Underwater
L'affiche du film
Titre original :
Underwater
Production :
20th Century Fox
Date de sortie USA :
Le 10 janvier 2020
Genre :
Action
Réalisation :
William Eubank
Musique :
Marco Beltrami
Brandon Roberts
Durée :
95 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Après la destruction de leur plateforme sous-marine à des milliers de kilomètres sous l'eau, une équipe de chercheurs tente de remonter à la surface tout en échappant à un prédateur inconnu...

La critique

rédigée par
Publiée le 21 mai 2020

Underwater est un film anecdotique qui échoue à créer une ambiance prenante à cause d'une écriture paresseuse, une réalisation illisible et des personnages caricaturaux. Le spectateur se désintéresse ainsi de l’action et du sort des protagonistes, devant un récit éculé qui tente maladroitement de s’inspirer des écrits d’H.P. Lovecraft.

À la suite du rachat par The Walt Disney Company de 21st Century Fox, le film de William Eubank Underwater, tourné durant l’année 2017, se voit repoussé de plusieurs mois pour une sortie en janvier 2020. Hasard du calendrier, Disney renomme ses studios nouvellement acquis et change le nom du célèbre 20th Century Fox à la même période, faisant d’Underwater le tout dernier film portant la mention Fox, avant L’Appel de la Forêt, premier long-métrage arborant l’étiquette 20th Century Studios. Mais si le nom de « Fox » restera encore longtemps gravé dans les mémoires, il n’en est rien d’Underwater qui affiche ce constat bien triste du « vite vu, aussitôt oublié ». Il y avait décidément matière à faire bien mieux avec ce projet qui propose un film de survival dans un lieu rarement vu au cinéma : les profondeurs sombres des mers...

Une station de forage à des milliers de kilomètres au fond de l’océan, un équipage et une menace invisible qui rode. Un cocktail qui fait évidemment penser à Alien, le Huitième Passager, ou Un Cri dans l'Océan ; une ressemblance dont Underwater ne cherche pas à se défaire. Le fond marin prend la place de l’espace infini et la recette est la même mais sans le talent de Ridley Scott pour créer une tension et mettre en scène son monstre. Car Underwater souffre dès le début d’une réalisation plate, qui ne sait jamais faire monter la pression. Lorsque les personnages évoluent hors de la station, dans l’obscurité des profondeurs, le tout devient tout bonnement illisible. Le long-métrage est ridiculement sombre, à tel point que le spectateur ne distingue plus rien de rien, ne sait plus où se trouve tel personnage, ni où même le situer et cherche pendant de longues minutes à discerner quelque chose. Si l'opus est à la limite du regardable sur grand écran dans une salle plongée dans le noir, il ne passera assurément pas l’épreuve de la diffusion sur plus petit écran où les détails seront encore plus noyés dans cette sombre photographie. Et il n'est même pas là question d'un choix volontaire du réalisateur ou du directeur de la photographie, dans le but de faire ressentir ce que les personnages éprouvent dans ce noir lugubre qui cache la ou les menaces... Car la réalisation ne fait rien pour se servir de cette obscurité, et la tension se retrouve réduite à néant.

Mais au-delà de cette considération, Underwater est avant tout un film mal écrit, qui se repose sur des archétypes vus et revus des dizaines de fois dans les opus du genre : l’héroine principale confiante mais qui cache une blessure profonde, le capitaine vaillant prompt au sacrifice, l’ingénieur comique ou encore la nouvelle venue mal dans sa peau. Que des types de personnages qui n’évoluent jamais et qui sont bien trop sur-définis pour intéresser le spectateur. Ce dernier s’amusera simplement à parier sur laquelle de ces coquilles vides disparaîtra la première, dans des scènes de mise à mort qui n’ont absolument rien d’originales non plus, souvent en deux temps, où le film veut faire croire que tel personnage s'en sort avant qu'il ne se fasse inévitablement terrasser. Le récit est d’une prévisibilité navrante, à coup de jump scare attendu ou autre mécanisme construit artificiellement pour faire passer le public d’un état émotionnel à un autre. Mais voilà, ce que les scénaristes ne comprennent pas, c’est que toutes ces ficelles se remarquent facilement et viennent créer l’effet inverse à celui espéré : l’agacement et le désintérêt devant une écriture flemmarde, tout droit sortie d’un cahier des charges usé jusqu’à la moelle et dont il faudrait se débarrasser une bonne fois pour toutes !

Plusieurs visages familiers apparaissent dans Underwater. Bien peu aidés par le script et la construction du récit, ils tentent, autant bien que mal (et plutôt mal), de rendre leurs personnages attachants. La tête d’affiche est incarnée par Kristen Stewart (la saga Twilight), qui joue une Sigourney – Ripley – Weaver du pauvre ! Dotée d’un passif qui cache une blessure enfouie, elle reste somme toute assez insipide, malgré son capital sympathie intact. Il en est de même pour le Français Vincent Cassel (Black Swan), interprète du capitaine de la station, charismatique et qui tient bien son rôle. Le reste de la distribution est quant à lui beaucoup trop anecdotique pour interesser et reste basé sur les archétypes définis. T.J. Miller (Deadpool) est ainsi le comique de service, alors que Jessica Henwick (Iron Fist) est la jeune recrue naïve pleine d’espoir. Mais la galerie des personnages ne serait pas complète sans la menace qui rôde au fin fond de l’océan. Et pour le coup, Underwater arrive à surprendre...

Tout amateur lovecraftien saura, à la lecture du synopsis, qu’Underwater semble s’approprier les écrits de l’écrivain horrifique, qui fait de nombreuses fois allusion à l’existence de créatures aux proportions démesurées qui sommeillent au fond des océans. La plus célèbre d’entre-elles, ambassadrice de toute l’œuvre lovecraftienne, voire même d’une certaine culture épouvante, se nomme Cthulhu, divinité ancestrale à la tête de pieuvre et aux ailes gigantesques, qui ferait passer le célèbre Kraken pour un poulpe inoffensif. Ce même amateur d’H.P. Lovecraft peut donc espérer voir dans les monstres qui menacent cette plateforme sous-marine une adaptation ou une réécriture du mythe de Cthulhu. Cette idée ambitieuse trouve alors dans Underwater une réponse satisfaisante, mais peu développée, et peut constituer le seul véritable attrait du long-métrage. Exit néanmoins la folie qui vient toucher les humains témoins de créatures innommables. Underwater n'est « qu’un » film de monstres qui évacue toute tension psychologique ou questionnement intérieur. Seule la survie compte. Dans les mains d'un auteur talentueux, cela donne un film exutoire au fait de son postulat et qui l'utilise pour servir son propos. Avec William Eubank, il n'y a hélas rien de tout cela et simplement une accumulation de péripéties laborieuses.

Underwater essaye par moments de faire monter la pression avec l’utilisation du son. Si la musique de Marco Beltrami (Le Mans 66, Logan) et Brandon Roberts ne reste pas en tête au-delà du visionnage, les quelques fois où le film utilise les bruits marins comme outil de stress fonctionnent plutôt bien. Dans de telles profondeurs, chaque son crée en effet un écho angoissant, qui résonne sur les parois à n’en plus finir et brouille totalement les sens des personnages. Le silence aussi a sa place et complète l’obscurité de l’eau. Aveugles et sourds, les scientifiques et techniciens ne peuvent ainsi plus compter que sur leur instinct, rendant la survie autrement plus difficile face à la menace cachée. Mais c'est à rappeler, malgré la belle promesse et le postulat intriguant, la réalisation ne sert en rien tous ces éléments et laisse Underwater superficiel au possible.

S’il y a bien un aspect réussi à retenir dans Underwater, c’est le soin manifeste apporté aux combinaisons que portent les explorateurs lorsqu’ils sont dans l’eau. Les disproportions sont particulièrement impressionnantes, et le fait que les comédiens se soient véritablement glissés à l’intérieur contribue à la crédibilité à l’ensemble. Conçues par la société Legacy Effects, elles ajoutent un coté organique au mouvement dans l’eau (et parfois hors de l’eau), qui caractérise bien le fait que les personnages sont à des milliers de kilomètres en profondeur et nécessitent donc d’être complètement protégés physiquement de la pression. Car ces combinaisons devaient effectivement, lors du tournage, être opérationnelles même immergées. Une belle création et direction artistique à ce niveau là donc, tout comme les décors de la station, composés de plusieurs couloirs sans fins gris et blancs, véritable dédale dont cherchent à s'extirper les protagonistes.

Après sa sortie sur le sol américain et à l'international, Underwater n'enchante pas vraiment les critiques tandis que le public ne répond pas présent. Avec un budget estimé entre 40 et 60 millions de dollars, le film de William Eubank n'en rapporte ainsi pas plus de 40 millions au box office mondial, signant dès lors un échec cuisant.

Il faut dire qu'Underwater ne brille pas par son originalité et manque d’implication pour convaincre. Derrière quelques idées et un hommage à un écrivain phare de l’horreur qui auraient pu séduire, ne se cache en réalité qu’un film insipide, vu et revu.

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