Titre original :
Magic
Production :
20th Century Fox
Joseph E. Levine Productions
Date de sortie USA :
Le 8 novembre 1978
Genre :
Horreur
Réalisation :
Sir Richard Attenborough
Musique :
Jerry Goldsmith
Durée :
105 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Quarantenaire timide et timoré, Corky Withers est un magicien raté dont les tours ne parviennent pas à convaincre. Confronté à l’indifférence du public, il modifie alors son numéro et remonte sur scène accompagné de Fats, une marionnette qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Rencontrant rapidement un beau succès, Corky voit bientôt s’ouvrir devant lui les portes de la gloire. Mais rapidement, la situation dérape...

La critique

rédigée par
Publiée le 18 octobre 2022

Les marionnettes font partie de ces figures familières à qui le cinéma et la télévision ont souvent donné la part belle. Pinocchio, pour n’en citer qu’un, est ainsi devenu l’un des pantins les plus populaires du Septième Art grâce à l’adaptation de l’œuvre de Collodi livrée par les studios Disney en 1940. Dans un autre registre, l’année 1976 a vu, elle, débarquer sur le petit écran la folle équipe de Jim Henson dans Le Muppet Show, l’une des émissions les plus populaires du moment. Deux ans plus tard, en 1978, un énième spécimen s'invite à son tour sur les écrans, Fats, le très déstabilisant héros de Magic, le thriller horrifique réalisé par Richard Attenborough pour le compte de 20th Century Fox.

Inspiré de l’œuvre de William Goldman, Magic se propose de traiter de la relation parfois ambiguë qui peut s’installer entre un ventriloque et son pantin, un thème dont le cinéma s’est souvent emparé au fil des décennies. Dans Au Cœur de la Nuit, un film à sketches britannique sorti en 1945, le segment intitulé Le Mannequin du Ventriloque réalisé par Alberto Cavalcanti met ainsi en scène Michael Redgrave dans le rôle d’un artiste persuadé que sa marionnette est vivante. Danny Kaye campe à son tour le rôle d’un ventriloque schizophrène dans Un Grain de Folie de Melvin Frank et Norman Panama (1954). En 1964, La Poupée Diabolique de Lindsay Shonteff pousse plus loin le concept avec Hugo, un pantin possédé par un esprit meurtrier. La littérature et la bande dessinée ont elles-mêmes exploité cette idée. En février 1988, Norm Breyfogle, Alan Grant et John Wagner offrent en particulier à Batman un nouvel ennemi, Arnold Wesker, alias le Ventriloque, un criminel sous l’emprise de sa marionnette, Scarface.

Auteur oscarisé des scripts de Butch Cassidy et le Kid, Marathon Man, Les Hommes du Président, Misery, Chaplin ainsi que de Maverick, Les Pleins Pouvoirs et Cœurs Perdus en Atlantide, l’écrivain et scénariste William Goldman se met en tête d’explorer à son tour ce concept au milieu des années 1970. Il invente alors le personnage de Corky Withers, le héros de Magic: A Novel paru en 1976. Traduit en France l’année suivante sous le titre de Magic, l’ouvrage rencontre un beau succès et devient rapidement un best-seller qui ne manque pas d’attirer les producteurs d’Hollywood, en particulier Joseph E. Levine qui en achète les droits pour un montant d’un million de dollars. Goldman est alors engagé afin d’adapter lui-même son livre.

Dès 1977, un premier jet arrive sur le bureau de Levine qui propose la réalisation de l'opus au touche-à-tout Norman Jewison, le metteur en scène de L’Affaire Thomas Crown. Intéressé par le projet, ce dernier se met alors à la recherche d’une tête d’affiche d’envergure et propose bientôt le rôle principal à Jack Nicholson qui décline l’offre. Steven Spielberg, en vogue à Hollywood depuis la sortie des (Les) Dents de la Mer, exprime lui aussi son intérêt. Imaginant tourner son film dans le même style que les productions d’antan d’Alfred Hitchcock, l’une de ses idoles, il pense déjà à Robert De Niro dans la peau de Corky. Mais au final, ni la proposition de Jewison, ni celle de Spielberg n’aboutit à grand-chose. Le premier se consacre dès lors à la réalisation de FIST, le second à celle de 1941. Le scénario de Magic est alors confié au réalisateur anglais Richard Attenborough avec qui William Goldman et Joseph Levine viennent de travailler sur Un Pont Trop Loin.

Né à Cambridge, au Royaume-Uni, le 29 août 1923, Richard Attenborough est à l’époque l’un des piliers du cinéma anglais dont la carrière hollywoodienne est déjà bien établie. Trouvant sa vocation pour le métier d’acteur dès 1935 après une projection de La Ruée Vers l’Or de Charlie Chaplin, il devient élève de la Royal Academy of Dramatic Art de Londres avant de débuter au théâtre dès le début des années 1940. Membre de l’équipe de caméramans de la Royal Air Force durant la Seconde Guerre mondiale, Attenborough alterne rapidement entre les planches et le cinéma. À l’affiche de Ceux qui Servent en Mer, La Grande Aventure, Les Pirates de la Manche, Le Gang des Tueurs ou Le Mouchard, il arrive à Hollywood dans les années 1960 où il se fait un nom grâce à son rôle de Roger Bartlett dans La Grande Évasion. Complétant sa filmographie avec des apparitions dans Le Vol du Phénix, Le Rideau de Brume, Les Canons de Batasi, La Canonnière du Yang-Tse ou bien encore L’Extravagant Docteur Dolittle, il passe derrière la caméra en 1969 avec Ah Dieu ! Que la Guerre est Jolie d’après la comédie musicale de Joan Littlewood. Suivent Les Griffes du Lion, Un Pont Trop Loin, Magic et Gandhi qui lui vaut de remporter les Oscars du Meilleur Réalisateur et du Meilleur Film. Réalisateur de Chaplin, Cry Freedom, Le Temps d’Aimer et War and Destiny, il continue ponctuellement de tourner en tant qu’acteur dans Dix Petits Nègres, Rosebud, Jurassic Park, Miracle sur la 34e Rue, Hamlet et Elizabeth. Un temps président de la British Academy of Film and Television Arts et de la Royal Academy of Dramatic Art, il est fait commandeur puis chevalier de l’Ordre de l’Empire britannique. Baron siégeant à la Chambre des Lords dès 1993, Sir Richard Attenborough décède le 24 août 2014 à l’âge de quatre-vingt-dix ans.

Aux manettes de Magic, Richard Attenborough commence à composer son casting. Son ami Laurence Olivier se voit proposer de jouer l’impresario Ben Greene mais est obligé de refuser à cause de contraintes d’emploi du temps. Le rôle échoie finalement à Burgess Meredith, recruté directement par le producteur Joe E. Levine. Rendu célèbre pour son interprétation du Pingouin dans la série Batman et de Mickey Goldmill dans Rocky, le comédien, qui se rase pour l’occasion le crâne, se glisse alors dans la peau de son personnage en s’inspirant d’Irving « Swifty » Lazar, l’agent d’Humphrey Bogart, Cary Grant, Gene Kelly, Madonna et Tennessee Williams.

Aux côtés de Meredith, l’actrice et chanteuse Ann-Magret (Milliardaire pour Un Jour, Bye Bye Birdie, Newsies - The News Boys) obtient pour sa part le rôle de Peggy, l’amour perdu de Corky. Ed Lauter (French Connection 2, King Kong, Complot de Famille, Né un 4 Juillet) est engagé dans le rôle de Duke, le mari jaloux. E. J. André (Les Dix Commandements, Le Virginien, Papillon, La Petite Maison dans la Prairie), Jerry Houser (Un Été 42, Super Baloo, Aladdin), Lillian Randolph (La Vie est Belle) et David Ogden Stiers (L’Enfer Blanc, The Majestic, Big Ben dans La Belle et la Bête et John Ratcliffe dans Pocahontas, une Légende Indienne) apparaissent quant à eux brièvement dans les rôles de Merlin, du chauffeur de taxi, de Sadie et du producteur de télévision Todson.

Le rôle principal de Corky et celui de sa marionnette Fats échoient eux à Anthony Hopkins que Richard Attenborough avait déjà dirigé dans Les Griffes du Lion et Un Pont Trop Loin. Né le 31 décembre 1937 à Margam, au Pays de Galles, celui qui fut jadis un piètre écolier trouve sa vocation pour le métier d’acteur grâce à Richard Burton qui l’encourage à s’inscrire au Royal Welsh College of Music and Drama de Cardiff. Poursuivant son apprentissage à la Royal Academy of Dramatic Art de Londres, Hopkins fait une deuxième rencontre décisive, celle de Laurence Olivier qui l’invite à rejoindre le Royal National Theatre. Lassé de jouer les mêmes rôles sur les planches, l’acteur voit la télévision et le cinéma bientôt lui tendre les bras. Débutant sur le petit écran dans La Puce à l’Oreille et au cinéma dans The White Bus, deux productions sorties en 1967, Anthony Hopkins parvient à se faire un nom en enchaînant les succès. Véritable caméléon capable de tout jouer, il apparaît ainsi dans des films aussi variés qu’Elephant Man, Le Bounty, Dracula, Les Vestiges du Jour, Légendes d’Automne, Nixon, Amistad, Le Masque de Zorro, Instinct, Alexandre, Wolfman, Thor, Hitchcock et Les Deux Papes. Couronné aux Oscars pour son rôle d’Hannibal Lecter dans Le Silence des Agneaux et celui d’Anthony dans The Father, Anthony Hopkins est promu Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique en 1987. Anobli par la reine Élisabeth II en 1993, il possède son étoile sur le Hollywood Walk of Fame.

Jusqu’ici cantonné à des seconds rôles parfois modestes, Anthony Hopkins est assurément la révélation de Magic et son principal point fort. Au départ complexe à saisir, toute la mécanique du scénario repose en effet sur ses épaules. Entouré d’un casting aux prestations riches mais souvent convenues, Hopkins livre pour sa part une composition absolument saisissante de Corky Withers, magicien raté dont les ambitions sont sapées dès les premières minutes du film par la faute d’un public irrespectueux et peu réceptif. Passant pour un pauvre bougre, Corky voit bientôt le succès surgir dans sa vie. Les choses s’enchaînent à toute vitesse à grand coup d’ellipses. Le public se plaît à penser que tout va finalement rentrer dans l’ordre. Mais au lieu de s’ouvrir aux autres et d’accepter son sort, le ventriloque se replie sur lui-même. Lorsque son impresario lui ordonne de passer une visite médicale, condition sine qua non pour participer à une émission de télévision, il se laisse envahir par une colère noire. Le spectateur, au départ étonné, comprend dès lors que tout ne tourne pas aussi rond dans l’esprit de Corky.

Jusqu’ici tranquille et réservé, Corky devient alors un être étrange, entouré de mystère, visiblement peu tranquille. L’esprit torturé, le personnage s’isole, prend la fuite et s’exile à la campagne auprès de son amour d’enfance, Peggy, qu’il tente de reconquérir. Tour à tour et avec talent, Hopkins incarne alors avec brio l’amuseur public déçu, le comédien hésitant et peu sûr de lui, l’homme frustré submergé par la colère, l’artiste exalté par les promesses de l’avenir, la future star suspicieuse vis-à-vis de son agent, puis l’amoureux transi et l’amant jaloux capable de tout pour emporter le cœur de sa belle.

Mais le vrai tour de force d’Anthony Hopkins reste incontestablement ses scènes remarquables durant lesquelles Corky donne la réplique à Fats, son alter ego en bois. Présent dans la bande annonce et surtout sur l’affiche du film où ses grands yeux bleus dévisagent le spectateur, la marionnette est l’autre atout majeur du long-métrage et surtout son ressort horrifique. Créé et doublé par le ventriloque Dennis Alwood engagé comme consultant, le pantin, dont le regard et les traits sont empruntés au visage d’Hopkins, est en effet particulièrement déstabilisant. Entreprenant, rentre-dedans et souvent vulgaire, il est l’exact opposé de Corky. Surtout, la marionnette semble être le cerveau du duo, l’élément qui impose ses vues à l’autre. La schizophrénie de Corky est dès lors d’autant plus inquiétante et troublante que c’est bel et bien Fats qui semble avoir pris le dessus. Le jeu d’Hopkins et les mouvements de Fats exécutés par Alwood sont d’ailleurs si crédibles que par moment, le spectateur ne manquera pas de se demander si la marionnette est bel et bien vivante ou non.

Le côté dérangeant et inquiétant de Magic se trouve encore renforcé par les sites sélectionnés par le chef décorateur Terence Marsh. La salle de spectacle dans laquelle se produit Corky au début du film semble finalement assez miteuse. Les rues de New York sont écrasantes pour le pauvre et timide ventriloque sorti de sa province. Surtout, la forêt dépouillée et les bungalows du Trianon resort d’Upper Lake, en Californie, où la plupart des scènes ont été tournées, sont absolument lugubres. Renforcé par la bande originale oppressante signée par le compositeur Jerry Goldsmith (La Planète des Singes, Patton, Alien, le Huitième Passager, Mulan, La Momie), Magic possède la même atmosphère désuète mais angoissante que celle du Bates Motel dans Psychose d’Alfred Hitchcock.

Sorti dans les salles le 8 novembre 1978 à peu près à la même époque qu’Halloween, la Nuit des Masques, Mort sur le Nil et Superman, tous des grands succès de l’année, Magic ne tarde pas à diviser la critique. « Certains thriller vous prennent par surprise, vous secouent sans jamais vous laisser un moment de répit », note Joe Leydon dans les colonnes du Times, « L’expérience est amusante, bien sûr, mais ces films sont rarement aussi efficaces que ceux qui démarrent lentement puis laissent le suspense monter crescendo. Magic appartient à cette seconde catégorie. Habilement réalisé par Richard Attenborough et finement écrit par William Goldman, le film commence par une introduction faussement calme avant de décoller et de vous laisser les poings serrés et le souffle coupé ». « Magic semble s’être donné pour but de sous-estimer l’intelligence du public », écrit pour sa part Vincent Candy dans le New York Times, « Le film est une nouvelle version sans aucune imagination de l’histoire déjà connue du ventriloque tombé sous le joug de sa marionnette. Le mot « magic » aurait dû évoquer le tour de passe-passe par lequel l’attention du public est habilement détournée. Mais à moins de fixer durant toute la séance le panneau sortie du cinéma, il sera impossible pour le spectateur de ne pas déceler les grosses ficelles de ce petit film bien laborieux ».

Tantôt plébiscité, tant assassiné par les journalistes, Magic parvient malgré tout à trouver son public. Les spectateurs se déplacent en effet en nombre pour découvrir les intentions suspectes de cette marionnette qui les nargue sur les devantures des cinémas. Au final, le long-métrage récolte 23,8 millions de dollars au box-office, soit plus de trois fois son budget initial de 7 millions de dollars. Magic s’offre même le luxe de figurer à la neuvième place de la liste des meilleurs films de l’année 1978 dressée par le critique Gene Siskel. Le 27 janvier 1979, Anthony Hopkins est en lice pour le trophée du Meilleur Acteur lors de la trente-sixième cérémonie des Golden Globes. Échouant face à Jon Voight primé pour Le Retour, le comédien est également sélectionné pour le BAFTA finalement remis à Richard Dreyfus pour Adieu, Je Reste. Nommé dans les catégories Meilleur Film d’horreur, Meilleure Actrice et Meilleure Musique, Magic permet à Burgess Meredith de repartir avec le Saturn Award du Meilleur Acteur dans un Second Rôle. Le scénario de William Goldman est lui-même distingué par l’association Mystery Writers of America qui lui remet le Prix Edgar-Allan-Poe.

Petit film aujourd’hui oublié du grand public qui a davantage gardé en mémoire des longs-métrages comme La Malédiction sorti deux ans plus tôt, Magic n’en reste pas moins une œuvre cinématographique singulière et remarquable. Portée par un Anthony Hopkins grandiose, elle possède en effet tout le sel et tout le charme de ces films d’horreurs un peu désuets produits dans les années 1970. Prenant pour thème principal la schizophrénie et la folie, il s’agit dès lors d’un long-métrage tout à fait digne d’intérêt pour quiconque s’est déjà demandé qui, du ventriloque ou de sa marionnette, tire véritablement les ficelles...

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