Wally Feignoux

Wally Feignoux
Date de naissance :
Le 26 mars 1906
Lieu de Naissance :
Paris, en France
Date de Décès :
Le 30 mai 1981
Lieu de Décès :
Bordeaux, en France
Nationalité :
Française
Profession :
Dirigeant
Distributeur

La biographie

rédigée par Karl Derisson
Publié le 24 mars 2022

Le 11 avril 1997, à la veille des cinq ans de Disneyland Paris, les studios Disney consacrent la cérémonie des Disney Legends Awards aux Européens qui, depuis près d’un demi-siècle, ont contribué au succès de l’entreprise de leur côté de l’Atlantique. Parmi eux, figure notamment le Français Wally Feignoux, le premier représentant de Mickey dans l’Hexagone.

Raoul Wallace (Wally) Feignoux naît le 26 mars 1906 à Paris. Son père, pharmacien, et sa mère, femme au foyer, l’élèvent avec sa sœur Jacqueline, scolarisée comme lui à l’école Massillon, l’un des établissements privés du 4e arrondissement de la capitale. Wally poursuit ensuite ses études au lycée Charlemagne avant de commencer modestement une carrière dans l’import-export de vêtements pour femmes. Au début des années 1930, Wally Feignoux change de métier et intègre l’industrie du cinéma. Il devient alors l’un des commerciaux engagés en Europe par le studio Fox Movietone. À cette époque, ce poste lui vaut de rencontrer plusieurs grands noms d’Hollywood parmi lesquels Walt et Roy Disney avec lesquels il sympathise. Charmé par le professionnalisme et le caractère du jeune français de trente ans, les deux frères lui proposent bientôt de les rejoindre. C’est chose faite en 1936. À la tête d’une équipe de dix personnes installée au 52 avenue des Champs-Élysées, Feignoux devient ainsi le représentant de RKO chargé de distribuer les films Disney dans toute l’Europe, notamment Blanche Neige et les Sept Nains qui triomphe à Paris sur les écrans du cinéma Marignan dès le 6 mai 1938 et devient le long-métrage le plus vu de l’année en France. Plusieurs compilations de cartoons obtiennent elles aussi un beau succès comme La Revue de Mickey et La Grande Parade de Walt Disney qui confirment la popularité des personnages Disney.

La réussite de Feignoux, comme celle de ses concurrents, est toutefois brutalement stoppée à cause de la Seconde Guerre mondiale lorsque l’armée allemande entre dans Paris le 14 juin 1940. Après seulement quelques semaines de guerre, les troupes françaises, en déroute, battent en retraite. Les premiers régiments de la Wehrmacht entrent dans la capitale française. La croix gammée flotte sur les bâtiments officiels et la Tour Eiffel. Le moral est au plus bas pour les Français qui, pour la grande majorité, acceptent avec résignation de suivre le Maréchal Pétain dans la voie de la collaboration. Alors que la majorité des filiales hollywoodiennes baissent le rideau, Wally Feignoux fait, quant à lui, le choix de laisser son bureau ouvert. Avec un aplomb et un courage remarquables, il poursuit dès lors son activité alors même que les services de la Gestapo et le bureau de la censure allemande se situent dans le même immeuble que le sien.

Malgré les risques inhérents au fait de poursuivre l’importation et la traduction de productions étrangères, notamment américaines, Feignoux et son équipe continuent leur travail. Par l’intermédiaire du cinéaste et photographe Werner Kruse, les Nazis, qui manifestent beaucoup d’intérêt pour l’œuvre de Disney, prennent alors rapidement contact avec lui. Ils cherchent eux-mêmes à développer une filiale animation au sein de la German Filmtechnische Zentrastelle, l’Office du film allemand. Le talent des équipes de Disney est dès lors une référence pour eux. Kruse est envoyé pour rencontrer Feignoux. Cherchant à se montrer coopératif pour ne pas éveiller de soupçons à son encontre et ne pas mettre en danger son équipe, ce dernier accepte la discussion. Il profite alors de ces entretiens pour venir en aide à ses amis. Au cours d’un échange avec Kruse, il glisse notamment le nom de Robert Salvagnac, un artiste dont le nom vient d’être inscrit sur la liste des Français devant partir prochainement en Allemagne dans le cadre du Service du Travail Obligatoire. Vantant les qualités de l’illustrateur, Wally Feignoux parvient ainsi à sauver Salvagnac qui, loin d’être envoyé de force chez l’ennemi, est bientôt engagé avec sa femme au sein du groupe d’artistes étrangers employés par les Allemands !

Der Fuehrer's Face
Victory Through Air Power

Acceptant de discuter avec les Allemands, Wally Feignoux joue cependant un double-jeu. Il fait en particulier en sorte de protéger ses collaborateurs, notamment Claire Kaufman, son associée de confession juive. Il fait aussi en sorte que les films de propagande de Disney circulent sous le manteau. Quelques rares copies de Der Fuehrer’s Face et même de Victory Through Air Power sont ainsi montrées. Lorsque les Nazis sont au courant de la diffusion clandestine d’un tel film, ils convoquent d’ailleurs Feignoux qui explique ne disposer d’aucune copie de ce dessin animé. Désireux de protéger les intérêts de Disney, il décide en outre de cacher les copies des dernières réalisations envoyées d’Amérique avant l’Occupation afin que celles-ci ne tombent pas aux mains des Allemands. Il emporte en particulier les copies de Pinocchio ainsi que la copie de travail de Fantasia, le concert filmé événement alors en plein doublage, afin de les mettre en sécurité dans son propre pavillon situé en banlieue parisienne. Enterrées dans son jardin, les bobines resteront dès lors à l’abri durant quatre ans, jusqu’à la libération de la capitale en août 1944. Plusieurs courts-métrages sont également cachés. Malgré les menaces proférées contre lui et sa famille par les Nazis, Wally Feignoux continuera durant tout le conflit à rouler l’ennemi en attestant qu’aucune copie de ces films n'est en sa possession.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que la France panse ses plaies et commence sa reconstruction, Wally Feignoux et les employés parisiens de Disney reprennent le travail entamé avant la guerre. Le doublage de Fantasia est en particulier achevé et le film peut enfin être distribué. Malgré la réticence des directeurs de salles qui, pour beaucoup, estiment que le concert filmé est un film élitiste qui ne plaira pas au public, Feignoux parvient à obtenir une salle. Le 6 novembre 1946, Fantasia s’affiche alors sur le fronton du cinéma Empire, au 41 avenue de Wagram. C’est là que, quelques mois plus tôt, le 22 mai, il avait déjà organisé la première française de Pinocchio. Et une nouvelle fois, le succès est au rendez-vous. Malgré les prédictions d’échec des uns et des autres, Fantasia reste à l’affiche durant de très nombreuses semaines ! L'année suivante, le 15 juillet 1947, c'est au tour de Bambi d'être projeté sur les écrans du Marignan. Comme La Boîte à Musique un an plus tôt, Dumbo est programmé lors du Festival de Cannes avant une sortie nationale en France en septembre 1947.

Au cours des années suivantes, Wally Feignoux poursuit son travail de traduction, de doublage et de distribution des films Disney. En 1953, il salue la création de la société Buena Vista Pictures Distribution chargée de vendre les productions maison en lieu et place de RKO. Désormais, les studios Disney sont totalement indépendants en ce qui concerne la vente de l’exploitation de leurs films. RKO étant mise sur la touche, Feignoux travaille dès lors de concert avec Roy et Leo F. Samuels, le responsable américain de cette nouvelle filiale bientôt remplacé par Irving Ludwig. En 1963, il œuvre ensuite à l’ouverture de la filiale française de Buena Vista. Outre les réalisations des studios, Feignoux participe dans le même temps à la distribution de films français aux États-Unis, à l’image de La Grande Vadrouille qui sort en Amérique en février 1969 sous le titre Don’t Look Now… We’re Being Shot At.

(Source photo : davelandblog.blogspot.com)

Après trente-cinq ans de bons et loyaux services pour Disney, Wally Feignoux prend sa retraite en 1971. Quittant Paris pour la région bordelaise, il décède dix ans plus tard, le 30 mai 1981, à l’âge de soixante-quinze ans. Plusieurs hommages lui sont ensuite rendus. L’une des pierres tombales du faux cimetière installé près de Fort Wilderness, au Disneyland Park d’Anaheim, porte ainsi le nom de W. Pierre Feignoux. Un Disney Legends Award décerné à titre posthume honore également celui qui, sur tant d’aspects, demeure dans la mémoire des studios Disney comme un incroyable héros du quotidien.

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