Alexis Loizon
Le Plus Beau, c'est Gaston !

L'article

Publié le 09 novembre 2016

Alexis Loizon est un acteur, chanteur français, né le 9 septembre 1989 à Nîmes. Chez Disney, il est principalement connu pour avoir interprété Gaston dans la production française du musical La Belle et la Bête à Mogador d’octobre 2013 à juillet 2014. Il n'en fallait pas beaucoup plus pour motiver la demande d’un entretien exclusif. Loïc-Yoan Lapeyronnie et Alexis Audren de Chronique Disney ont donc retrouvé Alexis Loison dans un troquet parisien près des Halles, l’occasion d’en apprendre davantage sur les débuts de l'artiste, son parcours professionnel, ses ambitions, ainsi de revenir sur ce qui le lie à Disney et sur la place toute particulière que La Belle et la Bête occupe dans sa carrière professionnelle.

 

[Chronique Disney] Pour mieux apprendre à vous connaître dites-nous quel type d’enfant ou d’adolescent vous étiez ?

[Alexis Loizon] Je pense que l’adolescent et le gamin étaient plus ou moins la même personne. Comme tous les adolescents, je ne manquais pas à certains travers : on s’intéresse un peu plus aux autres et un peu moins à l’école. On essaie de rentrer dans le moule comme beaucoup de gens. Mais je suis très fier d’avoir toujours su garder ma part de candeur. Même si au lycée ou au collège, on essaie de taire ce genre de choses pour paraître beaucoup plus cool, j’ai toujours crié haut et fort que j’adorais regarder les dessins animés et même encore aujourd’hui je n’ai aucun problème à dire que mon endroit préféré au monde est Disneyland. Sinon, je suis un enfant des années 90 qui a grandi dans un environnement absolument parfait. Mes parents m’ont toujours soutenu dans ce que je voulais faire sans jamais aucune contrainte. J’ai grandi en regardant tous les Disney, que ce soit en cassettes ou en DVD. Tous les Noëls, j’étais au cinéma avec ma famille pour découvrir le dernier film sorti. C’est le cinéma qui m’a amené vers la comédie musicale et tout particulièrement les films Disney. J’ai grandi en regardant un nombre incalculable de films. J’ai un grand frère et une grande sœur qui sont nés dans les années 80 et qui m’ont biberonné de tous les films, comme SOS Fantômes ou Les Gremlins. Mon enfance et mon adolescence se résument vraiment à ça, et c’est ce qui m’a donné envie de faire ce métier finalement.

[Chronique Disney] Quand avez-vous pris conscience que vous vouliez devenir acteur ?

[Alexis Loizon] C’est difficile à déterminer comme période, mais c’est arrivé assez vite, aux alentours de six ou sept ans quand j’ai commencé à comprendre ce qu’est un métier. Je savais que le métier d’acteur existait et que c’était quelque chose que je regardais tous les jours à la télévision ou à l’écran. Et c’est là que je me suis dit : « Voilà ce que je veux faire ! »

[Chronique Disney] Vous soulignez le soutien de vos parents : comment vous ont-ils accompagné dans ce choix ?

[Alexis Loizon] Pour commencer, je viens d’une famille qui est assez cinéphile. Que ce soit mes parents ou mes frères et sœurs, ils ont tous une très grosse culture cinématographique. Quand je leur en ai parlé de mon choix, ils m’ont pris au sérieux. Évidemment, il y avait malgré tout beaucoup de scepticisme. Mes parents travaillent dans le milieu médical : ma mère est médecin et mon père est chirurgien. Forcément, quand je leur ai dit que je voulais devenir acteur, ils se sont demandés dans quoi ils allaient s’embarquer. Mais c’était à moi de leur montrer que je prenais ça vraiment très au sérieux et que je ne voulais pas monter à Paris seulement pour jouir de la vie parisienne.

[Chronique Disney] C’était à quelle période de votre vie ?

[Alexis Loizon] C’était au lycée, lorsqu’on nous parlait d’orientation. Je ne trouvais rien qui me convienne parce qu’au fond de moi je savais déjà ce que je voulais faire. J’avais entendu parler du Cours Florent, la seule école de comédie que je connaissais à l’époque, et j’ai demandé à mes parents d’aller la visiter. Ils m’ont dit « D’accord ! mais avant, il faut que tu aies ton bac ». C’était la condition sine qua none. Et même, la première année ils m’ont demandé de suivre des études à l’université en parallèle. Ma mère voulait m’inscrire à la Sorbonne. J’ai accepté pour la rassurer, mais en fait, je ne l’ai pas fait. J’estimais que si je voulais me donner à cent pour cent, je ne devais pas me disperser. Comme je vous l’ai dit, ils m’ont toujours soutenu. C’était même très mignon parce qu’à chaque fois que je faisais un spectacle au Cours Florent ou une mini apparition dans une série télé, ils enregistraient tout. Ils montaient à Paris à chaque fois, à la moindre occasion. Ils ont été adorables. Ils m’ont fait complètement confiance et moi, en retour, j’étais très fier de leur montrer que ça servait à quelque chose.

[Chronique Disney] Comment vous êtes-vous construit sur le plan professionnel ?

[Alexis Loizon] Pour être honnête, quand je suis arrivé au Cours Florent, je n’étais pas très adepte de comédies musicales, si ce n’est quelques films comme Grease ou La Fièvre du Samedi soir qui font partie de ce que ma mère m’a transmis. Pendant cette première année, la section comédie musicale de l’école, qui n’était pas très importante à l’époque mais qui représente aujourd’hui un vrai pôle indépendant, montait Grease. Un des professeurs, qui trouvait que je ressemblais à John Travolta, m’a proposé de faire un essai. Même si ça ne me branchait pas vraiment - je trouvais ça même un peu ringard - je me suis prêté au jeu. Ils ont trouvé que je chantais bien. J’avais dix-sept ans et je n’avais encore jamais pris de cours de chant. Comme ils n’avaient personne pour jouer Danny, ils m’ont proposé de me former au chant et m’ont offert le rôle. La même année, il y avait Le Roi Lion qui se montait à Paris. Je suis allé le voir et ça a vraiment été un déclic pour moi. J’avais une mauvaise représentation de ce que pouvait être une comédie musicale, ne connaissant que les productions françaises, et je ne trouvais pas ça génial pour un acteur. Mais là, je me suis dit : « Ah OK, c’est donc ça ! »  Je voulais savoir faire cela, en plus de mon métier d’acteur à la télévision ou au cinéma. Voilà comment tout a commencé. Finalement, j’ai aimé ça. Ça m’a vraiment plu d’apprendre à chanter et à danser, à construire mon artiste sur des compétences plutôt que sur le relationnel que l’on peut trouver dans le milieu du théâtre ou du cinéma. La comédie musicale est une discipline qui demande beaucoup d’exigence. Il n’y a que le travail qui compte et qui paie. Si on chante mal, ça s’entend, et le réseau de copains ou les relations n’y changent rien.

[Chronique Disney] Vous avez souvent parlé du déclic provoqué par Le Roi Lion que vous avez vu à Mogador. Est-ce que vous vous souvenez de l’émotion ressentie ce soir-là ?

[Alexis Loizon] Je m’en rappelle très bien parce qu’en fait c’est la première fois que j’ai eu le sentiment de pleurer de joie, touché par toute cette beauté. Je n’étais jamais allé voir d’opéra ou de spectacle vivant avant cela, et ça m’a vraiment fait bizarre. Vous savez dans l’ouverture, il y a tous ces animaux qui viennent du fond de la salle. J’ai ressenti beaucoup d’émotions à ce moment-là. Je me suis retrouvé comme lorsque j’étais gamin, devant ma télé, allongé sur mon tapis. C’était la première fois que je ressentais ce genre de frisson. Et je me suis mis à pleurer. C’était vraiment superbe. C’est exactement le genre d’émotion que je veux transmettre et c’est pour ça que j’aime autant faire ce métier.

 

[Chronique Disney] Maintenant que vous avez grandi, quel genre de rapport entretenez-vous avec l’univers Disney ?

[Alexis Loizon] Aujourd’hui, j’ai un petit peu plus de recul. Mais ça ne fait que confirmer ce que j’en pensais déjà. Je trouve que les films Disney sont des œuvres d’une extrême qualité. Musicalement, je trouve ça absolument fabuleux et aujourd’hui en tant qu’artiste qui fait aussi de la comédie musicale, je me dis que les gens comme Alan Menken ou les frères Sherman, que j’ai eu la chance de rencontrer, sont de vraies références qui font un travail exceptionnel. Souvent les gens associent les films Disney aux enfants alors que non. C’est quelque chose d’extrêmement pointu. Ce n’est pas pour rien que Disney est Disney aujourd’hui. En tant qu’adulte, c’est toujours un réel plaisir de retourner à Disneyland Paris, de regarder un film Disney ou de participer à ce que je vis aujourd’hui. Grâce à La Belle et la Bête à Mogador et au film éponyme, ça fait partie de mon quotidien professionnel. C’est une voie que j’emprunte sans l’avoir voulu finalement. C’est peut-être bête de dire ça, mais l’amour que j’ai toujours porté à l’univers Disney lorsque j’étais gamin se retrouve dans ma personnalité et dans l’image que je renvoie. Et il se trouve que cette image plait aux studios Disney. Les choses se font donc naturellement.

[Chronique Disney] Après le Cours Florent et votre première expérience dans Footloose, vous avez joué Gaston dans La Belle et la Bête. Comment en arrive-t-on à vouloir jouer le rôle du méchant. Est-ce que c’était un souhait ?

[Alexis Loizon] Oui, depuis le début. Au Cours Florent, pour les travaux d’étude que l’on devait présenter en fin d’année, on avait l’habitude de présenter une comédie musicale. Les années précédentes on avait joué Moulin Rouge ! et Sister Act. En fin de troisième année, j’ai décidé de monter La Belle et la Bête, version Broadway, et je me suis dit que j’allais me faire plaisir en jouant Gaston. J’ai demandé à mon meilleur pote Alexandre Faitrouni de jouer Le Fou. J’ai toujours eu cette obsession pour le personnage de Gaston, même lorsque j’étais gamin. L’histoire d’amour entre la Belle et la Bête c’est très joli, mais ceux que je voulais voir, ce sont Gaston et Le Fou. Je les trouvais marrants. Gaston est un personnage hyper intéressant et c’est dommage qu’il soit sous exploité. On parle souvent d’Ursula ou de Cruella… Mais Gaston n’est ni un monstre, ni un sorcier. Il est simplement humain et on retrouve chez lui ce qui se rapproche le plus des travers de notre société. Il est à la fois repoussant et un peu magnétique. Enfant déjà, j’essayais de comprendre ce truc-là. Trois ans après, j’ai vu l’avis d’audition de La Belle et la Bête et avec Alexandre on s’est dit que ça serait vraiment incroyable de le faire, mais pour de vrai. J’ai donc regardé quelle avait été l’approche des anciens Gaston dans les anciennes productions, que ce soit à Broadway ou à Londres. J’ai vu que les mecs étaient tous beaucoup plus vieux que moi. Le seul truc qui pourrait éventuellement me permettre d’avoir le rôle serait de me muscler. Alors j’ai fait de la musculation pendant six mois. Je ne sais pas si c’est ça qui a aidé. Quoi qu’il en soit, j’ai toujours voulu jouer le méchant dans La Belle et la Bête parce que pour moi, c’est le personnage le plus intéressant de l’histoire. Celui qui a le plus à offrir.

[Chronique Disney] Qu’est-ce que vous avez apporté au personnage ?

[Alexis Loizon] Je ne sais pas si ça a fonctionné, mais je voulais que les gens aiment le détester. Qu’ils se disent qu’il est vraiment affreux mais qu’ils apprécient malgré tout de le voir sur scène. J’espérais que le public veuille voir et revoir le duo composé de Gaston et Le Fou, jusqu’à ce que certains se demandent même s’ils ne choisiraient pas Gaston à la place de la Bête. Je voulais provoquer cet effet-là. Lui apporter quelque chose de sympathique tout en étant affreux. C’est ce que j’ai essayé de donner au personnage. C’était vraiment génial de se faire détester comme ça, même si les gens ne vous détestent pas au fond.

[Chronique Disney] Ça s’est effectivement ressenti dans la salle et c’était très visible sur les réseaux sociaux. Il y a eu beaucoup de marque de sympathie pour le personnage.

[Alexis Loizon] Oui je suis assez content du retour qu’il y a eu. Et même lorsque l’équipe du film Disney est venue, ils ont été unanimes. C’est d’ailleurs comme ça que je me suis retrouvé sur le film. J’étais très touché de tout ce qu’ils m’ont dit parce que c’était exactement ce que je voulais apporter. Je me suis dit « D’accord, je ne me suis pas trompé ! ».

[Chronique Disney] Et que vous a apporté Gaston, à vous ?

[Alexis Loizon] Énormément de choses. Dans le petit milieu de la comédie musicale, quand vous faites un spectacle comme ceux joués à Mogador, on vous regarde autrement. Comme c’est Stage Entertainment qui produit, ils font plus facilement confiance. Puis c’est tout Paris qui est venu voir ce spectacle. Et apparemment le public a aimé mon travail. Donc, aujourd’hui, les gens pensent directement à moi en préparant des castings ou des auditions. Professionnellement, c’est vraiment une étape parce que les gens se disent « Alexis Loizon, il serait bien là-dedans ». Ça m’a également permis de prendre du recul sur moi et ma façon de travailler. Comprendre ce qui marche ou ce qui marche pas, les rôles qui me conviendraient ou ceux auxquels je ne corresponds vraiment pas. Ça a été une expérience absolument fabuleuse. J’ai gagné confiance en moi, mais aussi de la force physique et de la force mentale parce que tenir toute une saison comme ça sans se faire remplacer, c’est assez cardio !

[Chronique Disney] Justement, comment se prépare-t-on physiquement ? Comment tient-on sept représentations par semaine, pendant un an et demi ?

[Alexis Loizon] J’avais déjà la préparation physique puisque j’ai fait six mois de musculation pour prendre de la masse. Et puis l’entrainement se fait naturellement pendant les répétitions. Quand on répète de neuf heures à dix-neuf heures tous les jours, de la fin du mois d’aout jusqu’à la mi-octobre, on est déjà conditionné. On chante toute la journée, on fait des chorégraphies et du coup, ça maintient en forme. Puis à partir du moment où la première est passée, votre corps s’habitue à ça et on ne se pose même plus la question. On jouait le soir, alors on avait toute la journée pour se reposer. Moi je me suis vraiment concentré sur ça. Je n’ai pas cherché à faire autre chose dans la journée, comme donner des cours. Tout était pour le spectacle. Ça demande une vraie hygiène de vie.

[Chronique Disney] Le personnage de Gaston vous a rendu célèbre. Comment gérez-vous cette notoriété ?

[Alexis Loizon] Je la gère très bien. Ça n’a pas changé ma vie, si ce n’est qu’après le spectacle les gens me reconnaissaient dans la rue et me demandaient des autographes. Je trouve ça adorable. Moi-même, lorsque j’allais à Londres ou à New York voir un spectacle, j’attendais les artistes à la sortie pour les remercier et leur dire que je les avais trouvés formidables. D’ailleurs c’est ce que j’ai dit à David Eguren qui jouait Big Ben et que j’ai vu dans Le Roi Lion. Il fait partie des gens qui m’ont fait prendre conscience que je voulais devenir ce genre d’artiste. Sinon, à part un peu plus de j'aime et d'abonnés sur mes pages Facebook, ma vie est la même.

Le public français est très imprévisible dans ce domaine. Sur La Belle et la Bête par exemple, ça a très mal démarré. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que la communication a démarré un petit peu tard. Le spectacle a remplacé Mary Poppins qui ne s'est finalement pas fait. Les auditions se sont faites très vite, sur un mois et demi, et la publicité s’est faite tardivement. Du coup, on a eu des salles en novembre qui n’étaient pas vraiment remplies. Puis, à partir du 1er décembre, ça a été plein jusqu’au 31 juillet. C’est la première fois que Stage voyait ça depuis la première année du (Le) Roi Lion. Ils ont même ajouté une trentaine de dates, ce qui ne se fait pas habituellement. Ça confirme ce que je pense : il y a un public pour les spectacles Disney en France. Je ne sais pas si c’est dû aux Parcs ou à notre culture…

[Chronique Disney] Il y a probablement une certaine proximité qui se crée entre le spectacle et le public qui y retrouve le film original.

[Alexis Loizon] Je pense aussi. Le fait que les paroles des chansons soient les mêmes que celles du dessin animé, contrairement au (Le) Roi Lion, a créé des réactions attachantes. C’était amusant de voir les premiers rangs reprendre les paroles en même temps que nous. Et puis je pense que La Belle et la Bête a une popularité particulière en France. C’est une référence. Il y a quelque chose de très français là-dedans.

[Chronique Disney] Après La Belle et la Bête, pourquoi n’avez-vous pas poursuivi votre collaboration avec Stage Entertainment contrairement à d’autres artistes qui enchaînent les productions à Mogador ?

[Alexis Loizon] C’est simplement les choses qui se sont faites comme ça. Puis ce n’est pas entièrement vrai parce que j’ai fait Holiday On Ice qui était également produit par Stage. Après La Belle et la Bête, il y a eu Le Bal des Vampires. Je suis allé jusqu’au bout pour le rôle d’Herbert, le fils du comte Von Krolock. C’est un personnage très efféminé et Roman Polanski a préféré un autre acteur. Il me trouvait trop musclé. Ensuite il y a eu Cats qui requiert des qualités de danseur que je n’ai pas, et Le Fantôme de l’Opéra demande des qualités lyriques bien particulières. Après, la production m’a fait des propositions qui ne correspondaient pas à mes choix de carrières. J’ai préféré faire des spectacles plus petits, dans des productions plus modestes où je savais que je m’amuserais plus.

[Chronique Disney] C’est le cas pour Aladin de David Rozen et Marie-Jo Zarb ?

[Alexis Loizon] Oui, c’est un rôle que j’aime beaucoup et que j’espère pouvoir rejouer dans les mois à venir si mon emploi du temps le permet.

[Chronique Disney] Lorsqu’Aladin est sorti en France, Disney Theatrical Productions sortait sa version à Broadway. Comment avez-vous essayé de vous démarquer du personnage créé par Disney ?

[Alexis Loizon] On a fait un premier showcase à Orléans en 2014. Le spectacle a été acheté pour une programmation à Paris durant la saison 2015. Le spectacle est resté en friche pendant un an. C’est là où Disney a sorti sa propre version à Broadway que j’ai pu aller voir grâce à eux. J’avais trouvé cela absolument fabuleux. En fait, je n’ai pas trop à réfléchir pour me démarquer du rôle. On vous donne un livret, on vous donne des dialogues et le metteur en scène vous dit qu’il aimerait que le personnage soit un peu plus espiègle ou à un autre moment plus sérieux. Je me suis complètement laissé porter par l’ambiance du spectacle qui est très familial. Au final, il ressemble beaucoup au personnage des studios Disney.

[Chronique Disney] Quand on joue Aladin, est-ce qu’on pense au film d’animation ?  Est-ce qu’on en visualise certaines scènes ?

[Alexis Loizon] Plus ou moins, oui. Mais comme les deux adaptations sont assez fidèles au conte, on retrouve finalement les mêmes ingrédients. Comme dans le dessin animé et la version de Broadway, le spectacle décolle vraiment lorsque le Génie arrive. C’est lui qui mène la danse. C’est son show. Et quand il est là, Aladin devient un pantin. C’est une poupée qui se laisse driver dans tous les sens. Au début de l’histoire, on a quand même essayé de lui donner un côté un peu plus mûr que chez Disney. Dans cette version, il n’y a pas Abu, mais il a un frère adoptif dont il doit s’occuper, ce qui lui donne une certaine responsabilité. Après, si on commence à penser au film, on perd de vue ce que l’on veut apporter au spectacle.

[Chronique Disney] Effectivement, lorsque vous jouiez Gaston, vous avez refusé de revoir La Belle et la Bête, que vous connaissiez déjà par cœur.

[Alexis Loizon] Je crois même que je ne l’ai pas revu depuis, alors qu’avant je le regardais sans cesse. Entre ce qu’Andreas Deja a fait sur l’animation et ce que Francois Leroux a fait sur la voix, je trouve ce film vraiment parfait. Et j’ai peur en le revoyant de le comparer à ce que j’ai fait sur scène. Même pendant la préparation, j’ai volontairement demandé à changer certaines choses comme des intonations de voix, pour apporter un peu de nouveauté et ne pas simplement reproduire ce que l’on voit dans le film. Même si ce n’est pas évident sur une production qui a été montée un peu partout dans le monde, les créatifs ont été géniaux parce qu’ils ont accepté la plupart de mes propositions. Il a quand même fallu se battre parfois pour faire comprendre que certaines choses fonctionneraient mieux en étant adaptées au public français. Dan Menasche a également imposé beaucoup de choses pour rendre le personnage de Lumière plus efficace.

[Chronique Disney] Aujourd’hui vous poursuivez cette aventure en tournant dans le film à prises de vues réelles La Belle et la Bête. Comment vous êtes-vous retrouvé sur ce projet ?

[Alexis Loizon] C’est plus ou moins la chance. Le casting était ultra confidentiel. Un jour, je jouais La Belle et la Bête. À la fin de la représentation, on salue, le rideau tombe. Immédiatement, je fonce poser mes bottes qui me font un mal de chien et enlever mon costume parce qu’on est en juillet et que j’ai perdu quatre kilos d’eau. C’est là que le stage manager vient et qu’il me dit « Alexis, il y a quelqu’un qui voudrait te voir. » Il y a plein de gens qui demandent à voir des personnages après le show. Parfois cela fait même partie de certains packages, selon les places qui ont été achetées. Je retourne donc sur scène et je vois un monsieur avec derrière lui une armée de six ou sept personnes. Il vient, me parle en anglais. Je comprends qu’il est Américain. Il me félicite pour le personnage. On parle beaucoup de l’histoire, du personnage de Gaston. Il me pose pleins de questions : pourquoi ai-je pris cette voix-là ? Pourquoi l’ai-je joué comme ça ? Comment ai-je fait pour être si proche du dessin animé tout en apportant mes trucs à moi ? C’était très intéressant. Puis il m’a demandé ce que je faisais l’année suivante. Je lui ai répondu que j’avais une proposition en cours mais que rien n’était signé. Sur ce, il est parti. Comme il ne s’était pas présenté, je ne savais pas vraiment qui il était. À l’époque, il y avait un projet de captation du spectacle pour le diffuser au cinéma, chose qui ne s’est pas faite finalement. Et comme le stage manager m’a juste dit que c’était le réalisateur du film, j’ai immédiatement pensé que c’était lui qui devait s’occuper de l’enregistrement de la comédie musicale.

Deux ou trois mois plus tard, je reçois un coup de fil de Lucy Bevan, la directrice de casting qui s’occupe de tous les films à prises de vues réelles Disney (Pirates des Caraïbes, Maléfique, etc.). Après s’être présentée, elle m’a expliqué que Bill Condon avait pensé à moi pour le rôle de Gaston dans la nouvelle adaptation de La Belle et la Bête et qu’il voulait que je fasse des essais. Au départ j’ai cru que c’était une blague, mais Lucy était très sérieuse et m’a envoyé le scénario avec des extraits de texte à préparer. L’audition a eu lieu à Londres. À partir de là, tout a été très vite.

Jusqu’au dernier moment je croyais un peu à une farce, mais lorsque je suis arrivé dans les studios, j’ai effectivement vu Bill Condon qui m’a fait passer des essais. J’y suis allé deux ou trois fois. Il voulait vraiment que je participe au film. Puis, pour des raisons qui nous dépassent tous, ils m’ont finalement appelé pour me dire que ma prestation était très bien mais que les studios Disney ont préféré Luke Evans pour le rôle. Je me suis dit que c’était évident. J’avais déjà des doutes lorsque j’ai appris qu’Emma Watson allait jouer le rôle de la Belle. J’ai vite compris qu’ils ne me laisseraient pas lui donner la réplique. Je considère que c’est déjà un honneur d’avoir été convié pour auditionner, moi ainsi que d’autres personnes que je n’ai pas le droit de nommer.

Mais Bill a insisté pour que je sois dans le film malgré tout. Il m’a donc proposé le rôle de Stanley. J’ai cherché dans le scénario, me demandant qui est Stanley. Il se trouve que c’est l’un des acolytes de Gaston, qui s’appelle Norbert dans la version française. J’ai accepté avec plaisir, même si c’était un peu flippant parce que j’étais en tournée avec Holiday On Ice et qu’il a fallu gérer pas mal de choses pour réussir à me libérer.

En fait, ça c’est fait tout seul, grâce à la comédie musicale. Comme je le disais tout à l’heure, le retour positif quand on travaille une première fois avec Disney, c’est que quand on est bon, ils vous rappellent sur un autre projet. Et dans ce cas précis, ça plaisait à Bill Condon de savoir que j’avais joué dans la comédie musicale. C’était un petit clin d’œil pour le film. C’est quelque chose dont il parlait à tout le monde sur le tournage. J’étais même assez gêné parfois. Je me souviens d’une fois, après avoir tourné une scène qui n’avait rien à voir, une scène assez grave, il est venu me demander si j’allais bien. Autour de nous, il y avait tout le monde : Luke Evans, Josh Gad et Emma Watson. Puis il s’est mis à leur raconter que j’avais joué dans la comédie musicale, que le spectacle était génial et que j’avais interprété un Gaston formidable. J’étais gêné mais ça montre aussi l'ambiance il y avait sur le tournage. Tout le monde était très relax, comme si nous étions entre copains.

[Chronique Disney] Quel effet cela fait-il de voir un autre acteur jouer le rôle de Gaston ?

[Alexis Loizon] Au départ, j’avais un peu peur de mal le vivre, et c’est d’ailleurs ce qui m’a fait hésiter au début. Mais à partir du moment où Luke Evans est arrivé en studio pour les répétitions et que je l’ai vu faire, j’ai compris que ça ne pouvait être que lui. C’est tellement bien ce qu’il fait, son interprétation est tellement juste ! De plus, son approche est vraiment très personnelle, ce qui en fait un Gaston très différent du mien. Puis, quand on voit la direction qu’ils ont prise pour le film et pour les personnages de Gaston et Le Fou, leurs costumes, ce qu’ils ont coupé ou ce qu’ils ont ajouté, le choix de Luke Evans est extrêmement cohérent. Je savais que Bill voulait que j’apporte ce côté un peu cartoonesque que j’avais utilisé sur scène, mais je pense que les studios ont voulu partir vers quelque chose de plus authentique et de plus réaliste.

[Chronique Disney] Sans trahir les clauses de confidentialité de votre contrat, qu’êtes-vous en droit de nous révéler sur ce projet ?

[Alexis Loizon] Je peux vous dire que c’est une comédie musicale et qu’Alan Menken a écrit trois nouvelles chansons. Je ne vous apprendrais rien sur le casting, vous savez déjà tout… (Il réfléchit.) J’essaie de filtrer ce que j’ai le droit de vous dire ou pas, et ce n’est pas simple ! Je peux vous dire que le film est fidèle au dessin animé mais qu’il lui apporte beaucoup de fraîcheur et d’authenticité. Même s’il y a pas mal d’effets spéciaux, il y a plein de choses que l’on voit à l’écran - le village, la taverne, l’intérieur du château - qui sont de vrais décors. C’est incroyable tout ce qu’ils ont reconstitué. Même si certaines scènes ont été tournées dans de vraies forêts, la plus grosse partie a été tournée dans les studios de Pinewood, à Londres. Le village, par exemple, a été entièrement reconstitué en extérieur, sur un immense terrain vague. Forcément, ça reste un décor de cinéma, mais quand on se balade dedans, c’est tout simplement magique. Le résultat est vraiment extraordinaire. C’est d’ailleurs pour cela que l’équipe du film était à Paris quand je les ai rencontrés la première fois. Ils cherchaient un village qui pourrait servir de modèle à celui qu’ils ont reconstruit pour le film. C’est tellement l’enfer de tourner dans ce genre d’endroit qu’ils ont préféré tout reconstruire à Londres.

Je n’ai pas beaucoup d’exclusivités à vous révéler. En général, les informations que vous trouvez sur Twitter ou Facebook sont déjà filtrées par les studios. C’est quand on tombe dessus que l’on sait qu’on peut communiquer.

[Chronique Disney] Combien de temps êtes-vous resté sur le tournage ?

[Alexis Loizon] Le tournage a commencé le 17 ou le 18 mai et s’est terminé mi-aout. Il y a plusieurs équipes qui tournaient plusieurs scènes en même temps. Mais j’étais présent par intermittence. Parfois je tournais pendant trois semaines et la semaine qui suivait, je ne faisais rien. C’est pour ça que je me suis installé à Londres en mars et que j’y suis resté six mois. Ce sont surtout les répétitions qui ont été longues. Elles ont duré deux mois et demi. Comme c’est une comédie musicale, les numéros comme celui de la taverne, qui est absolument génial à l’écran, demandent beaucoup de travail. On les joue plusieurs fois et chaque fois que le réalisateur ou le chorégraphe demande à changer quelque chose, c’est tout l’ensemble qu’il faut régler à nouveau. C’est un processus extrêmement lent. C’était la même chose pour le numéro d’ouverture, dans le village, qui a été très difficile à chorégraphier, essentiellement à cause des deux cents figurants à diriger.

[Chronique Disney] Le film est tourné en anglais, mais l’histoire se passe en France. Est-ce que le fait d’être Français a été un plus sur le tournage ? Votre accent peut-être ?

[Alexis Loizon] Pas vraiment. Je crois même que ça ne s’entend pas. Je n’ai pas de dialogue dans le film, je ne fais que chanter, et personne ne m’a fait la réflexion. Ewan McGregor, par contre, a travaillé son accent. Je me souviens qu’un matin, j’ai passé du temps à apprendre à l’équipe à dire « Bonjour ». On avait des journées entières au studio pour préparer le numéro d’ouverture. Ils m’ont demandé si le « Bonjour » sonnait bien. Ce n’était pas le cas pour tout le monde. J’ai donc participé à des petites séances de coaching. Mais je ne me souviens pas que ça fasse partie de mon contrat.

[Chronique Disney] Vous avez dit que la scène est la meilleure des écoles. Qu’avez-vous le sentiment d’avoir encore à apprendre ?

[Alexis Loizon] Plein de choses. Là par exemple, sur Roméo et Juliette dont je démarre la tournée en Asie très bientôt, c’est la première fois que je vais tenir le premier rôle dans une si grosse production. C’est une tournée où l’on m’a fait comprendre que soixante-dix pour cent du spectacle repose sur moi. Dans Roméo et Juliette, je suis tout le temps sur scène. C’est la première fois que j’ai l’impression de porter vraiment un spectacle. C’est plus facile d’avoir un second rôle finalement : c’est moins ingrat.

[Chronique Disney] D’autant que le spectacle est très apprécié et attendu en Asie. Avez-vous déjà des informations sur le nombre de salles que vous allez faire ? Sur les ventes ?

[Alexis Loizon] C’est extrêmement attendu. Le spectacle tourne là-bas chaque année depuis sa création en 2000. La troupe passe au Japon, en Corée, en Chine, à Taïwan… C’est une comédie musicale qui est très populaire. C’est la première fois que je travaille avec une production qui me dit que ça se vend bien. Habituellement, les producteurs, et c’est normal, ne parlent pas des ventes aux artistes. Quand ils ne disent rien, en général, c’est qu’ils sont sceptiques sur les ventes.

[Chronique Disney] Pour combien de temps partez-vous ?

[Alexis Loizon] La tournée part le 17 octobre et se termine le 18 décembre.

[Chronique Disney] À quoi vous attendez-vous sur place ?

[Alexis Loizon] On m’a déjà prévenu que le public asiatique est très friand des comédies musicales francophones. Il est très fidèle et très exigeant aussi. Le spectacle est extrêmement populaire là-bas parce que Damien Sargue a créé le rôle. C’est une célébrité là-bas. Il faut faire oublier Damien Sargue tout en gardant ce qui a plu au public. Ils sont très exigeants mais quand ils vous aiment, ils sont très fidèles. Il va y avoir quelques télés, des points presses pour la promotion.

[Chronique Disney] Y a-t-il un rôle que vous rêveriez d’interpréter ?

[Alexis Loizon] Franchement, j’avais un rôle de rêve, c'était celui de Gaston. Aujourd’hui, je ne sais pas vraiment. Si je devais choisir un rôle sur scène, je pense que j’aimerai jouer le rôle de Danny Zuko dans Grease parce que John Travolta a toujours été une référence pour moi. Sinon, au cinéma, si un jour Hugh Jackman est trop vieux pour Wolverine, ou qu’ils veulent faire un reboot avec un acteur français, je suis partant ! Plus sérieusement, je rêverais de tourner dans un film Marvel. Il y a un super méchant français dans l’univers de Spider-Man par exemple [Batroc le Sauteur]. J’aimerais beaucoup l’interpréter. Mais ce sont plutôt des films qui me font rêver plutôt que des personnages. Il y a néanmoins le rôle de Sam dans Ghost, celui de Danny [Zuko], … ou même n’importe quoi dans Billy Elliot que je trouve formidable.

[Chronique Disney] Et si la version Disney d’Aladdin arrivait à Paris, aimeriez-vous jouer le rôle ?

[Alexis Loizon] Tout de suite, même si je pense être un peu trop pâle pour le rôle. Quand on regarde les choix faits sur les trois productions en cours, on remarque qu’ils ont choisi des acteurs qui correspondent aux caractéristiques physiques du personnage. En fait j’ai passé l’audition à Londres. J’étais sur le tournage du film (La Belle et la Bête) et l’assistant du chorégraphe du film s’occupait également de la production du West End. Elle travaillait sur le casting. Un jour sur le tournage, elle m’a proposé de passer une audition privée. Ça se passe sur une journée où ils présentent aux producteurs cinq Aladdin, cinq Génie, cinq Jasmine… Pour dire : « Voilà, regarde ce qu’on peut trouver à Londres. » J’y suis donc allé. J’ai eu deux rendez-vous là-bas. Pour une création à Londres, ils prennent rarement des acteurs qui ne sont pas anglais pour montrer qu’ils savent faire. Et ils ont raison parce qu’il y a assez de gens pour jouer le rôle. Et le mec qu’ils ont choisi est juste formidable. Je m’en rappelle parce qu’il passait juste après moi en fait. 

[Chronique Disney] Avez-vous vu Mickey et le Magicien à Disneyland Paris ?   

[Alexis Loizon] Pas encore. J’ai beaucoup de copains qui travaillent dessus. Je ne suis pas retourné à Disneyland Paris depuis un moment. Mais je trouve génial que le Resort recommence à faire des spectacles de qualité comme Chantons La Reine des Neiges ou Mickey et le Magicien. C’est une vraie opportunité pour beaucoup d’acteurs qui se ruent sur les auditions et qui peuvent vivre de leur art grâce à ça.

[Chronique Disney] Pourriez-vous travailler pour Disneyland Paris ?

[Alexis Loizon] Pourquoi pas ! Ça dépendrait de ce que l’on me propose. Je n’aurais pas la sensation de redescendre ou quoi que ce soit parce que c’est de ça qu’est fait ce métier. J’ai toujours voulu travailler dans les Parcs. Quand j’étais petit, c’était une obsession. Et je n’ai jamais eu à y travailler. Je n’ai jamais passé d’auditions. Si une opportunité se présente, ça dépendra du contexte. Je ne ferme pas cette porte-là. Je suis néanmoins très comblé d’avoir pu travailler pour Disney finalement.

[Chronique Disney] Un mot pour la fin ?

[Alexis Loizon] Là, je suis sur un projet de film avec Calliz production, avec qui j’ai déjà travaillé sur des courts-métrages. C’est un film fantastique. On va commencer à tourner bientôt, lorsque je rentrerai en France. Les mois qui viennent vont être bien chargés. On parle de me faire reprendre le rôle d’Aladin pour quelques dates, et puis je dois travailler avec Disney pour faire la promotion de La Belle et la Bête. J’ai hâte qu’il sorte pour voir l’accueil du public. Je suis assez curieux de ça parce que je me mets à la place de ces gens qui n’ont encore rien vu du film qui sont à la fois excités et sceptiques. Ils doivent se demander s’ils n’ont pas bousillé le film original et surtout à quoi ça sert de faire un remake alors que tout est dans le dessin animé. Moi je suis confiant. La troupe est absolument fabuleuse. Si je peux vous dire un truc, c’est que lorsqu’Emma Watson porte sa robe de bal, la ressemblance est à s’y méprendre. Et puis pour moi la révélation du film, c’est vraiment Luke Evans.