Titre original :
Prey
Production :
20th Century Studios
Davis Entertainment Company
Lawrence Gordon Productions
Date de mise en ligne USA :
Le 5 août 2022 (Hulu)
Genre :
Science-fiction
Réalisation :
Dan Trachtenberg
Musique :
Sarah Schachner
Durée :
100 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Nord des Grandes Plaines, septembre 1719. Naru est une jeune Comanche dont l’ambition est d’être un jour reconnue par les siens comme une guerrière accomplie. Afin de prouver sa valeur au sein d’une communauté patriarcale dont les traditions sont tenaces, elle s’entraîne ainsi quotidiennement à la chasse, arpentant les bois au risque de sa vie. Les tourbières, les serpents, les fauves, les ours et même les colons européens qui posent des pièges partout sont en effet autant de dangers potentiels pour la jeune femme qui ignore encore qu’une menace bien plus grande vient d’arriver du ciel...

La critique

rédigée par
Publiée le 03 septembre 2022

Quatre ans après sa dernière incursion en salle, la franchise Predator s’étoffe avec la sortie le 5 août 2022 de Prey, cinquième opus mettant en scène les célèbres créatures extraterrestres humanoïdes.

Imaginé par le duo de scénaristes John et Jim Thomas et créé par le responsable des effets spéciaux Stan Winston, le premier monstre apparaît au cinéma en 1987 dans Predator de John McTiernan. Situé au Guatemala, ce premier film dépeint alors l’affrontement entre l’un des extraterrestres et les hommes du major Alan "Dutch" Schaefer (Arnold Schwarzenegger) venus initialement dans la jungle pour sauver un otage. En 1990, le réalisateur Steven Hopkins prend la relève avec Predator 2 dans lequel un alien débarque cette fois dans le Los Angeles de 1997 et se retrouve au cœur d’une guerre opposant les cartels de la drogue aux forces de police du lieutenant Harrigan (Danny Glover). Vingt ans s’écoulent ensuite avant la sortie d’un troisième long-métrage, Predators, en 2010. Mis en scène par Nimrod Antal, il raconte alors la mission de survie de Royce (Adrien Brody) et de ses compagnons, tous des mercenaires et des tueurs en puissance, qui se retrouvent parachutés dans une jungle mystérieuse où ils sont pris en chasse par un groupe de prédateurs. Avec The Predator sorti en 2018, Shane Black s’empare à son tour de la franchise en racontant l’histoire du ranger Quinn McKenna (Boyd Holbrook) dont le fils, après avoir activé le casque et le brassard d’un Predator, attire malgré lui d’autres extraterrestres sur Terre.

Devenue incontournable, la franchise Predator a connu des résultats variables au box-office. Remarqué par la critique, le premier film est un succès public et commercial qui, évidemment, entraîne dans son sillage la production d’un deuxième opus. Ce dernier n’a toutefois pas la même destinée que celle de son prédécesseur. Davantage malmené par la presse et les spectateurs, il réalise un score bien plus modeste. C’est ainsi qu’il faut attendre vingt ans avant de revoir les créatures sur grand écran dans Predators qui remporte davantage de suffrages et parvient à gagner plus de trois fois son budget au box-office. Comme Predator 2 avant lui, The Predator ne rencontre pas le même succès critique même s’il parvient à doubler sa mise avec un gain final d’environ 160 millions de dollars. Dans la veine des comics édités par Dark Horse dès 1989, la franchise est elle-même complétée par deux cross-over entre l’univers de Predator et celui d’Alien, Alien vs. Predator (2004) et Aliens vs. Predator : Requiem (2008) qui n’ont pas réellement brillé par leur qualité tout en réalisant des scores honorables au box-office.

Le développement de Prey débute dès 2016 dans l’imagination de Dan Trachtenberg et Patrick Aison. Originaire de Philadelphie où il naît le 11 mai 1981, le premier vient de marquer les esprits en réalisant l’un des épisodes de la série Black Mirror (2016) et le long-métrage 10 Cloverfield Lane (2016). Le second a quant à lui travaillé sur quelques épisodes des séries Wayward Pines et Kingdom. Imaginant déplacer l’intrigue de Predator dans le passé, tous les deux approchent le producteur John Davis, alors au travail sur The Predator. L’idée plaît. Grâce à l’entremise d’Emma Watts, à l’époque présidente de 20th Century Studios, le projet est validé et mis en chantier en décembre 2019. Aison est chargé d’écrire le scénario final. Trachtenberg est confirmé au poste de réalisateur. Un nom de code est trouvé, Skulls, afin d’entourer la production de mystère et ne pas attirer l’attention sur le fait que le film s’inscrit pleinement au sein de la saga Predator, une information qui a tôt fait de fuiter dès la fin de l’année 2020.

En mai 2021, le casting de Prey commence à se préciser. Le rôle principal de Naru est offert à Amber Midthunder. Née le 26 avril 1997 à Santa Fe, au Nouveau-Mexique, la jeune femme entre dans le milieu du cinéma grâce à ses parents, le comédien David Midthunder (Les Disparues, Hidalgo - Les Aventuriers du Désert, Lone Ranger : Naissance d’une Héros, Longmire) et la directrice de casting Angelique Midthunder. Amérindienne et membre de la nation Sioux, elle débute comme simple figurante avant d’obtenir quelques rôles plus consistants dans 14 Cameras (2013), Spare Parts (2015), Comancheria (2016), Priceless (2016), Only Mine (2019), She’s Missing (2019), Le Vétéran (2021) et Ice Road (2021). Amber Midthunder apparaît en outre à la télévision en incarnant l'un des personnages principaux des séries Legion (2017-2019) et Roswell, New Mexico (2019-2021).

Le choix d’offrir le rôle principal de Prey à un visage finalement peu familier du grand public vise à l’époque à donner un nouveau virage à la franchise Predator. Depuis sa création en 1987, elle est en effet associée dans l’esprit du public à un casting de gros bras, presque entièrement masculin, dont Arnold Schwarzenegger, Carl Weathers et Danny Glover ont été les figures de proue dans les deux premiers films. Dan Trachtenberg et Patrick Aison souhaitent alors dès le départ ne pas aller dans la même direction avec un énième casting bourré de testostérone avec des comédiens comme tout droit sortis d’un match de la WWE et affichant de manière ostensible des muscles saillants et des biceps luisants gros comme des pastèques !

Prey, à l’inverse, fait le pari de miser sur une jeune femme d’apparence frêle dont la force réside non pas dans sa morphologie et sa musculature, mais bien dans son esprit, son intelligence, sa ruse et sa capacité à regarder autour d’elle pour utiliser son environnement comme une arme décisive afin d'assurer sa propre survie. Grâce à un jeu tout en sobriété mais néanmoins convaincant, Amber Midthunder incarne ainsi une héroïne d’apparence « normale » pour laquelle le public est davantage en mesure d’éprouver de l’inquiétude et de l’empathie contrairement aux Schwarzenegger et consorts qui, au vu de leur physique colossal, semblaient invulnérables. Surtout, Midthunder prête ses traits à un personnage qui, bien que l’intrigue du film se déroule trois siècles plus tôt, s’ancre parfaitement dans notre époque où la place des femmes est enfin réaffirmée à sa juste valeur.

À l’écran, Amber Midthunder est entourée d’un casting lui-même intégralement constitué de figures peu connues du grand public. Pas de star internationale, donc, pour tenir le haut de l’affiche mais une distribution discrète composée de Dakota Beavers (Taabe), Stormee Kipp (Wasape), Michelle Thrush (Aruka), Julian Black Antelope (le chef Kehetu) et Stefany Mathias (Sumu), tous originaires des États-Unis ou du Canada et appartenant à des familles d’origines amérindiennes ou autochtones. À leurs côtés, Bennett Taylor, Mike Paterson, Nelson Leis et Troy Mundle incarnent les colons français fraîchement débarqués en Amérique. L’ancien joueur de basketball Dane DiLiegro, apparu notamment dans le rôle de différents monstres dans Sweet Home (2020) et The Quest (2022), incarne enfin le Predator.

Une vedette internationale aurait nécessairement influencé la perception du public et son appréciation de l’histoire. La force de Prey réside donc en grande partie dans son casting constitué d’inconnus auxquels il est facile de s’identifier et de s’attacher. La qualité du film se révèle également dans ses plans tournés en décors naturels et non en studio. À une époque où les fonds verts, les fonds bleus et autres écrans LED semblent devenir la norme pour ce type de productions, Dan Trachtenberg et le directeur de la photographie Jeff Cutter ont eu l’opportunité de poser leurs caméras dans la région de Calgary, dans la province de l’Alberta, au Canada. Filmé entre le printemps et l’été 2021, Prey offre ainsi des images magnifiques de la forêt luxuriante, des torrents et des rivières, mais aussi des clairières utilisées pour représenter les Grandes Plaines américaines. Fournis par ILM et Moving Pictures Company, les effets spéciaux se concentrent dès lors moins sur la création de paysages totalement artificiels que sur le personnage du Predator ainsi que sur certains animaux sauvages.

Outre son casting et ses décors, Prey se distingue par ailleurs de ses prédécesseurs en plaçant l’intrigue non pas dans le présent immédiat ou dans un futur plus ou moins proche, mais dans l’Amérique du début du XVIIIe siècle, ce qui n’est pas sans apporter une bonne dose de fraîcheur, de nouveauté et surtout de suspense à l’histoire. Si le public peut en effet aisément imaginer que les héros des premiers films sont malgré tout en mesure de se défendre à grand renfort d’armes automatiques et d’explosifs, il peut cette fois s’interroger sur les capacités des Comanches et des Colons européens à lutter contre une force extraterrestre en tout point supérieure du point de vue de la technologie. Pourtant, si les forces ne sont pas du tout équilibrées, l’alchimie prend malgré tout grâce au personnage de Naru qui connaît suffisamment son environnement pour lutter contre le Predator qui, pour sa part, semble découvrir cette forêt et ses occupants.

Le fait de déplacer l’intrigue à une époque révolue est un atout formidable pour quiconque souhaiterait entrer dans l’univers de Predator sans forcément éprouver l’envie de voir les films précédents. Le spectateur appréciera d’ailleurs au passage le souci du détail dans la reconstitution de ce début du XVIIIe siècle. Les décorateurs et les costumiers ont pu bénéficier de l’expertise de Jhane Myers, l’une des membres de la nation Comanche engagée comme productrice et consultante. Les équipes ont grâce à elle reçu de précieux conseils et autant d'informations pour cerner au mieux la période représentée. C’est en particulier grâce à Myers que le village avec ses tentes fut reconstitué de manière totalement crédible, tout comme les vêtements et les armes. C’est également Myers qui suggéra d’inclure des chevaux, les Comanches étant, historiquement, un peuple de dresseurs et de cavaliers. La représentation patriarcale de la nation Comanche est elle aussi factuellement authentique. Pour pousser plus loin d’immersion, le film a été tourné dans deux versions, la première en anglais, et la seconde en langue comanche. L'atmosphère d'antan est enfin accentuée par la partition de Sarah Schachner qui mêle des airs comme tout droit sortis d'un vieux western à des musiques plus contemporaines pour illustrer les scènes d'action et de combats.

Au moment de son annonce, la production de Prey n’a pas été sans soulever une petite vague d’indignation de la part de certains « esprits chagrins » qui ont immédiatement regretté le fait que Disney mette la main sur une énième franchise dans le but, selon eux, de remplir le tiroir-caisse avec de nouvelles fictions totalement aseptisées. Arguant, à tort ou à raison (chacun se fera son avis), que le studio de Mickey a par le passé déjà ruiné la saga Star Wars, tous se sont offusqués en imaginant un nouveau Predator édulcoré et censuré... Au final, les fans de la première heure peuvent se rassurer. Comme ses prédécesseurs, Prey ne cache rien. Dan Trachtenberg et Patrick Aison ont en effet totalement respecté l’essence même du matériel d’origine et les amateurs d’hémoglobine, de têtes qui roulent et de membres arrachés seront donc comblés. La violence et la mort sont d’ailleurs d’autant plus présentes dans le film que le Predator semble chasser pour « le sport », dès lors qu’aucune menace ne semble peser sur lui et qu’il tue tout ce qui lui passe sous la main. Prétendre que Disney a trahi l’œuvre de départ ne peut dès lors relever que de la simple mauvaise foi. Il est d’ailleurs à parier que la vague de consternation ne manquera pas de changer de main pour passer dans le camp de ceux qui s’offusqueront de voir une fiction si violente trôner au cœur d’un catalogue estampillé Disney dans la plupart des pays du monde !

Prey se présente ainsi comme un vrai film de la franchise Predator. Le postulat de départ est le même, à savoir des guerriers en armes traqués au cœur d’un nature hostile par un alien venu du ciel. Les plus attentifs apercevront d’ailleurs vers la fin du film un sympathique clin d’œil à Predator 2. Mais plus qu’un simple long-métrage de science-fiction horrifique, Prey est également un formidable film à suspense. Dans l’original sorti en 1987, le public ignorait en effet pendant un bon moment quelle menace se cachait dans la jungle. Ici, le spectateur ne l’ignore pas. La tension est donc grande car la question n’est pas de savoir qui va tuer, mais qui va être tué et surtout quand...

Prey est par ailleurs une belle réflexion sur la notion parfois changeante de prédateur et de proie. S’il ne faisait aucun doute que dans les premiers films, les extraterrestres étaient les chasseurs et les humains les proies, les cartes semblent cette fois totalement rebattues. Prenant pour exemple la nature elle-même dans laquelle le serpent, le lion et même l’ours peuvent passer en une fraction de seconde du statut de prédateur à celui de proie, Prey laisse le doute s’installer et le spectateur ne manquera pas de se demander, au final, qui traque qui. Est-ce le Predator qui pourchasse les humains ? Ou bien Naru et les Indiens qui pistent le Predator ? Et qui est donc « the Prey », la proie évoquée dans le titre du film ?

Voyant son titre être annoncé le 12 novembre 2021 lors du Disney+Day, Prey se dévoile dans une première bande-annonce diffusée le 16 mai 2022. Proposé en première mondiale le 21 juillet lors du Comic-Con de San Diego, le long-métrage sort ensuite le 5 août sur la plateforme Hulu aux États-Unis et au sein des catalogues Disney+ et Star+ dans le reste du monde. Les deux versions du film, en anglais et en langue comanche, sont alors disponibles. Et c'est un énorme succès à la fois critique et public qui permet à Prey de réaliser le meilleur démarrage d'un film ou d'une série sur Hulu en dépassant Les Kardashian jusqu'ici tenant du titre. Il s'agit en outre du meilleur démarrage d'un film sur Star+ en Amérique Latine et d'un film Star sur Disney+ dans le reste du monde.

Fort d’une héroïne puissante, d’une reconstitution minutieuse, d’un suspense remarquable et d’un enchaînement de situations palpitant, Prey est au final un formidable film de science-fiction. En tout point respectueux des codes de la franchise, il s’inscrit dans le haut du panier et peut même être considéré comme le meilleur opus de la série.

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