universe, Black Panther, de par la volonté de son réalisateur Ryan Coogler, n’hésite, en effet, jamais à traiter de sujets sensibles.
Ryan Coogler est donc un jeune réalisateur américain à la carrière atypique. Né en 1986 à Oakland, il se destine dans un premier temps au football américain et à la chimie avant de se tourner vers l’écriture et la réalisation. Engagé dans la lutte des droits de la communauté afro-américaine, toute la filmographie de Coogler traite de ce sujet et dépeint, d’une façon ou d’une autre, les injustices dont peuvent être victimes les personnes de couleur. En témoignent ses précédents courts-métrages (Locks, The Sculptor, Fig ou encore Gap), et surtout son premier long-métrage, Fruitvale Station qui raconte les dernières heures d’Oscar Grant, un jeune Noir de 22 ans tué à la suite d'une bavure en 2009 (l'agent de police affirmant avoir simplement confondu son taser avec son arme à feu). Salué par la critique, il est ensuite approché pour réaliser Creed, l’Héritage de Rocky Balboa qui donne alors un coup de fouet à la franchise Rocky et permet à Coogler de s’affirmer avec un film à plus gros budget. Marvel Studios le contacte dans la foulée pour réaliser Black Panther. Il accepte tout de go et en devient également l’un des scénaristes, lui permettant ainsi d’ajouter sa touche personnelle à l'histoire. Black Panther est dès lors et sans aucun doute l'un des films Marvel les plus personnels du studio (avec Les Gardiens de la Galaxie et sa suite de James Gunn). C'est d'autant plus remarquable à souligner qu'il respecte un strict cahier des charges inhérent à ce genre de productions alors même qu'il ne dénote en rien avec le reste des œuvres de Ryan Coogler !

Car toute l'intrigue de Black Panther va se fonder sur l'action, ou plutôt l'inaction du Wakanda, ce pays africain qui a les moyens d'aider ses voisins opprimés, mais qui décide pourtant de rester caché. Une construction en miroir va ainsi se construire entre deux personnages qui doivent faire face à ce statu quo. T'Challa, l'enfant du pays privilégié, et Erik Killmonger, qui a vu la façon dont sont traités les Noirs aux États-Unis et dans le monde. Ce dernier est interprété par Michael B. Jordan, muse de Ryan Coogler et présent dans ses trois longs-métrages. Charismatique et disposant d'une présence physique impressionnante, ses motivations, à la fois personnelles et sociales, font de lui l'un des meilleurs méchants Marvel. Au travers de quelques dialogues tout en justesse, le personnage est, il est vrai, particulièrement bien écrit et en vole presque la vedette à T'Challa. Assurément la révélation de l'opus, bien loin des archétypes de vilain classique ! C'est grâce à ce personnage et quelques éléments clés de l'intrigue que Ryan Coogler arrive d'ailleurs à distiller son message. Racisme, exploitation, colonisation... Les thèmes brassés sont lourds de sens. Parfois au simple détour d'une phrase ou par petites allusions. Si certains crient au superficiel, il n'en reste pas moins que Black Panther a le mérite de traiter de sujets qui sont toujours, en 2018, délicats aux États-Unis. Après Luke Cage en 2016 qui épouse également la cause, Marvel livre donc un blockbuster vu par des millions de personnes à travers le monde comme pamphlet sociétal. Que les réactionnaires se rassurent pourtant vite : le film n'est évidemment pas révolutionnaire, et peut être parfois assez paradoxal avec une utilisation à tout crin de fonds verts qui recréent l'Afrique au lieu d'avoir pris le soin de tourner son action sur place (une toute petite partie a été captée en Afrique du Sud) et avec son casting presqu'entièrement américain. Mais c'est là lui faire un mauvais procès tant cela revient à lui reprocher la façon dont sont produits absolument tous les films Marvel Studios (et d'Hollywood en général) ! Nier l'impact que peut avoir Black Panther sur toute une partie de la population serait donc une erreur ethnocentrique.

L'audace de Black Panther est d'autant plus pertinente quand le film sort sous l'ère Trump et met en scène un pays supérieur aux États-Unis quelques semaines après que le Président se soit fendu d'une remarque outrancière, pour ne pas dire carrément injurieuse, sur les pays d'Afrique. Si Black Panther est bien évidemment un film dont l'enjeu sous-jacent résonnera partout dans le monde, son impact politique aux États-Unis est décuplé autant par son propos que par sa représentation des personnages noirs et afro-américains dans la pop culture en général. Black Panther est, en réalité, un événement en soi avec son casting mettant en scène des Noirs qui ne sont pas, ici, des faire-valoir, ni des truands ou des bandits, mais bien des personnages forts, charismatiques et auxquels il est possible pour n'importe quel spectateur de s'identifier. Dès lors, Black Panther, avant même sa sortie, a fait parler de lui. Couverture dans le Time (seul Spider-Man a eu cet honneur en 2000 !), actions des différentes associations pour permettre aux jeunes de quartiers défavorisés de le voir, avant-première à Harlem... Black Panther est assurément un film particulier !

Si le fond est donc bien plus intelligent qu'il n'y paraît, la forme reste, elle, somme toute très classique. Sa trame se veut simple, sans grande surprise, et l'exécution est plus ou moins cousue de fil blanc. S'il n'est pas désagréable à suivre, Black Panther déçoit quelque peu lors de son troisième acte qui accumule certains poncifs des films Marvel avec une surenchère d'éléments qui n'apportent rien au récit et viennent au contraire alourdir sa conclusion. Mais le spectacle n'en reste pas moins plaisant et l'opus peut s'appuyer sur ses personnages et leurs interprètes pour séduire quiconque le voit !

Le plus étonnant dans Black Panther est de constater que même si Chadewick Boseman est impeccable dans le rôle de T'Challa, il se fait voler la vedette par le reste du casting ! Michael B. Jordan donc, qui incarne un parfait Killmonger, mais surtout par les intervenantes féminines du film, absolument remarquables.
Danai Gurira (Michonne dans The Walking Dead) incarne ainsi la guerrière Okoye avec une grande prestance. Elle est entourée de Nakia, interprétée par Lupita Nyong'O (Queen of Katwe), qui arrive à trouver les bons mots quand T'Challa en a besoin, en plus d'être astucieuse et toujours au fait des problèmes du monde. Shuri, Letitia Wright, est, quant à elle, la petite soeur du Prince et donne à Black Panther une ambiance à la James Bond bien agréable. Enfin, Angela Bassett offre toute sa classe à la mère de T'Challa. Chose notable : ces femmes charismatiques, fortes, agissent par elles mêmes et n'ont pas besoin de figures masculines pour exister !
Les seconds rôles sont tout aussi prestigieux. Forest Whitaker n'a certes pas un immense rôle, mais l'acteur est toujours une valeur sûre pour apporter une touche unique à son personnage. Martin Freeman (Bilbo le Hobbit) reprend, pour sa part, son rôle de l'agent Ross (Captain America : Civil War) et fait face à Ulysse Klaue, déjà vu dans Avengers : L'Ère d'Ultron, toujours sous les traits d'Andy Serkis (Gollum) qui s'amuse manifestement toujours beaucoup...

Ryan Coogler a déjà montré dans Creed, l'Héritage de Rocky Balboa son amour pour les scènes d'action soignées et une réalisation posée. Le style de combat de T’Challa, dévoilé brièvement dans Captain America : Civil War, avait en plus de quoi faire espérer le meilleur pour sa première aventure solo. Le constat est malheureusement mitigé. Les plus beaux affrontements ont, en effet, lieu lorsque le masque est enlevé, dans la plus pure tradition wakandaise et savent alors se révéler prenants et marquants. Quand T’Challa enfile son costume, l’action est en revanche moins fulgurante, plus saccadée, même si se laissent entrevoir quelques chorégraphies bien senties. Certes - et c'est dit - Coogler n'est ici manifestement pas à son meilleur niveau : il sait néanmoins proposer des séquences intéressantes et de vrais beaux plans.
Là où le bat blesse, c'est sur les effets spéciaux. Marvel Studios est décidément imprévisible lorsqu'il s'agit des effets de ses films, capable du pire comme du meilleur. Avec Black Panther, l'ensemble est correct et le Wakanda de toute beauté mais il est regrettable de voir certaines incrustations de personnages sur fond verts carrément ratées, des éléments en numérique qui font tache et une photographie pas toujours maîtrisée et dont le mauvais contraste entre l'arrière-plan et le personnage se ressent trop souvent.
Le film saura toutefois gagner quelques points avec sa musique. La bande originale de Ludwig Göransson alterne, en effet, entre compositions classiques et sonorités africaines, et l'album composé autour du film par Kendrick Lamar accumule lui de beaux noms et de solides qualités musicales.

Black Panther est un film surprenant. Derrière son classicisme, se cache un propos ambitieux servi par des personnages bien écrits et aux motivations concrètes. Une belle façon pour Marvel de toucher un nouveau public et d'introduire, pour de bon, son tout premier super-héros noir !

Les personnages

1966
BD

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