Disney ou l'Avenir en Couleur

Disney ou l'Avenir en Couleur
La couverture
Éditeur :
Les Impressions Nouvelles
Date de publication France :
Le 08 novembre 2018
Genre :
Essai
Auteur(s) :
Christian Chelebourg
Nombre de pages :
320

Le synopsis

Des conflits mondiaux qui ont ébranlé le XXe Siècle aux crises majeures d'aujourd'hui, du terrorisme en passant par les déboires économiques et sanitaires, le contemporain porte indéniablement les stigmates d'une société en crise permanente. Au milieu de ce chaos mondial, Disney a toujours été un phare dans la tourmente, un repère d'optimisme indéfectible pour des milliards de personnes.
Trop conservatistes pour les uns, taxées de zèle et d'inclusivité risible par les autres, les œuvres de The Walt Disney Company ne font toutefois pas l'unanimité. Loin de nier les problèmes du contemporain, mais se plaçant plutôt en figure de proue d'une unité à redéfinir sans jamais sacrifier pour cela la multiplicité des individus, les films, séries, musiques et autres Parcs et jeux vidéo imaginés par Disney interrogent le quotidien tout en cherchant à en faire bouger les lignes. De ces milliers d'œuvres, qui peuvent être analysées à travers le prisme du Disneyverse, se dégagent en réalité un optimisme à toute épreuve, une nouvelle façon d'envisager le monde et ses travers, ainsi que l'espoir d'un possible avenir en couleur...

La critique

rédigée par
Publiée le 08 mai 2020

Disney ou l'Avenir en Couleur fait figure d'exception dans le paysage littéraire français, où les essais critiques consacrés à l'étude de The Walt Disney Company dans sa globalité sont, somme toute, très rares. Pourtant, depuis presque cent ans, des premiers Laugh-O-Grams réalisés par Walt Disney en passant par les films d'animation des Walt Disney Animation Studios et Pixar Animation Studios, jusqu'aux productions hors normes signées Marvel Studios ou encore Lucasfilm Ltd., Disney est parvenu à construire un univers dont la multiplicité est, à plus d'un titre, impressionnante. Dans ces conditions, il était légitime qu'un ouvrage critique français se penche – enfin – sur l'ensemble de la production tentaculaire de The Walt Disney Company, en ne négligeant aucun pan de l'histoire et de la production de la Firme au Château Enchanté. C'est alors au travers de quelques 500 films, séries, jeux vidéo, Parcs, chansons et comédies musicales que Christian Chelebourg se propose d'analyser la philosophie Disneyenne.

Disney ou l'Avenir en Couleur est un essai publié le 8 novembre 2018 aux éditions Les Impressions Nouvelles et rédigé par Christian Chelebourg, un professeur de littérature française et littérature de jeunesse qui enseigne les Études Culturelles à l'Université de Lorraine, où il dirige également le laboratoire Littératures, Imaginaire, Sociétés (LIS). Spécialiste des littératures du XIXe siècle et de l'imaginaire, Christian Chelebourg s'est déjà illustré par des publications centrées sur l'analyse de l'œuvre de Jules Verne (Jules Verne, la Science et l’Espace – Travail de la Rêverie, Lettre Modernes Minard, 2005) de celle de Victor Hugo (Victor Hugo, le Châtiment et l'Amour – Sens de l'Exil , Lettres Modernes Minard, 2010), mais aussi sur la littérature de jeunesse et les grands enjeux de l'imaginaire et de la fiction. Il est ainsi l'auteur de Les Écofictions : Mythologie de la Fin du Monde (Les Impressions Nouvelles, 2012) et Les Fictions de Jeunesse (Presses Universitaires de France, 2013).

Dès les premières pages de Disney ou l'Avenir en Couleur, Christian Chelebourg présente le principal outil critique à partir duquel il se propose d'analyser la contemporanéité au sein des productions de The Walt Disney Company : le Disneyverse. Loin de se rattacher, comme son nom le laisse à penser, aux théories fumeuses qui voudraient que les films estampillés Disney soient tous liés entre eux, le Disneyverse est en réalité une manière d'envisager chaque œuvre produite par la Compagnie de Mickey comme faisant partie intégrante d'un ensemble régi par des valeurs communes. Le Disneyverse invite dès lors d'une certaine façon le lecteur à ne plus penser les œuvres selon un schéma vertical, où La Belle et la Bête serait bien plus « un film Disney » qu'Armageddon (Touchstone Pictures), mais plutôt sur un axe horizontal ; les deux longs-métrages découlant en effet des valeurs partagées du Disneyverse, il est parfaitement logique de les analyser sur un même pied d'égalité dans une étude consacrée à The Walt Disney Company, sans effectuer de distinguo entre ce qui serait « plus ou moins Disney ». Il ne s'agit certainement pas de contester que les films d'animation produits par Disney sont, par essence, plus consensuels que les productions télévisées par exemple, ces dernières étant le plus souvent à la pointe du progressisme. Toutefois, les innombrables points communs entre toutes les productions de The Walt Disney Company ne sauraient être niés, et en ce sens, il est nécessaire de porter un regard sur l'ensemble des œuvres de Disney pour en saisir avec précision la philosophie et la démarche.
Passionnante à plus d'un titre, cette manière de penser les productions de la Firme Enchantée permet par exemple de ne plus se cantonner uniquement à l'analyse de l'écologie et du respect des animaux présentés dans les seuls documentaires de Disneynature (et désormais National Geographic), pour au contraire transcender les barrières des labels et brosser un portrait beaucoup plus détaillé et complexe des grands réflexions sociétales et politiques – et de l'évolution de ces discours – distillées dans les œuvres produites par Disney depuis près d'un siècle :

Malgré la diversité des productions Disney, on ne peut qu'être frappé de leur cohérence sémantique. Sous la myriade des récits et des expériences que la Walt Disney Company commercialise à travers ses Parcs, ses jeux, ses produits dérivés, on retrouve toujours une aspiration au happy end, un appel à changer le monde pour le rendre meilleur, plus ouvert, plus tolérant, plus propice à l'épanouissement des individus. Les aventures variées, les multiples intrigues se complètement et convergent. (p. 267).

Bien sûr, Christian Chelebourg, dans son essai, insiste longuement sur le fait que les œuvres Disney ne se veulent pas être un reflet fidèle de leur époque, mais bien plutôt qu'elle fictionnalisent la contemporanéité pour nourrir l'optimisme et esquisser des pistes pour mieux appréhender le monde :

S'il y a bien quelque chose de libérateur et de confortable dans les productions de la Walt Disney Company, cela passe moins par un refus de regarder le monde en face que par l'énergie, la confiance qu'elles entretiennent dans notre capacité à le changer. On ne peut pas comprendre Disney, on ne peut pas davantage l'apprécier si l'on cultive la prostration ou l'asthénie. […] Le confort que procurent les studios Disney est de ceux qui confortent, qui encouragent en nourrissant l'espoir. L'héroïsme qu'ils donnent en exemple est l'exact contraire d'une solution de facilité. (p. 272-3).

L'auteur ne nie pourtant pas que The Walt Disney Company, comme toute multinationale, est forcément en partie tributaire de ses consommateurs. C'est d'ailleurs là l'une des principales critiques des détracteurs de Disney, de cette « Usine à rêves » comme ils la surnomment de manière peu flatteuse, qui ne voient ultimement dans l'ouverture d'esprit et l'inclusivité de la Firme rien d'autre que le désir de brosser dans le sens du poil les minorités avec, à l'esprit, l'obsession du profit et de la rentabilité. Toutefois, Chelebourg évite les mêmes poncifs entendus ad nauseam pour nuancer au contraire ces idées reçues. Si selon l'auteur, Disney présente évidemment des idées déjà majoritairement acceptées par la société ou qui sont en voie de l'être, la Firme sait également prendre des risques et se place même parfois dans un rôle de prescripteur, sans jamais verser toutefois dans le prosélytisme dont elle est si souvent accusée. C'est ainsi qu'ABC et Disney Junior ont toutes deux lancé en 2012 des séries dont les premiers rôles sont tenus par des femmes Noires, avec Scandal pour la première, et Docteur la Peluche pour la seconde. Quelques années plus tôt déjà, La Princesse et la Grenouille avait ouvert la voie, et c'est ici que l'analyse des œuvres à travers le prisme du Disneyverse se révèle captivante, puisqu'il est ainsi possible de constater que trois productions dont les publics cibles sont pourtant très différents convergent en réalité vers des valeurs communes, en l'occurrence ici celle de présenter des récits qui parlent à toutes et à tous, de donner à tout le monde la possibilité de se reconnaître.

Il est également pertinent d'analyser, à la lumière des écrits de Christian Chelebourg, les murs auxquels s'est heurtée récemment la Compagnie de Mickey pour comprendre que cette démarche profondément inclusive (et souvent moquée comme relevant d'un mouvement d'ultra polissage) de The Walt Disney Company ne se fait parfois pas sans douleur. Le seul cas du bannissement d'En Avant dans les salles obscures des pays du Moyen-Orient en raison de la présence d'un personnage lesbien en est d'ailleurs la preuve. La volée de bois vert que suscitent de très nombreuses séries diffusées sur Disney Channel, ABC ou Freeform est encore un parfait exemple que Disney, plutôt que de chercher seulement à conforter son public déjà bien acquis, sait prendre des risques pour donner à tout un chacun une chance de se voir représenté. Loin d'être seulement motivée par l'adoubement des minorités, The Walt Disney Company propose en réalité des réflexions qui visent à faire bouger les lignes, tout en tâchant de ne mettre personne de côté. Disney ou l'Avenir en Couleur permet alors, à travers l'analyse très complète du Disneyverse que l'essai propose, de prendre pleinement conscience que cette invitation à se rassembler et à célébrer non seulement les différences des individus mais également leurs causes communes, fait partie de l'ADN même de la Firme. Véritable parangon d'une philosophie inclusive, Disney encourage à la réalisation de ses rêves en travaillant dur, sans jamais se renier en tant qu'individu car « […] dans le monde que construit le Disneyverse, aucun enfant ne doit être empêché de réussir par son sexe ou ses origines. La diversité implique l'égalité des chances. » (p. 92) En cultivant l'acceptation, la tolérance, le partage, ainsi que les efforts aussi bien personnels que collectifs, Disney encourage alors la société à progresser, un pas à la fois.

Au fil des différents chapitres de son étude, Christian Chelebourg s'attarde tour à tour sur des questionnements de féminisme et d'inclusivité, de la redéfinition de la famille, de l'écologie ou encore des super-héros modernes. Le but est alors moins de comparer directement entre elles deux œuvres issues de studios et de labels très différents, ce qui serait un non-sens total, mais plutôt d'analyser la manière qu'a The Walt Disney Company d'adapter son message en fonction du public visé par telle ou telle production. En ce sens, l'analyse, qui n'est plus simplement cantonnée à la seule critique des films Walt Disney Animation Studios, permet par exemple de porter un regard neuf sur la place qu'occupent les femmes dans le Disneyverse. De Christina Yang, qui décide de recourir à l'avortement pour privilégier sa carrière dans Grey's Anatomy : À Cœur Ouvert (ABC Studios) aux employées de maison de Devious Maids (ABC Studios), qui invitent les femmes latino-américaines à se soulever contre les inégalités en passant par le périple à la fois personnel, collectif et écologique présenté dans Vaiana, la Légende du Bout du Monde, les femmes prennent indéniablement le pouvoir et tendent à s'affirmer dans les films des Walt Disney Animation Studios comme dans le Disneyverse dans son intégralité. Vouloir réduire Disney à la seule production de ses films d'animation, c'est alors se priver d'une vue d'ensemble sur les réflexions véhiculées par toutes les œuvres qui composent le Disneyverse, et qui entrent pourtant en résonance les unes avec les autres tant elles sont pétries de valeurs progressistes abondant dans le même sens.

Véritable Manuel des Castors Juniors rempli de fines réflexions sur la philosophie Disneyenne, et tout particulièrement celle de l'ère de Bob Iger, Disney ou l'Avenir en Couleur est un essai tout à fait passionnant. Sans toutefois nier les quelques bévues commises par The Walt Disney Company au fil des années, Christian Chelebourg parvient admirablement à effectuer un tour d'horizon d'une large partie de la production de la Firme et propose dans le même temps une méthodologie d'analyse au potentiel infini. En faisant fi du cloisonnement des labels et des studios, c'est toute la politique et les valeurs de Disney qu'il est possible d'analyser avec un regard neuf, pour prendre conscience qu'au-delà des belles histoires et des chansons, le Disneyverse est tel un univers des possibles, empli de leçons de vie, « [...] un réservoir d'espérances pour ensemencer l'avenir. » (p. 173)

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