Alien
Le Huitième Passager

Alien, le Huitième Passager
L'affiche du film
Titre original :
Alien
Production :
20th Century Fox
Brandywine Productions
Date de sortie USA :
Le 25 mai 1979
Genre :
Science-fiction
Réalisation :
Ridley Scott
Musique :
Jerry Goldsmith
Durée :
117 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

En 2137, le navire spatial Nostromo est de retour sur Terre avec une importante cargaison de minerai. Alors que le vaisseau est en plein sommeil cryogénique, l'ordinateur de bord se réveille après réception d'un message d'origine inconnue. Soumis à une clause de recherche sur les formes de vie étrangères, les membres d'équipage se rendent sur la planète originaire du signal pour enquêter. Ils y ramènent contre leur gré un prédateur agressif et meurtrier, qui décime un à un les membres de l'équipage...

La critique

rédigée par
Publiée le 03 mars 2019

Dans l'espace, personne ne vous entendra crier... Ainsi fut introduit Alien, le Huitième Passager, premier volet d'une grande saga et sans aucun doute l'un des chefs-d'oeuvres du cinéma fantastique. Film de traque plus que film de monstres, il repose sur un concept malin et novateur pour l'époque, alternant les genres avec une adresse déconcertante. Partant d'un voyage spatial dès les premières minutes, il bascule dans la terreur pure dans sa seconde moitié, avant de se terminer en un face à face épique.
Oeuvre culte pour toute une génération de cinéphiles, Alien, le Huitième Passager a connu un succès phénoménal et a révélé de grands noms du cinéma dont son réalisateur Ridley Scott, ou encore ses acteurs, Sigourney Weaver en tête. Entre voyage intergalactique tournant au drame, atmosphère effrayante et horreur, il constitue, malgré un concept aujourd'hui désuet - des astronautes pris en chasse par un envahisseur hostile - autant une pierre angulaire dans le paysage de la science-fiction qu'une véritable expérience cinématographique.

Alien, le Huitième Passager est avant tout issu de l'imagination de Dan O'Bannon, scénariste et réalisateur né le 30 septembre 1946 à Saint-Louis dans le Missouri. Passionné de cinéma dès l'âge de douze ans, il fait ses études à l'Université de Californie du Sud. Grand fan des séries B des années 1950, il réfléchit durant son cursus à un script de film d'horreur dans l'espace. Sa carrière débute en 1974 alors qu'il s'associe à John Carpenter (Halloween, New York 1997, The Thing) pour son premier film Dark Star, une comédie de science-fiction. Il officie dessus comme décorateur, co-scénariste et monteur. Par la suite, il déménage à Paris après avoir été contacté par Alejandro Jodorowsky pour concevoir les effets visuels de Dune. Hélas, le projet s'effondre faute de financement nécessaire. O'Bannon rentre bredouille aux États-Unis où il apprend qu'il est atteint de la maladie de Crohn. Le scénariste doit alors interrompre ses activités et retourne à l'écriture d'Alien, le Huitième Passager. Souffrant de graves maux d'estomac dus à son état de santé, il imagine une créature qui bondirait du ventre de l'un des héros. Influencé par ses travaux sur Dark Star, il reprend quelques éléments du film de Carpenter, l'équipage d'un vaisseau spatial pourchassé par un extraterrestre, mais sous un angle horrifique.

Après trois mois d'écriture, O'Bannon se lance à la recherche de producteurs. Le projet tombe entre les mains de David Giler et Walter Hill, fondateur d'une toute nouvelle société de production, Brandywine Films. Peu enthousiastes quant au potentiel du script, ils le présentent toutefois à Alan Ladd Jr., alors président de 20th Century Fox. Avec le succès phénoménal de Star Wars : Un Nouvel Espoir en 1977, 20th Century Fox cherche, en effet, un successeur au blockbuster de George Lucas et accepte de financer le projet.
Néanmoins, le scénario a dû être réécrit, du réveil de l'équipage jusqu'à la scène du déjeuner, en passant par l'ajout d'un personnage androïde tandis que les origines du monstre sont carrément modifiées. À deux semaines du début du tournage, David Giler, lassé des réécritures successives et effrayé par l'envergure du projet, finit par claquer la porte. Dan O'Bannon est alors appelé en catastrophe pour donner au script sa forme définitive, en restaurant une grande partie de sa version originale.
Suite au désistement de Walter Hill, plusieurs noms sont envisagés pour réaliser le film : Robert Aldrich (Qu'Est-il Arrivé à Baby Jane ?), Jack Clayton (La Foire des Ténèbres), Robert Altman (M*A*S*H, Trois Femmes). Tous rejettent le scénario qu'ils jugent ridicule et inadaptable. C'est lors du Festival de Cannes 1977 que David Giler rencontre Ridley Scott, venu présenter son premier film, Les Duellistes, à qui il propose la casquette de réalisateur.

Né en 1937, le cinéaste anglais fait ses débuts dans la publicité. Devenu célèbre grâce au premier Alien, il enchaîne les succès au cours de sa carrière, notamment des films à grand spectacle : Blade Runner (1982), Legend (1985), Thelma et Louise (1991), À Armes Égales : G.I. Jane (1997), Gladiator (2000), Hannibal (2001), Robin des Bois (2010), Exodus : Gods and Kings (2014), Seul sur Mars (2015). Il revient ensuite à ses premières amours en offrant deux spin-offs à la saga qui l'a sorti de l'ombre : Prometheus (2012) et Alien : Convenant (2017). Marqué par les travaux sur Star Wars : Un Nouvel Espoir et 2001, L'Odyssée de L'Espace, Ridley Scott accepte donc sans se faire prier et s’attelle rapidement à la tâche. Grandement influencé par le film de Stanley Kubrick, le magazine de science-fiction Métal Hurlant et Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper, il passe trois semaines à rédiger le storybook. Le réalisateur revient ainsi avec des centaines de planches dessinées dans les moindres détails. Aussitôt, aux vues des ambitions de Scott, le budget est doublé, passant de 4,2 à 8,4 millions de dollars.

Pour le design de l'Alien, appelé xénomorphe, Dan O'Bannon fait appel à Hans Ruedi Giger, graphiste et illustrateur que le scénariste avait rencontré sur le tournage avorté de Dune. Giger travaille ainsi sur la conception du bestiaire en s'inspirant de l'un de ses tableaux, intitulé Necronom IV et représentant un insecte anthropomorphe mais aussi du roman La Faune de l'Espace de Alfred Van Vogt. Le peintre s'occupe ensuite, aux côtés des dessinateurs Ron Cobb et Chris Fross, des décors du Nostromo, le vaisseau Derelict Ship que les personnages découvrent sur la planète, le Space Jockey, humanoïde dont les Aliens ont infesté le vaisseau, le facehugger et le chestburster, les phases d'évolution de la créature. Pour la distribution des rôles, les producteurs et Ridley Scott n'envisagent pas d'acteurs trop célèbres. Ils refusent en effet que le casting efface complètement le suspense, ni l'aspect visuel du film. Néanmoins, une chose est sûre : avec aussi peu de personnages et une intrigue se déroulant exclusivement en huis clos, le film nécessite des rôles définis, clairement construits et des acteurs capables de leur donner vie. Le scénario étant écrit pour des hommes, des auditions ont lieu à New York et Los Angeles, ainsi qu'au Royaume-Uni.

Tom Skerritt (M*A*S*H, Top Gun, Papa Épouse Maman, Et au Milieu Coule une Rivière) est le premier à être choisi, pour le rôle du commandant Dallas. Vient ensuite Ian Holm (Terreur sur le Britannic, Les Chariots de Feu, Le Seigneur des Anneaux, Ratatouille), qui campe l'officier scientifique Ash, en fait un androïde.
Les deux techniciens du Nostromo, Brett et Parker, sont respectivement interprétés par Harry Dean Stanton et Yaphet Kotto. L'un est un habitué des petits rôles au cinéma, il apparaît ainsi dans New York 1997, Paris, Texas et Sailor et Lula, mais aussi She's so Lovely, Une Histoire Vraie et Marvel's Avengers pour Disney. Le second est repéré grâce à son personnage de Mr Grosbonnet dans Vivre et Laisser Mourir ; il tournera ensuite plusieurs films d'action (Running Man, Midnight Run, Les Maîtres du Monde) avant de rejoindre la série Homicide. Le rôle de l'officier en second Kane, première victime de la créature, est d'abord confié à Jon Finch, mais ce dernier fait une crise de diabète lors du premier jour de tournage. Ne pouvant travailler dans de telles conditions, Finch doit quitter le navire pour des raisons de santé. Scott appelle en urgence John Hurt (Elephant Man, Taram et le Chaudron Magique, La Nuit de L'Évasion, Harry Potter à l'École des Sorciers), qui avait refusé le rôle à cause d'un tournage prévu en Afrique du Sud. Ce projet ayant été annulé, il accepte la proposition.

Si le casting commence à s’étoffer, le personnage du lieutenant Ripley, initialement Roby, tarde à trouver un interprète. Aucun homme ne parvient à convaincre les producteurs David Giler et Walter Hill. Ces derniers pensent alors à engager une femme faisant d'Alien, le Huitième Passager, le premier film de science-fiction de l'histoire du cinéma à être porté un personnage féminin. L'idée enchante aussitôt Ridley Scott et Dan O'Brannon.
L’actrice Veronica Cartwright passe une audition pour le rôle de Ripley, mais sera finalement choisie pour jouer Lambert, la navigatrice du Nostromo. Révélée dans Les Oiseaux, elle enchaîne avec L’Invasion des Profanateurs, L’Étoffe des Héros, Le Vol du Navigateur ou encore Les Sorcières d’Eastwick.
Découverte au théâtre, Sigourney Weaver est la dernière option des producteurs. Peu habituée du grand écran, elle est toutefois engagée trois semaines avant le tournage pour camper l’héroïne... Le casting est donc enfin au complet. Alien, le Huitième Passager marque alors le début d’une carrière prolifique pour l’actrice, qui réincarne Ripley dans trois autres épisodes de la saga (Aliens, le Retour, Alien3, Alien, la Résurrection). Figure de la science-fiction (Avatar, Chappie), Weaver se diversifie au cinéma (SOS Fantômes, Galaxy Quest) et joue régulièrement pour Disney (La Morsure du LézardLe Village, WALL•E, Le Monde de Dory, The Defenders).

Alien, le Huitième Passager est non seulement le long-métrage de la maturité pour Ridley Scott et toute l’équipe mais aussi et tout simplement l'un des meilleurs films de tous les temps ! Car il est bien plus qu’un simple film de monstres dans l’espace, il dépoussière et renouvelle un genre enfermé dans ses clichés. Avec un casting très réduit et aussi peu de décors, il est une véritable descente aux enfers intergalactique, où l’horreur peut surgir à tout moment sans que le spectateur ne s’y soit préparé.
L’intrigue ne brille pourtant pas pour son originalité. L’équipage du navire commercial Nostromo est en effet réveillé par un mystérieux signal provenant d’une planète voisine. Liés par des contrats, ils inspectent les lieux et tombent sur un vaisseau rempli d’étranges oeufs abandonnés. Surgit alors une créature qui s’accroche au visage de l’un d’eux. Le groupe retourne sur le Nostromo, apportant malgré lui une forme de vie extraterrestre hostile, qui commence lentement à s’en prendre aux occupants. D’autres complications surviennent lorsque la créature se révèle impossible à tuer et que certains membres d’équipage semblent en savoir plus sur la situation qu’ils ne laissent le croire…

Et pourtant, dans l’ensemble, Alien, le Huitième Passager est un excellent exemple de film de série B - un monstre qui tue d’innocentes victimes dans l’espace - envisagé et traité comme une pièce de cinéma tout au long de sa conception, de l’écriture à la réalisation, de la mise en scène à la musique, de l’interprétation aux effets techniques. Entre de mauvaises mains, il aurait sans doute été un opus médiocre et serait probablement tombé dans l’oubli. Et pourtant, il devient une expérience cinématographique intense. Le métrage est le fruit d'une telle passion et un tel respect du genre qu’il provoque l’admiration, au point qu’il a inspiré la plupart des films de science-fiction qui ont suivi.
Pour autant, il serait regrettable de réduire Alien, le Huitième Passager à un film de science-fiction. En termes d’ambiance, de ton et de thème, c’est également un film d’horreur. Extrêmement tendu, il fonctionne grâce à un scénario parfaitement construit. Après une lente et atmosphérique première heure, il bascule dans l’horreur totale, la situation des personnages devenant de plus en plus désespérée et insoutenable. La peur atteint son paroxysme au cours d’un affrontement épique, jusqu’à la scène finale, étrangement longue, intense et terrifiante. Chaque sursaut est chronométré, chacun supérieur au précédent. En suivant ce schéma, Ridley Scott rejette, pour le meilleur, les classiques de la science-fiction, voulant faire d’Alien, le Huitième Passager un Massacre à la Tronçonneuse dans l’espace.

L’intrigue fonctionne d'ailleurs comme une spirale infernale, l’étau se resserre sur l’équipage jusqu’à ce que la pression exercée sur le spectateur soit rendue insupportable. Le rythme y est incroyablement géré, à la fois dans la mise en place et dans la traque du monstre. Une créature quasiment invisible, qui pourtant effraie autant qu’elle fascine, tant elle tarde à faire son apparition. Tels des souris de laboratoire, les héros ne sont en sécurité nulle part, le public n’est jamais sûr d’où et quand l’étranger va attaquer, et n’importe quel bruit de tuyauterie, grincement ou grattement de mur suffit à créer de l’angoisse. Rarement, pour l’époque, une créature pratiquement absente d'une oeuvre n’a été aussi terrifiante et son utilisation efficace.
Alien, le Huitième Passager est ainsi un film surprenant et claustrophobe, chaque scène fait monter le suspense et ne fait qu’empirer la situation pour les personnages. Le scénario est imprévisible et bien qu’il se doute que quelque chose va surgir, le spectateur ne peut prédire ce qui va arriver l’instant d’après. Scott préfère mise beaucoup sur l’ambiance très glauque, préférant la suggestion pour créer l’horreur, plutôt que parsemer l’ensemble de jump scares inutiles. Le réalisateur joue habilement avec les nerfs, demande de faire preuve de patience. Pour exemple, lorsque Brett se lance à la recherche du chat Jones, Ridley Scott consacre presque une minute de métrage à un gros plan du personnage en train de se laver le visage, alors que le xénomorphe se trouve quelques mètres au-dessus, prêt à se jeter sur lui.

Pour favoriser le sentiment de malaise, les décors sont utilisés à bon escient : l’éclairage sombre, les couloirs labyrinthiques du Nostromo, les murs de béton et les centaines de tuyaux sont autant d’endroits où l’Alien pourrait se cacher, laissant les personnages et le public en état d’alerte permanent. Autre trouvaille ingénieuse, la contradiction entre espace et confinement. Le vaisseau est spacieux en apparence et pourtant si étroit, rendant tout espoir de sortie presque impossible. De même, le sang acide de la créature, capable de fondre le métal, est également une sympathique trouvaille scénaristique. Ainsi, l’équipage ne peut blesser le monstre sans risquer d’endommager le Nostromo.
En plus d’installer un climat de tension et de peur, le film de Ridley Scott propose donc un monstre d’une efficacité redoutable ne cédant jamais à la complaisance et la facilité. Issu de l’imagination de Hans Reudi Giger, l’Alien est une merveille dans son design et sa conception. Agissant comme un parasite, la façon dont il intègre le vaisseau, au détour d’une scène sanglante devenue culte, est inspirée et fait froid dans le dos. Sa constante mutation et sa croissance ne font qu’épaissir le mystère quant à son physique. D’un petit organisme vorace, surgissant soudainement du corps d’un membre de l’équipage, il se transforme progressivement en monstre d’une taille imposante, capable de dévorer un être humain. Aussi tout le monde ignore à quoi il ressemblera lorsqu’il se montrera.

Il en va de même pour ses origines, que le film se permet d’occulter afin de le rendre encore plus effrayant. Le scénario ne dévoile, en effet, jamais d’où vient le monstre (seuls son aspect et son mode de reproduction sont mis en scène),  ni les véritables raisons de ce voyage intergalactique. Alien, le Huitième Passager exploite donc la peur de l’inconnu d'ailleurs autant pour le xénomorphe que pour l’équipage. Bien que leurs noms et leurs rôles respectifs au sein du vaisseau soient explicités, le spectateur a, en effet, du mal à s'attacher dès le départ à ces membres et ne sait pas vraiment à qui se fier. Ce n’est qu’une fois la créature à bord et au détour d’un twist en dévoilant plus sur les intentions de la compagnie qui les emploie que le public finit par prendre son parti.
En privant de contempler frontalement le xénomorphe, le film condamne habilement à s’interroger et à sursauter dès qu’il daigne se montrer. En ne laissant aucune porte de sortie à ses personnages, il donne au métrage des allures de cauchemar éveillé. Du traumatisme de sa soudaine apparition au cours du repas - qui reste encore aujourd’hui un sommet de tension dramatique - cette peur grandit au fur et à mesure qu’il évolue, son cycle de vie étant ce qui le rend angoissant. Le travail de Giger sur sa conception force alors l’admiration, de son aspect initial, le facehugger, jusqu’à sa forme définitive, avec sa tête anormalement longue, son absence d’yeux et sa bouche presque phallique.

L'opus ne s’arrête pas là, puisqu’il traite de sujets qui mirent mal à l’aise de nombreux spectateurs à sa sortie. Alien, le Huitième Passager est, en effet, aussi un film sur le viol et c’est de là qu’il tient toute sa dimension horrifique. La façon dont le facehugger imprègne ses hôtes en enfonçant violemment quelque chose dans leur gorge, l’attaque sur Ripley avec un magazine, le jeu de cache-cache dans la navette entre l’alien et le personnage survivant (après que ce dernier se soit déshabillé) en sont des exemples flagrants. Scott utilise les peurs sexuelles, plus précisément la violation du corps humain, pour terroriser son public et sur ce point, signe un sans-faute.
Les dessins de Giger sont ainsi fortement sexualisés : l’ordinateur du Nostromo est appelé “Maman” tandis que l’alien est le résultat d’une fécondation entre un hôte humain et un parasite extraterrestre. Alien, le Huitième Passager est alors truffé d’idées intéressantes liées à la naissance et à la reproduction, mais traitées sous angle dérangeant, presque voyeur. Les trois premiers volets de la saga insistent d'ailleurs beaucoup sur ce concept et, mis ensemble bout à bout, fonctionnent comme un cycle de vie. Le premier sur la naissance et la mise au monde, le second sur la famille et le troisième sur la mort. Cette théorie s’effondrera pourtant avec Alien, la Résurrection, dernier à mettre en scène le personnage de Ripley.

Enfin, Alien, le Huitième Passager reste unique pour ses héros. À sa sortie, peu de films pouvaient se vanter d’avoir un personnage féminin en tête d’affiche. Ripley fut alors considérée comme une source d’inspiration et a ouvert à la voie à d’autres figures de la culture populaire : Sarah Connor, Lara Croft, Xena la Guerrière, Buffy Summers, la Mariée de Kill Bill. En réalité, au cours de l’écriture, les personnages n’avaient pas de genre, pouvant être joués autant par un homme qu’une femme ; l’absence d’identification sexuelle étant rafraîchissante pour un film de science-fiction de l’époque. Ainsi, le sexe de Ripley n’est jamais rappelé, celle-ci étant remarquablement campée par Sigourney Weaver, alors totalement inconnue du grand public.
Pour son premier rôle en tête d’affiche, l'actrice se présente comme une héroïne fragile et effrayée en apparence, mais déterminée, battante et pleine de ressources. Placée dans une situation désespérée, Ripley fait tout son possible pour survivre à cet envahisseur. Elle sait se faire entendre et n’a pas peur de s’opposer à ses homologues masculins, ni à l’intrus. C’est une femme forte, à mille lieues de la scream queen des films d’horreur. Sigourney Weaver livre sur elle toute l’étendue de son talent, pleine d’humanité et moins agressive que dans le second volet, avant d’interpréter une Ripley sombre et désabusée dans Alien3.

Le reste du casting est aussi très convaincant ; tous les personnages étant bien écrits et paraissant crédibles. Veronica Cartwright représente ainsi le public. Plus spectatrice qu’intervenante, avec ses craintes et ses questions, il est facile de s’identifier à elle. Yaphet Kotto a beau être sur les dents et jouer les gros durs, il n’en reste pas moins inquiet face à ce qui se déroule. Ian Holm est inquiétant, dérangeant et tient parfois place d’antagoniste au même titre que le xénomorphe. Tom Skerritt est ingénieux et courageux, Harry Dean Stanton est un homme frustré, tandis que John Hurt a droit à l'une des meilleures scènes de sa carrière. Voir leur dynamique de pouvoirs interchanger au sein du groupe est alors fascinant ! Il faut dire qu'Alien, le Huitième Passager prend son temps pour développer son équipage, ce qui rend leurs morts d’autant plus choquantes. Tous donnent de leur personne (et de leur corps), une prouesse lorsqu’il est su que les séquences étaient, pour la plupart, improvisées par les acteurs. Leur jeu respire alors la sincérité et le réalisme, Ridley Scott ayant de plein gré caché certains éléments du film, comme les circonstances de la mort d’un des héros. Bien qu’ils soient des seconds couteaux ou débutants pour certains, le réalisateur a voulu tout de même s’entourer d’acteurs brillants afin de se concentrer plus sur les visuels que leurs performances. Et cela fonctionne à merveille, tant ces derniers sont impliqués dans leurs rôles.

Pour la musique, Ridley Scott s’est assuré les services de Jerry Goldsmith, compositeur reconnu pour ses travaux sur les scores de La Planète des Singes, La Malédiction, Total Recall, Basic Instinct ou Poltergeist. Outre sa participation à de grands classiques du cinéma, il a signé la bande originale de plusieurs films Disney dont La Nuit de L’Évasion, Powder ou encore Mulan. Très monotone et souvent minimaliste, la musique de Goldsmith crée une ambiance malaisante, froide et inquiétante, avec des sons stridents, accentuant l’immensité de l’espace et ses mystères.
Au fil du métrage, sa partition monte en puissance afin d’être en adéquation avec les inquiétudes des personnages. Ils savent que leur destin est en suspens, qu’ils peuvent croiser la créature à tout moment si bien que le musicien s'amuse à faire ressentir cette angoisse. La composition évoque la survie et le désespoir, à coups de cuivres et de violons agressifs, le rythme s’accélère de plus en plus pour souligner l’urgence de la situation. Les morceaux accompagnent élégamment les moments plus calmes, centrés sur la réflexion. Il en est de même pour les passages d’action, où la tension se fait jour ; les notes se déchaînant violemment, rappelant que les personnages ne sont jamais en sécurité.

Le film est montré à un panel de représentants de 20th Century Fox début 1979, qui lui réserve un accueil glacial, par crainte que les sous-entendus sexuels ne détournent les spectateurs. Ce n’est qu’après une projection devant un public test, dont les retombées sont majoritairement positives que les dirigeants se décident à le distribuer sur grand écran. Alien, le Huitième Passager sort dans les salles américaines le 25 mai 1979 et rembourse au bout de trois semaines d’exploitation son faible budget de 11 millions de dollars. Le film reste vingt semaines à l’affiche et réalise 103 millions de dollars de recettes au box-office mondial, dont 79 millions rien qu’aux États-Unis. En France, il attire presque 3 millions de spectateurs. Un triomphe et des résultats inespérés pour une oeuvre qui renie tous les concepts propres de la science-fiction. Pour autant, même si l'opus est un succès public, les premières critiques des journalistes sont divisées. Elles ne cessent de le comparer, à tort, à d’autres succès de la science-fiction sortis auparavant : Star Wars : Un Nouvel Espoir, Rencontre du Troisième Type, 2001, L’Odyssée de L’Espace. D’autres reproches pointent la « pauvreté des dialogues », les « personnages mal écrits voire inexistants », le « manque d’imagination du scénario ». En revanche, les avis positifs félicitent le design de l’alien, les effets spéciaux, le jeu des acteurs, Sigourney Weaver en premier lieu, et le considèrent comme une alternative originale aux films de monstre.

C’est avec les années que le film sera perçu comme un classique de science-fiction et d’horreur autant de la part du public que des critiques. Considéré comme culte, Alien, le Huitième Passager bénéficie depuis d’une grande notoriété. Régulièrement cité comme une référence en matière de cinéma de genre, il a été source d’inspiration pour d’autres opus reprenant de près ou de loin le même concept (Xtro, Inseminoid, La Galaxie de la Terreur, Un Cri dans l'Océan). Une renommée qui s’est confirmée par la remise en 1980 d’un Oscar des Meilleurs effets spéciaux, ainsi que trois Saturn Awards, récompensant les films fantastiques, dans les catégories Meilleur réalisateur pour Ridley Scott, Meilleure actrice dans un second rôle (Veronica Cartwright) et Meilleur film de science-fiction.
Alien, le Huitième Passager fut en 1979 le premier chapitre d’une saga devenue mythique. En 1986, James Cameron reprend le flambeau derrière la caméra d’Aliens, le Retour, une suite beaucoup plus tournée sur l’action et les armes à feu que son prédécesseur. David Fincher sera à la tête d’Alien3 (1992), considérablement marqué par la mésentente entre son metteur en scène et les producteurs. Enfin, le français Jean-Pierre Jeunet réalisera Alien, la Résurrection en 1997, dernière suite appartenant à la saga originelle. Le xénomorphe fera aussi son retour à deux reprises à l’occasion de deux cross-overs avec un autre monstre iconique du studio, le Predator, dans Alien Vs. Predator (2004) et Aliens Vs. Predator : Requiem (2007). Deux spin-offs verront enfin le jour en 2012, Prometheus, et en 2017, Alien : Convenant, racontant la naissance du xénomorphe et se déroulant avant les événements du premier film.

Alien, le Huitième Passager est un splendide film de science-fiction. Brillamment réalisé, remarquablement écrit et interprété, il introduit l'un des monstres les plus emblématiques et terrifiants du cinéma. Chef-d’oeuvre de l’horreur, il est incroyable de voir à quel point il traverse les années tout en conservant son impact auprès des générations passées ou futures. En transformant l’espace en lieu clos et meurtrier, Ridley Scott adresse un message pertinent et désespéré : si l’être humain est fasciné par l'univers, l’univers attache peu d’importance à l’être humain.

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