La Vie Rêvée de Walter Mitty

La Vie Rêvée de Walter Mitty
L'affiche du film
Titre original :
The Secret Life of Walter Mitty
Production :
Red House Entertainment
Truenorth Productions
New Line Cinema
TSG Entertainment
Date de sortie USA :
Le 25 décembre 2013
Le 5 octobre 2013 (présentation au Festival du film de New York)
Distribution :
20th Century Fox
Genre :
Aventure
Réalisation :
Ben Stiller
Musique :
Theodore Shapiro
Durée :
110 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Employé au service des négatifs du magazine Life, Walter Mitty mène une vie banale, s'adonnant fréquemment à la rêverie. Alors qu'il est chargé de développer la photo devant faire la une de l'utime numéro de la revue, le négatif nécessaire est introuvable. Commence alors un jeu de piste riche en aventures pour retrouver le photographe Sean O'Connell et mettre la main sur le fameux négatif...

La critique

rédigée par
Publiée le 26 novembre 2020

Il est des longs-métrages qualifiables sans aucune hésitation de feel-good movies. Ces films qui, à chaque visionnage, provoquent une sensation de bien-être aux spectateurs. Leur redonnent le sourire quand rien ne va pas. Chassent les problèmes deux heures durant. La Vie Rêvée de Walter Mitty fait incontestablement partie de ceux-là, bien qu’il n’en soit pas l’exemple le plus connu du grand public.

Mais avant de devenir un joli film signé Ben Stiller, La Vie Rêvée de Walter Mitty est surtout une nouvelle de l’auteur américain James Thurber. Pendant son enfance, ce dernier se blesse malencontreusement à l’œil, provoquant à terme, chez lui, le syndrome de Charles Bonnet. Une pathologie qui se manifeste notamment par des hallucinations visuelles. Cela semble avoir directement inspiré ce journaliste et auteur dans la rédaction de son œuvre la plus célèbre, intitulée La Vie Secrète de Walter Mitty. Publiée le 18 mars 1939 dans le journal américain The New Yorker, le nouvelle présente présente Walter Mitty, un homme se sortant de son banal quotidien en s’imaginant une vie trépidante : tantôt pilote d’avion de chasse, tantôt chirurgien renommé…

Cette nouvelle connaît une première adaptation cinématographique en 1947, La Vie Secrète de Walter Mitty, sous la direction du réalisateur américain Norman Z. McLeod et produite par Samuel Goldwyn. Le point de départ de l’histoire reprend celui de la nouvelle : un homme nommé Walter Mitty, rêvant d’une vie pleine d’aventures et de rebondissements. Le film y ajoute toutefois un élément de taille : une intrigue policière, bien réelle cette fois, confrontant le brave Walter à des espions et à une demoiselle en difficulté. Le rôle-titre de cette comédie un peu datée se voit alors confié à l’acteur Danny Kaye. Mais voilà, l'opus est loin de marquer durablement les esprits du grand public.

À tel point, d’ailleurs, que l’adaptation animée de la nouvelle est sans doute plus connue que ce premier long-métrage. En effet, en 1975, la chaîne NBC diffuse une série d'animation de treize épisodes intitulée La Vie Secrète de Waldo Kitty, librement inspirée de l’œuvre de James Thurber. Le personnage principal est ici un chat, Waldo Kitty, lui aussi rêveur assidu se sortant de son quotidien en s’imaginant vivre des aventures fabuleuses. La version française de la série est, par ailleurs, marquée par un doublage d’exception assuré par les talentueux comédiens Gérard Hernandez, Perrette Pradier et Roger Carel.

Après quoi il faut attendre 2013 avant de retrouver Walter Mitty sur les écrans. Ce n’est pourtant pas l’envie des producteurs qui manque pendant tout ce temps. Dès 1994, Samuel Goldwyn Jr., fils de Samuel Goldwyn, manifeste en effet son envie de mettre en chantier un remake du film produit par son père en 1947. À l’époque, les studios Walt Disney Pictures souhaitent même racheter les droits pour se charger de la production. Mais c’est finalement New Line Cinema qui est choisi pour ce projet, dont le rôle principal doit être attribué à Jim Carrey (Le Drôle de Noël de Scrooge). La réalisation, quant à elle, est censée être confiée à Ron Howard (La Rançon). Ce dernier quitte pourtant finalement le navire. Commence alors une longue succession de reports, remaniements et autres réécritures pour le scénario, qui se voit successivement confié à Chuck Russell (The Mask) en 1999, puis Steven Spielberg (la saga Indiana JonesLincoln, Cheval de Guerre, Le Pont des Espions...) et sa société de production Dreamworks en 2003. Là encore, le projet échoue, jusqu’à ce que Jim Carrey lui-même finisse par s’en désolidariser. Les noms pour le remplacer défilent alors : Owen Wilson (Shanghai Kid, Le Tour du Monde en Quatre-Vingts Jours, trilogie La Nuit au Musée), Mike Myers (Bohemian Rhapsody) puis Sacha Baron Cohen (Alice de l'Autre Côté du Miroir). Du côté de la réalisation, Gore Verbinski (trilogie Pirates des Caraïbes, Lone Ranger : Naissance d'un héros) est même un temps évoqué. Il faut finalement attendre 2011, soit 17 ans après les prémisses du projet de remake, pour que le film soit officiellement mis sur les rails.

Ben Stiller apparaît donc en sauveur du long-métrage, dont il assure à la fois le rôle-titre et la réalisation. Né le 30 novembre 1965 à New York de parents comédiens (Jerry Stiller et Anna Meara), il se tourne vers le métier d’acteur dès le plus jeune âge en apparaissant très tôt à la télévision. Après un rôle mineur dans Empire du Soleil de Steven Spielberg et la réalisation de courts-métrages, il obtient sa propre émission télévisée sur la chaîne MTV : The Ben Stiller Show. Il y propose un grand nombre de sketches. En 1994, il réalise son premier long-métrage, Génération 90, puis deux ans plus tard, un film qui marque davantage les esprits : Disjoncté, avec Jim Carrey. À partir de là, il mène en parallèle ses carrières d’acteur et de réalisateur. Il est ainsi à l’affiche de nombreuses comédies cultes : Mary à Tout Prix (1998), Mystery Men (1999), Au Nom d’Anna (2000), la trilogie Mon Beau-Père et Moi (à partir de 2000), La Famille Tenenbaum (2000), Polly et Moi (2004), Starsky et Hutch (2004), la trilogie La Nuit au Musée (à partir de 2006), sans oublier la voix du lion Alex dans la trilogie animée Madagascar (à partir de 2005). Depuis le milieu des années 2010, il se consacre davantage à des rôles plus dramatiques, dans des films indépendants.

Côté réalisations, il privilégie là encore des comédies décalées, avec Zoolander (2001), Tonnerre Sous les Tropiques (2007), Zoolander 2 (2016). Films dans lesquels il s’attribue systématiquement l’un des rôles principaux. La Vie Rêvée de Walter Mitty s’intercale au milieu de tout cela, en 2013, constituant une sorte de jonction entre ces deux périodes de la carrière de Ben Stiller. Une passerelle entre ses comédies très décalées et son tournant plus sérieux et dramatique, qui se mélangent subtilement au cours du film.

Le long-métrage dispose de trois points forts majeurs qui en font une réussite. Le premier est, à l’évidence, son personnage principal, le fameux Walter Mitty. C’est sur lui que repose tout l'opus, qui se centre sur son développement et son évolution. Il est présenté comme un personnage timide, vivant tranquillement sa petite vie ordinaire, pour ne pas dire banale, d’employé du célèbre magazine Life. Il y travaille plus précisément au service des négatifs, chargé de développer les photos devant être publiées dans la revue. Mais son existence bascule lorsque le magazine est racheté par un groupe qui projette de le fermer. Walter reçoit alors la pellicule d’un célèbre photographe, Sean O’Connell, qui lui suggère d’utiliser le négatif 25 pour en faire la une du dernier numéro. Mais le négatif en question manque à l’appel. Avec l’aide de la collègue dont il est secrètement amoureux, Cheryl Melhoff, il se lance donc sur les traces du photographe afin de remettre la main sur le négatif 25.

Walter Mitty est un personnage terriblement attachant. Au départ timide et casanier, menant une vie rangée, il ne rencontre pas grand-monde en dehors de sa famille et de ses collègues. Pas d’amis ni de compagne en effet. Sa vie amoureuse est loin d’être trépidante et son profil sur un site de rencontres ne séduit personne, malgré l’aide dévouée d’un employé de cette application. Au fil du récit, il gagne en courage, se lance dans une aventure folle et totalement imprévisible. Il ose aborder la femme qui lui plaît autrement que par l’intermédiaire d’un site internet et ne se laisse plus marcher sur les pieds par sa hiérarchie. En cela, il est facile de s’identifier à lui car tout le monde ou presque a un jour rêvé de changer de vie, de partir à l’aventure, loin de la banalité du quotidien. Un personnage universel, en somme. Son autre trait de caractère majeur, directement venu de la nouvelle originelle, est bien sûr sa forte propension à rêver éveillé. Il se perd fréquemment dans ses songes qui prennent des allures de véritables hallucinations et interpellent son entourage. Ben Stiller campe à merveille ce rôle, lui insufflant de la tendresse et une candeur presque enfantine. Il réserve également aux spectateurs quelques répliques savoureuses et sarcastiques comme il en a le secret dans de nombreux rôles.

Le film étant focalisé sur son développement, les autres personnages ont finalement peu de place pour exister. Ils parviennent néanmoins à servir le récit efficacement et à se rendre attachants. Parmi eux, la collègue pour qui Walter en pince, Cheryl, interprétée par Kristen Wiig (Crazy Night). Sa bienveillance et sa bonne humeur la rendent très sympathique aux yeux du public, bien qu'elle ne soit pas suffisamment présente à l'écran. Le grand Sean Penn incarne, quant à lui, le mystérieux photographe Sean O’Connell. Un rôle de personnage solitaire et peu loquace qui lui sied à merveille. C’est lui qui est à l’origine de tout le cheminement, dans tous les sens du terme, effectué par Walter Mitty. Sa philosophie et sa sagesse en font un personnage inspirant, malgré l’image froide qu’il peut renvoyer au premier abord. Le spectateur pourra, là encore, regretter une apparition trop courte. Il convient de citer également la présence de l’illustre Shirley MacLaine (Noëlle) qui campe le rôle de la mère de Walter. Enfin, Adam Scott (Hellraiser : Bloodline) livre une prestation sympathique dans le rôle, certes caricatural, du nouveau patron de Life, Ted Hendricks. Odieux, hautain, désagréable au possible : ce cliché du mauvais chef se laisse accepter sans grande difficulté dans ce film finalement peu ancré dans la réalité.

Le deuxième gros point fort de La Vie Rêvée de Walter Mitty réside dans son visuel magnifique. Il offre en effet de très belles séquences, servies par des paysages grandioses, à l’occasion du voyage de Walter à travers le monde : du Groenland à l’Himalaya, en passant par l’Islande. Si en réalité, seule l’Islande a accueilli le tournage du film (y compris pour les scènes censées se dérouler au Groenland et dans l'Himalaya), pour des raisons tant pratiques que budgétaires, l’illusion fonctionne parfaitement. Le pays, réputé pour ses décors naturels à couper le souffle, ne déçoit pas les yeux du public. Volcans, glaciers, montagnes, villages de pêcheurs, grandes étendues et mer glaciale sont mises en valeurs par les cadrages intelligents de Ben Stiller. Il faut ajouter que le format Cinémascope sert à merveille la beauté de ces décors sur grand écran.

Enfin, La Vie Rêvée de Walter Mitty compte pour ultime atout son savoureux côté décalé. Il offre un subtil mélange entre l’émotion bien présente à travers l’évolution de Walter et ses apprentissages sur ce qu’est la vraie vie, et l’humour provenant de l’écriture de Ben Stiller. Bien sûr, il ne s’agit pas de se tordre de rire dans son siège, mais quiconque apprécie l’humour si caractéristique de cet acteur se laisse volontiers séduire par certaines séquences qui font mouche. La rencontre de Walter Mitty avec un pilote d’hélicoptère groenlandais porté sur la boisson est un exemple significatif de ce mélange parfaitement dosé. En une fraction de seconde, la prise de conscience de Walter, au son de l’émouvante chanson Space Oddity de David Bowie, laisse place à un scène totalement improbable de saut dans l’océan Atlantique aboutissant à une attaque de requins : un enchaînement surréaliste. De la même manière que la scène de fouille à la douane de l'aéroport, vue à travers l'écran à rayons X, prend des allures de cartoon, détonnant totalement avec la séquence émouvante qui la précède.

Les choix artistiques de Ben Stiller jouent pour beaucoup sur la réussite visuelle de l'opus tout entier tourné sur pellicule. Un clin d’œil au métier de Walter Mitty qui offre un rendu plein de charme. Par ailleurs, le réalisateur a tenu à ce que ses plans se déroulent autant que possible dans des décors réels. Il s’est donc véritablement immergé dans les eaux froides de l’océan Atlantique Nord pour les besoins de la scène mentionnée précédemment. Une performance à souligner, digne de l’investissement de certains acteurs réputés pour assurer leurs cascades comme Tom Cruise.

Le film de Ben Stiller se distingue avec brio de la première adaptation, en proposant un vrai développement de personnage, là où le long-métrage de 1947 se perd quelque peu dans une histoire d'espionnage. Il approfondit également l'histoire de la nouvelle, qui se limite quant à elle à raconter les rêveries et absences de Walter Mitty. Il peut toutefois lui être reproché quelques facilités scénaristiques dans la résolution de certaines difficultés de Walter. Le spectateur peut également regretter que les rôles secondaires ne soient pas plus étoffés, voire pour certains plutôt caricaturaux. Mais ces reproches peuvent facilement être mis de côté tant l'histoire est prenante et fait du bien. Surtout, il livre un beau message qui invite chacun à l'évasion.

Côté musique, c’est Theodore Shapiro (Même Pas Mal ! (Dodgeball), Le Diable S'Habille en Prada, Les Incognitos) qui est à la baguette. Sa partition, agréable à l’écoute, est cependant loin de rester gravée dans les mémoires. Au final, le spectateur ressort du visionnage en ayant davantage en tête les chansons, originales ou non, qui figurent dans le film. Le chanteur suédois José González livre ainsi trois ritournelles donnant immédiatement envie d’enfiler son sac à dos et de partir barouder. Elles sont d'autant plus importantes que, de l'aveu de Ben Stiller lui-même, José González est en quelque sorte la voix chantée de Walter. Step Out, la plus marquante, est ainsi, à l’image du film, une alternance de rythmes lents et rapides. Dream, elle, est une agréable invitation à l’évasion aux allures de ballade à la guitare. Enfin Stay Alive se veut, elle, plus mélancolique et calme. La chanson culte de David Bowie, Space Oddity, doit elle aussi être mentionnée par la place importante qu’elle occupe dans le récit. Une jolie reprise en est d’ailleurs proposée, interprétée par l’actrice Kristen Wiig.

La Vie Rêvée de Walter Mitty sort aux États-Unis le 25 décembre 2013 et le 1er janvier 2014 en France. C'est le studio 20th Century Fox qui se charge de sa distribution aux États-Unis et à l'international. Le film trouve son public à travers le monde, lui permettant d’amortir largement son budget de 90 millions de dollars. Il cumule plus de 183 millions de dollars de recettes mondiales. Il s’agit, à ce jour, du film réalisé par Ben Stiller comptant le plus d’entrées en France. Les critiques sont, quant à elles, dans l'ensemble plutôt positives. Beaucoup soulignent la beauté et l'émotion du film. Curieusement, l'opus est totalement absent aux Oscars, ne décrochant aucune nomination, malgré la beauté de ses plans.

Empreint de poésie, véritable invitation au voyage et à la reprise en main de sa vie, La Vie Rêvée de Walter Mitty reste un très joli film, aux quelques erreurs facilement pardonnables. S’il n’est pas resté gravé dans les mémoires du grand public, il n'en demeure pas moins un vrai feel-good movie à regarder sans hésiter pour se remonter le moral. Il fait ainsi partie de ces films qui peuvent facilement se revoir tant ils font se sentir bien.

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