Titre original :
No Exit
Production :
20th Century Studios
Flitcraft
Date de mise en ligne USA :
Le 25 février 2022 (Hulu)
Genre :
Thriller
Réalisation :
Damien Power
Musique :
Marco Beltrami
Miles Hankins
Durée :
95 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Darby, une étudiante souffrant d’addictions, s’échappe du centre de désintoxication où elle a été placée pour se rendre au chevet de sa mère, hospitalisée dans un état critique. Mais une violente tempête l’oblige à s’arrêter sur une aire d’autoroute en compagnie d’inconnus, eux aussi bloqués. En faisant le tour des lieux, elle remarque une jeune fille portée disparue, retenue prisonnière dans une camionnette garée sur le parking et appartenant à l’une des personnes à l’intérieur du bâtiment…

La critique

rédigée par
Publiée le 07 juin 2022

Distribué par 20th Century Studios via la plateforme Hulu, dont The Walt Disney Company est devenu actionnaire majoritaire, et disponible à l’international sur Disney+, Sans Issue, bien qu’un peu prévisible, est un petit thriller en huis clos multipliant les twists et retournements de situation comme il en pleuvait dans les années 2000.

Mais Sans Issue est avant tout un roman éponyme de Taylor Adams. Auteur de romans policiers, né aux États-Unis et ayant fait des études de cinéma à l’Université d’Eastern Washington dont il sortira diplômé du prestigieux Edmund G. Yarwood Award et d’un Prix d’excellence en écriture, ce dernier signe son premier roman, Eyeshot, en 2014. Il passe également derrière la caméra en réalisant quelques courts-métrages projetés au Festival du Film Indépendant de Seattle dont l’un d’entre eux, And I Feel Fin (2008), est salué par la critique mais aussi des épisodes de séries télévisées. D’autres romans suivront, tels Our Last Night (2015), No Exit (2017), œuvre sur laquelle se base Sans Issue, et Hairpin Bridge (2021)
Le succès du roman de Taylor Adams auprès des amateurs de littérature à suspense est tel qu’il encourage rapidement les dirigeants de 20th Century Fox, avant son rachat par Disney, à acquérir les droits d'adaptation au cinéma. Scott Frank, scénariste sur Minority Report (2002), Wolverine, le Combat de l'Immortel (2013) et Logan (2017), mais aussi réalisateur de Balade Entre les Tombes (2014) et de tous les épisodes des mini-séries Godless (2017) et Le Jeu de la Dame (2020) sur Netflix, est parallèlement choisi pour développer et produire l’adaptation. Enfin, en mars 2019, Damien Power est retenu en tant que réalisateur, avec à ses côtés Andrew Barrer et Gabriel Ferrari, qui avaient déjà travaillé sur Ant-Man (2015), à la seconde équipe.

La réalisation de Sans Issue échoue donc à Damien Power : metteur en scène et scénariste australien ayant grandi à Lauceston, Tasmanie, il déménage après avoir obtenu un diplôme en arts et droit à l’université de Hobart, à Sydney pour rejoindre le comité de classification des films et de la littérature en Australie. Peu après, il commence à écrire et réaliser des courts-métrages avant d’enchaîner sur un Master en réalisation à l’Australian Film Television and Radio School. Son premier long-métrage le thriller Killer Ground, se voit projeté au Festival International du film de Melbourne en 2016, puis à la section Midnight du Festival du Film Indépendant de Sundance de 2017. Sans Issue sera donc son second film.
Au casting, Havana Rose Liu joue Darby, l’héroïne du film. Originaire de Brooklyn, New York, la jeune actrice s’était déjà fait connaître dans la série Directrice (2021) pour Netflix et au cinéma dans le drame Mayday (2021) et le thriller The Sky Is Everywhere (2022). Placée en centre de désintoxication où elle suit un traitement contre ses addictions, Darby apprend que sa mère a été admise à l’hôpital. Sur un coup de tête, elle décide de s’échapper pour se rendre à son chevet à Salt Lake City. Malheureusement, son trajet est interrompu par un blizzard, l’obligeant à s’arrêter dans un refuge pour la nuit avec d’autres personnes, se retrouvant dans la même situation. Elle fait alors une macabre découverte : Jay, une petite fille portée disparue, est retenue prisonnière dans une camionnette garée sur le parking. Darby se donne alors pour mission de sauver l’enfant et en conclut que le ravisseur est forcément l'une des personnes bloquées comme elle par la neige. Parmi les autres acteurs, essentiellement des seconds couteaux, Danny Ramirez (les séries The Gifted, On My Block, Falcon et le Soldat de l'Hiver) et David Rysdahl (The Revival, The Land of Owls, Oppenheimer) incarnent Ash et Lars, les principaux suspects de l’enlèvement de la petite Jay. Dale Dickey (Winter’s Bone, les séries True Blood, Justified et Earl) et Dennis Haysbert (la trilogie de films Les Indians, Les Pleins Pouvoirs, les séries The Unit : Commando d’Élite, Lucifer et 24 Heures Chrono) sont quant à eux Sandi et Ed, un couple en crise bloqué par la tempête. Enfin, la jeune Mila Harris, qui tient ici pour la première fois un rôle principal dans une fiction, interprète Jay, la petite fille kidnappée.

Partant sur des bases simples mais efficaces, avec en prime une ambiance froide, claustrophobe et une héroïne contrainte de dépasser ses traumatismes pour sauver une vie innocente, Sans Issue, sous ses airs de petit thriller inoffensif, bénéficie d’un concept fort. Le film n’apporte toutefois rien de véritablement neuf, tant son intrigue paraît avoir été déjà vue ailleurs et en beaucoup mieux. Le spectateur se trouve ainsi face à une série B plutôt sympathique, au point de départ honnête et sans répit, qui plonge directement dans le bain sans perdre de temps. Le scénario pose, en effet, les enjeux dès les premières minutes afin de tenir le suspense et installer d’emblée un rythme soutenu. Le personnage principal bénéficie dès lors d’une sympathique introduction. En quelques minutes, Darby réussit en effet à toucher et, parfois, à émouvoir ; ses faiblesses étant exposées avec justesse sans tomber dans l’excès et les grosses ficelles. Devant surmonter ses addictions et ses fragilités, elle n’a malgré tout pas peur de se battre pour ses proches, quitte à tromper la surveillance du personnel du centre et prendre la fuite pour se rendre auprès de sa mère malade, puis, lors de sa cavale, protéger une innocente et mettre les responsables hors d’état de nuire. 
Il n'empêche, le scénario n’est pas le point fort de Sans Issue tant il ne sort pas des sentiers battus. C'est dit. Mais il faut néanmoins reconnaître que pour créer de la tension et garder le spectateur éveillé, l'opus n’est pas avare en retournements de situation et révélations en tout genre, quitte à perdre ici ou là en crédibilité. S’il multiplie les soupçons et enchaîne les possibilités afin de prendre de court son public, le film ne parvient pas à dissimuler la pauvreté de son écriture, cherchant décidément à tout prix à cacher ses défauts derrière des twists incessants. Le parti pris est certes louable et permet de se plonger sans problème dans l’intrigue, mais le concept est trop déjà vu pour marquer véritablement. Une situation regrettable quand le début laisse présager un divertissement sortant de l'ordinaire. Pour exemple, la promesse d’un thriller en huis clos est rompue par l’incapacité du récit à se centrer sur un nombre limité de lieux et par quelques scènes en extérieur, qui anéantissent toute tension et stress lié au confinement. Les personnages vont et viennent d’un endroit à un autre, s’agitent dans tous les sens pour provoquer l’angoisse et peuvent agacer les plus sceptiques.

L’autre difficulté du film réside dans ses intentions, car si le synopsis et la place accordée à l’héroïne peuvent s’adresser à un public adolescent, Sans Issue se prend énormément au sérieux. Trop. L'ensemble n’est dès lors pas aussi excessif ou jubilatoire que certaines fictions mettant en scène de jeunes adultes dans des situations terrifiantes (Scream, Souviens-Toi… L’Été Dernier, Destination Finale), l’écriture péchant à l'évidence par son manque de mordant et de sadisme. Tout est ici trop sage pour ne pas heurter la sensibilité du jeune public. De même, la photographie laisse un peu à désirer, la majorité des plans baignant dans une obscurité totale rendant quelques scènes incompréhensibles. Mais le cadre permet tout de même à Sans Issue de conserver une part de mystère et d’angoisse. Le lieu servant de refuge s’avère aussi chaleureux et accueillant que froid et austère tandis que le contraste entre scènes intérieures et extérieures ajoute une tension supplémentaire et accentue l’omniprésence du danger et l’idée selon laquelle tout le monde peut être coupable. Sur ce point, l'opus réussit à maintenir l’attention, l’action étant ponctuée de nombreux rebondissements plus ou moins malins et crédibles pour surprendre et éviter de sombrer dans l’ennui. 
Aussi, le scénario a beau partir d’un postulat honorable mais assez simple, il ne ménage pas son spectateur et les amateurs devraient prendre du plaisir. Le récit étant court, Sans Issue ne perd d'ailleurs pas de temps et va droit au but, tout s’enchaînant sans temps mort et tenant un rythme effréné. Malgré quelques idées un peu bancales et situations déjà vues, le film ne se contente donc pas de faire dans la redite et propose une intrigue fluide parsemée de moments d’effroi et de nouvelles pistes sur les vrais coupables : les trouvailles sont ingénieuses et permettent dès lors à l’ensemble de se démarquer légèrement. La réalisation, plutôt sobre mais inventive, tient pour sa part la route et parvient à apporter quelques frissons. Chaque silence, angle mort ou plan illisible peut faire sursauter dès la scène suivante, sans tomber dans les jump scares fades et gratuits. De plus, l’issue de toute cette machination a de quoi étonner, donnant à Sans Issue une toute autre signification, invitant à un second visionnage, et offrant un certain cachet. Enfin, l’émotion est au rendez-vous, ne serait-ce que par le rôle principal et son parcours initiatique à travers une expérience assez traumatisante.

Avec un personnage au potentiel émotionnel fort, Sans Issue a également la bonne idée d'aborder des sujets pertinents et s’avère intelligent en termes d’écriture et de caractérisation. Darby s’échappe ainsi du lieu où elle a été placée de force pour retrouver une autre sorte d’enfermement, encore une fois sous la contrainte, entourée d’individus louches aux intentions douteuses. Tentant en parallèle de rejoindre ses proches malgré la tempête et les relations tendues qu’elle entretient avec eux, elle doit se prouver à elle-même qu’elle est bien plus forte qu’elle ne le pense. Le film propose ainsi le parcours initiatique poignant et le difficile passage à l’âge adulte d’une héroïne brisée qui doit vaincre ses démons pour enfin être libre et grandir. À cet effet, Havana Rose Liu, qui tient ici pour la première fois le rôle principal d’une fiction, livre une performance louable et enlevée. Si son jeu paraît hésitant, l’actrice réussit en effet à convaincre et sait incarner à la fois la détresse de l’héroïne et sa force lors des confrontations et des moments d’action. Malgré des dialogues souvent convenus, elle sait se démarquer des autres interprètes et se rendre attachante tout au long du récit. 
Le reste du casting a en revanche lui bien du mal à exister, le scénario se centrant essentiellement sur le personnage de Darby. Aussi, le duo formé par Danny Ramirez et David Rysdahl peut faire grincer des dents. L’un est intéressant en jeune homme mystérieux dissimulant certains secrets, l’autre, atteint de troubles psychotiques, est le plus prompt à exploser n'importe quand, ce qui fait de lui le plus imprévisible. Toutefois, les acteurs peinent à sortir leur épingle du jeu et cabotinent parfois à l’extrême, sombrant dans les clichés. Dennis Haysbert, excellent en tant que Président des États-Unis dans 24 Heures Chrono et toujours impeccable ici en ancien militaire, fait de son mieux avec le peu de matière que le script lui accorde. Dans son rôle d’épouse cachant une part sombre, Dale Dickey n’a, elle, l’occasion de briller que lorsque sa véritable personnalité est révélée jusqu’à un final la condamnant à la caricature, et ce en dépit de la sympathie qu’elle finit par dégager. Tout ce petit monde, censé inspirer la méfiance et l’inquiétude, devient dès lors à certains moments épuisant à force de twists sortis de nulle part. Enfin, la petite Mila Harris, qui constitue l’enjeu du film et la quête de Darby, délivre ce qu’il faut et sa complicité avec Havana Rose Liu est appréciable.

Côté bande-son, la musique de Sans Issue est assurée par Marco Beltrami, compositeur américain né le 7 octobre 1966 à Long Island, New York. Ayant suivi des cours grâce au célèbre Jerry Goldsmith, il se fait connaître dans les années 1990 grâce à Scream, Mimic et The Faculty. Il devient alors responsable de la composition sur plusieurs films produits par Dimension Films (The Crow 3 : Salvation, Dracula 2001, Cursed). Mais c’est essentiellement dans le genre horrifique et le fantastique qu’il se fait un nom : Une Virée en Enfer, Resident Evil, Hellboy, 666 La Malédiction, Les Fant4stiques, Logan, Sans Un Bruit, Underwater, Venom : Let There Be Carnage. Il change parfois de registre, notamment en signant la bande-son des westerns Trois Enterrements et 3h10 pour Yuma, qui lui vaut sa première nomination à l’Oscar de la meilleure musique, avec la saga Die Hard (Die Hard 4 : Retour en Enfer, Die Hard : Belle Journée Pour Mourir) ou Le Mans 66. Dans Sans Issue, Marco Beltrami livre une partition simple, convenable, sans fausse note, douce quand il le faut et inquiétante lorsque l’action se manifeste, mais sans jamais sortir du lot. Si elle ne reste pas en mémoire et semble faire partie des meubles, elle accompagne alors suffisamment bien le film pour accentuer la peur et la gravité des situations au fil des minutes.

Initialement prévu pour une sortie au cinéma, Sans Issue est finalement mis en ligne le 25 février 2022 sur la plateforme Hulu aux États-Unis. À l’international, le film atterrit le même jour sur Disney+ en Europe et sur Star+ en Amérique latine. Les critiques ne sont toutefois pas très tendres et lui réservent un accueil plutôt tiède. Les prestations des acteurs sont saluées, notamment celle de Havanna Rose Liu, tout comme la réalisation de Damien Power et la diversité du casting. En revanche, beaucoup pointent du doigt l’écriture des personnages, le manque d’émotion, l’abondance de twists et l’absence de scènes marquantes. À l’arrivée, Sans Issue est considéré comme un « popcorn movie », genre cinématographique désignant un film sans véritable enjeu ni message, à qualité variable, conçu exclusivement pour divertir le public. 

Sans être un thriller marquant et reposant sur des twists efficaces mais par trop nombreux, Sans Issue a le mérite d’offrir un divertissement honnête, au suspense maîtrisé et à l’interprétation globalement convaincante. Pas toujours crédible, il s’oublie aussitôt qu’il est vu, mais réussit au moins sa mission de distraire et égayer le spectateur le temps de son visionnage.

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