Captain Marvel

Titre original :
Captain Marvel
Production :
Marvel Studios
Date de sortie USA :
Le 08 mars 2019
Genre :
Fantastique
IMAX
3-D
Réalisation :
Anna Boden
Ryan Fleck
Musique :
Pinar Toprak
Durée :
128 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

En plein conflit entre les Kree et les Skrulls, deux races aliens que tout oppose, une combattante au passé trouble et dotée de pouvoirs extraordinaires se retrouve perdue sur la planète Terre.

La critique

rédigée par
Publiée le 13 mars 2019

Captain Marvel, 21ème (!) long-métrage du Marvel Cinematic Universe, vient introduire un nouveau personnage d’envergure, Carol Danvers. Le film propose ainsi une origin story simple mais efficace, qui remplit ses fonctions à merveille, sans pour autant se hisser parmi les meilleures productions Marvel en raison d'un manque d'ambition flagrant dans la réalisation et d'une formule Marvel Studios qui finit par produire des oeuvres qui donnent la fâcheuse impression de se ressembler décidément toutes.

Faisant son apparition dans Marvel Super Heroes #13 en 1968 sous les plumes et crayons de Roy Thomas et Gene Colan, Carol Susan Jan Danvers est alors un agent du renseignement lambda dénuée de pouvoirs particuliers, en charge de la sécurité de la base de lancement de la NASA à Cap Canaveral. Après l’obtention de son diplôme, elle quitte la demeure familiale et s’engage dans l’Armée de l’Air avec en tête un rêve : découvrir l’espace ! Lorsque le poste de cheffe de la sécurité de la NASA sur la base de lancement de Cap Canaveral se libère, elle ne laisse donc pas passer l’occasion. Son histoire devient alors intimement liée à celle du guerrier intergalactique Kree : Mar-Vell. L’extraterrestre a, en effet, été envoyé sur Terre pour espionner les humains et notamment leurs avancées technologiques. Sans pouvoir mais aidé de la technologie kree, il commence à protéger la Terre et la base de la NASA, où les gens lui trouvent une nouvelle identité : Captain Marvel. Le centre est ainsi le théâtre de nombreux affrontements épiques. Carol se retrouve d'ailleurs au milieu d’un combat acharné entre Mar-Vell et l'un de ses ennemis, et se voit projetée contre le psycho-magnitron, une machine kree capable de faire des rêves, une réalité. Sans s’en rendre compte et n’en prenant conscience que bien plus tard, son ADN subit une profonde mutation et devient à moitié kree, en raison de l’admiration qu’elle portait à Captain Marvel au moment du contact avec la technologie extra-terrestre. Elle obtient ses pouvoirs (qui seront encore modifiés et augmentés à la suite d’autres mésaventures) puis prendra, en hommage à son mentor, le nom de Captain Marvel (bien que Carol porte avant d’autres pseudonymes).

Depuis le succès de la première phase du Marvel Cinematic Universe (de Iron Man à Marvel’s Avengers), Marvel Studios souhaite mettre en avant un personnage féminin fort. L’objectif du studio est ainsi de produire des films connectés entre eux, d’introduire de nouveaux personnages dans des opus indépendants avant de réunir tout ce beau monde dans des oeuvres d’envergure, comme les différents Avengers. Kevin Feige, à la tête de cette machine bien huilée, envisage ainsi plusieurs héroïnes pour un film solo. La Veuve Noire (ou Black Widow), interprétée par Scarlett Johansson dans pas moins de 7 films (Iron Man 2 pour le premier et Avengers : Endgame pour le dernier en date) est d'ailleurs souvent évoquée pour accéder à sa propre aventure. Du coté du petit écran, Marvel Television prend les devants avec Agent Carter et Jessica Jones, toutes deux connectées au Marvel Cinematic Universe. Mais le cinéma fait visiblement de la résistance. En 2014, lors d’un grand panel visant à révéler les films de la phase III du MCU, Captain Marvel est enfin annoncé, avec, sous le masque, Carol Danvers et une sortie programmée pour novembre 2018 avant d'être repoussé à mars 2019 (Le film Black Widow restant d'actualité avec un début de mise en production courant 2019).

Pour réaliser Captain Marvel, Marvel Studios fait appel à deux réalisateurs venus de l’indépendant, Anna Boden et Ryan Fleck. Le binôme a déjà l’habitude de travailler ensemble ! Ils ont, en effet, réalisé conjointement trois films : Sugar en 2008, Une Drôle d’Histoire en 2010, et Under Pressure en 2015. Trois œuvres intimistes et aux budgets modérés. Captain Marvel est ainsi leur première réalisation dans le monde des blockbusters. Le duo a aussi travaillé sur plusieurs séries TV, comme The Affair et Looking. En prenant ici le casque de réalisateurs, Anna Boden et Ryan Fleck doivent introduire sur grand écran un personnage appelé à prendre une place importante dans le Marvel Cinematic Universe

En quelques années, le public a donc eu accès à des dizaines d’origin story, que ce soit au cinéma ou à la télévision et de la part de plusieurs studios emblématiques, de Disney à Warner Bros en passant par Sony. La recette est souvent la même, les histoires sont des quêtes initiatiques qui visent à faire progresser le personnage principal tout en lui donnant l’occasion, souvent, de s’accepter. Si certains trouvent que le public se lasse de ces histoires, force est de constater qu’elles continuent toujours à cartonner. 2018 est ainsi marquée par le triomphe de deux origin story : Black Panther chez Marvel et Aquaman chez DC, toutes deux ayant dépassé sans mal le milliard de dollars au box office mondial. Il n’empêche, les producteurs prennent conscience que les films doivent commencer à proposer des visions différentes et innovantes lorsqu'il s’agit d’introduire de nouveaux personnages. Captain Marvel s’inscrit dans cette idée. L'opus reste certes classique et ne réinvente en rien le schéma habituel, mais propose, à travers son rythme et sa construction, une façon plus innovante de raconter les débuts de Carol Danvers.

Le film s’intéresse donc à l’identité de Carol, amnésique, dotée de pouvoirs extraordinaires, qui se cherche. Alternant entre flash-back, visions et révélations, le long-métrage propose alors un montage efficace, qui permet à Captain Marvel de se dérouler sans temps mort tout en laissant le temps à ses personnages d’évoluer. Quelques passages sont dès lors particulièrement prenants et semblent tout droit sortis des pages d‘un comics. Marvel Studios embrasse ici pleinement son héritage papier et n’a plus peur de faire exploser sur grand écran la puissance parfois démesurée de ses personnages. Si quelques scènes sont donc de beaux moments de bravoure, il est toutefois regrettable de voir à coté une mise en scène qui ne suit pas vraiment. L’ensemble est propre, mais les deux réalisateurs ne parviennent que rarement à proposer une réalisation vraiment prenante. Seules une ou deux scènes se démarquent finalement grâce à leur travail, bien trop générique alors que le personnage se prêtait à de vrais moments cinématographiques. Les cut sont trop marqués, les plans sont trop rapides et ne prennent pas le temps de se poser sur les personnages. Cette réalisation expéditive empêche l’émotion de s’installer et bride les séquences les plus percutantes. De fait, le résultat est décevant. Propre mais sans fulgurance. Alors que les pouvoirs de Carol offrent une liberté visuelle infinie, Anna Boden et Ryan Fleck restent trop classiques. Plus gênant encore, ils ne savent pas filmer l'action qui reste toujours très minimaliste. Il faut attendre des séquences entièrement en images de synthèses pour ressentir quelque chose de plus épique. Le passage de l'indépendant au blockbuster marche souvent pour Marvel Studios (Joss Whedon, James Gunn ou les Russo), mais ce n'est pas le cas ici. Captain Marvel ressemble plus à une commande de producteurs qu'une oeuvre disposant d'une vraie identité...

Heureusement, Captain Marvel peut compter sur des intervenants attachants pour fonctionner. Marvel Studios est visiblement passé maître dans l’art de rendre les personnages les plus inadaptables totalement prenant sur grand écran. Et cela se vérifie encore avec Carol Danvers et consorts. En tête d’affiche, naturellement, Brie Larson trouve là un rôle lui allant comme un gant. La jeune comédienne, sacrée meilleure actrice pour Room en 2015, prête ses traits à cette ancienne pilote de chasse avec une belle conviction. Une lourde tâche pourtant pour l’actrice de 29 ans, puisque Captain Marvel est le tout premier film Marvel Studios à placer au premier plan une femme. Et Brie Larson rayonne (littéralement) à l’écran ! Confiante, déterminée, rebelle, mais aussi emplie de doutes et d’incertitudes selon les moments, elle incarne une héroïne ô combien humaine malgré ses capacités ô combien surhumaines. Il n'est pas pour autant question d'une évidence de casting, comme cela a pu être le cas avec Robert Downey Jr. en tant que Tony Stark. Brie Larson s'impose donc ici grâce à sa personnalité, et propose sa propre version de Carol Danvers. Carol Danvers est bad-ass, Brie Larson l’est tout autant !

Il faut dire que ses pouvoirs sont particulièrement impressionnants. Captain Marvel est, de loin, le personnage le plus puissant de tout le Marvel Cinematic Universe, Sentry l'étant lui de tout l'univers Marvel confondu. Elle semble ici tout simplement imbattable. Pourtant, le spectateur parvient rapidement à s’attacher à elle. L’empathie qu’elle dégage vient évidemment de ses questionnements humains tout au long du film. Pourtant, contrairement à d’autres films de super-héros, il n’est pas trop question là de voir un héros chercher à maîtriser ses pouvoirs. Certes, elle progresse au fur et à mesure, mais Carol Danvers est douée et elle le sait ! Même si elle trébuche, même si elle se trompe, même si elle ne sort pas victorieuse de ses combats, elle est consciente de sa capacité à se battre, de son talent. En cela, le film est rafraîchissant puisqu’il évite l’écueil trop souvent vu du protagoniste principal qui découvre ses pouvoirs sans jamais être sûr de lui jusqu’à une révélation sortie de nulle part. Captain Marvel aborde enfin différemment cet aspect-là et c’est réjouissant. Même si certains archétypes sont présents, Carol Danvers n’est jamais exaspérante et se sert (bien) de ses poings !

Pour l’accompagner le long de son périple, Carol est accompagné d’un certain Nicholas Joseph Fury, recrue encore jeune de l'organisation secrète S.H.I.E.L.D… Captain Marvel situe en effet son action dans les années 90. Ce choix se justifie par la façon dont le film s’intègre au Marvel Cinematic Universe. Pour autant, il n’est pas question pour le long-métrage d’enchaîner les références ou de n’être qu’une sorte de revival d’une époque, comme c’est le cas de tous les films qui se passent dans les années 80 sortis ces dernières années. Le temps est posé, point. Mais c’est l’occasion de voir un personnage emblématique du MCU, Nick Fury, incarné par le toujours aussi brillant Samuel L. Jackson ! La technique utilisée pour rajeunir le personnage est à ce titre tout simplement bluffante. Cette technologie, assez récente, qui vise à rajeunir les acteurs, s’est déjà vue dans d’autres films Marvel (Comme Michael Douglas dans Ant-Man et Ant-Man et la Guêpe). Mais il ne s’agissait alors que de quelques scènes. Dans Captain Marvel, Samuel Jackson n’apparaît que sous cette forme de lui, plus jeune. Le résultat surprend de naturel et donne le sentiment de revoir l'acteur dans le mythique Pulp Fiction. Sans aucun doute une future référence en matière de rajeunissement numérique ! Et Samuel Jackson dans tout ça ? Comme à son habitude, le comédien s’en sort avec les honneurs. Il propose une facette différente de Nick Fury. Plus enjoué, plus optimiste, plus drôle aussi, mais qui pose les bases de ce que sera le futur directeur du S.H.I.E.L.D.

Le reste du casting est composé d'acteurs confirmés qui arrivent sans mal à proposer des interprétations convaincantes. Jude Law, Ben Mendelsohn et également Clark Gregg, l’éternel Phil Coulson, qui revient sur grand écran sept ans après Marvel’s Avengers et entre deux saisons de (Les) Agents du S.H.I.E.L.D.. À noter également, l'apparition de deux personnages vus dans Les Gardiens de la Galaxie : Korath le Poursuivant et Ronan l’Accusateur, respectivement interprétés par Djimon Hounsou et Lee Pace qui reprennent tous deux leur rôle. Mais la surprise de revoir ces personnage ne pèse finalement par grand chose face aux pitreries félines de Goose, le chat improbable qui se retrouve au milieu d’une aventure cosmique et porte presque malgré lui, tout seul, l’aspect comique du récit. Enfin, comme chaque opus issu de la Maison des Idées, Captain Marvel comporte son traditionnel caméo de Stan Lee. Mais cette fois, l’exercice est quelque peu différent. Il s’agit, en effet, du premier film Marvel Studios à sortir après le décès de l’homme derrière Marvel. Le studio rend ainsi un hommage aussi sobre que touchant à Stan « The Man » Lee dès son introduction et son caméo présente deux particularités. Déjà, et c'est notable, Stan Lee incarne ici... Stan Lee ! En effet, il répète inlassablement le même texte, celui du film Les Glandeurs (sorti en 1995), de Kevin Smith, dans lequel il fait une apparition. Mais surtout, ce caméo est bien plus marqué que dans les autres films du MCU. Carol Danvers semble partager avec Stan Lee un moment plus long, comme si elle prenait conscience, sourire ému, du sens de sa présence comme un merci qui ne dit pas son nom.

Carol Danvers est plongée dans un conflit entre deux races extraterrestres. Les Kree (à la peau blanche ou bleue) d'un coté, et les Skrulls (métamorphes verts pouvant prendre l'apparence de n'importe qui) de l'autre. Deux races emblématiques des comics, qui font respectivement leur apparition dans Fantastic Four #65 en 1967 et Fantastic Four #2 en 1962. En introduisant ces deux espèces dans le Marvel Cinematic Universe (bien que la série Les Agents du S.H.I.E.L.D. ait déjà fait mention des Kree), Captain Marvel apporte un nouveau champ de possibilité à l'univers Marvel. En l'état actuel des choses, le film se contente néanmoins seulement d'utiliser cette guerre pour développer Carol Danvers mais également pour construire assez habilement son récit. Si la civilisation Kree est détaillée, celle des Skrulls est plus brièvement évoquée. Il n'empêche, l'apparition de ces races emblématiques de l'univers Marvel pose des pistes intéressantes pour le futur...

D'un point de vue technique, Captain Marvel oscille entre le bon et le moins bon. La musique composée par Pinar Toprak est malheureusement anecdotique, et les morceaux choisis pour accompagner certaines scènes tombent souvent comme un cheveu sur la soupe. N'est pas James Gunn et son Awesome Mix Vol. 1 des (Les) Gardiens de la Galaxie qui veut ! Avec son budget finalement peu élevé pour un film Marvel Studios (aux alentours des 150 millions de dollars), le film modère ses effets visuels. la plupart d'entre eux sont réussis, mais quelques fautes de mauvais goûts sont aussi présents. Le dernier acte ressemble par moment à une grosse cinématique de jeux vidéo. Heureusement cette sensation est peu présente et l'aspect cosmique est bien représenté. Captain Marvel part quoiqu'il en soit avec de bons présages. Le premier film Marvel Studios mettant en scène une femme rapporte, en effet, plus de 450 millions de dollars lors de son premier week-end d'exploitation mondial s'envolant tout de go vers les sommets, ou comme elle le dirait elle-même : « Plus haut, plus loin, plus vite ».

Captain Marvel est un film honnête. Malgré son aspect trop souvent générique, il arrive à convaincre grâce à ses personnages attachants, son univers connecté et une Brie Larson, pétillante dans le rôle de Carol Danvers. Il faut juste admettre en réalité que Captain Marvel est un amuse-bouche qui vient poser la dernière pièce à l'édifice avant le grand final Avengers : Endgame. Passée cette sensation d'introduction au plat de résistance, il reste un film agréable à voir : sans prétention, il n'est ni une déception, ni une franche réussite. Un entre-deux acceptable.

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