Hellraiser

Titre original :
Hellraiser
Production :
Spyglass Media Group
Phantom Four Films
Date de mise en ligne USA :
Le 7 octobre 2022 (Hulu)
Distribution :
Hulu
Genre :
Horreur
Réalisation :
David Bruckner
Musique :
Ben Lovett
Durée :
120 minutes

Le synopsis

Riley, une jeune femme tout juste sortie de désintoxication, se retrouve en possession d'une mystérieuse boîte à puzzle appelée Configuration des lamentations. Lorsque son frère disparaît après qu'elle a manipulé l'objet, Riley se lance à sa recherche et tente d'en savoir plus sur la boîte, qui renferme d'étranges créatures. Ces êtres, appelés Cénobites, sont dirigés par Pinhead.

La critique

rédigée par
Publiée le 25 octobre 2022

Toute franchise avec plus de trois ou quatre opus est forcément inégale, mais la chute de la saga Hellraiser est particulièrement nette, passant d’un film sorti de nulle part devenu un classique du genre (Hellraiser, Le Pacte) à une suite qui améliore l'original (Hellraiser : Les Écorchés), puis deux films tout juste corrects mais amusants à regarder (Hellraiser III : Hell on Earth, Hellraiser : Bloodline), pour terminer sur une longue série de suites en vidéo si mauvaises que la saga commence à ressembler à une mauvaise blague, où la douleur est infligée autant aux personnages qu’au public. Et pourtant, les fans sont restés fidèles au Hellraiser premier du nom et la vision diabolique de son auteur Clive Barker. La réalisateur David Bruckner est l’un de ces fans et il le prouve clairement à travers ce nouvel opus sobrement intitulé Hellraiser, tant l'opus redonne un second souffle à une franchise au bord du gouffre.

Hellraiser deuxième du nom mettra tout de même plus de dix ans à voir le jour. En octobre 2006, Clive Barker, auteur du roman The Hellbound Heart, qui servait de base au film Hellraiser : Le Pacte (1987), annonce sur son site officiel être en cours d’écriture d’un scénario pour un remake du premier volet et que le film serait produit par Dimension Films. Un an plus tard, Julien Maury et Alexandre Bustillo, porteurs de la « New French Extremity », nom donné par les Américains à une catégorie de films jugés violents et transgressifs de réalisateurs français, grâce à quelques classiques comme À l'Intérieur (2007), Livide (2011) ou Aux Yeux des Vivants (2014), sont approchés pour réaliser l'opus, qui porte comme titre initial Clive Barker Presents : Hellraiser. Barker écrit un premier traitement que le duo français se charge d’adapter en scénario. Mais leur histoire ne plaît pas au studio et les deux frenchies sont remplacés par de nouveaux auteurs, Marcus Dunstan et Patrick Melton (la saga Saw, Piranha 3DD, Scary Stories to Tell in the Dark), qui à leur tour jettent l’éponge en juin 2008 pour travailler sur Halloween II (2009) de Rob Zombie. En octobre de la même année, le metteur en scène Pascal Laugier, lui aussi représentant du mouvement horrifique français à travers des succès d’estime comme Martyrs (2008), The Secret (2012) et Ghostland (2018), est engagé comme réalisateur.
La production du film démarre donc en mars 2009 avec Laugier derrière la caméra et à l’écriture du scénario aux côtés de Clive Barker, fervent admirateur des travaux de Laugier. Le Français souhaite un film plus violent que les précédents, qui explore la culture gay sadomasochiste, mais les studios, réticents aux idées de Laugier, voudraient un film plus commercial et capable de séduire le public adolescent. Tout comme avec Maury et Bustillo, le courant ne passe pas entre Dimension Films et Pascal Laugier et ce dernier quitte le projet pour divergences artistiques en juin 2009. Tout au long de l’année 2010, plusieurs scripts sont proposés sans qu’aucun ne soit validé. L’actrice Amber Heard est même envisagée pour tenir le premier rôle de ce nouveau volet, avec Christian E. Christiansen derrière la caméra, mais les studios démentent très vite cette rumeur. En octobre 2010, il est officiellement annoncé que Patrick Lussier, monteur de plusieurs films de Wes Craven dont Freddy Sort de la Nuit, les trois premiers volets de la saga Scream et Red Eye : Sous Haute Pression, mais aussi réalisateur de quelques opus produits par Dimension Films (The Prophecy 3 : Ascension, Dracula 2001 et ses deux suites), sera réalisateur et que le film serait un reboot complet de la franchise, sur un scénario de Todd Farmer (Jason X, Les Messagers, Meurtres à la Saint-Valentin).

L’histoire de ce reboot différait légèrement de l’original de Clive Barker, Lussier et Farmer ayant fait le choix de se concentrer sur l’univers et le fonctionnement de la boîte à puzzle, sans forcément faire intervenir Pinhead. Cependant, et contre toute attente, tous deux sont écartés du projet par les studios en 2011. La raison est simple : Dimension Films allait encore une fois perdre les droits de la franchise et devait impérativement sortir un nouvel opus pour garder la mainmise et pouvoir ensuite réaliser le remake. Tourné en seulement douze jours pour un budget famélique de 300 000 dollars, basé sur un scénario écrit en dix jours, sans la présence de Doug Bradley remplacé ici par un acteur de seconde zone pour incarner Pinhead, et d’une durée de 75 minutes générique compris, Hellraiser : Revelations sort directement en vidéo en octobre 2011 après une projection dans un seul cinéma devant un panel de producteurs et quelques amateurs de la franchise. Conçu uniquement pour sécuriser les droits, le film fait honte à la saga et est considéré par les fans comme un « mockbuster », nom donné à des réalisations plus ou moins plagiées sur d’autres œuvres à gros budget, sortant généralement en vidéo et produites à moindre coût, afin de profiter de la promotion de l’œuvre copiée et ainsi créer la confusion dans l’esprit du public, qui pense voir l’œuvre d’origine. Particulièrement médiocre, le film fait preuve d’un cynisme frappant, presque cruel envers la saga. Clive Barker affirmera qu’il le prend comme une insulte à l’univers qu’il a créé et exigera que son nom soit retiré du générique, n’ayant pas été consulté pendant la production et clamant à cor et à cri qu’il n’a rien à voir avec le film.
La saga part alors de nouveau en sommeil jusqu’en octobre 2013, où Barker annonce être en cours d’écriture d’un nouvel opus dont il serait le réalisateur, avec Doug Bradley de retour dans le rôle de Pinhead. Mais le projet stagne encore, en grande partie à cause des réticences des producteurs, qui n’en finissent pas d’imposer leurs exigences en termes de budget et de scénario. En mars 2017, Barker déclare à ce sujet dans une interview que le scénario, sous forme de remake plus sombre et violent que son modèle, est déjà écrit et adressé à Dimension Films depuis quelque temps, sans avoir obtenu de retour de la part des studios, qui développent un nouveau volet. Réalisé cette fois par Gary J. Tunnicliffe, superviseur des maquillages et effets spéciaux sur plusieurs volets de la saga, et une fois encore sans Doug Bradley, ce nouveau film prend la forme d’une nouvelle suite au lieu du remake maintes fois annoncé. Le réalisateur devait initialement tourner Hellraiser : Revelations, dont il rédigera finalement le scénario. Déçu du résultat final, Tunnicliffe développe son propre projet de son côté, intitulé Hellraiser : Judgment, que la production valide uniquement pour une question de droits en vue d’un éventuel remake. le film reçoit des critiques nettement supérieures aux autres suites depuis Hellraiser : Bloodline. Mais l’opus demeure éclipsé par les accusations de harcèlement sexuel à l’encontre de Harvey Weinstein, co-fondateur de Dimension Films, et Hellraiser : Judgment pâtit d’une faible promotion avant de tomber dans les limbes. 

C’est grâce à une toute autre franchise que Hellraiser renaît de ses cendres. Le succès inattendu de Halloween (2018), distribué par Blumhouse Productions et suite directe de Halloween, la Nuit des Masques de John Carpenter, encourage Miramax Films, qui était également impliqué dans la mise en chantier des nouvelles aventures de Michael Myers, à produire un nouveau film Hellraiser. Patrick Lussier et Todd Farmer sont alors rappelés et planchent sur différentes idées, l’un sur un préquel avec l’acteur William Fitchner (Armageddon, Pearl Harbor, Prison Break, The Dark Knight : Le Chevalier Noir) dans le rôle de Pinhead, l’autre sur un opus où Pinhead serait interprété par une femme. En mai 2019, le producteur Gary Barber annonce que Spyglass Media Group, acquéreur d’une majeure partie du catalogue de The Weinstein Company, dont les fimms de Dimension Films et Miramax Films, serait en cours de développement d’un remake de Hellraiser, écrit et co-produit par David S. Goyer, scénariste sur la trilogie Blade, Man of Steel et Batman v. Superman : L’Aube de la Justice
Un an plus tard, en avril 2020, David Bruckner est choisi pour réaliser ce nouveau film, avec Ben Collins et Luke Piotrowski comme scénaristes, lesquels avaient déjà collaboré avec Bruckner sur son film La Proie d’une Ombre (2020), également produit par Goyer. Né en 1978, David Bruckner grandit à Atlanta avant de faire ses études à l’université de Géorgie. Passionné de cinéma et en particulier le genre fantastique, il se fait connaître en réalisant des films à sketches ou en participant à des segments pour des films anthologiques d’horreur ou à suspense : The Signal (2007), V/H/S (2012) et Southbound (2015). Il sort en 2017 son premier long-métrage en solo, Le Rituel, adapté d’un roman d’Adam Nevill. Le film, ayant fait sensation au festival international du film de Toronto, est distribué par Netflix et lui permet de se faire un nom au sein du cinéma d’horreur. Par la suite, il réalise deux épisodes de la série anthologique Creepshow (2019), puis le film La Proie d’une Ombre (2020), présenté au festival du film indépendant de Sundance et acclamé par la critique, mais dont la sortie est repoussée en 2021 à cause de la pandémie de Covid-19. 

Du côté du casting, il est annoncé en juin 2021 que la jeune actrice Odessa A’zion a été engagée pour tenir le rôle principal. Née le 17 juin 2000 à Los Angeles et diplômée de la Charter High School of the Arts, Odessa A’Zion fait ses premiers pas à la télévision dans les séries Nashville en 2017, puis Fam (2019) et Grand Army (2020) et quelques comédies (Supercool, Mark, Mary & Some Other People, Am I OK ?), avant d’explorer le genre horrifique à travers quelques productions telles que Helle House, The Inhabitants, For the Night et Hellraiser.
Lors d’une interview accordée au journal Entertainment Weekly, il est révélé que la drag queen Gottmik est auditionnée pour le rôle de Pinhead après que celle-ci a présentée une tenue inspirée de Pinhead lors de la finale de la treizième saison de l’émission RuPaul’s Drag Race, à laquelle elle participait.
Le tournage du film a lieu dans le plus grand secret au cours de l’été 2021 et s’achève en octobre 2021, période où la distribution est enfin dévoilée au grand public, tandis que le synopsis demeure passé sous silence.
Le rôle du mythique Pinhead est donc attribuée à l’actrice transgenre Jamie Clayton, connue pour avoir joué dans les séries Netflix Sense8, où elle incarne Nomi Marks, et Designated Survivor au cours de sa troisième saison, ainsi que la série The L Word : Generation Q. Elle apparaît également dans les thrillers The Neon Demon (2016) et Le Bonhomme de Neige (2017), Hellraiser étant le premier film où elle tient le rôle principal.
Parmi les autres membres du casting figurent Brandon Flynn (les séries True Detective, 13 Reasons Why et Ratched), Goran Višnjić (les séries Urgences, Extant et Timeless, les films Le Pacificateur, Bleu Profond, Elektra), Drew Starkey (Love, Simon, The Hate U Give - La Haine Qu'On Donne, Outer Banks), Aoife Hinds (Normal People, Derry Girls), Selina Lo (Le Roi Scorpion 3 : L’Œil des Dieux, Triple Threat, Boss Level) et Hiam Abbass (Exodus : Gods and Kings, Blade Runner 2049, la série Succession). Doug Bradley a été approché par l’équipe du film pour faire une apparition, mais l’acteur déclina l’invitation en raison des complications dues à la pandémie de Covid-19 et pour laisser son héritage en tant que Pinhead intact.

Contrairement aux remakes d’Halloween, Les Griffes de la Nuit, Vendredi 13 ou Massacre à la Tronçonneuse, ce nouveau Hellraiser fonctionne car il n’essaie jamais de reproduire le film de 1987 ni l’histoire qui l’a inspiré. Celui de David Bruckner conserve à la place les éléments centraux de l’histoire et s’aventure dans une toute nouvelle direction qui en explique un peu plus que les cénobites et leur boîte à puzzle. Il en ressort un film effrayant, qui ne lésine pas sur le gore ou l’atmosphère car il pose automatiquement les bases. Le spectateur fait ainsi la connaissance de l’énigmatique Voight, qui pousse un jeune homme sans méfiance à essayer de résoudre le puzzle pour lui. Les choses ne se déroulent effectivement pas comme prévu et le cauchemar peut commencer. Le film avance de quelques années et se centre sur Riley McKendry, une toxicomane en rétablissement vivant avec son frère Matt, aimant mais intransigeant, le petit ami de ce dernier Colin et leur colocataire Nora. Au grand dam de Matt, Riley entame une relation avec Trevor, un autre toxicomane de son programme. Ayant besoin de s’en sortir par eux-mêmes, Trevor et Riley volent une étrange boîte à puzzle, abandonnée dans un conteneur. Cette même nuit, Riley libère accidentellement une armée de cénobites, ainsi que leur chef nommé « The Hell Priest ». À cet instant, Matt, parti à la recherche de sa sœur, disparaît sans laisser de traces. Submergée par la culpabilité et le chagrin, Riley décide d’en savoir plus sur la boîte, qu’elle soupçonne d’avoir causé la disparition de son frère, accompagnée de Colin, Trevor et Nora, Tous vont se retrouver plongés dans un univers apocalyptique, pire que l’Enfer, où les cénobites prennent un malin plaisir à les malmener et les torturer autant psychologiquement que physiquement.

L’objectif premier de David Bruckner est de réconcilier les fans de la première heure avec la saga, tout en cherchant à séduire un nouveau public, qui n’a pas vu les précédents opus ou en est totalement étranger. C’est pour cela que le film prend son temps pour introduire son univers à travers une première partie lancinante et tendue, où la Configuration des lamentations, les héros et les cénobites sont présentés, revenant ainsi aux ambitions du premier volet. Le réalisateur s’attache à poser son décor, ses personnages et la menace que représentent la boîte de Lemarchand et les démons qu’elle enferme, afin de piquer la curiosité du public qui ne connaît pas la franchise et l’encourager à poursuivre le visionnage. Si les fans risquent de juger cette introduction lente et ennuyeuse, le plaisir de retrouver l’univers et de découvrir les nouveaux enjeux par rapport aux cénobites est bien présent et fait écho aux grands moments de la saga sans pour autant les copier. Cette première partie risque donc d’ennuyer légèrement à cause de son rythme lent. Le scénario commet donc une erreur presque fatale en se centrant trop sur les personnages et aussi peu sur l’action, donnant un aspect contemplatif mais lénifiant à l’ensemble. Tout cela permet néanmoins de poser les bases de ce nouveau film tout en poussant le spectateur, même le plus aguerri, à s’interroger sur ce qu’il voit, comme le faisait le métrage de Clive Barker. Très respectueux de l’univers qu’il décrit, David Bruckner fait ainsi preuve d’une volonté artistique indéniable qui devrait enthousiasmer les amateurs de la saga et séduire les non initiés.

Toutes les inquiétudes compréhensibles quant à la difficulté à laquelle Bruckner aurait à faire avec le gore devenu la marque de la franchise sont brutalement enterrées dans une introduction froide et révoltante. Par la suite, le metteur en scène ne se contente pas de reproduire le travail de Barker, mais l’enrichit en présentant sa propre interprétation de Hellraiser au cours de sa seconde partie, intense et surprenante, donnant lieu aux meilleurs moments de l'opus. Le ton y est beaucoup plus sérieux et adulte, rendant hommage aux films d’horreur des années 1980 et 1990 par un côté très décomplexé et déroutant grâce à ses antagonistes et leur design intriguant et inquiétant. Le malaise provoqué par les cénobites ne passe pas ici à travers la fascination pour le sadomasochisme, représenté dans les précédents volets par le cuir qui composait les vêtements des démons, mais tout simplement par leur physique et leur propre peau, tirée et entremêlée pour laisser apparaître leur chair et former des tenues à la fois dérangeantes et belles. Les cénobites inspirent ici une combinaison parfaite d’émerveillement et de terreur, à la voix douce et sadique, dont les designs ont été créés par Josh et Sierra Russell, honorant des favoris comme « The Chatterer ». Ils apparaissent comme des génies exilés du ciel à la posture révoltante et séduisante. Une première pour la saga, qui n’était jamais allée aussi loin dans la conception de ses démons, et une surprise pour les fans qui sont déjà familiers avec l’univers. David Bruckner n’a pas peur d’innover, créer et proposer quelque chose d’inédit au même titre que certains films d’horreur des décennies précédentes qui ne se basaient pas sur des codes préétablis et se permettaient toutes les excentricités. 

Mais le plus intéressant reste sans aucun doute Jamie Clayton dans le rôle de Pinhead, ici renommé « The Hell Priest », dont le casting a été accueilli avec autant de doute que d’excitation. L’actrice s’en sort avec les honneurs, donnant une dimension presque céleste au démon, légèrement plus efficace que ses laquais. Sans égaler le jeu de Doug Bradley, Jamie Clayton excelle dans son rôle de prêtre des Enfers chargé de collecter des âmes innocentes pour « Léviathan », divinité adorée par les cénobites. Sa performance, entre douceur et sadisme violent, illustre parfaitement le côté religieux et pieux des cénobites sans pour autant retirer la personnalité perverse et vicieuse de Pinhead. L’actrice, en Pinhead nouvelle génération, s’approprie le personnage, sans toutefois copier le jeu de son prédécesseur. Sa voix et son comportement sont différents et attribuent une facette cosmique au rôle attendu d’un démon extradimensionnel. Elle déambule avec une grâce spectrale et regarde à travers les personnages, les interrogeant curieusement sur leurs désirs les plus sombres, brouillant les frontières entre peur et excitation. L’acteur Goran Visnjic, en tant que milliardaire dément à la recherche de plaisirs décadents et dont les apparitions forcent autant la fascination que la révolte aux vues des actions de son personnage, parvient à imposer sa nature menaçante, même lorsqu’il est confronté à des forces qu’il ne maîtrise et ne comprend pas entièrement. Le personnage, s’il a parfois du mal à convaincre comme principal antagoniste du film, n’a pourtant aucun mal à inspirer la crainte tant dans ses intentions, révélées au fil de l’action, que dans son caractère. Par ses monstres, Hellraiser met l’accent sur la sensation exquise de douleur extrême, les corps poussés à leurs limites, la peau écorchée et le plaisir vu comme une souffrance atroce. Tout est horriblement orchestré, une provocation inventivement sournoise qui déchire, taille et tranche avec enthousiasme sa jeune distribution compétente.

Au-delà de cela, l’histoire explore des thèmes plus lourds et actuels, en particulier la dépendance de Riley qui est au centre de l’attention. À la manière de l’opus réalisé par Clive Barker, les performances d’Azion et Clayton sont essentielles et leurs rapports font presque penser à ceux qu’entretiennent Pinhead et sa Némésis Kristy dans les deux premiers volets. De son côté, Riley demande le repentir, cherche à se défaire de ses vieux démons et, pour cela, passe par une multitude d’émotions contradictoires. Sa quête de vérité finit par devenir vitale et peut être vue comme une allégorie poignante sur les retombées des comportements addictifs et les conséquences de s’y adonner. À cet effet, Odessa A’zion est la vraie vedette du film, insufflant dans son jeu le drame, le courage et la détermination de son personnage. Riley est vulnérable et humaine, mais ne se range jamais du côté de la faiblesse ou de l’indignité et l’actrice réussit sans mal à faire ressentir la rage et la ténacité de l’héroïne. Elle explore les épreuves de la dépendance et se blesse dans le processus lorsque la boîte commence à réclamer des âmes. Bien qu’elle doute de sa santé mentale, elle sait se montrer intelligente et pleine de ressources face au danger. Hellraiser est également rafraîchissant et désinvolte sur certains sujets peu communs dans le cinéma d’horreur, notamment l’homosexualité à travers la relation entre Matt et Colin, l’amour fraternel et l’amour inconditionnel au détriment du désir charnel. Il sera à regretter des dialogues assez médiocres dans la première partie après la disparition de Matt, car la tension entre les personnages à ce sujet, qui devrait être évidente, n’est jamais pleinement retranscrite. Il en va de même pour les autres personnages qui gravitent autour de Riley, dont la majorité sont traités comme des agneaux sacrificiels, mais ont le mérite de faire avancer l’action d’une certaine manière et d’offrir quelques séquences sanglantes et d’épouvante bienvenues, parfaites pour maintenir l’attention du spectateur avide de gore. 

Ainsi, les défauts du film se résument à un trop-plein d’idées qui, lorsqu’elles sont explorées, ralentissent le rythme de la narration. L’enquête de Riley sur la boîte à puzzle et son ancien propriétaire ouvre la porte à une mythologie approfondie et bien conçue, mais le scénario semble presque trop pressé de développer son univers. De même, une intrigue secondaire du dernier acte qui établit les parallèles entre tout ce que le film raconte est non seulement convaincante et opportune, mais fait basculer l’attention des cénobites, et accessoirement, du spectateur, vers un antagoniste plus bénin dont la présence nuit à l’arc de rédemption de Riley. Enfin, la durée de l'opus peut rebuter certains spectateurs, dans la mesure où l’action n’est pas toujours présente au profit de moments d’introspection. Cela dit, il y a un amour et un dévouement palpables de la part de l’équipe du film, ce qui excuse en grande partie leur impulsion à surcharger l’ensemble et d’étendre l’action. Le film de Bruckner ouvre la voie à de nouveaux plaisirs cinématographiques inattendus et potentiellement encore plus riches. Clive Barker mettait l’accent sur les tendances d’horreur des années 1980, d’une nature plus dépouillée mais graphique, tandis que Bruckner élargit la narration et la portée de l’univers qu’il a entre les mains. Le réalisateur ne tente jamais de retracer ce que Barker avait déjà établi, son film offre pour l’occasion une vision différente de l’Enfer, le tout sur une partition musicale inspirée et inquiétante de Ben Lovett, compositeur régulier de Bruckner. Si Hellraiser peut diviser les fans en choisissant de ne pas se focaliser sur la dimension sadomasochiste du film original, cette nouvelle version réinvente le concept de souffrance et propose un autre type d’Enfer, celui des addictions et la douleur de laisser le passé derrière soi. 

En outre, Hellraiser transforme l’esthétique du donjon sexuel de Frank Cotten, personnage principal du film de Barker, en décors plus élaborés et géométriques. La Configuration des lamentations change de forme tout au long du métrage, donnant au réalisateur une très grande liberté de mise en scène. Esthétiquement et à l’image de la boîte à puzzle, Hellraiser prend des allures de casse-tête étrange, telle une maison hantée aux couloirs labyrinthiques remplis de pièges, capables de se mouvoir. Étonnamment, David Bruckner ne cherche pas le sensationnalisme et la torture extrême. La peur primale et psychologique est mise en avant, notamment lorsque les cénobites apparaissent complètement au hasard. Certaines morts ont même lieu hors champ, même si l’angoisse et le malaise sont bien présents. Si le gore a la part belle à travers le design des cénobites et quelques exécutions assez graphiques, Hellraiser est plus éblouissant que visuellement choquant et ressemble presque à une œuvre d’art macabre et toxique, laissant intact le classique de Barker, là où les multiples suites sorties en vidéo cherchaient uniquement le sensationnalisme à outrance. Délaissant par conséquent l’aspect sanglant et pervers, l’intrigue du film est ainsi moins axée sur le côté sexuel auquel la franchise est devenue associée et relie plutôt le concept d’automutilation à la torture infligée par les entités démoniaques et leur maître. Ici, ce ne sont pas les démons qui blessent et mutilent leurs victimes, mais les humains eux-mêmes par leurs addictions, leurs traumatismes et leurs péchés. Le film a beau être une œuvre sanglante et dérangeante, il privilégie son intrigue et ne se contente pas de choquer son audience gratuitement. Le scénario est de ce fait merveilleusement mis en scène par David Bruckner, qui sait comment canaliser une atmosphère de terreur et d’appréhension pour peu à peu atteindre un niveau de frayeur bien au-delà de ce qui a été vu dans la franchise auparavant, jusqu’à un final glaçant et désespéré qui donne furieusement envie de connaître la suite des événements. 

Très attendu par les amateurs d’horreur et une grande partie des fans malgré des appréhensions légitimes, Hellraiser est projeté pour la première fois devant un public le 28 septembre 2022 au Fantastic Fest d’Austin, au Texas, puis le 4 octobre 2022 au Beyond Fest à Santa Monica, Californie. Il est ensuite distribué aux États-Unis par Disney et diffusé directement en exclusivité sur Hulu le 7 octobre, en tant que « film original Hulu ». Selon l'agrégateur Reelgood, qui recense les audiences de tous les programmes mis en ligne sur les plateformes, le film est le huitième programme le plus visionné de la semaine du 14 octobre 2022, toutes plateformes confondues.
Hellraiser reçoit en parallèle des critiques essentiellement positives, nettement supérieures à celles des précédents volets sortis en vidéo. La majorité souligne le retour de la franchise sur de bonnes bases, la réalisation soignée de David Bruckner, le talent des acteurs, l’interprétation de Jamie Clayton en nouveau Pinhead, les scènes sanglantes et le côté glamour et esthétique du film. Certains pointent néanmoins sa durée, jugée trop longue, l’écriture bâclée des personnages et le scénario trop confus en raison du surnombre de thèmes évoqués. Hellraiser est également considéré comme le meilleur opus depuis Hellraiser : Les Écorchés (1988) et une grande partie des spectateurs voit en lui la renaissance de la franchise et l’espoir que de potentiels nouveaux volets suivront la même trace.

Hellraiser est une renaissance émouvante et cruelle d’une légende de l’horreur qui n’essaie jamais d’évincer l’original de Clive Barker. À la fois effrayant et dérangeant, le réalisateur transforme l’histoire en un véritable casse-tête. De la mise en scène inspirée à l’écriture soignée, le film est de loin le plus marquant de la franchise depuis plusieurs années, bien qu’il se perde dans des thématiques certes inédites et intelligentes mais trop nombreuses et une première partie légèrement bavarde. Porté par des acteurs convaincants, un concept original et une nouvelle interprète splendide, Hellraiser représente à lui seul la suite dont tout fan de la franchise a toujours rêvé.

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