Horrifikland
La couverture
Éditeur :
Glénat
Date de publication France :
Le 16 janvier 2019
Collection :
Créations Originales
Auteur(s) :
Lewis Thondheim (Scénario)
Alexis Nesme (Dessins)
Nombre de pages :
52

Le synopsis

À la tête d’une agence de détective moribonde, Mickey, Donald et Dingo sont contactés par Madame Gravier, une vieille femme désespérée après la disparition de Blacky, son chat adoré. Faute d’avoir d’autres affaires à gérer, les trois compères se lancent donc à la recherche du matou égaré et se retrouvent bientôt au cœur d’Horrifikland, un terrifiant parc d’attractions abandonné qui va leur donner de multiples sueurs froides…

La critique

rédigée par
Publiée le 11 février 2019

Le 2 mars 2016, l’éditeur Glénat fait l’événement avec le lancement des Créations Originales, une toute nouvelle collection de bandes dessinées consacrée à Mickey, Donald, Dingo et toutes les vedettes historiques de l’écurie Disney. Dans la veine de la série Spirou vu par… éditée par Dupuis, cette nouvelle série remet ainsi sur le devant de la scène les premiers héros des studios Disney qui, des décennies après leurs premières apparitions sur grand écran, font leur grand retour dans les librairies alors même que la France avait depuis longtemps abandonné ses héros à la presse jeunesse. Cerise sur le gâteau, cette collection phénomène réunit alors certains des meilleurs spécialistes de la souris et autres meilleurs artistes européens de BD contemporains, de Nicolas Keramidas à Tebo, en passant par Cosey, Régis Loisel, Denis-Pierre Filippi, Silvio Camboni, Fabrozio Petrossi ou encore Lewis Trondheim qui, pour ce septième volume, fait équipe avec Alexis Nesme.

Né à Fontainebleau le 11 décembre 1964, Lewis Trondheim débute notamment dans les années 1990 avec L’Association, une maison d’édition fondée avec Jean-Christophe Menu, David B. Stanislas, Mattt Konture, Patrice Killoffer et Mokeït. Chez elle, il s’illustre avec Lapinot et les Carottes de Patagonie, une bande dessinée improvisée de 500 pages initiée sans scénario prédéfini et avec pour seule contrainte une mise en page de trois cases sur quatre. Influencé par l’œuvre de Carl Barks et de Floyd Gottfredson, il passe en 1992 par L’Atelier Nawak, rue Quincampoix, où il partage son espace de travail avec d’autres auteurs comme Jean-Pierre Duffour, Émile Bravo, Joann Sfar ou David B. Il y participe à l’OuBaPo (Ouvroir de Bande Dessinée Potentielle), une expérience basée sur l’idée de la contrainte artistique volontaire, avec laquelle il crée Moins d’un Quart de Seconde pour Vivre. Sa carrière est ainsi jalonnée de plusieurs succès, à l’image de Boule de Neige, A.L.I.E.E.N, La Mouche adaptée à la télévision et Panique en Atlantique, une revisite des aventures de Spirou avec Fabrice Parme. Co-fondateur en 2007 du Syndicat des Auteurs de Bande Dessinée, il est le créateur du Fauve, la mascotte du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême où il recevait en 1994 l’Alph-Art coup de cœur pour Slaloms puis le Prix de la série en 2005 pour Les Formidables Aventures de Lapinot. Également couronné d’un Totem de la bande dessinée au Salon de Montreuil, du Prix Max et Moritz, du Prix Saint-Michel pour Je vais Rester et du Grand Prix de la ville d’Angoulême, son œuvre compte également les albums Mickey’s Craziest Adventures et Donald’s Happiest Adventures, publiés par Glénat dans la collection Créations Originales.
Né le 1er janvier 1974 à Villefranche-sur-Saône, Alexis Nesme est, quant à lui, le créateur de Grabouillon, une série publiée par Delcourt et adaptée à la télévision. Coloriste de talent honoré au Festival d’Angoulême en 1996, il est également l’un des auteurs des (Les) Gamins aux côtés du scénariste Éric Omond. En 2009, il adapte avec des animaux anthropomorphes Les Aventures du Capitaine Grant avec un premier tome suivi par deux autres volumes en 2011 et 2014.

Avec la collection Créations Originales, Glénat a, à n’en pas douter, redonné ses lettres de noblesse à la bande dessinée Disney. Chaque volume se veut, en effet, des plus luxueux avec un beau format 24 x 32, une couverture vernis faisant ressortir les personnes, du papier de qualité et un dos entoilé des plus classes qui, en boutique, n’a rien à envier aux meilleures éditions limitées du moment. Le lecteur, dès lors, ne peut qu’être attiré par ces ouvrages dont les couleurs tape-à-l’œil (le violet pour le présent album) ne manqueront pas d’attirer l’attention. Seul petit regret, toutefois, le soin de relecture peu rigoureux et des fautes d’orthographes qui, malheureusement, viennent entacher ce beau travail éditorial. Déjà soulevé au moment de la sortie de Mickey et l’Océan Perdu en janvier 2018, ce problème semble toutefois résolu dans les pages d’Horrifikland. Résolu à une exception près cependant… Et pas des moindres ! Le lecteur aura en effet la mauvaise surprise, en regardant la couverture du livre, d’y lire la mention « Une térrifiante aventure de Mickey Mouse » avec un méchant accent sur le premier E du mot terrifiante qui en laissera plus d’un sceptique. De là à reposer l’ouvrage pour continuer dans d’autres rayons, il n’y a qu’un pas…

Pour les moins sourcilleux qui, malgré cette faute énorme, prendront le temps d’ouvrir le livre et d'en feuilleter les pages, une bonne surprise est au rendez-vous. Le style d’Alexis Nesme est, il est vrai, du plus bel effet. Et la technique de colorisation est vraiment très attirante. Certaines pages, avec des décors cartoonesques riches en détails et en couleurs, sont en effet magnifiques, à l’image de la page 8 avec les rues de Mickeyville ou encore de la page 38 sur laquelle Mickey, Donald et Dingo contemplent un galion de pirates vraiment superbe en tous points. Les fans Disney de la première heure seront également charmés par les références au patrimoine de la compagnie. Horrifikland, c’est vrai, n’est pas sans rappeler, en tout cas au début, Les Revenants Solitaires, le classique animé de Burt Gillett sorti en 1937 et qui, aujourd’hui encore, reste certainement l’une des meilleures aventures de la souris et de ses amis. Les petits clins-d’œil au Mickey historique avec sa culotte rouge aux boutons jaunes, ainsi qu’au cartoon The Mad Doctor, au chat Figaro tout droit sorti de Pinocchio et même à Dumbo (subtil mais vraiment bien placé), sont eux aussi réellement séduisants, tout comme peut l’être la présence du buste de reine égyptienne reprenant les traits de Daisy et qui s’inspire d’une œuvre décalée de Sara Storino montrée dans le livre Le Musée Disney publié chez Glénat en janvier 2013.

Le choix des couleurs et les petits hommages sont souriants et bien trouvés et demeurent indéniablement deux des vrais bons points de l’album. Mais malheureusement, la liste des compliments s’arrête là. Car si la colorisation vaut franchement le détour, il en va tout autrement du dessin. N’est pas Floyd Gottfredson ou Carl Barks qui veut ! Et si le coup de crayon d’Alexis Nesme est honnête, il est parfois vraiment décevant. L’apparence des personnages est en effet de temps en temps très disgracieuse, calamiteuse et le design de Mickey, Donald ou Dingo est bien trop souvent aléatoire. Le Donald en bas des pages 7 ou 45 est notamment vraiment laid. Quant aux proportions de la tête et du corps de la souris, elles sont variables et changent du tout au tout d’une page à l’autre, d’une case à l’autre. Le Mickey de la page 34 n’est ainsi pas le même que celui de la page 35… Comment, dans ces conditions, rester concentré sur l’histoire dès lors que les principaux protagonistes changent d’aspect à longueur de page avec parfois des dessins, malgré le talent de son auteur, totalement ratés ? Seuls Pat Hibulaire et Ratineau semblent d’ailleurs échapper à ce problème. Dommage, donc, que le dessin ne soit pas à la hauteur.

Quant à l’histoire… La promesse est grande. Voir Mickey, Donald, Dingo, plongés au cœur d’une histoire de fantômes est des plus intrigantes. La couverture et les premières pages donnent franchement l’eau à la bouche. Le récit semble haletant et à mille lieues de ce que le lecteur a l’habitude de lire. Mais rapidement, le propos s’essouffle avec des péripéties téléphonées, répétitives et à l’arrivée une conclusion par trop faiblarde. Quel dommage que les enjeux n’aient pas été maintenus jusqu’au bout. Quel dommage que l’aventure ne tienne pas toutes ses promesses avec une fin trop gentille et une quête qui s’avère après tout bien vaine…

Horrifikland est un ouvrage magnifique dans sa présentation, audacieux dans le choix de ses couleurs, ravissant dans son envie de rendre hommage aux « vieux » Disney, mais qui ne tient, au final, pas toutes ses promesses. Son histoire finalement assez commune, ses dessins parfois bien fades et ses situations répétitives laisseront le lecteur sur sa faim… Dommage.

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