Turner & Hooch

Turner & Hooch
L'affiche du film
Titre original :
Turner & Hooch
Production :
Touchstone Pictures
Date de sortie USA :
Le 28 juillet 1989
Genre :
Aventure
Réalisation :
Roger Spottiswoode
Musique :
Charles Gross
Durée :
97 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Scott Turner, célibataire endurci, méticuleux à l'extrême et maniaque de la propreté et du rangement, est un policier qui exerce son métier avec passion et conviction. Il voit son quotidien bousculé quand il met un point d'honneur à adopter le chien d'un vieil ami ermite, abattu par une bande de trafiquants...

La critique

rédigée par
Publiée le 13 juillet 2021

Film comique de facture classique, Turner & Hooch vaut principalement pour son duo sympathique composé d'un Tom Hanks toujours aussi charismatique et d'un toutou adorable en tout point... à condition de passer outre sa production permanente de bave !

En 1989, le label Touchstone Pictures est déjà bien installé. Créé en 1984 par Ron Miller, gendre de Walt Disney et alors PDG des studios Disney, la nouvelle signature est imaginée pour permettre aux Walt Disney Studios de produire des films à destination d'un public autre que familial, le tout sans parasiter le label historique qu'est Walt Disney Pictures. Splash, le premier film labéllisé Touchstone Pictures, dont les attaches avec les marques de fabrique purement disneyennes sont encore très fortes, est immédiatement un joli succès commercial ! À la faveur du changement de Direction des Studios suite à la fronde des actionnaires orchestrée, quelques mois plus tard, par Roy E. Disney, et aboutissant à la prise de pouvoir de Michael Eisner, le côté adulte des films Touchstone Pictures va aller en s'accentuant avec une série de comédies s'éloignant clairement de l'ambiance disneyenne, à l'exemple du (Le) Clochard de Beverly Hills ou de Y'a-t-il Quelqu'un Pour Tuer ma Femme ?. Le label se diversifie encore plus en proposant des comédies adolescentes comme Nuit de FolieErnest et les Joyeuses Colonies ou L'Amour ne s'Achète Pas ! ou en misant sur des stars montantes à l'exemple de Tom Cruise (La Couleur de l'Argent, Cocktail) ou Robin Williams (Good Morning Vietnam, Le Cercle des Poètes Disparus). Enfin, le studio s'essaye aussi à la comédie familiale mais en épousant un ton clairement différent de celui de la signature Disney avec des films comme Trois Hommes et un Bébé ou Turner & Hooch.

À l'origine, la réalisation de Turner & Hooch devait être confiée à Henry Winkler. Ce dernier est principalement connu pour son rôle de Fonzie dans la série Happy Days. Après son arrêt en 1984, il suit les traces de son ami Ron Howard (qui jouait, lui, le personnage de Richie Cunningham), parti un peu plus tôt de la série pour débuter une carrière de réalisateur, signant alors son premier film Splash avec un certain Tom Hanks. Ainsi, Henry Winkler réalise d'abord le téléfilm musical de fêtes Noël dans la Montagne Magique en 1986, puis son premier long-métrage de cinéma avec la comédie dramatique Drôles de Confidences pour MGM en 1988. Turner & Hooch est donc censé constituer sa troisième réalisation mais, coup de théâtre, il est renvoyé au bout de treize jours de tournage par Jeffrey Katzenberg, alors responsable des studios Disney. Ron Howard, qui est ami à la fois avec Henry Winkler et Tom Hanks, tournant avec ce dernier cinq films, donnera des années plus tard le fin mot de l'histoire. A priori, les relations entre le réalisateur et l'acteur n'étaient pas au beau fixe sur le plateau, ce qu'Henry Winkler a d'ailleurs malicieusement résumé en disant qu'il avait été plus facile de travailler avec Hooch qu'avec Turner. Suite à cet échec, il s'essaiera une troisième fois derrière la caméra avec le film Un Flic et Demi pour Univsersal, mais là aussi le tournage se passera mal, le conduisant à abandonner pour de bon le métier de réalisateur.

Pour remplacer au pied levé Henry Winkler, Jeffrey Katzenberg fait appel au au réalisateur britannico-canadien Roger Spottiswoode. Après avoir été monteur sur plusieurs longs-métrages et scénariste sur le film 48 Heures, il devient réalisateur avec le film d'horreur Le Monstre du Train, en 1980, puis avec le film d'aventure Deux Cent Mille Dollars en Cavale, l'année suivante. Il n'accède toutefois à la reconnaissance qu'avec son troisième long-métrage, le drame Under Fire en 1983. Il enchaîne ensuite avec la comédie La Dernière Passe, en 1986, avant de mettre en image le film d'action Randonnée Pour un Tueur en 1988 pour Touchstone Pictures. C'est d'ailleurs cette prestation qui décide alors Jeffrey Katzenberg de lui confier les rênes de son projet en perdition, Turner & Hooch. Par la suite, même s'il ne travaillera plus pour les studios Disney, il réalisera quelques gros succès dont la comédie d'action Air America, le James Bond Demain ne Meurt Jamais ou encore le film de science-fiction À l'Aube du Sixième Jour.

Turner & Hooch est à la fois une comédie animalière potache, un buddy movie excentrique et une enquête policière passable. En fonction de ce que le spectateur viendra chercher, il passera donc plus ou moins du bon temps. Ainsi, le film met particulièrement en avant le personnage de Hooch, un Dogue de Bordeaux, une espèce de chien assez peu utilisée au cinéma. Il est ici parfait pour la comédie avec son côté massif qui le rend complètement maladroit dans les intérieurs des maisons. Sa bouille est aussi excellente entre son regard implorant, ses babines tombantes et sa bave dégoulinante. Il est particulièrement amusant (et aussi un peu dégoûtant) de le voir se secouer la tête et d'envoyer sa salive autour de lui, et ce, peu importe qu'il se trouve dans une maison ou dans un jardin. Mais le plus drôle est sûrement les nombreuses bêtises qu'il fait, que ce soit la voiture dont il détruit l'habitacle ou alors l'intérieur de Turner qu'il lamine complètement. Cette scène est d'ailleurs le clou du spectacle animalier où le réalisateur s'est visiblement fait plaisir. L'exploration du chien dans la maison bien rangée du policier ressemble en effet au passage méthodique d'un ouragan. Il faut dire que le cinéaste décortique l'entreprise de démolition du chien en le faisant passer par toutes les pièces sans en oublier aucune, du cellier à la cuisine, du salon à la chambre, livrant ici le passage le plus familial du long-métrage. Il faut dire que ce genre de facéties canines plaisent à chaque fois aux enfants, comme le montrera d'ailleurs quelques années plus tard le succès du film Beethoven, l'une des plus grandes réussites du genre.

Turner & Hooch est aussi un buddy movie convaincant et assez étonnant. Turner est dans ce contexte un policier vieux garçon, tatillon, chaque chose se devant pour lui d'être à sa place, la propreté et l'hygiène étant essentiels, lui faisant friser la maniaquerie. Sa maison est ainsi aussi propre qu'immaculée, le personnage étant une véritable ménagère ne laissant passer aucune saleté. Quand Hooch rentre dans sa vie, l'homme bien rangé se retrouve alors complètement décontenancé. Il ne sait pas du tout s'occuper d'un animal, surtout un tel mastodonte. Alors, quand ce dernier dynamite totalement sa façon de vivre, le pauvre policier est forcé de s'adapter en changeant sa façon de voir ; un peu à la façon dont un père voit son quotidien bouleversé à jamais avec l'arrivée d'un enfant. Et puis, entre les deux, il se crée petit à petit une relation de confiance puis de respect. Turner se met à aimer profondément Hooch d'une amitié sincère que seuls les possesseurs d'animaux sont capables de comprendre. Si la construction du duo est plutôt bien amenée, la fin du film laisse, elle, à désirer et la conclusion choisie s'avère, par contre, peu inspirée. Le long-métrage tente en effet un côté dramatique qui ne fonctionne pas vraiment, apparaissant par trop forcé. Surtout que l'épilogue cherche tout de même à être positif afin de finir sur une note optimiste et trouve, pour cela, une pirouette grossière pour y arriver. Au final, Turner & Hooch aurait gagné à s'éviter cette fin faussement mélodramatique.

Turner & Hooch est enfin une enquête policière. Si tout ce qui tourne autour de l'amitié de Turner avec Hooch est très familial et bon enfant, les raisons de son arrivée dans la vie de Hooch sont un peu plus adultes. L'ancien propriétaire du chien est, en effet, assassiné par des contrebandiers. Turner, sur le point de quitter son poste dans la petite ville de Cypress Beach en Californie où il ne se passe pas grand chose, se doit donc de découvrir en une semaine le ou les coupables. Bizarrement, l'enquête ne fonctionne pas vraiment dans le film et le thème policier s'avère assez décevant. L'affaire est pourtant globalement simple, les indices arrivant facilement tandis que sa résolution est cousue de fil blanc. En fait, le film est typique des séries policières qui abondaient à la télévision américaine dans les années 80, dans lesquelles la recherche de réalisme et de danger était le cadet des soucis des scénaristes. Ici, l'enquête sert juste de faire-valoir à l'histoire afin de donner un peu de piment et permettre d'accélérer l'amitié entre les deux héros. Ce n'est donc qu'en acceptant ce postulat que Turner & Hooch se suit avec plaisir, surtout si les pitreries du chien font sourire. Par contre, si le spectateur cherche un film policier crédible, il risque de s'ennuyer ferme.

Turner & Hooch fonctionne principalement grâce à la présence de Tom Hanks, qui propose un personnage de Scott Turner vraiment sympathique. L'acteur se fait connaître avec son tout premier rôle d'Allen Bauer dans Splash de Ron Howard chez Touchstone Pictures en 1984. Par la suite, il va continuer dans la comédie, notamment sur les films 20th Century Fox comme L'Homme à la Chaussure Rouge en 1985 ou Big en 1988. Avec Turner & Hooch, il revient donc au sein de Touchstone Pictures, le premier label qui l'a lancé sur la piste du succès. Ici, il est tout simplement parfait en homme méticuleux qui voit son environnement bousculé par la catastrophe ambulante qu'est Hooch. Sa relation avec le chien est ainsi vraiment amusante, s'exaspérant sur lui mais sans forcément en faire trop. Le spectateur sent parfaitement que le jeune homme est complètement dépassé et frustré et il se retrouve vraiment dans les réactions du personnage. L'acteur est, par contre, un tantinet moins convaincant quand il prend la casquette du policier, même si encore une fois, sa prestation est amplement suffisante quand le public part du principe qu'il a plus à faire à une comédie qu'à un polar.

Parmi le reste du casting, Mare Winningham (Bienvenue chez Trudy) joue Emily Carson, la vétérinaire que Scott Turner vient voir pour demander de l'aide pour Hooch. Une fois rassurée sur l'état de santé du chien, elle va plus s'intéresser à son maître adoptif qu'elle trouve particulièrement charmant. Turner & Hooch propose alors avec ce personnage un zeste de comédie romantique assez sympathique qui termine de rajouter un côté bon enfant au long-métrage. Même si la relation est convenue, il est rafraîchissant de voir la jeune fille prendre les devants et se montrer bien plus entreprenante que le jeune policier, au final un peu coincé dans son rôle de vieux garçon où il s'est enfermé.
Enfin, il sera aussi apprécié les acteurs jouant les collègues policiers de Scott Turner, notamment Reginald VelJohnson (Piège de Cristal) dans le rôle du remplaçant du héros, une fois que ce dernier se sera fait muter, mais aussi Craig T. Nelson (la voix américaine de Bob Parr dans Les Indestructibles) dans celui du chef de la police du comté.

Turner & Hooch sort dans les salles le 28 juillet 1989. Les critiques sont globalement mitigées voire négatives, actant que la version finale du film reste plus sympathique que le pitch ne le laissait penser, principalement grâce à la performance de Tom Hanks, mais que l'ensemble livre un récit faiblard en offrant un simple buddy movie d'un policier avec un chien. Le public, lui, se moque de ses reproches et en fait un succès aux États-Unis. Le long-métrage rapporte en effet un box-office de 71 millions de dollars pour un budget d'à peine 13 millions. Il s'agit ni plus ni moins du troisième plus gros succès de 1989 pour les studios Disney, tous labels confondus, derrière les 130 millions de dollars de Chérie, J'ai Rétréci les Gosses chez Walt Disney Pictures et les 95 millions de dollars du (Le) Cercle des Poètes Disparus chez Touchstone Pictures. En France, par contre, l'opus passe complètement inaperçu, attirant à peine 323 747 spectateurs.

Turner & Hooch sera assez populaire pour qu'une tentative de créer une franchise soit menée sans pour autant qu'aucune suite ne soit donnée malgré le succès du film. En 1990, un pilote au titre éponyme en anglais,  Turner & Hooch, est ainsi tourné en vue d'une série au format trente minutes. Produit par Touchstone Television, il est diffusé sans convaincre le 9 juillet 1990 sur NBC ; la chaîne ne commandant finalement pas la série. À noter, la diffusion est couplée dans un bloc de programme nommé Two Dog Night avec un autre pilote d'une série annulée, Poochinski, produit par 20th Century Fox Television. Finalement, en 2021, un remake du film se voit proposé sous forme d'une série éponyme, Turner & Hooch, pour Disney+, portant la signature Disney mais étant produit par la filiale 20th Television.

Turner & Hooch est un film sympathique qui vaut principalement pour son acteur Tom Hanks et les facéties du chien ; l'enquête policière n'en reste elle qu'au stade de prétexte.

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