L'article

rédigé par Alexandre Chierchia
Publié le 28 février 2020

Il y a énormément d’avantages à acheter un livre dans une librairie (spécialisée ou non) plutôt qu’en ligne. Un lieu chaleureux à la place d’un site internet. La possibilité de se faire conseiller par un professionnel. Un prix identique, merci la loi sur le prix unique du livre. Mais surtout, des activités et animations qui transforment un simple magasin rempli d'ouvrages divers et variés en un véritable lieu fédérateur réunissant les passionnés et les néophytes. Et parmi les différentes animations que les libraires ont l’habitude de proposer, il en est une qui attire tout particulièrement le monde : la séance de dédicaces. Quoi de plus excitant, intimidant et réjouissant que de rencontrer (ou de découvrir) un auteur ou un dessinateur à la faveur d’un moment fugace au sein de « sa » librairie ? Le graal pour les amateurs du Neuvième Art !
Grâce au Comic Strips Café à Antibes, Chronique Disney a pu interviewer Tebo (et Zep en aparté), l’auteur derrière La Jeunesse de Mickey, un album publié par Glénat et récompensé au Festival International de la Bande-Dessinée d’Angoulême.


Zep et Tebo testent la création d'une lithographie sur pierre

[Chronique Disney] Quel est votre rapport à l’univers Disney

[Tebo] À la base je suis plutôt comics, j’ai découvert les albums X-Men à 10 ans et j’ai voulu devenir dessinateur à ce moment-là. Quand Jacques Glénat m’a proposé de participer à la nouvelle collection mettant en vedette Disney, j’ai d’abord dit non. Puis il m’a demandé quel était mon personnage préféré de l’univers Disney. Et j’ai répondu Fantomiald. Jacques m’a dit que ça serait génial à faire. C’est en passant sur la planche à dessin et en essayant de dessiner le personnage de mémoire que je me rends alors compte que je n’y arrive pas... Par contre dessiner Mickey m’est bizarrement facile et je relève le défi, me disant que ça sera un projet rapide. Le projet initial était alors un Mickey dans le style Mad Max.
Je ne lisais pas Le Journal de Mickey, par contre j’étais fan des courts-métrages et notamment ceux en noir-et-blanc, mais aussi des films de Tex Avery. Mon style graphique vient notamment de là, avec une patte très cartoon. Le découpage de l’album se fait dans le genre cartoon avec des courtes histoires, des stéréotypes remaniés, hommages à cette époque.

[Chronique Disney] Vous avez un style graphique très personnel et reconnaissable au premier coup d’œil mais qui semble très loin de ce que les fans ont l’habitude de voir sur des personnages issus du catalogue Disney et Mickey en particulier. Vous avez eu carte blanche dès le départ pour faire « votre » Mickey ? 

[Tebo] On m’a dit que oui, que je pouvais faire ce que je voulais mais au final ce n’était pas forcément la réalité. On avait carte blanche sur le format, le nombre de pages, du noir-et-blanc, les personnages utilisés. Mais autant Glénat laisse faire, autant il y une vérification réalisée par Disney. Au fil de la réalisation de l’album, j’apprends qu’il existe un guide des interdits chez Disney alors que j’avais déjà commencé mon travail d’écriture, mais la difficulté vient de l’incapacité de m'envoyer ce guide ! Donc je devais écrire et dessiner et après envoyer mes planches pour vérifications et éventuellement faire des modifications. Et il y a même une double vérification, Disney Italie pour le dessin et Disney US pour l’écriture. Des basiques étaient interdits, connotation religieuses ou sexuelles. Mais d’autres, pour un non connaisseur, ont été source d’erreurs. Dans mon premier jet, Mickey et Minnie vivaient ensemble, ce qui n’est pas le cas ! Mais ces interdits n’étaient pas restrictifs, surtout que le but n’était pas de faire de la parodie (comme peut l’être Captain Biceps, ni un hommage pur comme le Mickey de Loisel), mais j’avais la volonté de fédérer tous les lecteurs de Mickey, anciens comme nouveaux, et que les gens connaissant mon travail se retrouvent aussi dans mon style.


La Jeunesse de Mickey, Glénat, 2016

[Chronique Disney] Jacques Glénat nous avait parlé de son projet Disney en nous certifiant ceci : « Je le proposerai à des gens dont je sens bien qu’ils ont la fibre pour le faire ». Comment on montre patte blanche et sa détermination pour un projet de cette ampleur ? 

[Tebo] En fait, c’est Jacques lui-même qui est venu me proposer le projet. Je pensais que l’album serait facile à faire (un travail de 3-6 mois), et au final il m’en a pris 18 ! J’ai réfléchi à ce que Mickey représente pour moi et l’idée de le faire voyager dans l’histoire américaine est venue assez rapidement. Au début, j’ai voulu mettre des dates (comme pour La Jeunesse de Picsou de Don Rosa), mais ça a été refusé. Toutefois, les éléments visibles permettent de facilement contextualiser la temporalité. Même si j’ai pris des libertés par moments, par exemple avec la Première Guerre mondiale où les États-Unis sont peu présents, mais c’était juste pour pouvoir dessiner les casques à pointes des soldats allemands ! Et mon éditeur chez Glénat pensait que ça serait censuré par Disney et m’a conseillé de remplacer les pointes par des boules, j’ai refusé en disant que ça serait la solution de secours en cas de refus par Disney mais ça a été accepté, en me précisant de ne montrer aucun drapeau. L’idée de base était que Pat Hibulaire voulait que la guerre continue pour pouvoir vendre des armes et s’enrichir, mais ça, cela a été refusé.
Mais je n’ai pas à me plaindre du travail de relecture, j’ai pu faire passer certaines choses pour l’histoire (notamment dans l’épisode avec les Indiens) qui normalement seraient refusées. J’ai eu la surprise d’avoir une censure sur une interjection de Mickey : « Sapristi », sauf qu’en cherchant pourquoi, je me rends compte que le traducteur avait mis « Oh my God », donc en lien avec la religion. Après explication auprès des différents éditeurs, j’ai donc pu garder mon « Sapristi ».

[Chronique Disney] Pour un auteur habitué à créer des histoires et des personnages originaux, n'est-ce pas difficile de devoir reprendre des personnages déjà existants qui appartiennent au patrimoine de la BD ? 

[Tebo] Non, car c’était déjà un peu le cas avec Captain Biceps par exemple, où on mixe tous les univers comics, et j’ai quand même pu créer « mon Mickey » avec une version papy et son petit-fils, Norbert, une première !

[Chronique Disney] D’ailleurs, au niveau graphique, quelles sont vos sources d’inspiration ? 

[Tebo] Cartoon à mort ! J’ai aussi baigné dans les dessins de Kirby avec son énergie et sa violence. Si un personnage se prend un coup de poing, on ressent la violence du coup avec une déformation totale du visage, mais d’un côté ce n’est pas si grave et le visage reprend sa forme initiale.


Fighting American #1, Titan Comics, 2017

[Chronique Disney] La Jeunesse de Mickey (et donc vous !), a reçu le prix Jeunesse à Angoulême. Une consécration dans le milieu, comment on le ressent ? 

[Tebo] Ça fait plaisir au niveau personnel évidemment, c’est cool pour la frime ! D’ailleurs, l’album a failli concourir dans la sélection meilleur album et non album jeunesse, la question s’est beaucoup posée au niveau du jury.

[Chronique Disney] On vous a revu dans le volume 10 de Disney By Glénat dans un volume All-Stars. Vous avez d’autres projets en lien avec Disney

[Tebo] La Jeunesse de Mickey n’était pas encore sorti que Glénat m’a demandé quand je voudrais faire le 2 ! J’ai dit « pas tout de suite » car j’avais d’autres projets en cours, même si pendant l’écriture du premier de nombreuses idées sont apparues et notamment une trame avec Norbert voyageant dans le temps avec Mickey, mais Dabs et Petrozzi ont sorti Mickey à Travers les Siècles entre temps et je risque la redondance. L’envie est là clairement, mais je cherche un concept fort pour ne pas tomber dans l’album facile et convenu.

[Chronique Disney] Le dernier volume de Captain Biceps, [une Bande Dessinée reprenant les codes des super-héros qui se veut comme une parodie des comics, co-créée avec Zep] vient de sortir. Quel est votre lien avec les parutions Marvel et DC Comics ?

[Tebo] J’étais un grand fan des X-Men et en particulier de la période publiée dans Spécial Strange avec Byrne et Claremont, et des histoires avec le Club des Damnés et la Saga du Dark Phoenix. Je lis plus de DC maintenant. J’ai des goûts différents selon que je me pose comme scénariste ou dessinateur. En tant que le premier, je vais préférer des scènes posées qui privilégient la profondeur de l’histoire et, à l’inverse, le dessinateur en moi préfère quand ça bourrine et tabasse. C‘est aussi pour ça que dans La Jeunesse de Mickey, il y a des coupes avec papy Mickey pour ralentir un peu l’action. C’est un gimmick que j’utilise aussi dans Raowl [la grande nouveauté 2019 de l’auteur et en compétition pour le prix jeunesse au Festival International de la Bande-Dessinée d’Angoulême] ou dans Captain Biceps. J’apprécie énormément Bendis chez Marvel et notamment sur Daredevil ou encore sur Jessica Jones.

[Zep] Je n’ai pas trop de connaissances super-héroïques et je mélange tout, pourquoi il y a un Iron Man Gris ?


Captain Biceps, Glénat, 2019

[Chronique Disney] Qu’est-ce qui a changé depuis les débuts de Captain Biceps

[Zep] Avant les débuts de Captain Biceps [le premier tome est sorti en 2004], les personnages de comics n’étaient pas connus comme maintenant, Thanos typiquement n’était pas possible à caser dans les premiers numéros. Maintenant, il est beaucoup plus facile d’utiliser plus de personnages car le public les connaît, tandis qu'avant c’était plus sympa de créer des persos originaux car on se focalisait sur les pouvoirs et non des personnages reconnaissables. Stan Lee, qui apparaît dans le dernier tome, c'était inimaginable de l’utiliser il y a 15 ans en arrière car à part les fans, qui le connaissait ?

Chronique Disney remercie la librairie Comic Strips Café à Antibes d'avoir permis cette rencontre, ainsi que les artistes pour leur disponibilité et leur bonne humeur.

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