Les Incognitos
L'affiche du film
Titre original :
Spies in Disguise
Production :
Blue Sky Studios
Date de sortie USA :
Le 25 décembre 2019
Genre :
Animation 3D
3-D
Réalisation :
Nick Bruno
Troy Quane
Musique :
Theodore Shapiro
Durée :
102 minutes
Disponibilité(s) en France :
Autre(s) disponibilité(s) aux États-Unis :

Le synopsis

Lance Sterling, le meilleur agent secret du monde, et Walter Beckett, un jeune geek surdoué, se retrouvent contraints de travailler ensemble : le premier a en effet transformé le second en... pigeon ! Une erreur d'expérience scientifique qui tombe mal : Killian, l'ennemi juré de Lance, se fait de plus en plus menaçant...

La critique

rédigée par
Publiée le 16 décembre 2019

Que se passe-t-il lorsque deux des animateurs de L'Âge de Glace se retrouvent aux côtés de l'un des scénaristes du film d'animation Ferdinand et d'un animateur des studios Disney, quand la bande originale est assurée par le compositeur du (Le) Diable s'Habille en Prada et que le producteur est celui de La Planète des Singes : Les OriginesLes Incognitos !

Tout premier film d'animation Blue Sky Studios sorti en salles depuis l'acquisition de 20th Century Fox par The Walt Disney Company, Les Incognitos rend un bel hommage aux films d'espions, un genre fondé en 1928 par Fritz Lang avec Les Espions au cinéma. Alfred Hitchcock prend ensuite le relai en 1934 en adaptant le roman de John Buchan Les 39 Marches... James Bond, Jason Bourne, Ethan Hunt, Max la Menace, Kim Possible... Aujourd'hui, la liste d'agents secrets est si longue qu'ils sont sollicités sur tous les écrans (séries, films, jeux vidéo...). Rien d'étonnant dès lors de voir 20th Century Fox utiliser des codes forts et s'approprier le genre ! Nick Bruno, animateur ayant travaillé sur la plupart des films d'animations des studios Blue Sky (Rio, L'Âge de Glace 2, Horton) co-réalise ainsi Les Incognitos. Son partenaire ? Quane, Troy Quane, animateur de La Belle et La Bête 2 : Le Noël Enchanté , Pocahontas 2 : Un Monde Nouveau, ou encore Mickey, Il Était une Fois Noël. Il est aussi story-boarder sur une dizaine de longs-métrages dont Il Était une Fois et Hôtel Transylvanie pour Sony Pictures en 2012. Deux artistes qui sont donc formidablement complémentaires lors de la création des (Les) Incognitos : "Au début nous nous sommes mis d'accord tous les deux sur l'importance de communiquer et de... s'amuser " déclare Nick Bruno en interview. "On sait que lorsqu'on s'amuse à faire un film, on le ressent en le regardant, et on s'est vraiment amusés. C'est pour cela qu'on en est très fiers ". Quane et Bruno, de nouveau associés dans un futur proche ? L'avenir le dira...

En attendant, l’histoire qu'ils développent tous deux dans Les Incognitos prend son inspiration dans un court-métrage. Réalisé par Lucas Martell et sorti en 2009, Pigeon Impossible retrace en effet pendant cinq minutes l'idée motrice du long-métrage. Crédité au générique du début et à la fin des (Les) Incognitos, Pigeon Impossible est en fait plus une source d'inspiration qu'un scénario de départ puisqu'il n'y a là qu'un seul agent impliqué, dont le but est d'empêcher un pigeon de voler une mallette. Néanmoins, l'idée semble donner des ailes aux studios 20th Century Fox qui annoncent en 2017 travailler sur le développement du projet. Les scénaristes des (Les) Incognitos sont ainsi Brad Copeland, qui a travaillé sur le charmant Ferdinand et le moins charmant Yogi l'Ours, ainsi que Lloyd Taylor, scénariste pour The Wild. L'un est donc issu de 20th Century Fox et l'autre s'est déjà frotté aux films d'animation, tous deux étant de la sorte prêts à former un combo gagnant. Ils partent alors de l'idée saugrenue de la transformation d'un espion talentueux en pigeon, pour le pire... ou pour le meilleur ! Dans le même temps, depuis la comédie musicale The Greatest Showman sortie en 2017, la société de production Chernin Entertainment agrandit ses horizons et s'attelle plus sérieusement aux films musicaux ou d'animation. Actuellement en pourparlers avec Mattel sur un autre projet d'envergure, Peter Chernin, le producteur des (Les) Incognitos parie désormais sur un plus large public. Sa société ayant toutefois essuyé les échecs de X-Men : Dark Phoenix et Terminator : Dark Fate, un succès épaulé par une filiale de Disney serait le bienvenu et le conforterait dans ses choix. 20th Century Fox et ses studios Blue Sky, prévoient d'ailleurs de refaire appel à lui en 2020 la sortie de Nimona, un film d'animation réalisé par Patrick Osborne et adapté de la bande dessinée de Noelle Stevenson...

Les Incognitos interpelle dès sa scène d'ouverture tout entière bâtie sur une série de gros plans sur des objets divers et variés attisant inévitablement la curiosité. Il s'agit en fait d'un petit garçon (Walter) qui joue avec ses inventions dans sa chambre jusqu'à ce que sa mère fasse irruption. Cette rencontre permet dès le début du film d'exposer les bases de leur relation mère-fils et par la même de se faire une idée de leurs personnalités. Walter, extrêmement vif, exprime en effet à travers ses inventions tout le spectre de son imagination et de ses bonnes intentions mais aussi certaines de ses craintes...
Quatorze ans passent et c'est au tour d'un autre personnage principal de se voir introduit. Narcissique, prétentieux mais inégalable, Lance Sterling est un agent à qui tout réussit. En mission secrète, il est ainsi à la poursuite de Killian. Personnage antagoniste aussi malveillant que mystérieux, ce dernier ressemble trait pour trait à Vincent Cassel et se voit doublé en version originale par Ben Mendelsohn (Captain Marvel, Rogue One : A Star Wars Story). Killian - qui finit par traverser un paysage enneigé directement inspiré de L'Âge de Glace - semble bien déterminé à faire des étincelles pendant que l'agent Lance Sterling est rapidement de retour sur son lieu de travail, caricature parfaite du Pentagone de Washington. Or, il se trouve que Walter y est désormais employé et, bien que ses qualités soient aux antipodes de celles de Lance, il lui voue une admiration sans bornes. Ce décalage entre les deux personnages fonctionne alors dès les premiers instants, laissant penser qu'ils vont se retrouver confrontés à toute une série de mésaventures.

Les personnages principaux, y compris Killian, bénéficient chacun d'une backstory qui permet de légitimer leurs actions et fluidifier la trame de l'histoire. Au milieu de la notion de bien et de mal, le spectateur se voit, en effet, questionné : qui est vraiment qui ? Ce à quoi Walter tente de répondre en expliquant "qu'il n'y a pas de bons ou de méchants. Il n'y a que des gens", tout simplement.
Le logo et le générique sont alors parfaitement habillés pour l'occasion : psychédélique, graphique, le second rappelle d'ailleurs avec nostalgie le meilleur de 007 tels L'Espion qui m'Aimait, Moonraker, Goldeneye, Skyfall... En plus de paysages spectaculaires, tantôt nordiques, tantôt ensoleillés, la lumière et les couleurs de l'opus sont très agréables. Les contrastes poussés mettent, il est vrai, l'accent sur les mouvements à la manière d'un jeu vidéo, mais aussi sur des aspects plus sérieux du film. Chose assez rare, il y a de nombreuses scènes de nuit, une contrainte en règle générale que ce soit pour les œuvres live ou animées. Cela apporte entre autres un équilibre au réalisme du récit, mais aussi une part d'ombre très appréciable. Bien sûr, Les Incognitos penche nettement vers la comédie : le Pentagone est à ce titre l'une des meilleures zones de vannes où les adultes qui y travaillent se comportent comme des enfants.

Mais qui dit films d'espionnage, dit gadgets ! Ainsi, au milieu d'une montagne d'outils inventifs jalonnant l'aventure, figure LE gadget : les deux réalisateurs des (Les) Incognitos expliquent avoir, en effet, eu recours à Audi pour leur sophistication et leur vision des voitures de sport. Spécialement pensé par les animateurs et les designers de la marque, le tout premier concept-car visuel étudié pour les besoins d'un film d'animation est ainsi l'Audi RSQ E-Tron. Une première collaboration originale qui n'en reste pas moins une belle pub de l'aveu même de Sven Schuwirth, vice-président de la marque allemande affilié au business digital. "L'ensemble de cette super histoire d'action et d'espionnage nous permet de dévoiler nos capacités d'innovations, de technologie et tout ce qui est possible dans un futur de mobilité", dit-il.
De retour au Pentagone, Lance confronte Walter à nouveau, lui reprochant moult initiatives. L'opus se moque ainsi de la société actuelle, du sens de la hiérarchie et des entreprises en utilisant des messages subliminaux, pop culture et gags. Mais voilà, lorsque le moindre twist devient mécanique, surtout s'il s'agit d'un film d'action, l'attention retombe sur le champ. L'excès fait que tout tend à devenir tiède ! Fautif à bien des égards, Les Incognitos évite toutefois certains pièges narratifs, notamment grâce au souci du détail comme par exemple la décision de la CEO du Quartier Général d'éloigner Sterling de ses fonctions. Reba McEntire assume sa voix en version originale : ce n'est d'ailleurs pas une première pour cette chanteuse country et actrice américaine célèbre outre-atlantique mais beaucoup moins en Europe qui a déjà vocalisé Dixie dans Rox et Rouky 2. Ici, son personnage - sorte de clone entre Meryl Streep et Judi Dench - reste toujours à son poste et apparaît somme toute très secondaire.

S'ensuit une scène de course poursuite pendant laquelle "L'Ouïe" et "La Vue", deux nouveaux personnages, sont introduits. Karen Gillan (Les Gardiens de la Galaxie, Jumanji) prête ainsi sa voix à "La Vue", et les cordes vocales de DJ Khaled se mettent au service de celles de "L'Ouïe". Sterling, lui, tombe rapidement sous le charme de leur leader, l'agent Kappel, assurée par Rashida Jones. Fille de Quincy Jones et Peggy Lipton, la comédienne se fait connaître à travers les séries The Office (2005) et Parks and Recreation (2009) mais aussi via certains longs-métrages dont Top Cops (2010) et Les Muppets, Le Retour (2011). Elle figure également au casting du dernier film de Sofia Coppola, On the Rocks, prévu pour 2020.
Quinze ans après Gang de Requins (2004), Will Smith - ô combien apprécié du public - prête à nouveau ses cordes vocales à un personnage animé. Cool-attitude, charisme, humour, l'agent Lance Sterling n'en est pas moins un réel enjeu : il faut, en effet, compter un an de travail d'animation rien que pour ce personnage qui connaît beaucoup de sessions de réécriture. Rien d'étonnant dès lors de voir le Prince de Bel Air au casting des (Les) Incognitos, surtout après le succès d'Aladdin dans lequel il réanime brillamment le Génie. "Nous avions un plan grossier pour les dialogues" explique Troy Quane. "Et lorsque Will Smith s'est mis à improviser au cours des répétitions, spontanément cela a mené à des actions, des répliques et des blagues que l'on rapportait à nos animateurs !". Will Smith est ici indéniablement un atout de choc. Derrière des messages mignons à souhait, une indigestion du politiquement correct est heureusement toujours évitée par l'audace made in Blue Sky.
Dans cette optique, Walter, A.K.A Tom Holland, représente, quant à lui, tout un spectre d'idées, celles d'une jeune génération pleine de vie pourtant née dans un monde sans pitié. Né en 1996 en Angleterre, Tom Holland lance sa carrière en 2008 dans Billy Elliott the Musical, joué dans le West End londonien. Deux ans plus tard, il se présente au casting de The Impossible avant d'être retenu pour donner la réplique à Naomie Watts et Ewan McGregor. En 2016, Tom Holland est choisi à la surprise générale pour porter le costume de l'homme araignée dans Spider-Man : Homecoming. Un réel come-back pour ce héros de Marvel qui ne cesse depuis d'enchaîner les succès au box-office ! Les Incognitos marque ainsi une seconde expérience de doublage pour Tom Holland, à l'instar de Will Smith ! 

La qualité musicale du long-métrage est bluffante : la production étant assurée par le multi-récompensé Mark Ronson, bien connu pour avoir travaillé avec les superstars Bruno Mars, Amy Winehouse, Maroon 5, Adele ou encore Miley Cyrus. Il signe en outre des musiques de films comme celle de Suicide Squad en 2016 avant d'exploser les records deux ans après avec A Star is Born en remportant l'Oscar de la Meilleure Chanson Originale pour le titre Shallow interprété par les têtes d'affiche Lady Gaga et Bradley Cooper. Faits notables, sur Les Incognitos, la chanson Ooh Wee est un sample du célèbre Sunny de Boney M (repris par Ghostface, Killah, Nate Dogg, Trife et Saigon) tandis que Fly est elle interprétée par Lucky Daye. Cerise sur le gâteau, les chanteurs et rappeurs tels que Lil Jon, DJ Khaled et DJ Snake, rejoignent eux aussi le casting.
Theodore Shapiro (Trolls 2, Le Diable s'Habille en Prada) compose quant à lui une bande originale pleine de surprises, digne d'un vrai long-métrage de super-héros. D'ailleurs, afin de garantir une intensité à la hauteur des plus grands films d'action, le son des (Les) Incognitos se voit développé en Dolby Atmos, un genre de home cinema qui reproduit instantanément le son en 3D. Ce procédé, affilié à l'IMAX 6 Track, un sound system ultra-moderne, permet d'entendre le son sur plusieurs "couches" minutieusement réparties dans les salles.

Afin de donner un rendu convaincant aux multiples cascades du film, Les Incognitos rameute pas moins de 180 personnes rien qu'au service de son story-board et du département des effets visuels. Le budget du film se porte alors au niveau des 111 millions de dollars, ce qui le situe entre celui du (Le) Monde de Nemo avec ses 90 millions de dollars et celui de Cars : Quatre Roues et 120 millions de dollars. Déjà deux fois nommé aux Annie Awards 2020 dans la catégorie du Meilleur Design de Personnage pour le Cinéma et pour la Meilleure Musique au Cinéma, c'est au El Capitan Theatre, mythique salle d'Hollywood dont Disney est propriétaire, qu'il mène son avant-première le 4 décembre 2019. En France, il s'est joué à l'Hivernal Festival d'Annecy le 8 décembre au profit d'associations comme Les Restos du Cœur, Bazar Sans Frontières et Les Apprentis d'Auteuil. L'esprit de Noël étant farceur, le grand public doit patienter de son côté jusqu'au 25 décembre 2019 pour le découvrir en salles dans l'hexagone comme outre-atlantique. 
Les Incognitos offre ainsi pour finir l'année un condensé de bonheur et de couleurs : utilisant parfois un sarcasme sur fond de musique funk à la manière de Shrek, imitant des films cultissimes comme Kill Bill ou Scarface et s'inspirant des décors de Flubber et de Zootopie, l'opus est enthousiasmant. Troy Quane et Nick Bruno signent là un buddy movie parfaitement encadré dont le seul défaut serait peut-être d'en faire un peu trop. Les personnages directement inspirés des acteurs qui les doublent sont en revanche suffisamment bien construits pour convaincre, notamment grâce aux ruptures de rythme très rafraîchissantes qui parsèment le récit.

Les Incognitos est un film qui s'inscrit typiquement dans l'ADN de Blue Sky Studios : jouant volontiers la carte du rire en proposant des messages attendrissants, l'audace narrative allège et accompagne toute l'adrénaline du film. Une jolie démonstration d'un savoir-faire, certes sans réelles surprises mais terriblement efficace.

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