Spider-Man
New Generation

Titre original :
Spider-Man : Into the Spider-Verse
Production :
Marvel
Sony Pictures Animation
Date de sortie USA :
Le 14 décembre 2018
Distribution :
Columbia Pictures
Genre :
Animation 3D
Réalisation :
Peter Ramsey
Bob Persichetti
Rodney Rothman
Musique :
Daniel Pemberton
Durée :
117 minutes

Le synopsis

Dans un New York où Spider-Man est un héros adulé et adoré par ses habitants, Miles Morales est un new-yorkais lambda. Alors qu'il vient d'intégrer une nouvelle école privée, ce jeune de Brooklyn a bien du mal à trouver ses marques et tisser des liens sociaux. Mais une piqûre d'araignée va changer la donne et lui conférer des pouvoirs arachnéens. Assistant malgré lui à l'ultime combat de Spider-Man, ce dernier tente de lui inculquer le poids des responsabilités avant sa mort et lui confie une mission : détruire la terrible machine du Caïd qui tente de percer les parois entre les dimensions. Alors qu'il vient de perdre un mentor potentiel aussi vite qu'il l'a rencontré, l'arrivée d'autres Spider-Men et Spider-Woman en provenance d'univers parallèles, bouscule encore un peu plus sa nouvelle vie.

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 17 décembre 2018

Peter Parker et son alter-égo Spider-Man sont omniprésents chez Marvel depuis leur création en 1962 par Stan Lee et Steve Ditko dans les pages du magazine, alors mourant, Amazing Fantasy et contre l'avis de Martin Goodman, le PDG de l'époque qui ne croyait absolument pas au succès de ce nouveau super-héros. Peter est, en effet, un adolescent chétif, orphelin élevé par son oncle et sa tante, féru de sciences et sans aucune attache sociale, auquel une piqûre d’araignée confère des pouvoirs immenses qui changeront sa vie à tout jamais. Perdant tragiquement la seule figure paternelle qu’il avait, il n’oubliera jamais la leçon qu’il lui aura apprise : un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.
Servant à l'origine de simple bouche-trou dans le dernier numéro d’une revue, il trouvera rapidement sa place dans le cœur des lecteurs et décrochera sa propre série l’année suivante devenant l’une des créations les plus abouties de Stan Lee grâce à sa capacité à paraître intemporel et multigénérationnel.

5 ans seulement après sa création, le Tisseur accède à une adaptation en dessin animé avec L’Araignée, une série télévisée en trois saisons. À partir de ce moment, il ne quittera quasiment plus le petit écran avec différentes interprétations plus ou moins libres du personnage. Les droits seront également vendus pour le marché japonais donnant lieu à une série dans le pur style tokusatsu avec même un robot géant, Leopardon ! Une série live s'invite dès 1978 avec le pilote diffusé dans les salles de cinéma en dehors du sol américain. À la fin des années 80, le film de super-héros, déjà peu présent, perd en attrait auprès du public ; Marvel tentant une première percée jugée décevante pour l’époque avec Howard… Une Nouvelle Race de Héros qui prendra toutefois sa revanche avec le temps en décrochant ensuite un statut de film culte. Le retour en grâce des films de super-héros ne se fera ensuite pas à destination du grand public mais débutera par un film Rated R, à l'opposé des standards, avec Blade en 1998. Il rapporte un total de 131 millions de dollars signant alors un très joli succès même s’il est loin des scores des années 2000

2000 justement marque la sortie d’un projet de longue date pour 20th Century Fox avec le film X-Men par Bryan Singer. L'opus propose une excellente adaptation des aventures des mutants et de la lutte entre les deux leaders que sont Magnéto et Charles Xavier. Avec des sous thèmes comme l’adolescence et ses changements, l’acceptation de soi et la lutte entre deux idéologies, il est beaucoup plus qu’un simple blockbuster.
Mais la vraie consécration se produit en 2002 avec Spider-Man par Sam Raimi. Là encore, il s'agit d'un projet à la genèse difficile dont les droits furent ballottés pendant de nombreuses années et changèrent fréquemment de main. L’opus est pourtant à la hauteur des attentes du public avec un Spider-Man pro de la voltige entre les buildings de New York, un Peter Parker fou de sciences mais peu doué pour les interactions sociales, en particulier avec les filles, un J. Jonah Jameson patron du Bugle plus vrai que nature et un Norman Osborn psychopathe à souhait. Malgré des libertés sur de nombreux points de la mythologie Spider-Man (la toile d'araignée devient organique et n'est plus une création de Peter grâce aux lances-toiles tandis que Gwen Stacy et donc le triangle amoureux avec Mary Jane Watson sont gommés), les spectateurs peuvent ressentir l’amour et le respect au récit fondateur du super-héros de la part de Raimi.

Le pari était pourtant immense pour Columbia Pictures détenteur des droits. Le budget alloué au projet est, en effet, estimé à 140 millions de dollars soit les recettes entières du film Blade ou la moitié de X-Men ! Mais la popularité de Spider-Man fonctionne à plein auprès des familles et l'opus terminera avec un box-office total de 820 millions. Un score qui, à l’époque, le propulse dans le top 10 mondial de tous les temps.
La carrière hollywoodienne de l’Araignée est donc enfin lancée. Raimi réalisera deux suites mais les ennuis commenceront dans la préproduction du quatrième volet. Des remaniements incessants dans le scénario notamment auront raison de lui et le réalisateur quittera le projet. Sony (maison mère de Columbia) décide alors de relancer la franchise à l’aide d’un reboot afin de s’affranchir du travail réalisé auparavant. Mais l'exercice, déjà périlleux en soi, s'annonce compliqué à peine 5 ans après le dernier film de Raimi.

Marc Webb (ironiquement, web signifiant toile en anglais) porte ainsi le projet et en 2012 sort The Amazing Spider-Man. Il arrive à s’éloigner totalement des longs-métrages précédents en appréhendant le héros sous un nouvel angle. Peter, joué par Andrew Garfield, retrouve Gwen Stacy, jouée elle par Emma Stone en love interest. Il redevient l’inventeur de ses lances toiles tandis qu’une trame de fond sur la tragique disparition de ses parents est développée mais jamais conclue ni pleinement assumée. Le film prend d’assaut le box-office avec un total de 757 millions de dollars si bien qu'une suite se voit logiquement mise en chantier avec la même équipe.
Pourtant Sony vise déjà plus loin que de simples suites. Marvel a, il est vrai, lancé depuis 2008 son Marvel Cinematic Universe et a redéfini la manière de créer un univers partagé au cinéma. De nombreuses pistes de travail sont alors annoncées durant la production de The Amazing Spider-Man : Le Destin d’un Héros ; des spin-offs à gogo dont un film regroupant les super vilains les plus iconiques de l’Araignée ! Le Studio tient tête face à un Kevin Feige tout puissant dont le cheval de bataille est de récupérer les droits cinématographiques de Spider-Man chez Marvel, et entend contrôler intégralement le futur du tisseur.

Il saute évidemment sur la contre-performance de The Amazing Spider-Man : Le Destin d’un Héros qui réalise le pire score de la licence et participe à déstabiliser l'avenir de la franchise.
Un événement imprévisible vient en outre lui prêter main forte. En décembre 2014, Sony est, en effet, victime d’un piratage de ses serveurs internes : des informations ultraconfidentielles se retrouvent ainsi sur internet. Les fans découvrent effarés qu’un rapprochement avec Marvel Studios est en cours concernant le prêt de Spider-Man pour les films du MCU !
La nouvelle réjouit autant qu’elle fait peur. Voir Marvel reprendre petit à petit la main sur ses héros en direct est un grand pas en avant, même si ce n’est qu’un prêt pour Spider-Man, mais quid de l’avenir de la franchise avec Andrew Garfield ? Les spectateurs auront-ils le droit à un troisième reboot ? Surtout qu’une partie du contrat entre Sony et Marvel datant de 2011 refait surface et avec lui l’existence des obligations imposées par la Maison des Idées pour le rôle de Spider-Man. Le héros doit être ainsi : un homme, ne pas utiliser la torture, ne pas être homosexuel (tant que dans le comics ça ne sera pas le cas) et toujours de type caucasien et cela, alors même que Miles Morales jeune afro-latino américain vient de remplacer le Spider-Man de l’univers Ultimate, un univers parallèle à la Terre des super-héros classiques créé au début des années 2000 ! Les annonces tombent ainsi au compte-gouttes : Spider-Man fera une apparition furtive dans Captain America : Civil War avant d’être la vedette de son propre film en 2017, afin de laisser aux fans le temps de souffler entre deux reboots. Après avoir mis plus de 15 ans à apparaître au cinéma, il devient donc paradoxalement le héros le plus vu sous des versions différentes ! Tom Holland est casté dans le rôle principal et correspond avec bonheur parfaitement au cahier des charges imposé par Marvel.

Mais le deal mis en place entre les deux studios semble obscur même pour ses plus proches protagonistes. Après la sortie de Spider-Man : Homecoming, Sony relance, en effet, l’idée de son propre univers partagé, avec notamment des films basés sur des vilains ou des anti-héros. Sont ainsi annoncés Black Cat and Silver Sable, Morbius et Venom. C’est ce dernier qui arrivera le premier dans les salles de cinéma en octobre 2018 avec une question qui demeure : quel lien entretient-il avec le MCU ? Kevin Feige et Amy Pascal se renvoient vite la balle à ce sujet lors de nombreuses interviews et les fans ne savent plus sur quel pied danser. Au final, Venom et les films suivants ne seront donc pas liés au MCU et n’auront pas plus de liens avec Spider-Man, un comble et un pari risqué.
Le Tisseur, quant à lui, a fini par conquérir les salles obscures et se trouver un interprète à la hauteur de son aura : Tom Holland triomphe dans le rôle du lycéen aux pouvoirs d’araignée, son interprétation est saluée par le public et les fans espèrent que la stabilité dans la franchise est enfin trouvée.

Mais il y a un paradoxe énorme dans le style super héroïque au cinéma en général. Alors que les héros triomphent dans leurs adaptations live sur grand écran et qu’ils sont omniprésents en version animée à la télévision depuis des décennies (Spider-Man y a une présence quasiment ininterrompue depuis 1967 !) que ça soit en série ou en long-métrage (un domaine où DC Comics excelle même si ce ne sont que des adaptations de récits déjà existant en format papier), les films d'animation prévus pour le cinéma se comptent eux sur les doigts d’une main !
Sony fait la même analyse et cela depuis 2014 ! Les informations dévoilées lors du hacking ont, il est vrai, révélé que la firme travaillait sur un projet de relance de la franchise Spider-Man via un film d’animation emmené par le duo Chris Miller et Phil Lord. Les quadragénaires complètement déjantés sont inséparables depuis leur rencontre dans la série Caroline in The City en 1998 dans laquelle ils sont acteurs tous les deux. Leurs premiers pas dans le cinéma d’animation se font ensuite avec le long-métrage Tempêtes de Boulettes Géantes succès de l’année 2009. Trois ans plus tard, ils réalisent l’adaptation de la série 21 Jump Street et le public suit encore avec un excellent démarrage au box-office mondial et une suite en 2014 avec la même équipe. C’est d’ailleurs cette même année que les compères connaissent leur plus belle réussite critique et publique avec La Grande Aventure Lego. La suite de leur carrière les emmène alors vers une galaxie lointaine, très lointaine...
Tandis que les rumeurs sur les spin-offs de l’univers Star Wars se multiplient sur internet en juillet 2015, Miller et Lord prennent, en effet, les commandes du film Solo : A Star Wars Story centré sur la jeunesse du plus célèbre contrebandier. Malheureusement leur collaboration avec Lucasfilm, Ltd. tourne au fiasco avec leur remplacement à la clef pour divergence d’idées, alors que l'opus était déjà très avancé dans son tournage...

Pendant ce temps, le duo travaille aussi à l’écriture du scénario pour, cette fois-ci, un long-métrage d’animation dans l’univers du héros Marvel. Entre 2015, l'officialisation du projet, et décembre 2017 les annonces s'enchaînent. Exit Peter Parker dans le costume d’araignée, ce sera Miles Morales, le Spider-Man de l’univers Ultimate qui se placera au cœur du récit ! Le titre exact se fixe sur Spider-Man : Into The Spider-Verse ridiculement "retraduit" pour la France, en anglais, Spider-Man : New Generation ??????. D'autres Totems (c'est-à-dire des super-héros avec des pouvoirs en lien avec la force de l’Araignée) sont également présents dont Peter Parker en tant que mentor. Lord et Miller s’occupent néanmoins uniquement de l’histoire et du scénario : à la réalisation, Sony choisit, en effet, un trio de réalisateurs, Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman qui ont tous les trois de grosses carrières derrière eux.
Peter Ramsey a tout d’abord été storyboarder sur notamment Fight Club ou Independance Day et cela avant de rejoindre DreamWorks Animation sur Shrek le Troisième et de réaliser Les Cinq Légendes. Rodney Rothman a, lui, commencé sa carrière en tant qu’écrivain pour le Late Show With David Letterman et a déjà travaillé avec Lord et Miller sur 22 Jump Street. Il est aussi crédité au scénario de Spider-Man : New Generation.
Enfin, Bob Persichetti est le premier rattaché au projet mais aussi celui disposant de la carrière la plus importante et impressionnante dans le monde de l’animation. Pour Walt Disney Animation Studios, il a, il est vrai, travaillé sur l’animation de Kuzco, L’Empereur Mégalo, La Planète au Trésor - Un Nouvel UniversMulan, Hercule, Fantasia 2000 et Tarzan avant de passer à l’écriture sur Le Chat Potté et Le Petit Prince, film récompensé de nombreuses fois.

Sony Pictures Animation présente donc son dix-huitième long-métrage aux spectateurs à travers une première bande-annonce le 6 juin 2018. Et même les plus pessimistes tombent sous le charme. Niveau scénario, il ne s'agit pas ainsi d'une simple adaptation du comics Spider-Verse, car même s'il y a une réunion de différents Totems de l'Araignée, Miles Morales se place au cœur de l'histoire, avec sa quête d'un mentor afin de mieux appréhender ses nouveaux pouvoirs et sa lutte contre le mal. Mentor qui se trouvera être le Peter Parker originel tout droit venu d'un univers parallèle ! En alliant la modernité des comics avec Miles à l'arc narratif Spider-Verse et l'héritage des thèmes classiques de Spider-Man, l'opus semble tout de go rassembler le meilleur pour le Tisseur. Mais la claque est aussi visuelle, l'animation, très fluide et colorée, ne ressemble à rien d'existant. Avec des phylactères (bulle de paroles), des didascalies et onomatopées apparentes, Spider-Man : New Generation rend clairement hommage à son support d'origine : les Comics.

Le film débute par une présentation de Peter Parker par lui-même qui se définit comme le seul et unique Spider-Man. C'est alors l'occasion de découvrir qu'il est la version adulte du Spidey de Sam Raimi (grâce à la reprise de la scène du baiser entre le Tisseur et MJ dans Spider-Man, ou celle du sauvetage du train dans la suite), mais aussi de comprendre qu'ici le héros est unique. Il semble être le seul super-héros (exit les Avengers), mais surtout aimé par le grand public, avec de nombreux produits dérivés à son effigie. Peter a d'ailleurs bien grandi et s'est enfin affranchi des problèmes qu'il a connus, ayant même pu épouser MJ. Une vraie évolution pour le personnage ! La scène est simple et réalisée en hypercut, la présentation de tous les membres de l'équipe sera d'ailleurs menée selon le même principe, donnant un aperçu rapide de chaque nouveau héros, son univers et ses motivations, sans forcément perdre du temps en de longs monologues, ou pire, faire l'impasse sur certaines allitérations du héros et risquer de perdre le spectateur. Juste après, l'histoire se focalise sur Miles, nouveau pensionnaire d'une prestigieuse école huppée qu'il a intégrée grâce à d'excellentes notes. Mais le jeune étudiant est perdu dans sa nouvelle vie, son changement d'environnement scolaire lui ayant fait perdre ses amis, tandis que, côté famille, son père, exigeant mais juste, veut le meilleur pour lui tout en étant très maladroit dans sa manière de le montrer. Son dernier refuge reste dès lors les séances de graphes dans des stations de métro désaffectées avec son oncle Aaron, un homme au passé trouble. 

C'est d'ailleurs lors d'une de ses sorties nocturnes que Miles se fera mordre par une araignée étrangement lumineuse. L'apparition des pouvoirs se fait vite : en tentant de retrouver la responsable de son changement, il tombe en plein combat entre Spider-Man et le Bouffon Vert. La rencontre entre les deux protagonistes déclenche leurs sens d'araignées respectifs mais dans le bon sens, un nouveau pouvoir bien pratique pour déceler de nouveaux alliés. La surprise est grande mais pas pour les mêmes raisons, Miles rencontre en effet un potentiel mentor qui pourra l'aider et le guider quand Peter découvre, lui, qu'il n'est plus tout seul ! Mais à son tour, le jeune Morales va apprendre la règle première pour être Spider-Man, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, d'une manière tout aussi tragique que l'original. Il assiste pas moins à la mort de son mentor sous les coups du Caïd qui lui transmettra la leçon. Avant de mourir, Spider-Man aura toutefois le temps de confier à Miles la mission de détruire la machine financée par Wilson Fisk et qui, si elle doit permettre l'ouverture de portails interdimensionnels, peut aussi détruire la ville entière ! La grande maxime qui a toujours servi de code moral est donc transmise à la nouvelle génération de héros. 

New York pleure donc son protecteur dont l'identité est maintenant connue. Alors que le nouveau héros est en plein doute sur le poids qu'il porte et cherchant l'inspiration sur la tombe de son modèle, il se retrouve nez à nez avec un nouveau Peter Parker ! Pas "son" Peter, mais celui venu directement de la Terre-616 par le portail brièvement ouvert. Il est d'ailleurs loin, très loin du héros disparu. Version vieillissante et bedonnante, il est désabusé de la vie, ayant enterré tante May et perdu l'amour de Mary-Jane : les responsabilités semblent bien loin pour lui et il refuse d'aider Miles de prime abord ! Là encore, il s'agit d'une évolution surprenante mais pas improbable du Tisseur ! En tentant de récupérer des informations et des outils pour mener à bien leur mission, les deux Spider-Men vont ensuite faire la rencontre des autres héros venus de différentes dimensions : Spider-Woman, une version de Gwen Stacy avec des pouvoirs d'araignée qui a perdu son meilleur ami Peter Parker, Spider-Man Noir, un spider-man qui a perdu son oncle et vit pendant la Prohibition, Peni Parker, férue de technologie et venant d'un futur lointain (hommage au Spider-Man japonais - elle a même un robot dans la tradition des méchas ! - elle constitue la seule création originale du film) et enfin Peter Porker, le fameux Spider-Cochon ! 

L'histoire possède un schéma narratif simple dans la lignée du voyage du héros décrit par Joseph Campbell selon un parcours initiatique basique. Miles est un jeune lambda qui va obtenir des pouvoirs afin de mener à bout une quête et être transformé par son aventure pour enfin trouver sa place. Une origine story traditionnelle dans les films de super-héros. Mais l'opus va plus loin car il possède un cahier des charges lourd, celui de la franchise Spider-Man. Passage de l'adolescence, volonté de se surpasser, obligation d'apprendre le poids des responsabilités, appréhender la frontière entre le bien et le mal... tels sont les thèmes vus et revus chez le Tisseur. Au lieu de tenter de s'en affranchir et de n'en traiter qu'une partie comme certaines adaptations précédentes, Phil Lord et Bob Persichetti, les deux scénaristes, ont su ici s'approprier chacun d'eux afin de les travailler sous une nouvelle approche. La plus significative reste celle sur le poids des responsabilités qui sera utile pour deux personnages. Miles évidemment qui devra apprendre à vivre avec ses pouvoirs et les utiliser pour potentiellement remplacer le Spider-Man de son univers. Mais surtout le Peter Parker de la Terre-616, qui va devoir reprendre sa vie en main. Le développement des personnages n'est cependant pas égal car même si chacun des héros a le droit à sa présentation, les plus mis en avant seront Miles Morales, Peter Parker et Gwen Stacy, les autres servant principalement à gonfler les rangs en vu du combat final.

Côté vilain, la même chose ou presque : le Caïd et le Rôdeur se partagent l'affiche avec un autre ennemi non dévoilé lors des bandes-annonces, alors que le Scorpion et Tombstone feront du simple boulot d'hommes de mains. Dommage mais compréhensible dans la mesure où les spectateurs ne découvrent pas un nouvel univers en soi et tombe directement au cœur de l'action.
Là où Spider-Man : New Generation dévoile tout son génie, c'est au niveau de l'animation et de la réalisation. Les trois réalisateurs ont créé le média parfait entre le comics et le film d'animation, tout en transcendant chacun des deux ! Les héros dévoilent leurs pensées via des bulles directement sur l'écran, tout comme les onomatopées qui apparaissent dès que besoin. Les changements de scènes se font parfois avec des animations à la manière d'une page qui se tourne ; l'action se découpant par moment comme une planche de comics. L'animation est parfaite, avec un rendu 3D dans la même lignée. La technologie adéquate pour ce film n'existait d'ailleurs pas et a dû être inventée ! Un soin particulier a ainsi été apporté aux multiples Spider-Men, avec des styles différents selon le protagoniste. Peni tendra vers un genre manga et kawaï, Spider-Man Noir sera massif, en noir-et-blanc, tandis que Peter Porker arbore lui des couleurs plus vives d'un cartoon à la Looney Tunes. Rothman déclare sur le processus que le but recherché était d'obtenir le mélange parfait entre l'animation 3D, l'animation classique à la main, l'art des comics et le street art. Impossible dès lors de ne pas ressentir l'amour des réalisateurs pour chacun de ces ingrédients réunis dans leur film ! 

Un autre point où Spider-Man : New Generation excelle est à rechercher du côtés des clins d'oeils et autres caméos. Tout en étant nombreux mais pas nécessairement appuyés, permettant une compréhension même pour les novices, ils raviront les fans qui seront fiers d'avoir reconnu les noms des créateurs de Miles Morales (Bendis et Pichelli) au sein du répertoire de celui-ci, ou de pouvoir expliquer pourquoi entre les univers, il y a des toiles d'araignée qui semblent tissées entre eux. Et une mention particulière doit être faite pour l'apparition du regretté Stan Lee, l'un des caméos les plus beaux et touchants de sa carrière.
Un point négatif avait pourtant été soulevé à peine un mois avant sa sortie en salle et avait refroidi de nombreuses attentes : l'annonce du casting vocal français. Et surtout l'attribution des rôles du Bouffon Vert à Oliver Giroud et celui du Scorpion pour Presnel Kimpembe, deux footballeurs évoluant en équipe de France. Des choix dans la lignée de nombreux films d'animation actuels préférant rajouter des noms célèbres sur l'affiche afin d'attirer de jeunes spectateurs, plutôt que de faire appel à de vrais comédiens. Au final, beaucoup de bruit pour pas grand chose tant les lignes de dialogue des deux champions du monde peuvent se compter sur les doigts d'une main ! Le choix du titre pour la version français a aussi créé la polémique. Le film se nomme en anglais Spider-Man : Into the Spider-Verse faisant le lien directement avec les univers parallèles et les versions alternatives de Peter Parker, quand, en français il se perd dans un Spider-Man : New Generation, vide de sens et, summum de l'affligeant, une formulation anglaise !

Niveau musique, Spider-Man : New Generation se place dans la lignée d'un Black Panther, avec une bande originale très accès hip-hop avec de nombreux morceaux d'artistes reconnus et un score par Daniel Pemberton qui, bien que discret par moment, se dévoile pleinement à d'autres avec une mention spéciale pour le combat entre Miles et le Rôdeur. La chanson phare du film, Sunflower par Post Malone et Swae Lee, aura elle le droit a un clip diffusé un mois avant la sortie du film avec de nombreuses images inédites.

Comment réinventer l'histoire vue et revue de Spider-Man sans tomber ni dans le hors-sujet par rapport au personnage, ni dans la répétition ? A priori cela semblait tout bonnement impossible : tant de générations connaissent, en effet, le héros, ont lu les comics, dévoré les séries, et apprécié les films qui en ont apporté différentes interprétations ! Pourtant, ce défi est ici parfaitement relevé par un trio de réalisateurs qui ont osé et sont parvenus à révolutionner la franchise et le cinéma d'animation en même temps : simplement bluffant.

Spider-Man : New Generation est une réussite totale célébrant comme rarement le Tisseur aussi bien pour ses fans de la première heure que ceux qui voudraient (enfin) le découvrir !

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