Monsieur Link
L'affiche du film
Titre original :
Missing Link
Production :
Laika
Annapurna Pictures
Date de sortie Allemagne :
Le 30 mai 2019
Distribution :
20th Century Fox
Genre :
Animation Image par Image
3-D
Date de sortie cinéma USA :
Le 12 avril 2019
Réalisation :
Chris Butler
Musique :
Carter Burwell
Durée :
94 minutes
Disponibilité(s) en France :
Autre(s) disponibilité(s) aux États-Unis :

Le synopsis

Après avoir échoué à ramener une preuve de l'existence de Nessie, Sir Lionel Frost reçoit une curieuse lettre lui proposant de retrouver le sasquatch, une créature mythique encore jamais découverte par l'Homme. Frost y voit aussitôt l'opportunité d'adhérer au prestigieux Club des Optimates - Aventuriers, Explorateurs et Grands Hommes - et ainsi recevoir la reconnaissance qu'il estime mériter.

La critique

rédigée par
Publiée le 16 mars 2020

Il est de ces films simples et communs en apparence qui cachent des éléments plus élaborés et recherchés qu'ils ne les laissent paraître au premier abord. Monsieur Link fait parti de ce genre de production, regorgeant de performances techniques remarquables tout en narrant une histoire simple mais lourde de sens.

Si le long-métrage est distribué dans les cinémas américains par Annapurna Pictures, en Allemagne et en Autriche par 20th Century Studios et par Metropolitan Filmexport en France, Monsieur Link a été élaboré de fond en comble par les studios Laika. Fondé le 23 juin 2005 par Philip Knight et Will Vinton, ce studio d'animation américain s'est spécialisé dans l'animation en volume, tout comme le studio britannique Aardman. Les studios Laika ont ainsi d'abord produit Les Noces Funèbres de Tim Burton avant de créer leur premier long-métrage Coraline, réalisé en 2009 par Henry Selick et tiré du roman de Neil Gaiman. Récompensé d'un cristal du long-métrage au Festival du film d'animation d'Annecy et de trois Annie Awards en 2010 (meilleure conception des personnages, meilleure musique et meilleurs décors), l'opus a été nommé au BAFTA 2010 ainsi qu'aux Oscars 2010 dans la catégorie du meilleur film d'animation - avec comme concurrents Fantastic Mr. Fox, La Princesse et la Grenouille et Là-Haut qui est ressorti primé.
Fort du succès de leur premier film en stop-motion, Laika propose en 2012 L' Étrange Pouvoir de Norman. Réalisé par Sam Fell et Chris Butler, ce film d'animation est proche de Coraline dans la volonté de mettre en scène des personnages enfants faisant face à des phénomènes fantastiques et paranormaux se rapprochant parfois de l'épouvante. Il se voit lui aussi nommé pour l'Oscar 2013 du meilleur film d'animation auprès de Frankenweenie, Les Mondes de Ralph ou encore Rebelle.

Malgré une baisse dans le box-office mondial (Coraline ayant atteint 124,6 millions de dollars de recette et L'Étrange Pouvoir de Norman 107,1 millions), les studios Laika rempilent en 2014 avec un film un peu plus léger que ses deux prédécesseurs : Les Boxtrolls par Graham Annable et Anthony Stacchi. Récoltant alors 109,3 millions au box-office mondial, le long-métrage concourt pour l'Oscar du meilleur film d'animation en 2015, remporté alors par Les Nouveaux Héros.
Ensuite, en 2016, Kubo et l'Armure Magique sort dans les salles obscures. Réalisé par Travis Knight, ce long-métrage en stop-motion impressionne les spectateurs et les critiques qui y voient une pépite d'animation forte de son histoire prenante inspirée par le Japon féodal, de quoi mettre en sourdine des reproches de whitewashing du casting vocal. Malgré ses qualités, l'opus n'atteint que 77,5 millions de dollars au box-office mondial ; un score certes honorable, mais une vrai déception une fois rapporté à son budget de 60 millions de dollars et aux chiffres des précédents films.

C'est donc trois années plus tard et sur un budget plus conséquent de 100 millions de dollars que Laika revient sur le devant de la scène avec Monsieur Link, dirigé par Chris Butler. L'animateur né en 1974 à Liverpool a étudié à l'Université des Arts Créatifs dans le sud de l'Angleterre avant de devenir en 2000 character designer sur Les Aventures de Tigrou puis de travailler sur Les Noces Funèbres et sur Tarzan 2 : L'Enfance d'un Héros en tant qu'artiste de storyboard en 2005. Par ailleurs, il dirige L'Étrange Pouvoir de Norman et participe également à la majorité des films du studio Laika.
Sir Lionel Frost a donc une fois de plus échoué à rapporter une preuve de l'existence d'une créature mythique. Le but de ses recherches est pourtant d'impressionner le Club des Optimates pour en gagner leur reconnaissance et ainsi faire parti de l'élite. Après avoir reçu une étrange lettre lui confirmant l'existence du sasquatch, il part sans autre forme de procès à sa recherche. C'est alors qu'il rencontre la fameuse créature qui, solitaire et recluse du reste du monde, lui demande de l'aider à trouver où est sa place.

Au premier abord, l'intrigue apparaît tout à fait commune. Il s'agit ici d'une aventure entre deux personnages que tout semble opposer mais qui ont besoin l'un de l'autre pour parvenir chacun à leurs fins. Ce qui fait alors le charme et la fraîcheur de l'histoire se retrouve dans la façon dont le film évite, avec une certaine aisance, les clichés propres à ce type de scénario. Si certaines scènes sont parfois prévisibles, il est en effet admirable de constater que l'opus n'use guère de certaines facilités d'écriture et décide de raconter l'histoire en prenant le temps, avec quelques moments tranquilles dans le récit, un brin d'humour qui n'alourdit jamais les événements et des scènes d'action rocambolesques qui rythment à merveille l'ensemble. Narrant une aventure, Monsieur Link fait évidemment voyager les spectateurs à travers des paysages tous différents ; la grisaille de la ville laisse vite place à la beauté verdoyante de la forêt jusqu'aux montagnes enneigées de l'Himalaya.
Mais le véritable point fort de l'intrigue est sa morale. Une fois arrivés vers la fin du récit, les spectateurs comprennent réellement où les créateurs de Monsieur Link ont voulu les emmener. Cette aventure épique est depuis le début une quête de soi des personnages qui doivent faire face à certaines remises en question difficiles pour s'en sortir. Venant de ce type de long-métrage avec ces personnages en particulier, il est surprenant de trouver ce genre d'enseignement, qui plus est exposé avec une justesse émouvante et marquante.

Si les studios Aardman ont pour credo d'essayer d'utiliser le moins possible les effets numériques dans leurs films en stop motion et plébiscitent l'usage de pâte à modeler, les studios Laika épousent eux une tout autre philosophie concernant Monsieur Link. Leur idée a, en fait, été d'allier avec soin l'animation image par image avec les VFX (effets visuels créés numériquement) afin de porter cette technique d'animation à un tout autre niveau. Dans leur précédent long-métrage, les animateurs utilisaient ainsi toute une palette de visages préparés avec différentes expressions qu'ils interchangeaient à chaque besoin. Monsieur Link rajoute au processus - et c'est le premier film du studio à le faire - le soin d"utiliser la VFX histoire de rendre chaque expression du visage unique.
Le lieu où Sir Lionel Frost rencontre le sasquatch est, pour sa part, clairement inspiré du Nord-Ouest Pacifique où se trouvent les studios Laika, et se voit correctement retranscrit à l'écran. Mais ce n'est rien par rapport à la scène de combat qui est sans doute l'une des séquences les plus ambitieuses à produire. La stop motion est, en effet, une technique limitée quand il y a plusieurs personnages à animer sous différents plans, tout en respectant les échelles. Ici pourtant, aucune limite ne semble entraver l'ambition de la réalisation. La scène sur le navire est également remarquable. Clairement inspirée du film Inception, ses parties en VFX et en stop motion sont travaillées séparément ; les animateurs ont ainsi dû mettre en place un effet de déséquilibre chez les personnages de façon à ce que la scène soit la plus réaliste possible. Pourtant, l'un des travaux les plus titanesques fut la séquence de l'éléphant, qui a nécessité trois mois pour filmer seulement 20 secondes à l'écran !

Si Monsieur Link brille à l'évidence par la qualité de son animation, la caractérisation de ses personnages n'est pas en reste. Sir Lionel Frost dégage ainsi une certaine élégance dans sa manière de se tenir et de s'exprimer. Interprété à merveille par Hugh Jackman (X-Men, The Greatest Showman) en version originale et par Thierry Lhermitte en français, cet explorateur a pour défaut sa fierté : dans certaines situations, son arrogance est certes plutôt bien vue mais il est compliqué au début de véritablement s'attacher à lui ; surtout quand son réel but se révèle d'un égocentrisme à toute épreuve. Fort heureusement, sa rencontre avec le sasquatch le rend vite et définitivement attendrissant.
Le sasquatch, qui se voit appelé Monsieur Link par Frost, est aussi un personnage réussi. Poli, intelligent, très premier degré : dès ses premières lignes de dialogue, les spectateurs comprennent que la créature n'est pas qu'un simple sidekick qui va uniquement apporter son soutien au héros. Au cœur même de l'intrigue, sa quête pour retrouver les siens lui apporte en effet une puissance émotionnelle qui ne cesse de grandir jusqu'à atteindre son apothéose dans une scène particulièrement bouleversante. Le travail réalisé par Zach Galifianakis (Mission-G, Un Raccourci dans le Temps) en anglais et par Eric Judor en français pour faire transparaître la naïveté et la bienveillance du sasquatch est à ce titre remarquable.

À ce duo bien conçu vient s'ajouter un troisième personnage : Adelina Fortnight - interprétée en version originale par Zoe Saldana (Avatar, Les Gardiens de la Galaxie) et en version française par Daniella Labbe Cabrera. Son insensibilité au charme et aux flatteries de Frost la rend immédiatement sympathique aux yeux des spectateurs même si son rôle dans l'histoire est plutôt anodin alors que l'opportunité de traiter ce genre de personnage féminin qui ne s'en laisse pas conter par la gent masculine était belle. Malgré son intervention importante dans la résolution de l'intrigue à travers ses raisonnements, le personnage d'Adelina ne profite en réalité pas autant que Frost et Monsieur Link de la magnifique morale du long-métrage. Un vrai crève-cœur tant le personnage était prometteur.
Parmi les antagonistes du film, Lord Piggot-Dunceby est antipathique à souhait. Ce sectaire membre éminent du Club des Optimates veut à tout prix empêcher Sir Lionel Frost de ramener la preuve du sasquatch car elle bousculerait ses certitudes sur la théorie de l'évolution de l'Homme. De surcroît, Piggot-Dunceby éprouve une aversion envers Frost qu'il considère comme un fou, et non comme un explorateur digne de ce nom. Ce personnage peut certes sembler grossier dans sa description, mais il illustre à merveille l'étroitesse d'esprit extrême dont peuvent faire preuve les savants, quitte à nier l'évidence quand elle est sous leurs yeux. Afin d'éliminer Frost, Lord Piggot-Dunceby engage un chasseur de primes : Willard Stenk. Obstacle sérieux dans la quête de Frost, Stenk est à l'origine des scènes d'action qui rythment admirablement le récit. Son importance dans l'intrigue rend cependant ce personnage tout juste mémorable.

La musique du film a été composée par Carter Burwell. Né le 18 novembre 1955 à New York, il se voit diplômé de l'université de Harvard et se fait connaître en tant que compositeur et chef d'orchestre. Il a également travaillé sur de nombreux films des frères Coen comme Arizona Junior ou encore The Big Lebowski ; les fans Disney lui doivent par ailleurs la musique de Dingo et Max.
La partition musicale est admirable : Carter Burwell a su varier avec soin les instruments pour diversifier l'expérience musicale. Elle sait ainsi se rendre grandiloquente avec des cuivres et des percussions qui accentuent le côté épique et aventureux du récit. Elle devient également entraînante, surtout lors de la scène de la bagarre osant une musique country endiablée exécutée par les cordes. La bande originale contribue fortement à la sympathie qui émane du long-métrage. Le générique de fin est d'ailleurs une très bonne illustration du ton de Monsieur Link ; Do-Dilly-Do (A Friend Like You), interprétée et écrite par Walter Martin, est une chanson agréable qui referme à merveille l'ensemble sur une note agréable et chaleureuse.

Sorti le 12 avril 2019 dans les salles obscures américaines la même semaine qu'After ou encore Hellboy, Monsieur Link remporte 1,6 million de dollars dès son premier jour mais en engrange seulement 5,8 millions durant sa première semaine, soit pratiquement la moitié des prévisions du studio. Au total, il engrange 26,2 millions de dollars dans le monde, faisant du film le moins rentable du studio. Les critiques sont sur lui globalement dithyrambiques et encensent notamment les techniques d'animation utilisées ainsi que son intrigue charmante qui allie avec soin l'humour, le rocambolesque et les émotions notamment grâce à l'alchimie particulière entre Frost et Monsieur Link.
Le 5 janvier 2020, à la surprise générale, Monsieur Link remporte le Golden Globe du meilleur film d'animation devant Toy Story 4, Le Roi Lion, Dragons 3 : Le Monde Caché et La Reine des Neiges II. Cette victoire sonne comme une preuve pour le studio Laika que l'animation image par image, malgré ses contraintes, demeure une technique qui ne cesse de plaire, qui réserve encore des surprises et mérite que des animateurs passionnés l'étudient davantage. Le long-métrage se voit également nommé à l'Oscar du meilleur film d'animation - remporté cette fois par Toy Story 4.

Doté d'une intrigue bien ficelée, d'un humour savamment dosé, d'une animation surprenante et d'une morale admirable, Monsieur Link possède un charme indéniable qui le distingue de beaucoup de films d'animation sortis en 2019.
Véritable vent de fraîcheur porté par les studios Laika, Monsieur Link démontre toute l'étendue de leurs talents pour réaliser et conter des histoires différentes de celles habituellement proposées par l'animation grand public.

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