Crazy Night
L'affiche du film
Titre original :
Date night
Production :
20th Century Fox
21 Laps Entertainment
Dune Entertainment III
Media Magik Entertainment
Date de sortie USA :
Le 9 avril 2010
Genre :
Comédie romantique
Réalisation :
Shawn Levy
Musique :
Christophe Beck
Durée :
88 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Phil, un avocat fiscaliste et Claire, une agente immobilière, sont mariés depuis plusieurs années. Toujours très occupés, ils décident un jour de dîner en ville afin de se retrouver en tête-à-tête le temps d'une soirée. Mais les choses prennent une toute autre tournure : à la suite d’un quiproquo, leur identité est en effet remise en question, ce qui les entraîne dans des aventures plus rocambolesques les unes que les autres...

La critique

rédigée par
Publiée le 11 février 2020

Dans une galaxie lointaine... soit en 2010, la majorité du public est habituée à voir défiler des films à l'eau de rose, des teen-movies et des buddy-movies dont les effets visuels sont à la pointe de la mode. Scary Movie, Lolita Malgré Moi, Hot Fuzz, Il Était une Fois, Twilight, Chapitre I : Fascination… De véritables succès pour les studios d’Hollywood qui restent cependant en compétition et se préparent à affronter une nouvelle décennie où les comédies traditionnelles sont moins réclamées en plus d’être attendues au tournant. À regarder avec modération, le nouveau film de Shawn Levy évite alors les pires pièges usuellement un peu lourds des comédies à gros budget. 

Dès le premier plan, Crazy Night introduit ainsi le quotidien de deux parents comme il en existe beaucoup : débordés par leurs métiers respectifs, fatigués par leurs enfants, Phil et Claire Foster en oublient presque leur couple… En allant rendre visite à leurs amis, Haley (Kristen Wiig) et Brad (Mark Ruffalo, la grande figure verdâtre du Marvel Cinematic Universe), les Foster découvrent que ces derniers sont sur le point de divorcer : ni une ni deux, Claire, attristée par la nouvelle, décide de prendre les choses en mains. Dès le lendemain, Phil en rentrant de son travail trouve en effet sa femme apprêtée, coiffée, maquillée, prête à laisser oublier les tracas habituels du quotidien. Naturellement, Phil lui propose alors de sortir et va même pousser l’événement en lui annonçant qu'il compte l'emmener dîner chez Claw, un restaurant ultra-huppé de Manhattan. Ils laissent derrière eux leurs enfants Charlotte (Savannah Paige Rae) et Oliver (Jonathan Morgan Heit) et ce n'est autre que Leighton Meester, alias Blair Waldorf dans la série culte Gossip Girl, qui se charge du baby-sitting.

Les Foster entament d'abord leur nuit romantique dans de pénibles bouchons new-yorkais, mais finissent tout de même par arriver chez Claw : ils y sont reçus sans trop de convictions par un chargé d'accueil dédaigneux qui les envoie directement au bar, au cas où une table se libérerait. Impatient et exalté par l’initiative de sa femme, Phil accepte une réservation en se faisant passer pour un client privilégié ! À cet instant, il devient sans le savoir l’élément déclencheur de toute l’intrigue… Un peu plus tard, Claire et Phil, aussi éméchés l'un que l'autre, sont interrompus par deux mystérieux hommes. Ces derniers les incitent fermement à les suivre à l’extérieur où la situation se complique : ils réclament aux Foster - complètement dépassés par les événements - une clé USB en les menaçant de mort. Loin de se sortir de ce malentendu, Claire et Phil sont alors kidnappés jusqu’à Central Park où ils réussissent à échapper de justesse à leurs ravisseurs (toujours dans l'incompréhension la plus totale, tant pour les deux héros que pour le spectateur).

C'est ensuite logiquement auprès de la police que les Foster se livrent : sous le choc, ils essayent d’expliquer leurs tribulations au commissaire Arroyo (en la personne de Taraji P. Henson). Réalisant qu’ils sont la cible d'un danger imminent, ils prennent à nouveau la fuite avant de se diriger cette fois-ci vers un personnage caricatural, celui d'Holbrooke Grant (Mark Wahlberg), qui va les aiguiller malgré la jalousie de Phil. S’ensuit toute une file indienne de péripéties, à commencer par une scène phare au cours de laquelle tous deux retournent "incognitos" récupérer des informations chez Claw. Une autre séquence originale est celle d'une course de voitures entre les policiers, les deux malfrats et les Foster qui embarquent avec un chauffeur de taxi interprété par l'acteur J.B. Smoove (Spider-Man : Far From Home, Bon à Tirer). Visuellement, il s'agit du moment le plus abouti du film, le mouvement des voitures étant assez étonnant et réaliste, mais c'est aussi et paradoxalement à cet instant que les personnages commencent peut-être à développer un trop plein de confiance en eux. Il semble qu'à partir de là, au plus les Foster arrivent à se dépêtrer de situations improbables, au plus le spectateur doit fournir un effort pour se laisser emporter par la folie du film. Les deux héros choisissent d’inverser la tendance, de mener entièrement leur propre enquête. Ils retrouvent ainsi les vrais responsables du vol de la fameuse clé USB : Taste (James Franco) et Whippit (Mila Kunis), là aussi deux personnages trop caricaturaux, mais surtout dont le jeu reste bâclé, pour ne pas dire médiocre. Néanmoins, tous deux donnent des explications nécessaires à la bonne suite du récit et laissent les Foster repartir avec un plan d’attaque. Grâce à Holbrooke, Phil et Claire finissent par confronter pratiquement tous les personnages au même endroit et au même moment. Cette dernière scène appose la révélation finale : une petite délivrance pour la dernière partie du film qui écorche malheureusement toute la première ! Reconnus innocents par le commissaire Arroyo, l'opus s'achève sur le retour des Foster dans leur paisible banlieue.

Si le réalisateur de Crazy Night travaillera sur un projet - marquant - aux côtés de Ryan Reynolds (Deadpool), c'est en 2003 (déjà) que sort son premier grand succès Treize à la Douzaine, une comédie familiale portée par Steve Martin et Bonnie Hunt. Ce genre de films fait assurément office de ligne conductrice pour Shawn Levy même si l'action et le fantastique font également partie de sa marque de fabrique : il sort par exemple en 2011 Real Steel, une histoire de robots champions de boxe qui se situe dans un Texas futuriste. Trois ans après la sortie de Treize à la Douzaine, La Nuit au Musée le propulse au rang des réalisateurs les plus appréciés des "major comedies". En d'autres termes, des productions à la sauce américaine alliant scènes d'actions, casting de haut niveau et humour local. Crazy Night apparaît ainsi dans l'imaginaire du réalisateur au cours d'une sortie au restaurant avec sa femme, pendant laquelle il se demande ce qui pourrait arriver de pire à un couple sans histoire. Depuis 1986, Shawn Levy n'en finit pas d'observer les codes du septième art : cette année là, le jeune comédien de 18 ans passe pour la première fois devant la caméra d'un film d'horreur à petit budget (Zombie Nightmare) dont les retombées sont quasi inexistantes. Mais cela n'est qu'un échauffement pour le futur réalisateur hyperactif : pendant plus de dix ans, il jongle entre la comédie, la réalisation et la production en passant par exemple de la série Les Aventures de Jett Jackson diffusée sur Disney Channel de 1998 à 2001... à Netflix, où Shawn Levy co-réalise et produit la célèbre série Stranger Things depuis 2016 sur la célèbre plateforme de streaming.

Le fait que Crazy Night se situe à New York apporte un lot de décors familiers pour le spectateur, mais aussi des difficultés pour l’équipe du tournage qui doit s’adapter à toutes les contraintes d’un film tourné en extérieur et de surcroît en ville. Tout le principe du récit se situant sur la durée d’une nuit, le tournage débute tous les jours aux alentours de 20 heures, jusqu’au lever du soleil soit environ 5 heures du matin (le déjeuner ayant par exemple lieu vers minuit). En tournant seulement 8 heures par nuit au lieu de 12 heures, il est donc bien utile de voir que d'autres valeurs sûres du cinéma figurent parmi l’équipe de tournage. Le directeur de la photographie Dean Semler, oscarisé en 1991 sur le brillantissime Danse avec les Loups, plus connu pour avoir travaillé sur Mad Max : Au Delà du Dôme du Tonnerre ou encore Maléfique est la tête pensante de tout l’éclairage du film. À sa demande, les scènes filmées dans Manhattan sont littéralement aspergées d'eau afin "d'accentuer naturellement les contrastes et les effets de la nuit". Un rendu réussi et qui donne une impression de jeu vidéo, insistant un peu plus sur le mélange des genres d'aventure et d’action.

Et côté action, il faut moins de dix minutes à Crazy Night pour introduire le premier dilemme des deux personnages principaux. Quinze minutes afin de lancer une ribambelle de péripéties, et vingt minutes pour prendre part à tout l'enjeu de l'histoire. Cette écriture sur-rythmée provient de la plume de Josh Klausner, un scénariste de renom dont la carrière voit le jour en 1994 en tant qu'assistant sur le tournage de Dumb and Dumber. Pour Klausner il s’agit d’ailleurs du début d'une collaboration fructueuse puisqu'il est crédité sur trois autres films des frères Farelly : Mary à Tout Prix (1998), Kingpin (1996) et Fou d'Irène (2000). Un peu plus tard, c'est dans le genre de l'animation qu'il décide d'élargir sa palette, notamment sur Shrek, le Troisième ou Shrek 4 : Il Était une Fin, où il découvre que "les films d'animations représentent un processus plus pénible, mais aussi plus libérateur parce qu'il faut prendre conscience que rien dans le scénario d'un film d'animation n'est inchangeable ! ”.

Phil Foster est comme toujours magistralement incarné par Steve Carell qui grâce à son jeu d'acteur subtil et naturel fait rayonner les points positifs du film. Depuis 40 ans, Toujours Puceau sorti en 2005, le comédien n’en finit pas de se métamorphoser et d’éblouir le public, que ce soit dans la série culte The Office de 2005 à 2011, dans l’insolite Bienvenue à Marwen réalisé par Robert Zemeckis, dans la peau d'un producteur de films dans les années 30 dans Café Society de Woody Allen, ou encore dans Alexander et sa Journée Épouvantablement Terrible et Affreuse.
Reine de l’improvisation en passant de rôles hilarants à une admirable sensibilité en une fraction de seconde, Tina Fey (Au Royaume des Singes, Opération Muppets) qui avoue être fan de Steve Carell avant de le connaître, accepte immédiatement le rôle de Claire Foster lorsqu'elle apprend qu'il est au casting. Actrice principalement comique, elle fait ses débuts sur le petit écran dans le  Saturday Night Live  en 1994 où elle fait la rencontre de sa grande amie Amy Poehler (Vice-Versa, Mr Woodcock). En 2006, elle devient incontournable grâce à la série 30 Rock qu'elle réalise et dont la diffusion s'arrête en 2013, lui offrant au passage quatre Golden Globes et trois Emmy Awards entre 2007 et 2009. Aujourd'hui, Tina Fey tourne dans une nouvelle série, Modern Love, dont elle partage le succès avec entre autres Andy Garcia (Esprits Rebelles) et Anne Hathaway (Alice de l'Autre Côté du Miroir, Le Diable S'Habille en Prada).
Quant à Ray Liotta (Opération Muppets, Opération Dumbo Drop), son personnage donne l'impression d'avoir été lésé par une quelconque direction artistique rendant le jeu de l'acteur un tantinet transparent dans son interprétation. Qu'à cela ne tienne, sa carrière n'en reste pas moins très crédible : ayant habilement forcé le destin en 1989 en courant littéralement à la rencontre du jeune Martin Scorsese alors à la recherche de ses nouvelles têtes d'affiches, il est tout de suite retenu pour jouer dans Les Affranchis, son premier grand rôle qu'il interprète face à Robert De Niro. Plus tard Scorcese affirme que "son énergie et sa vulnérabilité ont su faire la différence" : deux qualités malheureusement inexploitées chez le personnage de Joe Milleto dans Crazy Night...

Même si Mark Wahlberg a dû faire ses preuves depuis Boogie Nights de Paul Thomas Anderson en 1997, il est aujourd'hui l'un des acteurs les plus banquable d'Hollywood. Doublement récompensé d'un Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle et d'un Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 2007 grâce aux (Les) Infiltrés, il est également la tête d'affiche d'Invincible : un biopic retraçant la vie de Vince Papale, un fan de football américain devenu par la suite une légende du sport. Wahlberg (qui est donc un professionnel) se déshabille (vraiment) dans Crazy Night pour devenir Holbrooke Grant : pourtant, bien que ce personnage reste plutôt convaincant, son originalité n'est pas au rendez-vous. Dommage.
Le personnage du commissaire Arroyo n’a lui aussi hélas pas grand chose de surprenant, si ce n’est qu’il est assuré par l’actrice américaine Taraji P. Henson. En 2009, elle est nommée aux Oscars dans la catégorie de la meilleure actrice dans un second rôle grâce à L’Étrange Histoire de Benjamin Button mais elle reste surtout connue pour son rôle de Cookie Lyon dans la série Empire, qui finit par la couronner en janvier 2019 d’une étoile sur le Hollywood Walk of Fame.
Si l'interprétation de James Franco (Spider-Man 2) et de Mila Kunis ne mérite pas d'être relevée, il est intéressant de souligner que les deux acteurs, amis de longue date, se retrouveront à nouveau en 2013 dans Le Monde Fantastique d'Oz. Du côté des deux gangsters, ces deux-là sont au contraire personnifiés avec bien plus d'aplomb. Le premier est Common, un célèbre chanteur et acteur outre-mer plus connu dans le domaine musical, ce qui ne l'empêche pas d'être également à l'affiche de quelques films tels que que La Drôle de Vie de Timothy Green en 2012, Suicide Squad en 2016 ou Ocean's 8 de Gary Ross. Le second, Jimmi Simpson, est lui plutôt axé sur le format série. Simpson décroche même une nomination du meilleur acteur dans un seconde rôle lors des British Academy Film Awards en 2018 pour son rôle dans USS Callister, le premier épisode de la quatrième saison de Black Mirror. Officiellement, La Coccinelle Revient sorti en 2005 est le point de départ de sa carrière, aujourd'hui concentrée sur les séries télévisées. Simpson débute en effet sur ce format dans trois épisodes de la série 24 Heures Chrono en 2002 avant de décrocher un rôle assez important dans House of Cards dans les saisons 2 et 3, puis de rejoindre l'équipe de la série Westworld de 2016 à 2017.

Coté musique, la bande originale de Crazy Night est efficace et assez épurée, ce qui évite le too much parfois mal jaugé dans les comédies à rebondissements. Elle est le fruit du travail du talentueux Christophe Beck, ce dernier étant révélé au grand public notamment grâce à la série à succès Buffy Contre les Vampires dont il compose la musique des saisons 2 à 4 et pour laquelle il remporte même en 1998 un Emmy Award de la meilleure musique originale. Acharné du travail et véritable couteau suisse de la musique des salles obscures, Beck est crédité sur près de quatre-vingts films en l'espace de vingt ans. Il participe au succès de Very Bad Trip sorti en 2009, de Percy Jackson : Le Voleur de Foudre sorti en 2010 et réalisé par Chris Colombus, mais aussi du très drôle Crazy, Stupid, Love de Glenn Ficarra et John Requa. Christophe Beck est également et surtout le compositeur de la légendaire bande originale de La Reine des Neiges sorti en 2013 et de celle de La Reine des Neiges II six ans plus tard. Qui plus est, il fait également partie de l’entourage habituel de Shawn Levy puisque ces deux là ont déjà participé à de nombreux projets en commun, tels que Treize à La Douzaine, Méchant Menteur, La Panthère Rose... Et sont tous les deux à nouveaux associés sur la dernière réalisation de Levy : Free Player, dont la sortie est prévue en juillet 2020.
Loin des 180 millions de dollars amassés par La Nuit au Musée en 2009, Crazy Night reste un peu plus rentable que perdant. La comédie fait rire les anglophones, le journal The Guardian la définissant sobrement à sa sortie comme "divertissante", mais seulement sourire en France en plafonnant seulement à 500 000 entrées sur huit petites semaines en salles. L'opus récolte au final difficilement 100 millions de dollars au box-office, un piètre score pendant que les studios américains Warner Bros. se réjouissent eux encore du succès de Very Bad Trip sorti un an plus tôt.

Crazy Night ne déchaîne certes pas l'imagination mais l'idée de base et les deux acteurs principaux forment un triangle artistique très harmonieux : la morale finale éclaire d'ailleurs tout son propos qui, en fin de compte, clame que rien ne vaut la chaleur d'un foyer ! Le spectateur peut certes facilement perdre de son enthousiasme passée la deuxième partie à cause de son excès de situations peu réalistes et de gags alors moins glorieux mais au final Crazy Night se regarde facilement, son décor new-yorkais participant beaucoup à ce ressenti...

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