Captain EO
L'affiche
Date d'ouverture :
Le 12 juin 2010
Date de fermeture :
Le 12 avril 2015
Type d'attraction :
Cinéma 4D
Durée :
24 minutes

Le synopsis

Après des années d’absence, le célèbre Captain EO et son équipage atterrissent à l'Imagination Institute. Le plus célèbre capitaine intergalactique aux pouvoirs musicaux sans limite se rend ainsi de nouveau aux confins de la galaxie, sur une planète lointaine et inhospitalière, afin de rencontrer et sauver la Supreme Leader.

L'expérience

Alors que les visiteurs de Discoveryland découvrent les mille et une facettes d’un monde futuriste inspiré des plus grands génies de l’Humanité, leur regard est attiré par un grand bâtiment à l’allure avant-gardiste, flanqué d’un logo composé d’un disque bleu nuit sur lequel est inscrit le mot “Captain EO” en violet et inséré dans une forme triangulaire. C’est l'Imagination Institute qui propose aux volontaires du jour de vivre une aventure épique du téméraire capitaine et de son fidèle équipage pour sauver la galaxie. De grands fanions en bois reprenant les couleurs du logo juxtaposent alors le chemin pour atteindre l’entrée du bâtiment. La file d’attente est aussi agrémentée de quelques praxinoscopes, des jeux d’optique usant de miroirs. Munis de lunettes adéquates, les visiteurs sont fin prêts pour profiter de l’aventure qui s'offre à eux.

La première salle dans laquelle ils pénètrent semble pratiquement vide, seul un petit promontoire tout au bout est légèrement illuminé. Les gens se dispersent rapidement aux quatre coins de la pièce et attendent avec impatience, consultant parfois les écrans de télévision installés en hauteur, au plafond. Puis, finalement, un homme en costume violet monte sur l’estrade et souhaite la bienvenue aux nouveaux visiteurs. Une fois ces derniers informés des mesures de sécurité, la salle s’éteint et les écrans s’allument pour projeter quelques images des coulisses du tournage du film.

Alors que le logo Captain EO est encore affiché à l’écran, une voix introduit la vidéo du making-of. Le logo disparaît alors, laissant sa place à des extraits vidéos illustrant la caméra créée par Disney et Kodak pour réaliser l'opus. Quelques exemples sont montrées à la suite tels que le survol d’un canyon ou une descente en luge. Puis les principaux instigateurs du projet apparaissent sur une même photo : George Lucas, Michael Jackson et Francis Ford Coppola. S’en suivent quelques images des décors utilisés dans le film et de leur construction. Quelques coups de crayons sur une feuille blanche esquissent les traits du célèbre capitaine, tandis qu’une musique plus pop les accompagne. Coppola et Lucas discutent et échangent sur la manière de tourner telle ou telle scène. La constitution des masques pour les danseurs et figurants fait également partie des images des coulisses qui sont offertes aux yeux des spectateurs. Une partie essentielle de la pré-production du film est ensuite montrée : les répétitions de la chorégraphie pour les danseurs. Finalement, des images du tournage lui-même, notamment un furtif Michael Jackson, dont les mouvements de jambes concluent la vidéo.

Lorsque les écrans projettent une nouvelle fois le logo du film, un homme monte sur l'estrade et souhaite la bienvenue aux futurs aventuriers. Ces derniers de nouveau informés des mesures de sécurité, les portes de la salle de projection situées sur le flanc gauche s’ouvrent et les explorateurs sont invités à y prendre place. Lunettes sur le nez et confortablement assis dans leur siège, les visiteurs sont aux prémices d’une nouvelle épopée au décollage imminent…

Alors que la salle s’éteint, la multitude d’étoiles projetées contre le mur se regroupe pour former une galaxie. Un astéroïde apparaît à l’écran et s’approche rapidement des spectateurs pour ne s’arrêter qu’à quelques centimètres de leur visage. Boum ! L’astre se fait exploser par un rayon laser et un vaisseau fait son apparition sur l’écran. À l’intérieur, l'équipage est composé de plusieurs êtres extraterrestres bien distincts. Il y a ainsi une petite bête volante du nom de Fuzzball, accompagnée d’Idey et Ody, le pilote et le navigateur qui se partagent un même corps à deux têtes. Assis sur une couchette, un membre d’équipage aux allures d’éléphant et répondant au nom de Hooter se lève et éternue en direction du public. Beurk ! Les spectateurs sont aspergés du liquide nasal de l’étrange – et mal élevé - animal. Le chef robotique de la sécurité, Major Domo, gère quant à lui la bonne marche du vaisseau. Puis, soudain, le capitaine fait son apparition dans un costume blanc éclatant pour réajuster les coordonnées de destination et échapper à un vaisseau ennemi. Le combat est rude et oblige l’équipage à effectuer un atterrissage forcé et mouvementé sur la planète de la Supreme Leader. Au cours du crash, les sièges des spectateurs se mettent à bouger sur eux-mêmes.

Les réjouissances d’avoir survécu à l’attaque sur leur embarcation sont interrompues par l’apparition holographique du Commandant Bog, le chef militaire de Captain EO. Ce dernier rappelle la mission : se rendre auprès de la Supreme Leader et lui remettre le cadeau. Les compères descendent alors du vaisseau pour explorer les environs et chercher un moyen de rejoindre la reine. Mais la planète est très inhospitalière, plongée dans une lugubre obscurité et jonchée de nombreux déchets. Hooter éternue de nouveau, créant un écho se propageant rapidement grâce aux vents balayant la planète, puis ramasse une poubelle sur le sol pour l’utiliser en guise de casque en cas de rencontres peu amicales. Dans cet univers très métallisé, l’équipage n’aperçoit pas les hommes de main de la dictatrice les entourer. Pris par surprise et sans pouvoir se défendre, ils sont très vite capturés et emmenés pour se confronter à la fameuse souveraine. Cet être mi-femme, mi-machine composé de bouts de tuyaux et rattaché à des câbles condamne sans concession le capitaine à cent ans de torture dans le plus profond des donjons de la communauté tandis que le reste de son équipage sera destiné à être transformé en déchets ! Si le capitaine accepte la sentence, malgré les réticences de ses hommes, il déclare la trouver belle de l’intérieur et posséder un cadeau qui lui permettra, comme une clé ouvre un coffre, de libérer sa supposée beauté spirituelle. Ce cadeau n’est pas seulement visible, mais aussi audible : c’est une authentique composition musicale !

Soudain, comme par magie, Minor Domo se transforme en clavier, tandis que la jambe de Major Domo devient une guitare et le reste de son corps, une batterie. Le capitaine retire alors sa cape d’un seul geste pour chanter sa chanson au titre évocateur : We Are Here to Change the World (littéralement « Nous sommes ici pour changer le monde »). Mais Hooter se prend les pieds dans la cape au sol et entre en collision avec le clavier qui perd alors quelques pièces, stoppant la chanson naissante. Lasse d’attendre, la Supreme Leader envoie ses troupes arrêter les intrus. Ces derniers urgent l’être éléphantesque de se dépêcher de réparer l’instrument. Les méchants gardes, munis de piques, se rapprochent de plus en plus du capitaine, jusqu’à l’entourer. Ils se font menaçants et semblent sur le point de capturer EO. C’est alors que Hooter finit enfin par brancher les câbles de l’instrument et d’appuyer sur quelques notes pour libérer l’énergie qui se transmet dès lors au capitaine se débarrassant par la même occasion de la menace qui l’entourait. En envoyant des jets de cette énergie sur les gardes de la méchante reine, il leur permet de faire ressortir leur vraie nature, les transformant en êtres humains bien plus sympathiques. Ils se mettent alors aux ordres du capitaine et l’accompagnent dans sa chanson entraînante et sa chorégraphie endiablée ! Les sièges des spectateurs entrent dans la danse en se secouant au rythme de la musique.

La reine, effrayée, envoie ses deux gardes cybernétiques imposants et menaçants, armés d’un fouet et d’un bouclier pour piéger le capitaine qui se rapprochait d’elle. EO se fait capturer par les deux lassos des gardes et tente de leur envoyer un fluide énergétique, contré par un autre de couleur verdâtre venu des guerriers royaux paralysant pour un instant le capitaine. Abandonné par ses danseurs, EO tente d’échapper aux deux gardes en rejoignant la sortie, mais la porte est fermée par une grille, le bloquant dans sa retraite. Heureusement, Fuzzball lâche la guitare et vient attacher les fouets des deux gardes ensemble. Entremêlés, ceux-ci ne peuvent contre-attaquer et sont transformés en être de bonté par le bienveillant capitaine. De la grille de l’entrée qui s’ouvre désormais, le capitaine avance progressivement vers la reine, accompagné des deux gardes tout juste transformés et de quelques nouveaux danseurs. Afin de s’assurer une victoire sur la terrible monarque, il réalise un pas de danse, durant lequel il recule tout en gardant les pieds au sol. Désormais sans opposition, Captain EO vole littéralement jusqu’à la Supreme Leader et la transforme, à l’aide du pouvoir qu’il possède entre ses doigts, en une magnifique femme souriante et amicale. Le royaume alors sombre et peu accueillant se transforme, par les pouvoirs illimités du capitaine, en un palais ressemblant à un temple grec tandis que la planète au départ inhospitalière devient un paradis verdoyant.

Mission accomplie ! La méchante reine n’est plus et le peuple peut revivre libre et heureux. Captain EO et son équipage entament alors un nouveau pas de danse pour rejoindre la sortie sur l’air d’Another Part of Me et embarquer dans leur bâtiment spatial. Alors que le peuple célèbre le retour de leur gracieuse souveraine, le vaisseau prend de la hauteur et s’envole pour de nouvelles aventures ; le souffle de ce dernier étant ressenti sur le visage des spectateurs...

Après cette victoire retentissante de Captain EO, les spectateurs sont invités à rejoindre la sortie et à profiter des nombreuses aventures intergalactiques offertes par Discoveryland.

La critique

rédigée par
★★★
Publiée le 03 novembre 2018

Lorsque George Lucas, papa de la saga Star Wars, Francis Ford Coppola, réalisateur maintes fois oscarisé, et Michael Jackson, le King of Pop, sont réunis par The Walt Disney Company pour réaliser une nouvelle attraction, le projet ne pouvait être qu’ambitieux et source d’une réussite certaine pour les Parcs Disney. Captain EO est ainsi projeté pour la première fois à Future World d’Epcot en Floride le 12 septembre 1986. Très rapidement – seulement six jours plus tard ! – les spectateurs californiens peuvent assister aux folles aventures du célèbre capitaine et de son équipage. Le Tomorrowland japonais accueille quant à lui la projection dès le 20 mars 1987. Finalement, ce sont les visiteurs parisiens, le jour de l’inauguration du Parc, le 12 avril 1992, qui sont les derniers à pouvoir suivre ce space opera à la sauce Disney et baignant dans un univers musical pop à souhait, flanqué d’un nouveau titre : CinéMagique !

La genèse de CinéMagique, ancêtre direct de Captain EO, est évidemment intimement liée à celle du projet du film Captain EO qui remonte à 1984 avec l’arrivée à la tête de The Walt Disney Company de Michael Eisner et de Jeffrey Katzenberg en provenance de Paramount. Le premier nommé a ainsi l’idée de mélanger les ressources cinématographiques proposées par les studios et les capacités de performances des Parcs du groupe. Son idée est alors de construire un film d’une quinzaine de minutes et jouant sur des effets de trois dimensions, mettant en scène la superstar de l’époque, Michael Jackson.

Le choix du célèbre chanteur n’est absolument pas une surprise, ni fait à la légère. Michael Jackson est un fan acharné de Walt Disney et de son univers en général. Né en 1958, le jeune Michael s’intègre parfaitement dans une famille d’artistes, de chanteurs et de musiciens que sont les membres du clan Jackson. Sous la direction de leur père, Joseph, Jackie, Tito, Jermain, Marlon et le petit dernier Michael forment alors The Jackson Five, un groupe de musique qui va connaître un succès colossal aux États-Unis et à travers le monde. Parmi la fratrie, le petit dernier se démarque des autres et s’affranchit de ses frères pour se lancer dans une carrière solo. En 1982, auréolé du succès d’Off the Wall, Michael Jackson sort son second album qui le consacre comme une star planétaire, Thriller.

À travers les tubes de cet album, l'un des plus vendus de tous les temps, la chanson Thriller, ou plutôt le clip musical qui en découle, marque à jamais l’histoire de la musique. En faisant appel au réalisateur John Landis, Michael Jackson propose un moyen-métrage d’une vingtaine de minutes pour illustrer sa chanson phare, qui use de toutes les techniques cinématographiques de l’époque. Le clip Michael Jackson’s Thriller est par la suite distribué par Disney en tant qu’avant-programme lors de la ressortie de Fantasia au cinéma. Dans le clip, se remarque également la présence vocale de l’acteur Vincent Price, célèbre dans le monde Disney pour avoir, notamment, donné de la voix dans l’attraction Haunted Mansion. Le monde étant en pleine Jacksonmania, ce n’est donc pas étonnant qu’Eisner ait pensé à lui pour une nouvelle attraction.

Eisner approche Michael Jackson en lui proposant le rôle principal d’un film en 3D, accompagnés de lumières, de fumée, de lasers dans la salle de projection. Afin de le convaincre, le patron de The Walt Disney Company avance le nom de George Lucas comme producteur du projet. Enthousiaste, le chanteur demande alors la présence de Steven Spielberg derrière la caméra. Une demande finalement rejetée dû à un emploi du temps trop chargé du futur maître du cinéma. Ce sera donc Francis Ford Coppola qui s’en chargera.

Âgé de 45 ans en 1984, le réalisateur n’est pas un inconnu du grand public, ni de George Lucas, dont il est un ami de longue date. Ils fondèrent ensemble les studios American Zoetrope qui avaient notamment produit THX 1138, le premier film de Lucas. Oscarisé pour le scénario de Patton, puis par les deux premiers volets de la série Le Parrain, il réalise le massif Apocalypse Now, une critique virulente de la guerre du Viêt-Nam et de l’enfer vécu par les soldats américains. Malgré ces succès critiques et commerciaux, Coppola est criblé de dettes, lorsque Lucas et Eisner viennent le chercher pour réaliser Captain EO.

Pressenti au début du projet pour réaliser le moyen-métrage, George Lucas est affairé sur l’adaptation de Star Wars en attraction pour les Parcs Disney, pour laquelle il travaille d’arrache-pied. Il accepte toutefois la position de producteur. Cette présence se remarque tout au long du film, tant l’univers s’approche de celui de la célèbre saga intergalactique. Le reste du casting est tout aussi alléchant. Si Jackson compose deux chansons pour l'opus – We Are Here to Change the World et Another Part of Me - , les studios Disney font appel à James Horner, jeune compositeur ayant notamment travaillé sur la saga Star Trek et futur oscarisé pour la musique de Titanic de James Cameron. Acteur, auteur et chanteur des deux chansons du film, Michael Jackson assume aussi la casquette de chorégraphe avec Jeffrey Hornaday, ce qui se ressent véritablement dans la danse finale reprenant les mouvements emblématiques du chanteur, notamment son célèbre Moonwalk. Afin d’incarner la grande méchante, le choix de Lucas se porte sur Anjelica Huston, la délicieuse Morticia de La Famille Addams. Pour compléter le casting, The Walt Disney Company engage Debbie Lee Carrington (Star Wars : Le Retour du Jedi, Mon Ami Joe) pour interpréter Idee, Cindy Sorenson (Little Nicky) pour jouer Ody l’autre moitié de la créature, Gary Depew (Y A-t-Il un Flic Pour Sauver l’Humanité ?) pour donner vie au Major Domo et enfin Dick Shawn (Les Producteurs) qui prête ses traits au Commandant Bog.

Une fois les membres de l’équipe réunis autour du projet, l’écriture du scénario du film est demandée à quatre Imaginieurs Disney, avec pour seule consigne d’y inclure de la musique, de l’espace (au sens astronomique du terme) et des effets 3D. La première version du texte présentée à Lucas et Eisner reprend, dans les grandes lignes, ce qui deviendra plus tard Captain EO, l’histoire de ce capitaine intergalactique également chanteur et capable de soigner les civilisations en détresse grâce à ses compositions musicales rythmées et ses chorégraphies entraînantes. The Intergalactic Music Man, puis Space Knights furent les premiers titres apposés au projet. C’est une suggestion de Coppola lui-même qui donnera le titre final de Captain EO. Le réalisateur propose de l’appeler EO en référence à Eos, la déesse de l’Aurore dans la mythologie grecque. Le capitaine est donc celui qui amène le soleil aux civilisations périclitantes.

Le script prêt et les acteurs choisis, la construction du plateau de tournage se fait dans la précipitation pour tenter d’arranger les agendas surbookés des différentes stars. La salle de la méchante reine est ainsi reproduite grandeur nature en seulement quelques jours. Le plateau représentant l’intérieur du vaisseau est, quant à lui, construit sur une plateforme métallique, qu’un technicien peut mettre en mouvement manuellement. Les déplacements des personnages présentés dans le film sont donc bien ceux des acteurs réagissant aux sursauts du support du décor. Les équipes Disney vont encore plus loin pour capter la séquences de l’atterrissage de l’aéronef de Captain EO. Pour les scènes de l’extérieur du vaisseau, dont celle de l’atterrissage forcé, une miniature du vaisseau est utilisée et mise en mouvement à l’aide d’un bâton. Les décors atteignent alors un peu plus d’un mètre de haut et s’étirent sur une quinzaine de mètres carrés.

Si Captain EO et la méchante reine possèdent des caractéristiques humaines, les autres personnages sont, pour leur part, des « extraterrestres », danseurs mis à part. Pour les créer, point d’ordinateur. Tout est fabriqué ex nihilo. Les studios ont engagé des acteurs pour jouer sous des costumes ces différents êtres attachants. Parmi eux, Hooter est ainsi interprété par Tony Cox, le futur grincheux Knuck du (Le) Monde Fantastique d’Oz. Seul Fuzzball a demandé plus de travail : le petit être volant est en réalité un petit robot très perfectionné dont les techniciens peuvent faire bouger toutes les parties du corps à distance. Sur le plan technique, la production de Captain EO est une petite révolution dans le monde du cinéma, puisqu’elle intègre la présence de la 3D et, bien entendu, d’une caméra sophistiquée pour réaliser ces effets. Ce n’est pas une technologie fondamentalement nouvelle toutefois pour Disney, puisque l’attraction Magic Journeys de Walt Disney World Resort utilisait déjà ce procédé au moment où les studios mirent en route la production de Captain EO.

La production débute à l’été 1985 pour une ouverture de l’attraction dans les Parcs Disney durant le printemps 1986. Au départ, le film devait durer douze minutes et coûter au studio environ onze millions de dollars de budget total. Mais l’utilisation de caméra 3D, dont Coppola ne connaissait pas le maniement, demande l’ajout de lumières et des ajustements techniques qui pèseront ensuite dans la balance économique. Pire, après le tournage principal, les premiers rushs ne conviennent pas. Michael Jackson y manquerait de charisme, la méchante ne serait pas assez présente et l’humour ne fait tout simplement pas rire. Les équipes doivent retourner des scènes, tandis que la quarantaine d’effets spéciaux prévus au départ se montent désormais à cent-quarante. Le budget explose : de onze millions, il passe à un montant estimé entre dix-sept et trente millions ! Les ennuis ne s’arrêtent pas là, puisque la construction du Magic Eye Theater qui doit abriter le film prend également du retard. Tout d’abord, sur la question sonore, les Imaginieurs doivent composer avec l'absence du son 5.1. Ce système audio qui possède plusieurs voies reproduit six canaux différents, et notamment deux canaux permettant de faire penser que certains effets viennent de derrière les spectateurs. Les ingénieurs utilisent dès lors un système de multi-bandes sur laserdisc installés à différents points de la salle. Diffusant en même temps leur piste, l’effet recherché était réussi. Sur la question de la 3D ensuite, les ingénieurs ont décidé de projeter une double pellicule du film à quelques millièmes de secondes d’intervalles, afin d’obtenir cet effet de troisième dimension.

À la hauteur de son ambition, - le film est surnommé à l’époque « Captain Ego » - Captain EO est enfin présenté au public lors d’une soirée spéciale composée des grandes stars de l’époque, dont Whoopi Goldberg et Jack Nicholson. Un documentaire présenté par Goldberg est diffusé sur la chaîne NBC et montre ainsi les coulisses de sa production. La plupart des images d’archives sont ensuite reprises dans un pré-show diffusé avant l’attraction en Californie. Les coulisses ne sont montrés, à Paris, qu’à partir du retour de l’attraction en 2010.

Alors que la réalisation du film est, à l’époque, considérée comme une des plus chères à la minute, l’expérience 3D qui en découle dans les salles des Parcs Disney est très immersive. De par le succès dans les Parcs américains et japonais, c’est sans surprise que l’attraction est prévue dans le Resort français et accueille ses premiers visiteurs le 12 avril 1992. Si l’expérience reprend le film original et les effets 3D présents dans les autres Parcs, Captain EO n’est projeté qu’en version anglaise et non sous-titrée, ce qui peut rendre la compréhension plus compliquée pour les plus jeunes et le public non-anglophone. Le nom de Magic Eye Theater, qui est utilisé en Californie, en Floride et au Japon pour nommer le bâtiment où se déroule la projection du film, n’est en revanche pas réutilisé dans le Resort français. Les concepteurs lui préfèrent le mot-valise de CinéMagique, une combinaison en forme de jeu de mots entre les termes “cinéma” et “magique”. L’aspect extérieur du bâtiment parisien n’évolue ensuite quasiment pas durant les premières années après l’ouverture du parc, seul un élément vient agrémenter la file d’attente : un toit ! Les spectateurs voulant découvrir les aventures du Captain EO patientaient ainsi à l’extérieur, mais dorénavant protégés de la pluie et autres caprices météorologiques.

Si le film reçoit mauvaise presse, l’attraction connaît, elle, une longue vie de près de dix ans et une certaine notoriété. À tel point qu’un comic book, intitulé Eclipse 3D Special #18 et signé par Tom Yeate, reprend les grandes lignes du film. Le célèbre T-shirt que porte Michael Jackson est aussi apparu dans les boutiques des Parcs en deux formats : l’un traditionnel avec le logo de l’attraction, l’autre s’illuminant dans la nuit comme dans le film ! Et, pour accompagner le bestiaire du film, la plupart des extraterrestres ont été recréés en peluches. Il était ainsi possible de s’acheter les personnages d’Idee et Ody, mais aussi le mignon Fuzzball, ou le gaffeur Hooter.

Malgré la fermeture de l’attraction en 1998, l’histoire de CinéMagique continue au sein du Resort parisien jusqu’en 2017. Tout d’abord, dès 2002, sous la forme d’un joli clin d’œil réalisé par les Imaginieurs Disney lors de la conception du second Parc à thèmes. Ainsi, l’attraction qui prend place au Studio 2 (ou Studio Theatre) du Parc Walt Disney Studios se voit titré CinéMagique, une dénomination plus adaptée au thème alliant cinéma et magie. Le nom disparaît ensuite lors de la fermeture de l'attraction, le 29 mars 2017.

Le film, disparu des Parcs Disney dans le monde, connaît une seconde vie suite à un tragique événement : le décès de Michael Jackson survenu le 25 juin 2009 dû à une overdose de médicaments. La nouvelle de la mort du Roi de la Pop bouleverse ses fans dans le monde entier, qui vont souhaiter le retour de l’attraction dans les Parcs Disney en hommage à leur héros défunt. Au vu de cet engouement, Bob Iger précise que si l’attraction revient, il ne faut pas évidemment que cela fasse défaut à la création originale (les techniques ayant évoluée depuis, elle n'aurait pu en effet être en adéquation avec son époque). Ainsi, après son revisionnage par les Imaginieurs, le film revient dans les Parcs Disney américains sous l’appellation Captain EO Tribute pour la distinguer de l’attraction des années 80 tandis qu’à Paris, elle prend le nom du film projeté. Les visiteurs californiens pouvaient donc revivre les aventures du célèbre Captain à partir du 23 février 2010, tandis que leurs homologues de Floride ont dû patienter jusqu’au 2 juillet 2010. Tokyo Disneyland propose quant à lui le film à partir du 30 juin 2010. À Paris, le désormais Imagination Institute accueille à nouveau les aventures spatiales du Captain EO à partir du 12 juin 2010, avec des périodes de fermeture selon les saisons. La réouverture de l’attraction est alors orchestrée en présence de Tom Fitzgerald, vice-président exécutif et directeur de la création de Walt Disney Imagineering pour The Walt Disney Company. Pour cette première, il est accompagné de dizaines de fans qui sont arrivés très tôt dans le Parc pour assister à la résurrection de leur héros. Certains arboraient même de superbes cosplays de Michael Jackson ! Captain EO et son équipage font leurs adieux définitifs aux Parcs Disney quelques années plus tard : ils quittent ainsi Tokyo le 30 juin 2014, puis Los Angeles le 22 juin 2014, et enfin la Floride le 6 décembre 2015. Le Resort parisien voit le départ de l’équipage pour de nouvelles aventures le 12 avril 2015

À Paris, l’expérience connaît quelques différences majeures avec sa version de 1992. Dans la salle d’attente, les courts-métrages consacrés à Kodak sont désormais remplacés par le pré-show californien revenant sur les coulisses de la création du film. Comme les pré-shows de CinéMagique, celui montrant l'envers du décor est aussi sponsorisé par Kodak. Il est ainsi possible d’assister à la réalisation des décors, mais aussi aux répétitions des danseurs. Ce retour du Captain EO est fortement marqué et influencé par l’apport de l’expérience précédente se tenant dans le bâtiment : Chérie, J’ai Rétréci le Public. Tout d’abord sur le nom du bâtiment lui-même, puisque le nom de l’Imagination Institute est gardé pour nommer la salle où est désormais projeté le film. Certains éléments de la file d’attente de Chérie, J’ai Rétréci le Public sont également conservés, comme les praxinoscopes ou la topiaire à l'entrée.

Le changement majeur entre l’expérience de 1992 et celle de 2010 résulte des modifications apportées à la salle pour Chérie, J’ai Rétréci le Public et des effets que cette dernière attraction proposait. Ainsi, tous sont, en 2010, repris pour accompagner la projection de Captain EO. En plus de la 3D déjà présente dans sa version originale, l’attraction propose des mouvements de sièges, grâce à une plateforme faisant bouger les six cents places de la salle, mais aussi des projections d’eau et de vent, notamment quand Hooter éternue. Un dernier effet permet de “chatouiller” les tibias des spectateurs faisant croire à la présence d’un animal près des jambes. Enfin, les sièges sont tous équipés désormais de haut-parleurs. Avec l’utilisation de ses différents effets, l’attraction passe d’une projection 3D à une réelle expérience 4D ! En cela, la version de 2010 amène un réel apport intéressant. 

Toutefois, si ces effets apportent un plus à l’expérience, le film en 3D a, quant à lui, très mal vieilli. Sa projection qui pouvait être considérée comme novatrice en 1986 ne l'est plus pour son retour en 2010 dans un contexte cinématographique très différent. En 24 ans, le monde du cinéma dans son ensemble s’est en effet approprié progressivement la 3D, après des débuts difficiles. Ainsi les studios Disney proposent dès 2003 Les Fantômes du Titanic, un documentaire réalisé par James Cameron présentant l’épave du célèbre paquebot immergé sous les eaux de l’Océan Atlantique. Particularité de ce film : il est réalisé entièrement en trois dimensions. Mais, surtout, Captain EO revient quelques mois seulement après la sortie du film Avatar, à nouveau réalisé par Cameron, et qui marque d’une pierre blanche l’histoire de l’utilisation de la 3D. Dans les Parcs Disney, la 3D s'est aussi perfectionnée et se voit présente dans de nouvelles attractions, notamment à travers Star Tours: The Adventures Continue, qui ouvre ses portes en 2011 en Floride et en Californie. Le contexte de projection de Captain EO n’est donc plus le même et la qualité de la 3D, la même qu’utilisée en 1992, n’est plus à la hauteur d’un Parc Disney. Les effets de jaillissements dédoublés font ainsi mal aux yeux, ce qui est difficile à accepter de la part de Disney quand une Real 3D d’excellente qualité est proposée aux spectateurs des Cinémas Gaumont à Disney Village, situés à quelques mètres du Parc.

Le départ du Captain et de son équipage pour une nouvelle aventure est annoncé lors d’un visuel présentant, dans le même temps, le nouveau nom du bâtiment : Discoveryland Theater. L’attraction est remplacée par Ant-Man Présentation Exclusive, suivi de Disney & Pixar Short Film Festival ou encore Star Wars : Path of the Jedi. Il est ainsi à noter que le nouveau nom du lieu -  Discoveryland Theatre  - diffère légèrement entre l’annonce et l’ouverture de la nouvelle animation : le Discoveryland Theater devient ainsi le Discoveryland Theatre, une petite différence qui a son importance.

Alors que la version de 1992 de l’attraction était ambitieuse et novatrice techniquement, le Captain EO de 2010 vaut surtout et principalement par les effets 4D qui lui sont ajoutés. Mais malgré cet apport et une histoire divertissante, ce retour pâtit de manière flagrante de la qualité de sa 3D qui n’est plus à la hauteur de la technologie 3D contemporaine. Il faut cependant saluer la grandeur d’âme de la firme aux grandes oreilles qui a su écouter les desirata de ses fans et leur faire revivre, avec une vague de nostalgie et d’émotions, un voyage dans le temps - le dernier - en compagnie de leur chanteur définitivement parti trop tôt.

L'équipe de création

1953 • 2015
Compositeur
1944 • ....
Producteur

La disponibilité

Cette attraction était située à Discoveryland dans le Parc Disneyland de Disneyland Paris. Elle a été remplacée par Ant-Man Présentation Exclusive.

D’autres versions, connues sous le nom de Captain EO Tribute, ont existé au sein du Disneyland Park (Disneyland Resort), d’Epcot (Walt Disney World Resort) et de Tokyo Disneyland (Tokyo Disney Resort).

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