Spider-Man Noir
Au Cœur de la Grande Dépression

Spider-Man Noir : Au Cœur de la Grande Dépression
La couverture
Éditeur :
Panini Comics
Date de publication France :
Le 14 octobre 2020
Genre :
Comics
Auteur(s) :
David Hine (Scénariste)
Fabrice Sapolsky (Scénariste)
Roger Stern (Scénariste)
Carmine Di Giandomenico (Dessinateur)
Richard Isanove (Dessinateur)
Bob McLeod (Dessinateur)
Patch Zircher (Couvertures)
Dennis Calero (Couvertures alternatives)
Nombre de pages :
256

Le sommaire

• Introduction
• Les Illusions Perdues (1) : Spider-Man Noir Vol. 1 #1 (2009)
• Les Illusions Perdues (2) : Spider-Man Noir Vol. 1 #2 (2009)
• Les Illusions Perdues (3) : Spider-Man Noir Vol. 1 #3 (2009)
• Les Illusions Perdues (4) : Spider-Man Noir Vol. 1 #4 (2009)
• Les Yeux Sans Visage (1) : Spider-Man Noir : Eyes Without a Face #1 (2010)
• Les Yeux Sans Visage (2) : Spider-Man Noir : Eyes Without a Face #2 (2010)
• Les Yeux Sans Visage (3) : Spider-Man Noir : Eyes Without a Face #3 (2010)
• Les Yeux Sans Visage (4) : Spider-Man Noir : Eyes Without a Face #4 (2010)
• Spider-Man Noir : Edge of Spider-Verse #1 (2014)
• La Chance des Parker : Spider-Verse : Team-Up #1 (2015)
• Spider-Geddon : Spider-Man Noir : Journey to Spider-Geddon Video Comic #1 (2018)
• Couvertures Alternatives
• Études de personnages
• Les auteurs

La critique

rédigée par
Publiée le 14 mai 2021

Spider-Man Noir : Au Cœur de la Grande Dépression est un recueil réunissant les deux premières mini-séries mettant en scène une toute nouvelle itération particulièrement sombre de Peter Parker au sein du multivers. Agrémentée de trois petits récits liés aux crossovers majeurs impliquant les héros du Spider-Verse, cette collection est l'occasion parfaite de découvrir les origines et l'histoire tourmentée de l'une des versions les plus surprenantes du Tisseur emblématique de Marvel Comics.

Grand amateur de comics dont il a débuté la lecture à l'âge de six ans, le français Fabrice Sapolsky crée en 1998 dans l'Hexagone le magazine Comic Box, consacré à l'univers des super-héros. En 2006, l'artiste imagine pour la première fois l'histoire d'un Spider-Man évoluant dans un univers décrépit et violent, ancré dans les années 30 à New York. Pour faire naître ce projet des plus ambitieux, Sapolsky s'associe au britannique David Hine, un artiste qui a déjà mis sa plume au service de plusieurs mini-séries chez Marvel Comics, parmi lesquelles District X (2004-2005), Daredevil : Redemption (2005) ou encore Son of M (2006).
L'idée de cette réécriture sombre d'un personnage iconique semble plaire immédiatement à la Maison des Idées, puisque la mini-série Spider-Man Noir, composée de quatre numéros, est publiée à compter du mois de février 2009, en parallèle de X-Men Noir, écrite par Fred Van Lente sur des dessins de Dennis Calero. En réalité, Marvel Comics saisit avec Spider-Man Noir l'opportunité de lancer une exploration bien plus large de cet univers pulp et rétro, puisque ce sont pas moins de neuf mini-séries et un one-shot, mettant en scène des personnages iconiques tels que Iron Man, The Punisher, Luke Cage ou Daredevil, qui sont proposés entre 2009 et 2010. Depuis, l'univers Noir en lui-même a plus ou moins été laissé de côté par Marvel, à l'exception notable du Peter Parker Noir, dont les aventures se poursuivent plus de dix ans après sa création. Outre ses apparitions dans de nombreux crossovers, tels Spider-Verse ou Spider-Geddon, le Peter Parker des années 30 s'est invité dans la série animée Ultimate Spider-Man (Disney XD, 2012-2017), les jeux vidéo Spider-Man : Dimensions (2010) et LEGO Marvel Super Heroes 2 (2017), et bien évidemment en 2018 dans Spider-Man : New Generation, où il débarque dans la dimension de Miles Morales. Face au succès du personnage, Marvel Comics lui consacre une nouvelle mini-série en cinq numéros en 2020, Spider-Man Noir Vol. 2, écrite par Margaret Stohl, assistée des pinceaux de Juan Ferreyra.

Qui dit nouvelle itération de Spider-Man dit évidemment nouvelle Origin Story, présentée dans la première histoire de ce recueil, intitulée Les Illusions Perdues en français. En 1933, au cœur d'une New York gangrenée par les inégalités et la corruption vivent le jeune Peter Parker et sa révolutionnaire de tante, May. Un jour, lors de l'un de ses flamboyants discours dans la rue, May est prise à partie par les hommes de main du Bouffon. Peter s'emporte alors malgré la dangerosité de la situation et il se voit rapidement passé à tabac, avant que Ben Urich ne s'interpose. Photographe cynique rongé par l'alcool et la drogue, Urich s'attache rapidement à Peter, en qui il retrouve celui qu'il était autrefois ; aujourd'hui en revanche, le vieux journaliste ne s'indigne même plus de la condition des miséreux qu'il photographie pour gagner son pain quotidien. Alors qu'il intercepte une information destinée à Ben Urich, Peter assiste à une énième magouille dans laquelle trempent le Bouffon et ses hommes, et son destin va s'en trouver changé à jamais.

Forcément, avec seulement quatre issues pour raconter son histoire, David Hine n'a pas toujours le temps de faire dans la dentelle ; plutôt que d'enchaîner sans temps mort les scènes d'action effrénées, le scénariste a donc préféré miser sur le développement des personnages, et le pari est franchement réussi. Les plus grands personnages de l'univers de l'Araignée répondent à l'appel dans Les Illusions Perdues et tous ou presque sont parfaitement réécrits pour intégrer cette version de New York crasseuse et malade.
Malgré une certaine brièveté et quelques raccourcis dans la narration, ce ne sont pas les révélations et les rebondissements qui manquent dans cette mystérieuse enquête ! Dès les premières pages, le Tisseur est en effet aperçu devant le corps criblé de balles de J.J. Jameson. Désormais, tout l'enjeu pour Spidey (et le lectorat !) est de découvrir qui a fait le coup, et pourquoi. Alors que la narration effectue un brusque retour en arrière, lectrices et lecteurs découvrent donc un Peter Parker plongé au cœur d'une ville tourmentée, peuplée de personnages moroses et traînant après eux de lourds secrets. D'abord complètement démuni, le jeune homme trouve bientôt dans son partenariat avec Ben Urich l'occasion rêvée de faire tomber le Bouffon, qu'il sait avoir commandité le meurtre violent de son oncle Ben. Rapidement pourtant, les corps s'amoncellent et le mystère s'épaissit, tandis que les victimes ôtent leurs masques et se révèlent tout aussi coupables que leurs bourreaux. Sans aucune peine, Hine parvient à maintenir la tension durant les quatre numéros des (Les) Illusions Perdues ; seule la conclusion du récit s'avère alors un rien décevante et trop rapidement bouclée, victime collatérale de la concision de la mini-série.

Contrairement à son apparition dans Spider-Man : New Generation en revanche, le Spider-Man de l'univers Noir n'a rien à voir avec une parodie de vieux briscard qui « laisse une allumette lui bruler les doigts pour ressentir quelque chose » ! Sous la plume de Hine, Peter manque d'ailleurs singulièrement du fun si caractéristique du personnage phare de Marvel Comics, pour embrasser à l'inverse une personnalité beaucoup plus sombre. Révolté par la misère sociale, la corruption et la mort, Peter trouve enfin, suite à une morsure d'araignée, le moyen de rétablir la justice, armé de ses toiles et... d'un pistolet ! Malgré un second degré plus ou moins passé à la trappe, le personnage n'en demeure pas moins toujours tiraillé par ses responsabilités et son sens du devoir. Deux scènes très réussies le font d'ailleurs se questionner sur son rapport à la mort et sur la manière dont il entend mener sa quête vengeresse ; pas de doute, ce Peter Parker old school est un digne héritier du costume de Spider-Man, ainsi qu'une superbe addition au clan des Araignées du multivers.

Du reste, la très grande majorité des personnages réimaginés par les scénaristes sont particulièrement bien définis, à commencer par Felicia Hardy, la tenancière d'un bar clandestin nommé le Black Cat. Voluptueuse et énigmatique, Felicia n'a en fait pas grand chose à envier aux plus grands personnages interprétés sur grand écran par Lauren Bacall ou Rita Hayworth, tant le rôle de la femme fatale qui défend ses propres intérêts dans l'ombre lui sied à merveille. Il faut également noter une apparition des plus surprenantes d'Adrian Toomes, alias le Vautour, qui troque ici ses ailes pour des dents affûtées et un instinct bestial des plus terrifiants. Dès le premier numéro des (Les) Illusions Perdues, l'équipe artistique de la mini-série frappe d'ailleurs un très grand coup avec une planche dérangeante et glauque à souhait, qui donne immédiatement le ton : l'univers Noir chez Marvel est violent, pourri jusqu'à l'os, et tous n'en réchapperont pas.
Seul le personnage de Norman Osborn semble alors un peu en retrait au milieu de cette impressionnante galerie de personnages réinventés. Le Bouffon, présenté comme l'un des mafieux les plus puissants de New York, assure à merveille le rôle de premier antagoniste de Peter tout en se révélant aussi menaçant que meurtrier, même s'il manque quelque peu de subtilité durant ses rares apparitions. Ce problème est tout particulièrement visible dans les dernières pages de l'histoire, lors de la confrontation finale, car malgré un ultime retournement de situation, le Bouffon est un rien trop caricatural pour pleinement convaincre, surtout dans cet univers empreint des codes du film noir qui se prend extrêmement au sérieux.

La deuxième histoire du recueil, Les Yeux Sans Visage, est la suite directe des (Les) Illusions Perdues. Huit mois après sa confrontation avec le Bouffon, Spider-Man continue de se battre chaque jour pour la justice avec des méthodes toujours aussi musclées. La carrière du jeune justicier démarre d'ailleurs sur les chapeaux de roues, entre l'arrivée du Maître du Crime dans les rues de New York, la disparition de son ami Robbie Robertson et les enlèvements d'Afro-Américains dans la ville, Spider-Man n'a guère le temps de souffler... et les lectrices et lecteurs non plus, d'ailleurs. Contrairement à sa première mini-série, Hine délaisse ici quelque peu le développement de ses nouveaux personnages, préférant multipliant les sous-intrigues. Plus confuse, l'histoire des (Les) Yeux Sans Visage possède tout de même d'excellentes bases et des réflexions poignantes ; un voire deux numéros de plus auraient alors permis d'approfondir efficacement la personnalité du Maître du Crime ou de l'Homme-Sable, notamment le premier, qui possède un potentiel immense. Le personnage du Docteur Octavius, fortement inspiré par Josef Mengele avec un soupçon de Victor Frankenstein, est en revanche proprement terrifiant. Sous la bannière du parti nazi, le scientifique vissé à son fauteuil roulant équipé de multiples bras mécaniques entend bien mener ses effroyables expériences dans l'ombre, obnubilé par ses sordides idéaux de suprématie blanche.

Plus violent encore que ne l'était la première mini-série, Les Yeux Sans Visage est un comics sans aucune concession. Sur fond de racisme, de nazisme et d'expérimentations inhumaines, avec notamment quelques cases marquantes où les mutilations sont montrées sans fard, Les Yeux Sans Visage est extrêmement ambitieux et porte en lui un discours social fort. Mais voilà, quelques petites errances, notamment dans les dialogues du Docteur Octavius qui est parfois caricatural dans sa représentation du scientifique nazi, tirent un peu l'histoire vers le bas. Ces défauts se font fort heureusement plutôt rares au fil de l'histoire, dont la conclusion est d'ailleurs plus réussie que ne l'était celle des (Les) Illusions Perdues. Et si Peter connaît une belle évolution entre ces deux premières séries, ce n'est rien comparé à Felicia Hardy, dont le destin se trouve irrémédiablement changé à la suite d'une rencontre malheureuse. Déterminée à embrasser pleinement sa rage, la plantureuse femme fatale entend bien désormais faire régner l'ordre à sa façon, et ses prochaines aventures s'annoncent palpitantes ; avec Spider-Man, cette réécriture de Felicia est assurément la plus belle réussite de l'équipe artistique !

Au dessin de ces deux premières mini-séries se trouve Carmine Di Giandomenico, dont le style si particulier accompagne à merveille les tribulations de l'Araignée au cœur des années 30, qui revêt pour l'occasion un imperméable et des lunettes d'aviateur du plus bel effet. Avec son trait imprécis, presque grossier parfois sur certains dessins, le dessinateur saisit chaque opportunité pour jouer avec les déformations corporelles et faciales afin d'insuffler un dynamisme impressionnant dans ses scènes d'action. Sous ses pinceaux se dessine également une New York poisseuse et inhospitalière, marquée par le désespoir, que ce soit dans ses coupe-gorges lugubres et jonchés d'immondices mais aussi dans ses scènes d'intérieur d'une extrême froideur. Déjà excellent dans la première série, Carmine Di Giandomenico brille plus encore au dessin des (Les) Yeux Sans Visage, en peignant magistralement des visages distordus, marqués par la terreur ou la douleur.

Outre ces deux mini-séries, Spider-Man Noir : Au Cœur de la Grande Dépression, est complété par trois petits récits en lien avec les plus grands évènements réunissant les héros du Spider-Verse. S'ils ne sont pas tous indispensables, il est difficile de bouder son plaisir devant ces quelques pages qui approfondissent encore un peu plus la mythologie du Spider-Man de l'univers Noir ! La première et la meilleure de ces trois histoires, Spider-Man Noir : Edge of Spider-Verse #1, permet notamment au lectorat de découvrir d'autres personnages iconiques de l'univers du Tisseur remixés à la sauce Noir, notamment Mystério, avec un dessin plus réaliste et une palette de couleurs beaucoup plus chatoyantes que ce qu'avait proposé Carmine Di Giandomenico. Et le résultat est des plus réussis ! Les deux autres histoires, elles, sont moins sérieuses, et elles commencent déjà à montrer un Peter Parker qui s'affranchit peu à peu de son tempérament tourmenté, lorsqu'il fait équipe avec le Spider-Man à Six Bras dans La Chance des Parker : Spider-Verse : Team-Up #1 (2015) ou lorsque le personnage recroise la route de Spider-UK dans Spider-Geddon : Spider-Man Noir : Journey to Spider-Geddon Video Comic #1 (2018).

Spider-Man Noir : Au Cœur de la Grande Dépression est au final un très bon recueil de comics, idéal pour (re)découvrir les origines de l'une des incarnations les plus marquantes de Peter Parker. Violent, sombre et passionnant, ce nouvel univers, le seul rescapé de la licence Noir chez Marvel, vaut assurément le coup d'œil, d'autant que ce Spider en imper ne semble pas prêt de raccrocher les toiles !

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