Pentagon Papers
L'affiche du film
Titre original :
The Post
Production :
20th Century Fox
DreamWorks Pictures
Amblin Entertainment
Amblin Partners
Participant Media
Pascal Pictures
Star Thrower Entertainment
Date de sortie USA :
Le 22 décembre 2017
Genre :
Drame
Réalisation :
Steven Spielberg
Musique :
John Williams
Durée :
116 minutes

Le synopsis

États-Unis, 1971. Arrivée malgré elle à la tête du Washington Post huit ans plus tôt, Katharine Graham essaie tant bien que mal de maintenir à flot son journal sans cesse coiffé au poteau par le New York Times. À la recherche d’un scoop capable de redorer le blason du quotidien, elle voit un jour arriver sur son bureau les Pentagon Papers, un rapport secret défense sur la Guerre du Vietnam éclaboussant les présidences Truman, Eisenhower, Kennedy, Johnson et Nixon. Se pose alors pour Graham et Ben Bradlee, le rédacteur en chef du journal, la question de publier ou non ces informations sensibles au risque de s’aliéner les dirigeants du pays et de menacer gravement l’avenir de l’entreprise…

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 01 février 2018

Pentagon Papers (The Post) est à coup sûr un film qui tombe à pic ! À une époque où la présidence des États-Unis ne cesse de remettre en cause l’intégrité des journalistes… À  une époque où les mouvements féministes sont de plus en plus forts… Steven Spielberg livre en effet avec son trentième long-métrage une leçon d’histoire très juste et surtout bien nécessaire sur la liberté de la presse, la connivence entre les journalistes et la classe politique, et sur la place des femmes dans la société contemporaine.

Né à Cincinnati le 18 décembre 1946, Steven Spielberg n’en est pas à son premier coup d’essai. Devenu le maître du divertissement avec des films comme Les Dents de la Mer, E.T. l’Extra-terrestre, Indiana Jones et la Dernière Croisade, Jurassic Park, Minority Report, Le Terminal, Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne ou Le BGG – Le Bon Gros Géant, le réalisateur oscarisé a en effet su tout au long de sa carrière alterner entre les blockbusters tout public et les fresques historiques parfois plus intimistes, un genre grâce auquel il revient sur certains tourments de l’Histoire et réveille de grands sujets de société. Avec La Couleur Pourpre, Amistad et Lincoln, Spielberg revient notamment sur l’esclavage et les traites négrières en soulevant la question de la place des afro-américains aux États-Unis alors que de nombreuses émeutes raciales font régulièrement la une de la presse. Cheval de Guerre et Il Faut Sauver le Soldat Ryan sont quant à eux l’occasion pour le réalisateur de traiter des deux guerres mondiales et de revenir sur deux périodes qui le fascinent. Évoquant les tensions de la Guerre froide avec Le Pont des Espions, Steven Spielberg s’attache enfin à parler de la Shoah dans La Liste de Schindler et à poursuivre le débat sur le conflit israélo-palestinien avec Munich.

Avec Pentagon Papers, Steven Spielberg met cette fois le doigt sur les années 1970 et la Guerre du Vietnam, une époque et un événement jusque-là peu présents voire absents de sa filmographie. Déjà illustré par de nombreux chef-d’œuvres comme Platoon, Apocalypse Now ou Né un 4 Juillet, le conflit n’est cependant que la toile de fond de ce drame historique tournant autour des Papiers du Pentagone, l’un des plus gros scandales du siècle qui, s’il demeure méconnu en France, a en son temps provoqué la consternation du peuple américain et considérablement fragilisé la classe politique de l’époque, en particulier le président Richard Nixon, finalement obligé de démissionner en août 1974 après la révélation d’autres affaires.

À l’origine du scandale, figure le rapport United States-Vietnam Relations, 1945-1967: A Study Prepared by the Departement of Defense, une étude sur les relations entre les États-Unis et le Vietnam entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1967 commandée par le département de la Défense dirigé à l’époque par le Secrétaire Robert McNamara. Composé de sept mille pages, le document contient une multitude d’informations jugées compromettantes par les autorités, en particulier des comptes-rendus sensibles sur le déroulement de la guerre et la mobilisation de troupes supplémentaires, sur la volonté du gouvernement de contenir l’influence chinoise dans la région, sur les nombreuses interventions des gouvernements américains successifs pour déstabiliser le pouvoir en place et renverser le chef de l’indépendance Hô Chi Minh, ou encore sur l’assassinat du président Jean-Baptiste Ngô Dình Diêm retrouvé mort en 1963. Classés secret défense, les quarante-sept volumes du rapport sont alors immédiatement placés sous séquestre jusqu’à ce que l’un de ses rédacteurs, Daniel Ellsberg, devenu un opposant farouche à la guerre, ne décide de les rendre publics. En octobre 1969, ce dernier, aidé par son ami Anthony Russa, du linguiste Noam Chomsly et de l’historien Howard Zim, commence à photocopier de manière clandestine des milliers de pages puis entre en contact avec Neil Sheehan, l’un des journalistes du New York Times qui commence dès février 1971 à les publier et ce, malgré l’avis des avocats du journal qui déconseillent fortement de se livrer à ce genre de révélations. Provoquant l’ire de Richard Nixon bien décidé à faire taire les journalistes, le quotidien est immédiatement sommé par le procureur général John Mitchell et la Cour Fédérale de cesser de publier les extraits du rapport. Muselé, le New York Times reçoit alors le soutien de toute la profession, en particulier du Washington Post qui, sous la houlette de sa présidente, Katharine Graham, et de son rédacteur en chef, Benjamin Bradlee, prend la relève dès le 18 juin avec la mise en une de nouvelles informations. Les deux journaux, réunis dans l’affaire New York Times Co. c. États-Unis d’Amérique (403 US 713), comparaissent du 26 juin au 30 juin devant les juges de la Cour suprême des États-Unis, lesquels statuent finalement que l’entrave à la liberté de la presse commanditée par le gouvernement est contraire au Premier Amendement de la Constitution, une décision autorisant de fait la presse à poursuivre la publication du rapport et à dévoiler, semaine après semaine, un scandale dissimulé depuis près de trois décennies par les administrations Truman, Eisenhower, Kennedy, Johnson et Nixon…

Pour raconter son drame historique sur fond de liberté de la presse compromise, Steven Spielberg s’est entouré d’un casting quatre étoiles au sommet duquel trônent deux des plus grands acteurs de leur génération, Meryl Streep et Tom Hanks.

Née le 22 juin 1949 à Summit dans le New Jersey, Meryl Streep a su, au cours d’une carrière longue de près de quarante-cinq ans, s’imposer comme l’une des plus grandes actrices américaines grâce à des rôles marquants dans des films comme Manhattan, Out of Africa - Souvenirs d'Afrique, Sur la Route de Madison, Simples Secrets, Le Diable s’Habille en Prada, Doute ou Florence Foster Jenkins. Détentrice du record de nominations aux Oscars, une récompense qu’elle gagne trois fois pour Kramer contre Kramer, Le Choix de Sophie et La Dame de Fer, celle qui a déjà travaillé pour Spielberg en prêtant sa voix à la Fée bleue dans A.I. Intelligence Artificielle campe ici Katharine (Kay) Graham, la propriétaire du Washington Post, l’un des journaux emblématiques de la côte est des États-Unis. Créé en 1877 par Stilson Hutchins, le titre entre dans sa famille en 1933 lorsque, au bord de la faillite, il est racheté par son père Eugene Meyer. Légué à son mari, Philip Graham, en 1946, le journal est encore un quotidien local lorsque Katharine Graham en devient la présidente en 1963 suite au suicide de son époux. Première femme à la tête d’un organe de presse, elle ne cesse alors d’entretenir l’héritage familial et de développer l’entreprise qu’elle fait entrer en bourse et qu’elle transforme en quotidien de référence. Léguant la société à son fils Donald Graham en 1979, elle reste à la tête du conseil d’administration de The Washington Post Company jusqu’en 1993. Décédée en 2001, elle est honorée en 2002 de la Médaille présidentielle de la liberté remise à titre posthume par le président George W. Bush.

À la tête du Washington Post malgré elle, Katharine Graham s’entoure alors des meilleurs et recrute en 1965 un nouveau rédacteur en chef, Benjamin Bradlee qui travaille pour le journal jusqu’en 1991. Décédé en 2014, ce dernier est interprété à l’écran par Tom Hanks. Né le 9 juillet 1956 à Concord en Californie, Hanks est, comme Meryl Streep, l’un des acteurs les plus populaires auprès du public et l’un des plus récompensés par la profession. Nommé cinq fois aux Oscars, un prix qu’il remporte à deux reprises pour Philadelphia et Forrest Gump, il s’est en particulier fait connaître pour son rôle d’Allen Bauer dans Splash. Devenu une véritable vedette, celui qui prête sa voix à Woody dans la saga Toy Story enchaîne ensuite au cours d’une carrière longue de près de quarante ans les rôles à succès dans les comédies Big, Les Banlieusards, Turner & Hooch et Nuits Blanches à Seattle puis dans Apollo 13, La Ligne Verte, Seul au Monde, Les Sentiers de la Perdition, Ladykillers, Da Vinci Code ou encore Capitaine Phillips et Dans l’Ombre de Mary - La Promesse de Walt Disney. Tom Hanks s’est par ailleurs retrouvé à cinq reprises devant la caméra de Steven Spielberg dans Il Faut Sauver le Soldat Ryan, Arrête-Moi Si Tu Peux, Le Terminal, Le Pont des Espions et Pentagon Papers.

Entourés par Sarah Paulson (12 Years a Slave, American Horror Story), Bob Odenkirk (How I Met Your Mother, Fargo), Tracy Letts (Elvis and Nixon), Bradley Whitford (À la Maison Blanche, Dans l’Ombre de Mary - La Promesse de Walt Disney), Bruce Greenwood (Benjamin Gates et le Livre des Secrets, Star Trek), Matthew Rhys (Brothers and Sisters), Jesse Plemons (Battleship, Le Pont des Espions, Friday Nights Lights) et Michael Stuhlbarg (A Serious Man, Lincoln, Doctor Strange), Meryl Streep et Tom Hanks sont, sans conteste, au sommet de leur art.

Meryl Streep campe avec brio une Katharine Graham fragile mais déterminée. Arrivée à la tête du Washington Post malgré elle, la directrice de presse est dépeinte à l’écran avec une belle sincérité, Streep insufflant beaucoup d’émotion à ce personnage féminin évoluant dans un milieu à l’époque entièrement dominé par les hommes. Apparaissant comme hésitante et surtout particulièrement vulnérable au début du film, Graham, qui cherche à sauver son journal en proie à des dettes colossales, devient, au fur et à mesure de l’histoire, une femme de plus en plus résolue à aller de l’avant, n’hésitant plus à s’opposer à son conseil d’administration qui lui conseille pourtant de ne pas publier les documents confidentiels et de se plier aux demandes du gouvernement.

Acceptant de mettre en danger son journal à la veille de son entrée en bourse et de comparaître s’il le faut devant la Cour suprême, Katharine Graham est encouragée dans son audace par Ben Bradlee magistralement campé par un Tom Hanks toujours aussi convaincant dans ses rôles et qui forme pour la première fois avec Meryl Streep un duo qui crève l’écran.

Fort d’un casting n’affichant aucune fausse note, Pentagon Papers jouit également d’autres nombreux atouts.

Le script, tout d’abord, est haletant. Et même si chacun connaît la fin de l’histoire, la tension demeure palpable jusqu’au dernier moment. Écrit par Liz Hannah, le scénario arrive sur le bureau de Steven Spielberg en 2017 par l’intermédiaire d’Amy Pascal, l’ancienne présidente de Sony Pictures Entertainment qui a acquis les droits un an plus tôt. Étoffé par Josh Singer, le scénariste du (Le) Cinquième Pouvoir et Spotlight, deux films évoquant déjà les relations entre la presse et le monde politique, l'opus dont le titre, changé en The Papers, redevient The Post en août 2017, est tourné à New York entre le 30 mai et le 6 novembre 2017 par Spielberg qui, en attendant de pouvoir lancer la production de ses autres projets parmi lesquels The Kidnapping of Edgardo Mortara mais aussi un remake de West Side Story et la suite des aventures d’Indiana Jones, supervise en parallèle la postproduction de Ready Player One, son autre long-métrage à sortir en 2018.

Après les traités négrières au XIXe siècle, la présidence d’Abraham Lincoln, les deux guerres mondiales ou encore la Guerre froide, Steven Spielberg s’attaque donc avec Pentagon Papers à une période qu’il n’a jusqu’alors qu’à peine effleurée, les années 1970 marquées pour les États-Unis par la fin de la Guerre du Vietnam et l’accumulation des affaires ayant conduit à la chute de Richard Nixon. Pour ce faire, le réalisateur a tenu à rencontrer et à s’entretenir avec les personnalités vivantes ayant vécu les événements dépeints dans le film, en particulier Don Graham, le fils de Katharine Graham, et Daniel Ellsberg, celui par qui le scandale est arrivé. À l’aide d’une dizaine de photographies prises à l’époque, le responsable des décors Rick Carter, nommé aux Oscars pour Forrest Gump, s’est par ailleurs attaché à reconstituer l’atmosphère des années 1970 en recréant l’effervescence d’une salle de rédaction avec ses téléphones sonnant de toutes parts et le bruit infernal des machines à écrire ainsi que les somptueuses résidences des patrons de presse, la salle d’audience de la Cour suprême ou encore la salle d’impression superbement mise en valeur dans l’un des derniers plans du film montrant Tom Hanks et Meryl Streep marchant le long des lignes de production d’où sort un flot continue de journaux fraîchement imprimés

Mis en musique par John Williams qui met pour la vingt-huitième fois son talent au service de Steven Spielberg, Pentagon Papers est une fresque magistrale à la saveur toute particulière en ces temps troubles pour les États-Unis. Au moment où l’Affaire Weinstein commence enfin à libérer la parole des femmes comme jamais auparavant, le film prend en effet un sens tout particulier en montrant à quel point la société commence à changer depuis cette époque où les femmes étaient foncièrement soumises. Première directrice de presse, Katharine Graham apparaît ainsi notamment dans une scène marquante au cours de laquelle, après avoir croisé les femmes priées d’attendre derrière la porte, elle prend place à une table autour de laquelle ne siègent que des hommes. La même image est d’ailleurs présente lors des scènes montrant le conseil d’administration du Washington Post.

Le film met également le doigt sur un point très sensible, la connivence latente entre les médias et le milieu politique. Katharine Graham et Ben Bradlee symbolisent en effet dans le film ces dirigeants de presse prêts à remettre en cause leur intégrité pour aider ou soutenir une personnalité politique. Bradlee confesse ainsi avoir parfois mis de côté son libre-arbitre pour plaire à son ami le président John Kennedy. Graham est elle-même au cœur d’un dilemme du fait de ses amitiés sincères avec l’ancien Secrétaire d’État à la défende Bob McNamara gravement impliqué dans le scandale. La question est alors de savoir si l’amitié doit prévaloir sur la liberté de la presse…

Surtout, dans la veine des (Les) Hommes du Président, le film d’Alan J. Pakula dans lequel le rôle de Ben Bradlee était tenu par Jason Robards, Pentagon Papers témoigne du caractère souvent fragile de cette liberté de la presse, fondement même de la démocratie parfois menacé par les dirigeants eux-mêmes. Alors que le président américain Donald Trump ne cesse, à coup de tweets et de discours fracassants, de dénoncer l’intégrité des journalistes, le film offre donc à chacun une belle occasion de réfléchir aux conséquences d’une presse muselée qui resterait muette face aux injustices et aux scandales. Debout sur la scène des Golden Globes, son Cecil B. DeMille Award à la main, Meryl Streep a d’ailleurs pris sur elle de tirer la sonnette d’alarme en dénonçant le « caractère dangereux du nouveau président ».

Produit pour quelques 50 millions de dollars, un budget somme toute modeste pour un film de Steven Spielberg, Pentagon Papers est présenté pour la première fois le 14 décembre 2017 lors d’une projection organisée au Newseum de Washington. Proposé dans les salles américaines le 22 décembre 2017, le long-métrage s’est immédiatement attiré les louanges des critiques et du public, réalisant un bon démarrage avec près de 60 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord au cours de son premier mois d’exploitation et 25 millions de dollars dans le reste du monde.

Avec Pentagon Papers, Steven Spielberg prouve une nouvelle fois l’étendue de son talent. En portant à l’écran l’un des plus grands scandales américains de la seconde moitié du XXème siècle, il parvient en effet à rendre justice à ces héros de l’ombre qui, avec acharnement, ont résisté aux pressions du pouvoir au nom de la liberté.
Passionnant de bout en bout, Pentagon Papers livre ainsi une reconstitution historique haletante dont la morale, finalement, possède une saveur toute particulière presque cinquante ans après les faits.

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Jaquette Pentagon Papers
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