Halloween 6
La Malédiction de Michael Myers

Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers
L'affiche du film
Titre original :
Halloween : The Curse of Michael Myers
Production :
Dimension Films
Nightfall Productions
Trancas International
Date de sortie USA :
Le 29 septembre 1995
Genre :
Horreur
Réalisation :
Joe Chappelle
Musique :
Alan Howarth
Durée :
88 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Six ans se sont écoulés depuis la disparition du tueur en série Michael Myers et de sa nièce, Jamie Lloyd, tous deux retenus en otage par une mystérieuse secte. Quand le 30 octobre 1995, Jamie donne naissance à un bébé, le culte souhaite le sacrifier. Pour le protéger, la jeune femme prend donc la fuite avec son enfant et appelle une nouvelle fois le docteur Loomis à l'aide. Libéré par la secte, Michael Myers se lance à leur poursuite, décidé à supprimer les derniers membres encore vivants de sa famille.

La critique

rédigée par
Publiée le 11 octobre 2020

Quand le réalisateur John Carpenter présente, en 1978, son film Halloween, la Nuit des Masques, à un public avide de sensations fortes, rien ne prédestinait Michael Myers, l'antagoniste, à devenir un symbole du cinéma d'horreur. Une démarche lente et menaçante, un masque pâle et inexpressif, un visage inconnu, le personnage a en effet donné des sueurs froides à une génération de spectateurs et a contribué à la naissance, puis la popularisation, du slasher, un sous-genre dans lequel des innocents sont traqués puis assassinés par un tueur psychopathe. Réapparu sur grand écran à coup de suites aux qualités variables, Michael Myers est ensuite entré au panthéon des monstres du cinéma qui, progressivement, se sont inscrits dans la culture populaire et continuent de fasciner les amateurs de film d'horreur.
Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers est ainsi un énième volet des aventures du tueur au masque blanc. Sorti dans les années 1990, à une époque où le slasher n’attirait plus les foules, le film est le premier de la franchise à être produit par Miramax Films, alors propriété de Disney, via sa division spécialisée dans les films d’horreur et fantastique, Dimension Films. Considéré comme l’opus le plus faible de la franchise, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers est un long-métrage qui porte bien son nom, de par sa genèse et les multiples difficultés rencontrées pendant et après le tournage. Un volet qui a failli enterrer la saga et mettre un terme à la carrière de Michael Myers au cinéma.

Créé par John Carpenter et la scénariste Debra Hill pour leur film Halloween, la Nuit des Masques, Michael Myers est donc un criminel qui, le 31 octobre 1963, a assassiné sa soeur Judith à coups de couteau alors qu’il n’était qu’un enfant. Incapable d’expliquer son geste, il est placé en hôpital psychiatrique où il grandit jusqu’à sa majorité, plongé dans le mutisme. Quinze ans plus tard, lors de son transfert à la prison fédérale, Michael réussit à s’échapper et retourne à Haddonfield, sa ville natale, dont les habitants s’apprêtent à fêter Halloween, et ce pour y commettre de nouveaux meurtres. En chemin, il tue un mécanicien pour lui voler son uniforme et lui dérobe plusieurs couteaux, ainsi qu’un masque blanc pour dissimuler son visage. Poursuivi par la police et son psychiatre, le docteur Samuel Loomis, Michael Myers passera son temps à traquer et harceler un groupe d’adolescentes, dont Laurie Strode, une jeune femme qui s’apprête à faire du babysitting et à laquelle le tueur semble mystérieusement lié.
Invulnérable, sans pitié, agressif et non identifiable, Michael Myers, par son “absence” de visage, a réveillé chez les spectateurs leur peur de l’inconnu et du monde extérieur, des élément qui ont grandement contribué au succès du film. Produit à petit budget et tourné en seulement quelques semaines, Halloween, la Nuit des Masques connaît en effet un véritable plébiscite auprès des amateurs du genre et reste aujourd’hui considéré comme un classique. Le film a entre autres lancé les carrières de Jamie Lee Curtis (Un Poisson Nommé Wanda, Freaky Friday : Dans la Peau de ma Mère, Encore Toi ! (You Again)), interprète de Laurie Strode et donné un second souffle à celle de Donald Pleasance (On Ne Vit Que Deux Fois, THX 1138, La Montagne Ensorcelée), éternel docteur Loomis. Les résultats au box-office - plus de 50 millions de dollars - et l’intérêt grandissant du public pour Michael Myers ont donc encouragé John Carpenter à plancher sur une suite, le métrage s’achevant sur un fin ouverte.

Halloween II (1981) est cette fois-ci réalisé par Rick Rosenthal, avec toujours Carpenter aux commandes du scénario et derrière la production. L'opus reprend là où le précédent chapitre se terminait, avec Michael Myers évanoui dans la nature après avoir tenté de tuer Laurie Strode, celle-ci étant sauvée de justesse par le docteur Loomis et transportée d’urgence à l’hôpital. Alors que la nuit d’Halloween se poursuit à Haddonfield et que les forces de l’ordre peinent à le neutraliser faisant de macabres découvertes, Michael réussit à retrouver la trace de Laurie, la seule à lui avoir échappé jusqu’à présent. Et c’est au cours de ce volet que le public découvre le mobile de Michael : Laurie est sa soeur cadette ! Leurs parents étant décédés dans un accident alors qu’elle était encore un nourrisson, elle a tout simplement été adoptée par les Strode et ne connaît pas ses origines. Après avoir assassiné Judith dans sa jeunesse, Michael s’est donc échappé pour achever son oeuvre et ôter la vie au dernier membre de sa famille.
S’il ne reçoit pas le même accueil, Halloween II confirme la popularité du tueur et clôt, pendant un temps, le chapitre Michael Myers, l'opus s’achevant sur sa mort présumée et celle du docteur Loomis dans un incendie causé par ce dernier pour sauver la malheureuse Laurie. Une nouvelle suite est envisagée, mais la réception mitigée du second volet pousse Carpenter à abandonner le personnage de Michael et créer une anthologie de films d’horreur ayant pour point commun la fête d’Halloween. Un an plus tard, Halloween III : Le Sang du Sorcier débarque ainsi en salles avec une intrigue différente. Laissant de côté le slasher pour une approche plus fantastique, ce troisième film narre l’enquête du docteur Dan Challis sur les activités meurtrières de Conal Cochran, un fabricant de jouets. De nouveau produit par Carpenter et Debra Hill, avec Tommy Lee Wallace à la caméra, Halloween III : Le Sang du Sorcier signe hélas un semi-échec en salles et n’atteint pas les scores des précédents volets.

Le public n’adhère en réalité pas à la direction prise par la franchise et regrette l’absence de Michael Myers, tandis que les critiques reprochent l’excès de gore et les scènes de violence envers des enfants. Malgré une réception critique désastreuse, l'opus gagnera toutefois en popularité au fil des années et reste aujourd’hui vu comme un chapitre “à part” de la saga. Déçu des résultats et du rejet des spectateurs, John Carpenter laisse tomber la franchise et en cède les droits au producteur Mustapha Akkad, qui a déjà travaillé sur les trois volets. La saga demeure ensuite en sommeil jusqu’au milieu des années 1980 et l’intervention de Paul Freeman, qui fait ses débuts dans la production. Ce dernier, devant l’intérêt des spectateurs pour les figures de l’horreur comme Freddy Krueger, Jason Voorhees ou Leatherface, propose en effet de relancer la franchise Halloween en faisant renaître Michael Myers de ses cendres. L’idée séduit fortement Mustapha Akkad et un quatrième volet est mis en chantier.
Jamie Lee Curtis est un temps pressentie pour reprendre le rôle de Laurie Strode, mais l’actrice décline la proposition, lassée de jouer dans des films d’horreur et souhaitant casser son image de “scream queen”. Son personnage est donc tué et les scénaristes créent celui de Jamie Lloyd, fille de feu Laurie Strode, adoptée par une nouvelle famille après la mort de sa mère dans un accident de voiture. Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers (1988), réalisé par Dwight H. Little, marque ainsi les retrouvailles du public et du croque-mitaine. L’intrigue prend place dix ans après les événements d’Halloween II, période pendant laquelle le psychopathe fut plongé dans le coma après l’explosion de l’hôpital. Lors de son transfert à la prison, Michael se réveille et assassine le personnel avant de prendre la fuite. Il apprend alors qu’il a une nièce, Jamie Lloyd, qui réside à Haddonfield avec les Carruthers, sa famille d’accueil. Le docteur Loomis, toujours incarné par Donald Pleasence et qui a survécu à ses blessures, est mis au courant de la situation et alerte les forces de l’ordre, ainsi que les Carruthers. Une nouvelle nuit de terreur peut commencer.

S’il est loin d’égaler les résultats des deux premiers volets, Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers reçoit un accueil critique assez positif. Le film, beaucoup plus centré sur l’action, permet en fait de réconcilier les spectateurs avec la franchise tout en séduisant un public plus contemporain. Il rencontre un petit succès au box-office, ainsi qu’en vidéo, même s’il n’atteint pas les scores de ses prédécesseurs. Devant ce regain d’intérêt pour Michael Myers, Mustapha Akkad souhaite capitaliser sur ce succès et annonce la mise en chantier d’une autre suite pour une sortie en octobre 1989, un an à peine après le quatrième volet. Cet empressement s’explique principalement par l’essoufflement des franchises concurrentes Vendredi 13 ou la série des Freddy, et la crainte de voir Halloween subir le même sort. La production et le tournage du film commencent ainsi tandis que le scénario n’est pas terminé ; Dominique Othenin-Girard, un réalisateur alors inconnu au bataillon et sans grande expérience, étant choisi pour le mettre en scène tout en respectant les limitations de budget.
Produit dans la précipitation, tourné sans que le script ne soit prêt, Halloween 5 : La Revanche de Michael Myers (1989) est une déception pour les fans de la série. Le film devait originellement voir Jamie suivre les traces de son oncle, mais les producteurs voulaient absolument conserver Michael comme antagoniste. Ce dernier étant mort dans les derniers instants du quatrième épisode, les scénaristes ont dû trouver comment le ressusciter. Ne tenant pas compte de la fin du précédent, qui voyait la petite Jamie assassiner froidement sa mère adoptive sous les yeux horrifiés des derniers survivants, le 5e opus est un slasher banal où Michael Myers est en pilotage automatique, ne poursuit plus un but et massacre tout ce qui lui passe sous la main. Ennuyeux, bâclé et sans enjeu, le film marque le début du déclin de la franchise et rencontre un succès très relatif en salles, au point qu’il est distribué directement en vidéo en Europe, après une sortie limitée dans certains pays. Malgré cela, les ayants droit ne se découragent pas et parlent d’un sixième volet, qui mettra six ans à voir le jour.

Mustapha Akkad se met, il est vrai, à la recherche d’un scénario valable. Après plusieurs propositions infructueuses, de nombreux soucis juridiques et financiers dus à l’échec du cinquième film mettent un frein au processus. Le projet est alors mis en suspens pendant plusieurs mois jusqu’au rachat, en 1994, des droits de Halloween par la société de production Miramax Films, qui fait en plus l’acquisition de la saga Hellraiser. Le sixième volet est dès lors mis en chantier via les studios Dimension Films. À cet instant, Mustapha Akkad tombe sur un script intitulé Halloween 666, écrit par Daniel Farrands. Passionné par la saga, ce dernier s’était lancé en solitaire dans la rédaction d’un scénario qu’il avait envoyé aux studios. Pour cela, il avait créé une ligne temporelle, inventé une biographie pour chaque personnage ainsi qu’un arbre généalogique des familles Myers et Strode, et effectué des recherches sur le symbole “Thorn”, apparu brièvement sur le poignet de Michael Myers dans Halloween 5 : La Revanche de Michael Myers. Ses travaux visaient à lier tous les films entre eux et offrir une vraie cohérence à une franchise devenue complexe.
Faute de réponse, Farrands était passé à autre chose, mais changera immédiatement d’avis lorsqu’Akkad, fasciné par son travail de recherche, lui confiera l’écriture du nouveau film. En juin 1994, Farrands reprend donc ses écrits, le tournage étant prévu pour octobre. Il se donne pour mission de relier les épisodes 4 et 5 aux deux premiers et d’ouvrir la voie à d’autres chapitres en explorant de nouvelles thématiques jamais abordées dans la saga. L'épisode précédent s’achevait dans un bain de sang : Michael Myers est enchaîné dans une cellule du commissariat d’Haddonfield après une nouvelle tuerie, mais un mystérieux homme en noir, apparu à quelques reprises au cours du film, se présente à l’accueil. Ce dernier ouvre le feu et fait plusieurs morts, avant de se diriger vers la cellule où le tueur est emprisonné. Lorsque Jamie, restée seule à l’extérieur, retourne dans l’immeuble, elle découvre les corps des policiers et constate avec horreur que son oncle s’est échappé et se retrouve de nouveau dans la nature. Daniel Farrands doit alors répondre à différentes questions restées sans réponse à la fin de l’épisode précédent, notamment l’identité de l’homme en noir et le symbole "Thorn", mais les auteurs du film sont bien incapables de lui fournir ces informations.

Le scénariste livre alors une dizaine de versions afin d’imbriquer au mieux ce sixième volet à la mythologie et ce en dépit des contraintes budgétaires imposées par Dimension Films. Il imagine une secte qui aurait placé une malédiction sur Michael Myers par un symbole sur son poignet en se basant sur un dialogue d’une courte séquence de Halloween II. Ce sort serait les raisons de sa rage meurtrière et de son immortalité. Il utilise également quelques éléments présents dans la novélisation du premier film, écrite par Curtis Richards, dont le druidisme et les voix entendues par Michael. En vrai fan de la franchise, il dresse même un profil psychologique du tueur en série pour expliquer ses motivations. Daniel Farrands fait ainsi revenir pour l’occasion certains personnages apparus au cours des épisodes : le docteur Wynn, collègue de Samuel Loomis, vu brièvement dans le premier volet, ou encore Tommy Doyle, le petit garçon gardé par Laurie Strode le soir d’Halloween 1978, devenu adulte, encore traumatisé par les événements et dont la mission sera de protéger le fils de Jamie Lloyd. Du côté des personnages historiques, Samuel Loomis et Jamie Lloyd sont de la partie, avec un rôle central au sein de l’intrigue. D’autres héros, jusqu’ici évoqués dans la saga, sont ajoutés, comme les Strode, famille adoptive de Laurie.
Il finit par présenter la version finale de son script à temps et les phases de casting peuvent enfin débuter. Sans surprise, Donald Pleasance reprend le rôle de l’increvable Samuel Loomis. Les choses sont en revanche plus compliquées pour trouver celle qui interprétera pour la dernière fois Jamie Lloyd au cinéma. Danielle Harris, qui campait le personnage dans les quatrième et cinquième films, contacte immédiatement le producteur Paul Freeman. L’actrice est aussitôt choisie, mais n’est pas satisfaite du sort réservé à son personnage. De plus, la jeune femme, âgée de 17 ans, s’est faite émanciper pour pouvoir jouer dans le film et devait désormais être payée comme une adulte. Déçue par le scénario et méprisée par les producteurs pour ses exigences salariales, Danielle Harris est gentiment remerciée par Farrands et Freeman. L’actrice prendra sa revanche sur eux en jouant un personnage clé dans le remake d’Halloween par Rob Zombie en 2007 et sa suite en 2009. D’autres comédiennes se présenteront pour récupérer le rôle, comme Denise Richards (Starship Troopers, Sexcrimes, Le Monde ne Suffit Pas) ou Rose McGowan (California Man, Scream, Grindhouse). Finalement, le choix se portera sur J.C. Brandy, peu connue du grand public et jusqu’ici habituée des fictions télévisées.

Pour incarner Tommy Doyle adulte, les producteurs voulaient Brian Andrews, qui jouait le petit garçon dans le film de Carpenter. Cependant, n’ayant pas d’agent, ce dernier est introuvable. Le rôle échoue donc à un tout jeune Paul Rudd, célèbre Scott Lang alias Ant-Man du Marvel Cinematic Universe et découvert à l’époque dans le film Clueless et la série Les Soeurs Reed. Le personnage féminin principal, Kara Strode, est attribuée à Marianne Hagan, qui tient ici son premier rôle au cinéma. Pour le docteur Terence Wynn, Farrands souhaite absolument à ce que Bob et Harvey Weinstein, exécutifs de Dimension Films, engagent Christopher Lee, inoubliable Comte Dooku et Saroumane des sagas Star Wars et Le Seigneur des Anneaux. Pour l’anecdote, l’acteur était le premier choix de John Carpenter pour incarner Loomis lorsqu’il tournait Halloween, la Nuit des Masques, mais il avait dû refuser l’offre, trouvant le scénario trop brouillon. Une fois encore, Christopher Lee déclinera l’opportunité de jouer dans la saga à cause d’un planning trop chargé et Terence Wynn sera interprété par Mitchell Ryan (L’Arme Fatale, Judge Dredd, Menteur Menteur).
Après avoir proposé la réalisation de ce sixième volet à Fred Walton (Terreur Sur la Ligne, Week-End de Terreur) et Scott Spiegel (Intruder, Une Nuit en Enfer 2 : Le Prix du Sang, scénariste sur Evil Dead 2), Miramax Films et Dimension Films portent leur choix sur Joe Chappelle, un tout jeune metteur en scène qui vient de sortir son premier long-métrage, Thieves Quartet, un film de gangsters sorti directement en vidéo. Par la suite, il s’illustrera dans le genre horrifique en tournant Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers, puis Phantoms (1998) et The Skulls 2 (2002), toujours pour Miramax Films. Il réalise quelques scènes supplémentaires pour les besoins du film Hellraiser : Bloodline (1996) et retourne au thriller avec Takedown (2000). C’est pourtant essentiellement à la télévision que Joe Chappelle se fera un nom : il réalise en effet de nombreux épisodes pour des séries dont Sur Écoute, Les Experts : Miami, Les Experts : Manhattan, Fringe, Godfather of Harlem, Manifest ou encore Chicago Fire, sur laquelle il travaille en tant que producteur exécutif. En 2019, il signe son retour au cinéma après quelques années d’absence avec le drame politique indépendant An Acceptable Loss. Malgré ses quelques doutes sur le scénario de Daniel Farrands, Joe Chappelle accepte le poste et prend les rênes d'Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers.

Tout semble partir sur de bons rails, mais il est impossible de traiter d’Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers sans évoquer les multiples difficultés rencontrées en coulisses, des prises de vue à la post-production. Dès le début du tournage, étalé entre octobre et décembre 1994 à Salt Lake City, la ville est en effet touchée par des tempêtes de neige, ce qui oblige la production à tourner exclusivement en intérieur alors même que la majorité des scènes devait se dérouler à l’extérieur. Autre souci majeur, le producteur Paul Freeman et Joe Chappelle ont une vision différente du film et demandent fréquemment à Daniel Farrands de revoir son script, notamment la conclusion. Le scénario se voit ainsi réécrit jour après jour et plusieurs scènes filmées la veille étaient tout bonnement supprimées le lendemain, conduisant les acteurs à tourner de nouvelles séquences avec de nouveaux dialogues et d’autres actions. Paul Freeman allait jusqu’à renvoyer toutes les équipes techniques chez elles à plusieurs reprises pour passer lui-même derrière la caméra et prendre la casquette de réalisateur de seconde équipe, au nez et à la barbe de Joe Chappelle. Ces tensions poussèrent la société-mère de Dimension Films, Miramax Films, à reprendre la production et ordonner à ce que le tournage reparte de zéro.
Le tournage s’achève alors dans une ambiance glaciale. Paul Freeman ne veut toutefois pas en rester là. Une fois le film mis en boîte, le producteur entend bien imposer ses idées en post-production. Malheureusement, le décès brutal de Donald Pleasance en février 1995 vient troubler la phase de montage. Un dilemme s’impose alors au réalisateur et Dimension Films : le métrage donne beaucoup d’importance au personnage du docteur Loomis tandis que la conclusion lui attribue un rôle central pour une éventuelle suite. Joe Chappelle fait ainsi part de ses doutes aux studios et considère le résultat final trop “lent” et “bavard”. La première mouture du film, projetée devant un public-test composé exclusivement d’adolescents et de jeunes adultes début 1995 reçoit des avis majoritairement négatifs, les spectateurs réclamant plus de gore et moins de mysticisme. Cette version tombera progressivement dans l’oubli et les studios renvoient l’équipe en tournage sur-le-champ pour filmer de nouvelles scènes. Craignant un échec en salles, les producteurs souhaitent en effet un opus plus horrifique et sanglant qu’ésotérique. Tout juste sorti du remontage catastrophe du film Hellraiser : Bloodline, également produit par Dimension Films et abandonné par son réalisateur, Joe Chappelle revient donc sur Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers entre juillet et août 1995.

Encouragé par la production, Joe Chappelle s’en donne à cœur joie : il coupe plus de quarante minutes de métrage et remonte certaines séquences privilégiant le suspense afin de les rendre plus tendues et violentes. Le temps de présence de Donald Pleasance est limité au maximum et le docteur Wynn quasiment absent. Certains flashbacks explicatifs disparaissent, la présence de la secte est réduite et les références au symbole “Thorn” sont supprimées. Des pans entiers du film passent à la trappe et de nouvelles séquences sont tournées pour plus d’action et d’hémoglobine : la tête de Monsieur Strode explose alors que le personnage mourait simplement électrocuté, un médecin est écrasé contre une grille métallique, Jamie n’est plus assassinée à l’hôpital mais se fait brutalement exécuter au bout de vingt minutes. L’épilogue du film est également entièrement retourné et occulte toute référence à la secte, pourtant élément central du scénario. Au final, Chappelle mettra plusieurs semaines à rendre un travail qui puisse satisfaire les producteurs. Sa version, connue sous le nom “Director’s Cut”, est celle diffusée dans les salles de cinéma, la seule considérée comme officielle et disponible dans le commerce. La version présentée au public test, dite “Producer’s Cut” sera elle commercialisée bien des années plus tard.
Aujourd'hui, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers pâtit d'une bien triste réputation auprès des fans de la série. Vendu comme l'opus qui répondrait à toutes les questions sur la folie meurtrière de son personnage principal, le film fait plus parler de lui pour sa conception chaotique que pour ses qualités. L'intention de Daniel Farrands était pourtant louable et aurait pu contenter grand nombre d'amateurs du genre, voire contribuer à la renaissance de Michael Myers. Malgré les multiples défauts du volet précédent, le scénariste cherchait en effet à donner un second souffle à la saga en reliant les films entre eux tout en respectant une certaine logique. Hélas, le résultat final est surtout représentatif des divergences d'opinion et d'une guerre d'ego entre producteurs et réalisateurs sur ce à quoi ce sixième chapitre devait ressembler et ce qu'il devait raconter au mépris du spectateur. Le produit existe donc sous différentes versions, qui circulent encore aujourd’hui sur la toile, et témoigne des changements de direction subis en post-production. Ces disputes créatives ont clairement anéanti le film qui, dans sa volonté de trouver un sens à la franchise, se perd au fil des minutes et finit par lasser à force de verser dans l'horreur graphique, les incohérences grossières et le suspense facile. Conçu comme une suite directe du final du précédent volet, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers cherche à donner une explication aux agissements de Michael Myers et son acharnement sur sa famille à chaque fête d’Halloween.

Il voulait en fait reposer sur une légende moyenâgeuse qui contait qu'un démon celte faisait chanter les tribus en lançant sur elles une malédiction redoutable si un sacrifice n’était pas perpétré en son nom. Le sacrifice devait être celui d’une famille tout entière : un enfant de cette famille devait en effet devenir le réceptacle du mal, et le mal changerait de famille lorsque l’enfant aurait tué tous ses proches ! Michael serait donc frappé par cette malédiction. Du côté des Myers, Jamie, nièce de Michael, est ainsi la dernière membre de la famille encore en vie. Le volet précédent devait se conclure sur l’enlèvement de la jeune fille par l’homme en noir qui venait de libérer son oncle de prison, mais la scène ne fut pas gardée au montage. Le sixième opus s’ouvre donc sur Jamie, retenue captive et qui s’apprête à donner naissance à un bébé convoité par la secte. Avec l’aide d’une infirmière, elle parvient à s’enfuir avec son enfant, qu’elle réussit à mettre à l'abri avant d’être assassinée par son psychopathe d’oncle. Le bébé se voit alors recueilli par Tommy Doyle qui, quelques années plus tôt, était gardée par Laurie Strode, le soir même où celle-ci avait rencontré le tueur. Encore traumatisé par Myers, Tommy contacte le Dr. Loomis pour l’aider à protéger l’enfant de Jamie et celui de Kara Strode, nièce de la famille adoptive de Laurie, qui ont emménagé dans l’ancienne maison des Myers. Car une fois que la malédiction des Myers prendra fin, celle des Strode devra commencer.
Avec autant d’éléments et une intrigue si complexe, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers se tire une balle dans le pied. Grandement handicapé par des coupes drastiques, le film se résume, il est vrai, en une accumulation de scènes sans queue ni tête. Les incohérences sont nombreuses, ce qui rend l'histoire totalement incompréhensible tant les séquences s’enchaînent sans suivre un ordre logique. Le spectateur venu chercher un divertissement ou une fiction horrifique aura intérêt à s’accrocher s’il veut pouvoir suivre le film sans être perdu ! Dans sa globalité, l’ensemble fait plus office d’ébauche de ce à quoi le sixième opus devait vraiment ressembler, laissant un désagréable goût d’inachevé. Le scénario veut apporter du sang neuf en plaçant un nouvel axe narratif, de nouveaux personnages, sortis pour certains de nulle part ou inventés de toutes pièces, et une menace, elle bien connue et toujours présente. En voulant ajouter une dimension plus sombre et surnaturelle à la saga, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers démarre sous les meilleurs auspices, même si le public le plus aguerri sait déjà en partie à quoi s’attendre. À l’arrivée, il n’apporte presque aucune surprise : Myers cherche encore à éliminer un membre de sa famille, des scientifiques tournent autour du psychopathe sans objectif précis ni véritable enjeu, le Docteur Loomis essaie pour la énième fois d’arrêter la frénésie meurtrière de son ancien patient, tandis qu’un nouvel innocent doit être protégé.

Ce n’est pourtant pas faute de vouloir explorer des thématiques ambitieuses, encore jamais abordées dans la saga. Pour cela, le scénario de Daniel Farrands avait tout prévu : druides, rituels sataniques, runes… À la place, le rendu final est un terrifiant assemblage d’idées plus ou moins bonnes, sans ligne directrice ni logique. Le film lance des pistes qui n’aboutissent jamais et laisse avec plus de questions que de réponses. Si la post-production catastrophique permet de comprendre les innombrables défauts, elle n’excuse en rien le calvaire enduré par le spectateur, qui risque de décrocher rapidement. Ainsi, certains personnages clés du récit vont et viennent sans réel but et semblent faire de la figuration, tandis que d’autres sont introduits pour ne plus jamais réapparaître, comme Terence Wynn, ou sont simplement présents pour se faire exécuter par Michael Myers en cours de route. Pour exemple, le docteur Loomis, présent dans le premier acte, disparaît complètement du métrage sans raison, avant de revenir comme par enchantement quelques secondes pendant le final. Le pire sort est celui réservé à Jamie Lloyd. Pourtant centrale dans les deux précédents volets, la jeune femme est supprimée dès le début du métrage, comme un élément gênant que les producteurs voulaient vite éjecter du récit, alors que les premières versions du scénario lui attribuaient un rôle nettement plus conséquent. Les fans du personnage risquent d’être fortement déçus du traitement de leur héroïne.
Que dire également de la famille Strode ? Invisibles ou simplement évoqués jusqu’à présent, ses membres font une bien triste entrée dans la franchise. Mal travaillés, simplement là pour faire le lien avec les autres films, ils ont tout simplement l’air d’être ici par obligation et n’inspirent aucune sympathie. Le scénario n’arrive pas à les rendre attachants ou à leur donner de l’intérêt. À un certain moment, il devient même difficile d’avoir de la compassion pour eux tant ils enchaînent les décisions ridicules, comme celle d'emménager dans l’ancienne maison des Myers ! Seuls Kara Strode et son fils Danny sortent leur épingle du jeu, mais là encore, le film ne sait pas toujours quoi faire d’eux et les deux personnages avancent en pilotage automatique. Le spectateur a ainsi du mal à saisir l’acharnement de Michael Myers envers Danny, les raisons pour lesquelles la secte s’intéresse tant au jeune garçon et notamment la malédiction qui plane sur lui. Kara Strode, en mère courage et protectrice, fait en revanche partie des points positifs du film. Si elle semble surtout avoir été créée pour compenser l’absence de Laurie Strode, censée être morte entre Halloween II et Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers, son duo avec Tommy Doyle lui donne de l’épaisseur et permet au spectateur de sortir de sa torpeur, malgré des dialogues et un scénario qui ne savent pas toujours la mettre en valeur.

Au milieu de tout cela, le Docteur Loomis paraît dépassé par les événements et le film ne sait pas exactement quoi en faire. Le célèbre psychiatre est surtout présent par obligation, bien que Donald Pleasance prenne visiblement toujours du plaisir à incarner le personnage. Débordé mais déterminé à arrêter de nouveau Michael Myers et les plans machiavéliques de ses geôliers, il paraît néanmoins fatigué et épuisé. L'acteur étant malade sur le tournage puis décédé peu de temps après la fin des prises de vue - il ne verra d'ailleurs jamais le film -, sa prestation inspire alors autant l'admiration que la sympathie. Aussi, il est presque impardonnable que Joe Chappelle ait supprimé une grande partie de ses scènes, le réalisateur arguant qu'elles ralentissaient beaucoup trop le métrage. Tommy Doyle, en digne successeur de Loomis dans la lutte contre le boogeyman, est bien plus énergique et engagé que son modèle et constitue le vrai renouveau envisagé par Farrands dans la saga. Malgré la performance parfois surjouée de son interprète et des propos souvent loufoques, le jeune homme emporte vite l'adhésion. Obsédé par les événements qui ont marqué la ville d'Haddonfield dont il a été témoin quelques années plus tôt, il n'a cessé de chercher la vérité sur Michael Myers et le public, voulant lui aussi des réponses sur les agissements du tueur, peut aisément s'identifier à lui.
Dans toute cette agitation, le pauvre Michael Myers n'est plus que l'ombre de lui-même et a bien des difficultés à inspirer la peur. Le tueur semble perdu, erre sans véritable but, part dans tous les sens sans influencer le cours de l’histoire et se contente d'exécuter tout ce qui bouge. Après un début en fanfare où le personnage retrouve sa cruauté et son sadisme légendaire, le film échoue à le rendre menaçant au fil des minutes. Là où John Carpenter, dans le premier volet, se contentait de jouer sur l'aspect fantomatique, inquiétant du personnage, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers ne se gêne pas pour montrer le tueur sous toutes ses coutures. Le mystère n'est plus et chaque apparition ne provoque plus vraiment la peur, les situations sont tellement attendues que le film en devient prévisible. Ceci dit, la gratuité des meurtres, l'abus de plans gores et sanglants plairont sûrement aux amateurs d'horreur. De ce point de vue, le métrage sait contenter son public, les mises à mort faisant partie des plus violentes jamais vues dans la saga. Le personnage n'est plus tapi dans l'ombre et se rapproche de Jason Vorrhees, dont la saga était aussi à l'agonie, tant le film joue sur son aspect "brutal". Mais si le but de Joe Chappelle était de développer le côté maléfique et fantastique de son "méchant", il ne réussit qu'à le ridiculiser davantage.

L’autre point problématique du film est son scénario, ou du moins ce qu’il en reste après tout le travail de réécriture. Déjà bien maltraité par Paul Freeman, le script a perdu toute notion de suspense et de tension. Trop de changements ont été effectués si bien que l’ensemble ne se tient plus avec la moindre cohérence. Le film fait l’impasse sur tant de pans essentiels de l’intrigue que le spectateur ne comprend plus ce qui se déroule sous ses yeux et ne prend plus aucun plaisir à suivre. L’identité de l’homme en noir et du père de l’enfant de Jamie, les raisons de son enlèvement et les objectifs de la secte envers Michael, mieux traités dans la version “Producer’s Cut” et seulement évoqués dans le montage final, sont autant d'éléments qui ne trouvent pas de résolution à la conclusion du film. L’emploi de personnages sous-exploités dans les précédents volets n’est pas toujours justifié et ne tend qu’à complexifier une histoire qui l’est déjà beaucoup trop. À force, il est impossible, par moments, de prendre cette notion de malédiction au sérieux, alors qu'au fond, le métrage ne manque pas de tentatives pour rendre son récit crédible et apporter des explications sur toute la mythologie de la saga. Las, dès que le film amorce une idée, le script ne prend pas le temps de la développer et passe automatiquement à autre chose. Tout va trop vite et, au final, rien ne se passe.
Et que dire également de ce final qui n’en est pas un ? Réduit à devoir modifier la conclusion suite à une confrontation animée avec les producteurs, Joe Chappelle doit se plier à leurs exigences. Le casting est réuni en urgence avec une nouvelle équipe technique pour tourner de nouvelles scènes... qui trahissent la vision de Farrands ! Place désormais à la poursuite de Kara, Danny et l’enfant de Jamie par Michael Myers et la lutte de Tommy contre le croquemitaine. Pour le docteur Loomis, le réalisateur est contraint de faire avec les scènes que Donald Pleasance a eu le temps de tourner. Seuls quelques rushs seront conservés, alors que le personnage a des séquences plus consistantes dans la version initiale et jouait un rôle prépondérant dans la dernière partie. Dans ce final, après que Tommy a maîtrisé Michael grâce au pouvoir de runes, le docteur Loomis retourne dans l’hôpital Smith’s Grove et découvre Wynn sous le masque du tueur. Ce dernier prononce une incantation et fait de Loomis le nouveau protecteur de Michael. La marque maudite apparaît sur le poignet du docteur, qui pousse un cri de désespoir, conservé dans la version cinéma. Si les deux versions laissent penser à une nouvelle évasion du tueur, la fin originelle, bien que rocambolesque, est nettement moins brutale que celle rafistolée en catastrophe, comme si l’équipe était pressée de se débarrasser du film au plus vite.

Ce n’est pas non plus sur sa réalisation qu’Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers peut se rattraper. Le travail de Joe Chappelle, qui tourne ici son deuxième film, fait le nécessaire pour maintenir le public éveillé, même si le metteur en scène ne met pas toujours du cœur à l’ouvrage. L’influence ou la pression exercée par les frères Weinstein, alors dirigeants de Dimension Films, peuvent expliquer le manque de motivation de Chappelle déjà peu emballé par un scénario qu'il jugeait inadaptable et dont il a effectué non sans gêne des modifications, parfois même sans consulter Daniel Farrands. En résulte un métrage épileptique, schizophrène, aux images filmées de manière paresseuse, des cadrages assez pauvres et un éclairage bâclé voire totalement aléatoire au cours des scènes de terreur, notamment dans la dernière partie, où les couloirs de Smith’s Grove prennent des allures de boîte de nuit. Joe Chappelle, désireux de rythmer son film, veut de l’action là où il aurait été judicieux d’instaurer une ambiance et un suspense progressifs. Il serait tout de même injuste de lui en vouloir, le réalisateur n’ayant pratiquement aucune marge de manœuvre une fois les reshoots demandés et étant réduit à suivre un cahier des charges imposé par les producteurs qui, prétextant des restrictions de budget, ont vidé le film d’une partie de son identité.
Pour la bande originale qui elle aussi subit les errances de la production, l’équipe fait appel aux services d’Alan Howarth. Compositeur du thème musical de la série depuis Halloween II et collaborateur de John Carpenter sur la majorité de ses films (New York 1997, Christine, Le Prince des Ténèbres, Invasion Los Angeles), il a également travaillé sur les effets spéciaux sonores de la franchise Star Trek, ainsi que Poltergeist, La Petite Sirène et Total Recall. Lors des reshoots, la musique se voit réorchestrée par l’auteur Paul Rabjohns et le résultat final, incorporant guitares électriques et synthétiseurs, remixe sans entrain ni motivation le thème de Carpenter et le réutilise à outrance, au cas où le spectateur aurait oublié qu’il regarde un film Halloween. Ces réécritures plutôt douteuses et agressives pour les oreilles se feront sans l’accord de Howarth et n’aident pas l'opus à se démarquer des autres. Une fois encore, il aurait été intéressant de savoir à quoi ressemblait la musique du film avant le tournage des nouvelles séquences. Seules quelques trouvailles, comme la réutilisation du thème de Laurie Strode ou Laurie’s Theme, tirent l'ensemble vers le haut. Certaines chansons du groupe de rock Brother Cane (Hung on a Rope, 20/20 Faith, Horses & Needles, And Fools Shine On), issues de leur album Seeds sorti en 1995, sont en outre utilisées tout au long du métrage et lui donnent un certain cachet, sans pour autant faire de vagues.

Prévue pour juillet 1995, la sortie du film dans les salles obscures se voit retardée à cause d’une bataille juridique entre les propriétaires de la franchise depuis le premier volet, Nightfall Productions, qui préférait le montage initial, et le distributeur, Dimension Films, qui était en faveur de la nouvelle version avec les reshoots. La société des frères Weinstein remporte alors les négociations et le film sort sous sa version sous le titre provisoire Halloween 666 : The Origin of Michael Myers, présent dans les bandes-annonces. Daniel Farrands, compte tenu de la production troublée de l'opus, proposa non sans humour un titre différent à Mustapha Akkad, à savoir The Curse of Michael Myers (La Malédiction de Michael Myers). Le producteur exécutif gardera cette idée et le film sera distribué sous ce titre ! Sorti le 29 septembre 1995 aux États-Unis, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers rapporte 7,3 millions de dollars au box-office lors de son premier week-end d’exploitation et termine second derrière un autre film de tueur en série, Seven de David Fincher. Tourné pour un budget estimé à 5 millions de dollars, le film en rapportera au final un peu plus de 15 millions, dépassant légèrement les scores atteints par Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers et Halloween 5 : La Revanche de Michael Myers.
Malgré son petit succès commercial, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers signe un échec critique cinglant, tant auprès des spectateurs lambdas que des fans de la franchise. Les amateurs jugent l'opus “incompréhensible”, “mal écrit”, “inutilement violent” et remarquent l’essoufflement définitif de la saga qui, selon eux, ne sait plus quoi raconter ni comment satisfaire ou effrayer son public. Les journalistes sont également très cruels avec le métrage et le descendent en flèche, le qualifiant de “ridicule”, “désagréable” et de “torture pour les yeux”. Seules la présence du regretté Donald Pleasance et les performances de Paul Rudd et Marianne Hagan sont félicitées. Devant cet acharnement critique et conscients que la saga était dans une impasse scénaristique, les producteurs rejettent la proposition de Daniel Farrands d’un Halloween 7 : Son of Michael Myers, qui se voulait une suite directe du sixième opus. Le projet devait se focaliser sur la fuite de Tommy, Danny et Kara après avoir sauvé Steven, le nourrisson de Jamie, des griffes de Michael et de la secte et aurait levé le voile sur les origines et l’avenir de cet enfant. Des questions qui ne connaîtront jamais de réponses puisque Dimension Films préfèrera passer par la case reboot et offrir une suite à Halloween II avec Halloween : 20 Ans Après, Il Revient (1998), qui marque le retour de Laurie Strode dans la franchise, la trilogie Jamie Lloyd étant dès lors passée sous silence.

Pendant plusieurs années, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers n’existe que sous la version cinéma, la seule qui se voit distribuée en vidéo, tandis que la fameuse “Producer’s Cut”, présentée pendant les projections tests, se passait entre les mains de quelques fans chanceux sous forme de copies pirates de très mauvaise qualité. Plus longue et composée de scènes différentes, elle fait aussitôt l’objet d’un culte et les amateurs curieux de la franchise luttent pour son édition vidéo. Cette version est ainsi indisponible durant une vingtaine d’années, avant d’avoir droit à sa première présentation en public le 27 octobre 2013 au New Beverly Cinema de Los Angeles. Plus cohérente et proche de la vision de Daniel Farrands, la “Producer’s Cut” rencontre alors un bien meilleur accueil de la part du public. Ironiquement, elle permet de réhabiliter en grande partie le film après avoir été mise au placard et la réception catastrophique en salles du montage voulu par Dimension Films. Elle est officiellement commercialisée aux États-Unis en Blu-ray par Anchor Bay et Scream Factory en septembre 2014. Inédite en France, elle demeure la plus appréciée des fans.

Incompréhensible, bavard, mal écrit et trop ambitieux malgré des intentions honorables, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers est de toute évidence un film raté offrant une bien triste conclusion à un chapitre pourtant essentiel de la saga. Victime de sa gestation douloureuse, l'opus veut relancer l’intérêt des fans, donner une seconde vie à son monstre psychopathe, mais échoue tout ce qu’il entreprend à cause d’une guerre d’égos en coulisses, qui a clairement mené la franchise dans une impasse.

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