Minority Report
L'affiche du film
Titre original :
Minority Report
Production :
20th Century Fox
DreamWorks Pictures
Amblin Entertainment
Cruise/Wagner Productions
Blue Tulip Productions
Date de sortie USA :
Le 21 juin 2002
Genre :
Science-fiction
Réalisation :
Steven Spielberg
Musique :
John Williams
Durée :
145 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

En 2054, la ville de Washington n'a plus enregistré de crimes depuis quelques années. Grâce aux visions du futur fournies par trois êtres extra-lucides, une brigade spéciale appelée “Precrime” arrête les criminels avant qu'ils ne passent à l'acte. Mais un jour, le chef de l'unité, John Anderton, se retrouve accusé de meurtre par anticipation. Dans quelques heures, il tuera un inconnu, pour une raison qu'il ignore encore. Traqué par ses collègues, l'agent prend la fuite...

La critique

rédigée par
Publiée le 26 mars 2019

Le futur a toujours été source d'inspiration pour la littérature et le cinéma, donnant naissance à nombre de fictions décrivant un univers alternatif, parfait ou désespéré. De même, les avancées technologiques ont provoqué un changement drastique des modes de vie, que ce soit en matière de communication, d'information, de médecine ou de divertissement. Minority Report s'inscrit dans cette idée d'un avenir dicté et contrôlé par la haute technologie, où le libre arbitre n'existe plus et la paranoïa est omniprésente. Première collaboration entre Steven Spielberg et l'acteur Tom Cruise, le film est un thriller d'anticipation réussi et étonnant.

Minority Report est donc adapté d'une nouvelle, intitulée Rapport Minoritaire, écrite par Philip K. Dick.
Né à Chicago en 1928, l'auteur grandit dans la pauvreté aux côtés de ses parents. Le divorce de ces derniers alors qu'il n'a que quatre ans aura un effet considérable sur sa santé mentale, au point qu'il est diagnostiqué schizophrène. Il réussit à s'affranchir de cette instabilité grâce à sa passion pour la musique, la littérature et la science-fiction. Après des études de philosophie, il se lance dans l'écriture au début des années 1950. Si ses premières nouvelles (Petit Déjeuner au Crépuscule, The Gun, M. Spaceship) sont, pour la plupart, des échecs, il publie son premier roman en 1955, Loterie Solaire. Le succès n'interviendra qu'en 1962 lors de la publication du (Le) Maître du Haut Château, qui propulse Philip K. Dick au rang d'auteur connu et reconnu. Suivront d'autres romans, tout aussi acclamés par le public : Les Clans de la Lune Alphane (1963), Nous les Martiens (1964), Simulacres (1964), Le Dieu Venu du Centaure (1965), Ubik (1969), Deus Irae (1976). Prenant pour thèmes la manipulation de la réalité et l'obsession sécuritaire, ses récits sont généralement influencés par une paranoïa constante, nourrie par sa santé fragile et sa consommation importante de drogues.

Malgré la reconnaissance de son travail, l'auteur connaît une vie privée des plus chaotiques et enchaîne les séjours en hôpital psychiatrique ou en centre de désintoxication. Souffrant d'hallucinations dues à son usage de psychotropes, il décède d'une défaillance cardiaque en 1982. Après sa mort, plusieurs de ses écrits seront adaptés au cinéma ou à la télévision : Blade Runner (1983), d'après Les Androïdes Rêvent-ils de Moutons Électriques ? ; Total Recall (1990), d'après la nouvelle Souvenirs à Vendre ; The Truman Show (1998), d'après le roman Le Temps Désarticulé ; Passengers (2016), d'après la nouvelle Le Voyage Gelé ; les séries The Man in the High Castle (2015-2019) ou encore Philip K. Dick's Electric Dreams (2017).
L'adaptation au cinéma de Rapport Minoritaire remonte à 1992, à l'initiative du réalisateur et producteur Gary Goldman (Anastasia, Charlie, Poucelina). Le film est alors envisagé comme une suite à Total Recall de Paul Verhoeven. Dans sa version originale, son récit devait se dérouler sur la planète Mars, tandis que le personnage principal, John Anderton, prendrait la place de Douglas Quaid, héros de Total Recall. Le projet est hélas annulé et le scénario réécrit dans son intégralité, sans faire référence au film de Verhoeven, avant d'être tout simplement abandonné. En 1997, le romancier John Cohen est engagé à la rédaction du script, Jan de Bont (Speed, Twister, Lara Croft : Tomb Raider, le Berceau de la Vie) étant, lui, initialement choisi pour réaliser le film.

Pendant que le scénario tarde à prendre forme, la rumeur d'une nouvelle adaptation de Philip K. Dick tombe aux oreilles d'un certain Tom Cruise.
Né le 3 juillet 1962 à Syracuse, dans l'État de New York, Tom Cruise se destine à devenir prêtre, puis sportif professionnel, avant de s'orienter dans l'art dramatique. Découvert au théâtre, il débute au cinéma dans Un Amour Infini (1981), puis dans des seconds rôles (Taps, Outsiders). C'est grâce à son rôle de Pete “Maverick” Mitchell dans Top Gun (1986) qu'il accède à la notoriété. Par la suite, il enchaîne les films à succès (Cocktail, Entretien avec un Vampire, La Guerre des Mondes) et d'autres plus ambitieux (La Couleur de l'Argent, Vanilla Sky, Eyes Wide Shut). Depuis 1996, il endosse notamment le rôle d'Ethan Hunt dans la saga Mission : Impossible, dont il est également producteur.
C'est au cours du tournage d'Eyes Wide Shut (1999) que l'acteur entend parler d'un film basé sur la nouvelle Rapport Minoritaire. Séduit par l'histoire, Tom Cruise fait part de son envie d'intégrer le casting à Gary Goldman. L'acteur obtient le rôle principal et propose d'engager Steven Spielberg, qu'il avait rencontré en 1983 dans Risky Business, derrière la caméra. Les deux hommes envisageaient depuis longtemps de travailler ensemble et étaient à la recherche d'un projet commun. Avant Minority Report, Spielberg devait, en effet, diriger Tom Cruise dans Rain Man (1988), mais avait dû passer la main pour s'atteler à la réalisation d'Indiana Jones et la Dernière Croisade (1989). L'acteur fait ainsi parvenir le scénario à Spielberg, qui se montre tout de suite intéressé et héritera du poste de réalisateur.

Devenu l'une des figures les plus influentes du cinéma, Steven Spielberg, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati, Ohio, tombe très vite amoureux du septième art. Ayant réalisé quelques petits films, il abandonne ses études pour se consacrer à ses rêves de grand écran. Il fait ses débuts à la télévision (Duel, Night Gallery), avant de sortir son premier long-métrage, The Sugarland Express (1974). Suivront ainsi quantités de films qui confirmeront son statut de maître du divertissement : Les Dents de la Mer (1975), Rencontres du Troisième Type (1977), la saga Indiana Jones, E.T., L'Extra-Terrestre (1982), La Couleur Pourpre (1985), Jurassic Park (1993), Arrête-Moi si tu Peux (2002), Ready Player One (2018). Pour Disney, Spielberg sera aux commandes de Cheval de Guerre (2011), Lincoln (2012), Le Pont des Espions (2015), Le BGG - Le Bon Gros Géant (2016) et Pentagon Papers (2017).
Contrairement à ses précédentes productions, Spielberg n'est pas impliqué dans l'écriture du scénario. Malgré cela, le réalisateur voit en Minority Report l'occasion de revenir à l'univers du blockbuster, après quelques films historiques (La Liste de Schindler, Amistad, Il Faut Sauver le Soldat Ryan). Le métrage sera en outre un partenariat entre plusieurs sociétés : DreamWorks et Amblin Entertainment, propriétés de Spielberg, 20th Century Fox, Cruise/Wagner Productions, détenue par Tom Cruise, et Blue Tulip Productions, compagnie de Jan De Bont. Le tournage du film est pourtant décalé de deux ans, Cruise étant indisponible pour les besoins de Mission : Impossible 2 (2000), tandis que Spielberg est appelé pour reprendre la réalisation d'A.I. Intelligence Artificielle (2001), après le décès de son metteur en scène, Stanley Kubrick.

Pour la distribution des rôles, les acteurs pressentis sont Matt Damon (Will Hunting, les sagas Ocean's et Jason Bourne), Meryl Streep (Le Diable S'Habille en Prada, Pentagon Papers, Into The Woods : Promenons-nous Dans les Bois), Ian McKellen (La Belle et la Bête, X-Men, Le Seigneur des Anneaux), Cate Blanchett (Le Seigneur des Anneaux, Thor : Ragnarok, Cendrillon) et Jenna Elfman (Drôles de Papous, les séries Dharma et Greg et Fear The Walking Dead). Hélas, tous finissent par quitter le projet ; Meryl Streep décline simplement la proposition, Matt Damon est déjà pris sur le tournage d'Ocean's Eleven, les autres sont tour à tour remerciés à cause des multiples retards de production.
Le casting prend enfin forme début 2001, quelques semaines avant le début des prises de vues. Outre Tom Cruise au premier rôle, Minority Report peut compter sur le talent de Max Von Sydow (L'Exorciste, Shutter Island, Les Trois Jours du Condor), qui incarne Lamar Burgess, directeur de la cellule-anti criminelle. Colin Farrell (Daredevil, Phone Game, Fright Night, Dans L'Ombre de Mary - La Promesse de Walt Disney, Dumbo) est Danny Witwer, employé du ministère de la Justice. Samantha Morton (Accords et Désaccords, In America, John Carter) interprète Agatha, une Precog, être extra-lucide au service de Precrime. Enfin, Neal McDonough (Captain America : First Avenger, les séries Desperate Housewives, Arrow, Legends Of Tomorrow) campe Gordon “Fletch” Fletcher, officier de Precrime et collègue de John Anderton.

Mêlant polar futuriste, action et science-fiction, Minority Report possède tous les ingrédients d'un film à grand spectacle. Entre intrigue complexe, rebondissements, courses-poursuites, déluge d'effets spéciaux, l'opus n'en demeure pas moins une oeuvre intelligente et expérimentale, en avance sur son temps. En livrant une approche pessimiste et angoissante du futur, il décrit une société méfiante, constamment sous surveillance. Si la représentation de l'avenir est proche de l'époque contemporaine - la haute société a droit à plusieurs avantages alors que les classes moyennes sont souvent laissées pour compte - la sécurité est devenue une obsession. Tous les citoyens sont contrôlés, jusqu'aux moindres faits et gestes, au point qu'une nouvelle forme de police a vu le jour.
Depuis la découverte de trois mutants pré-cognitifs, appelés Precogs, capables de voir l'avenir, la ville de Washington n'a plus connu de crimes. Ces êtres transmettent leurs visions à la brigade Precrime, menée par John Anderton, qui procèdent à l'arrestation des responsables avant qu'ils ne commettent l'irréparable. Un processus jugé “infaillible” tant la criminalité a fortement baissé et les quartiers sont devenus sûrs. Hélas, tout bascule pour Anderton, lorsque les Precogs révèlent une vision dont il est le coupable. Censé tuer un homme qu'il ne connaît pas, il choisit de prendre la fuite. Cherchant à tout prix à comprendre qui l'a piégé et prouver son innocence, il n'hésitera pas à enfreindre toutes les lois qu'il faisait respecter, allant jusqu'à prendre en otage un des Precogs afin d'en savoir plus.

Mettant en scène un personnage en quête de vérité, Minority Report dresse un portrait inquiétant, celui d'un monde sans criminels certes, mais vivant sous une dictature dans laquelle tout est épié. Les Precogs savent tout, voient tout et ne se trompent jamais. Ces mutants sont autant utiles qu'ils représentent une menace, les images et analyses qu'ils fournissent étant difficiles à interpréter. Le spectateur est ainsi plongé dans une société sans libre-arbitre, puisque chaque citoyen est un potentiel criminel même s'il n'a encore rien fait. Les “coupables” ne sont même pas entendus, mais cryogénisés grâce à des casques qui les plongent dans un sommeil profond, alors qu’en l’espèce, aucun crime n’a été commis. Une forme de justice expéditive puisque les prisons n’existent plus : il suffit d'ailleurs que le casque soit retiré pour qu’ils réintègrent la société comme si de rien n’était.
Le futur est-il écrit d'avance ? Est-il possible d'échapper à son destin ? Des questions parsèment le film et méritent amplement la réflexion, notamment sur l’identité ; le doute de l’individu sur ses intentions et sa nature profonde. Convaincu qu’il ne tuerait jamais personne, le personnage principal choisit ainsi de se révolter et de prouver que le système est défaillant. Pourtant, dès le départ, John Anderton a tout de l’anti-héros. Dépressif, pragmatique, paranoïaque et magnifié par Tom Cruise, il n’a plus confiance en personne et s’est complètement isolé depuis l’enlèvement de son fils. Une disparition qui a détruit sa relation avec sa femme Lara (Kathryn Morris, Cold Case : Affaires Classées) et changé sa vision du monde qui l’entoure. Désormais, tout ce qui présente un danger à ses yeux doit être mis à l’écart et Precrime est pour lui le seul moyen de s’en convaincre.

Néanmoins, lorsque son innocence future est menacée, John refuse de croire que son intégrité est remise en question. Fuyant les autorités et contraint de transgresser les lois, c’est un véritable chemin de croix qu’il devra accomplir avant de retrouver son humanité et surtout sa liberté. Le héros gagne alors en sympathie, tandis que les personnages lancés à sa poursuite sont dévorés par l’ambition, l’appât du gain et la fourberie. John est alors le seul à s’élever contre une société froide et austère où les sentiments positifs sont quasiment absents, l’amour et la solidarité ayant laissé place au doute et la suspicion. Minority Report revient sur cette obsession de toujours s’interroger sur les systèmes préétablis, une thématique pertinente qui sied habilement au film et rappelle qu’il ne faut rien prendre pour acquis.

Au-delà du doute sur sa propre nature, c’est également dans son atmosphère emplie de méfiance que Minority Report trouve sa force. Peu abordée par Philip K. Dick, la notion de paranoïa est ici opposée à celle de sécurité. Disposant d’informations de la part des Precogs, les membres de Precrime arrêtent le futur criminel avant même qu’une tentative ait eu lieu, en témoigne la première intervention, où la brigade empêche la commission d’un crime passionnel. Tant qu’aucune vision ne le désigne coupable, un citoyen peut circuler librement et jouir de ses droits, mais reste un criminel potentiel. En voulant établir un climat de paix et de sécurité, Precrime instaure en contrepartie une paranoïa continuelle, tout homme ou femme pouvant du jour au lendemain enfreindre les règles. Une confrontation qui se situe dans la continuité de la nouvelle de K. Dick et tire le film vers le haut, soulevant un point qui n’était pas autant abordé par l’auteur.
Le long-métrage peut alors compter sur des acteurs convaincants et entièrement investis dans leurs rôles respectifs. Tom Cruise incarne un John Anderton torturé, fermé et peu amical, auquel le spectateur ne s’identifie pas tout de suite, mais qu’il apprécie au fil de l’intrigue. La prestation de l’acteur principal est honnête et convient tout à fait au rôle. Ayant refusé d’être doublé pour les scènes dangereuses, il met également tout son talent au service de séquences très prenantes. Les personnages gravitant autour de lui assurent également le spectacle ; Max Von Sydow (Lamar Burgess), tour à tour fiable et énigmatique, Colin Farrell et Neal McDonough (Danny Witwer/Gordon Fletcher), menaçants et antipathiques. Samantha Morton (Agatha), quant à elle, sort clairement du lot. D’abord perdue et vulnérable, elle devient de plus en plus forte et déterminée, constituant la meilleure évolution du film.

Pour donner plus de réalisme à Minority Report, Steven Spielberg fait appel à des spécialistes en recherche médicale, biologie, architecture, informatique et urbanisme, ainsi que des inventeurs et écrivains, dont Douglas Couplan, auteur du roman Génération X. Ces derniers ont ainsi imaginé à quoi pourrait bien ressembler Washington au milieu du XXIème siècle, notamment en termes de technologie. Un futur qui fait froid dans le dos, mais pas si étranger car il montre un environnement crédible, dans la continuité de l’époque actuelle. En 2054, la ville dispose de nombreux détecteurs et scanners permettant d’identifier les citoyens : les habitations sont domotiques, les écrans tactiles sont partout même au sein de la brigade, les voitures sont totalement autonomes... Le film entraîne le public dans un avenir entièrement connecté, imaginaire certes, mais qui pourrait se produire s’il ne fait pas un usage raisonnable de la technologie.
Il ne s’agit pas seulement d’une dictature qui épie les citoyens, mais d’une société de consommation à l’extrême où l’anonymat a disparu. La scène d’entrée de John Anderton dans un magasin de vêtements le montre fortement. L’entreprise reconnaît tout de suite le client par ses goûts, ses derniers achats, afin de personnaliser ses services et augmenter son chiffre d’affaires en maximisant ses ventes. L’utilisation de petites araignées mécaniques appelées “spyders” servant à identifier les citoyens de manière biométrique confirment également le sentiment de paranoïa et d’espionnage permanent. Décrivant un univers familier, Minority Report se veut avant-gardiste sur les dérives de l’innovation technologique et prédit quelques prouesses apparues les années suivantes tels l’avènement des écrans tactiles, les “cookies” ou publicité intelligente, les transports autonomes.

Car la force de Minority Report repose également sur ses effets spéciaux. Développés par le studio Industrial Light & Magic, qui était déjà intervenu sur plusieurs films du réalisateur, ils parsèment l'opus et lui donnent un certain cachet. Composés généralement d’images de synthèses, ils réussissent l’exploit de faire croire à un futur alternatif crédible. Le spectateur en prend alors plein la vue et se laisse tout de suite emporter. Steven Spielberg s’amuse d'ailleurs avec les nouvelles technologies à l'exemple de la scène dans laquelle Tom Cruise se déplace sur l’autoroute ou les locaux de Precrime, les seuls éléments physiques étant les acteurs. Reste à regretter une profusion de moyens qui noie quasiment les personnages et empêche quelquefois leurs interprètes de se démarquer. De plus, l’excès d’images de synthèse fatigue souvent les yeux si bien que spectateur se retrouve assommé d’effets involontairement grossiers et désagréables.
Mais le film ne s’arrête pas à la technologie et ses dangers, il sait se montrer touchant et poignant. L’émotion fait régulièrement son apparition, notamment quand le scénario traite de la souffrance liée à la perte d’un être cher. Une douleur qui se retrouve chez Anderton et son ex-femme, mais pourrait donner lieu à une réconciliation. À ce sujet, la séquence la plus marquante est sans doute celle où, avec l’aide d’Agatha, John assiste à une version de ce qu’aurait été sa vie s’il avait su faire son deuil. Tout le mystère autour des origines d’Agatha, et accessoirement de ses “collègues” extra-lucides, rejoignent cette idée. Utilisée comme cobaye et ignorant tout de ses origines, Agatha cherche à connaître son passé et se laisse guider par Anderton. Son enlèvement par ce dernier ne peut que lui être bénéfique, la jeune femme profitant de sa liberté retrouvée pour trouver les réponses à ses questions. Traitant à la fois du deuil et de la reconstruction, Minority Report invite alors à réfléchir sur l’importance des souvenirs, tant ceux-ci composent une vie et sont indissociables de l’individu.

En plus d’une intrigue complexe et riche en effets visuels impressionnants, Minority Report est ponctué de grandes scènes d’action et de séquences chocs. L’introduction met automatiquement le spectateur dans l’ambiance, tout comme la course poursuite entre Anderton et l’équipe de Precrime, puis plus tard au sein de l’usine automobile. L’enlèvement d’Agatha et la fuite qui en suit font également partie des meilleurs moments du film. Il en va de même pour les scènes plus calmes, mais toujours sous-tension : l’opération des yeux d’Anderton, l’invasion d’un immeuble par les “spiders”. Outre leur côté spectaculaire, chacune apporte son lot de rebondissements, ainsi qu’un humour complètement loufoque mais volontaire, l'œuvre voulant plaire au plus grand nombre.
Cela ne gâche pas pour autant l’aspect sombre de l'histoire et pour cela, Steven Spielberg sait comment s’y prendre. En présentant un héros complexe et un univers anxiogène, le réalisateur ajoute, en effet, à Minority Report un ton survolté. Il s’amuse avec la caméra, alternant les séquences choc dans des décors réussis et impressionnants, et le spectateur se retrouve rapidement plongé dans l’univers voulu par le réalisateur. Spielberg exploite le thème de la paranoïa et parvient à installer un environnement contraire à la sécurité dont le système Precrime se prétend garant. Le résultat fait alors penser au film noir, ainsi qu’à d’autres classiques du cinéma, auxquels Minority Report adresse quelques clins d’oeil sympathiques : Mission : Impossible de Brian De Palma, Le Crime Était Presque Parfait d’Alfred Hitchcock, Blade Runner de Ridley Scott.

Outre ses quelques références au cinéma contemporain, c’est surtout à Stanley Kubrick que le film rend hommage. Grand ami de Spielberg, Kubrick meurt en fait en 1999, alors qu’il travaillait sur l’adaptation d’une nouvelle de Brian Aldiss, Les Supertoys Durent Tout l’Été. Le projet, baptisé A.I. Intelligence Artificielle, sera d'ailleurs repris par Spielberg... Sorti un an après, Minority Report compte ainsi un grand nombre de références, visuelles notamment, à la cinématographie de Kubrick. Certaines sont assez minimes, tandis que d’autres parleront aux cinéphiles, comme les écarteurs de paupières lors de l’opération des yeux, semblables à ceux d’Orange Mécanique. Citant plusieurs oeuvres, Steven Spielberg ne se limite toutefois pas à une accumulation de clins d’oeil mais livre bien un film personnel. Quelques petites faiblesses sont tout de même à déplorer. Malgré des intentions nobles, Minority Report est par trop linéaire. Steven Spielberg ne laisse effectivement pas de liberté d’interprétation, les situations s’enchaînent sans que le spectateur ne puisse se faire sa propre idée des événements, donnant la désagréable impression de suivre un cahier des charges. Sans leur porter préjudice, la profusion de moyens a tendance à noyer le film et le public se laisse plus séduire par les effets spéciaux, au point d’oublier à certains moments les personnages. Avec une durée de presque deux heures et trente minutes, le métrage souffre également de longueurs et comme l’aspect sombre de l’intrigue laisse entendre une issue plutôt noire, la fin heureuse apparaît vite artificielle. Il s’agit là des rares défauts de l'opus qui, même en restant tout public, combine suffisamment action, humour, angoisse et enquête futuriste.

Un film de Steven Spielberg ne serait pas non plus ce qu’il est sans une belle bande originale et c’est à John Williams que le réalisateur fait appel.
Né à New York le 8 février 1932, le musicien baigne très tôt dans le monde de la musique. Passionné de piano et de jazz, il fonde son premier groupe à l’adolescence. Après des études à la Juilliard School of Music de New York, il joue comme pianiste dans des clubs et des studios d’enregistrement. Au début des années 1960, il intègre le cercle des compositeurs d’Hollywood. Il écrit ainsi les musiques de Perdus dans L’Espace, Au Pays des Géants et Comment Voler un Million de Dollars. C’est sa rencontre avec Spielberg, qui l’engage pour composer la musique des (Les) Dents de la Mer qui marquera sa carrière. Depuis, son nom est associée aux bandes originales de grands films dont E.T., l’Extra-Terrestre, Superman, La Liste de Schindler, les sagas Star Wars et Indiana Jones, Jurassic Park ou encore Harry Potter. La musique de Minority Report participe donc à sa réussite complète. Contrairement aux précédents travaux de Williams, la composition de la bande originale, avec ses cuivres et ses cordes lourdes, est nettement plus sensible et émouvante. Elle oscille, en effet, entre l’action et la tristesse, mais aussi la romance et l’amour. Plus précisément, il est question de famille et d’amour paternel. Les mélodies sont alors lentes et tristes, puis au fil du métrage, à coups de synthétiseurs et de notes montantes, la bande son devient mystérieuse et souligne les dangers présents ou imminents. Les notes soutiennent chaque scène, qu’elle soit intense ou simplement dans l’émotion, et incitent le public à prendre part à ce qui passe sous ses yeux. John Williams met ainsi tout son talent à l’épreuve pour offrir un véritable voyage musical.

Suite aux résultats décevants d’A.I. Intelligence Artificielle un an plus tôt, les producteurs, en particulier 20th Century Fox, font le choix de vendre Minority Report comme “ le nouveau thriller d’action avec Tom Cruise”, plutôt que “le nouveau chef-d’oeuvre de Steven Spielberg”. Et la stratégie fonctionne. Minority Report sort ainsi sur grand écran le 21 juin 2002 aux États-Unis, deux jours après une première projection au Ziegfeld Theatre de Manhattan, et connaît un succès phénoménal. Avec presque 36 millions de dollars lors de son premier week-end d’exploitation, il en rapporte 142 millions sur le territoire américain et 358 millions au box-office mondial. Le film est également premier de nombreuses semaines en Allemagne et au Royaume-Uni, ainsi qu’en France, où il est projeté dans 700 cinémas ; il récolte 5 millions de dollars en un week-end, en Italie et en Belgique. Une jolie réussite pour un long-métrage à la genèse compliquée, en grande partie due aux indisponibilités et retards multiples subis par la production.
À sa sortie, Minority Report est globalement apprécié par les critiques et le public et figure dans la liste des meilleurs films de l’année 2002. La très grande partie des journalistes et spécialistes du cinéma est conquise et le considère comme “le film le plus excitant de la carrière de Steven Spielberg”, saluant au passage les prestations des acteurs principaux, les scènes d’action “immersives et réalistes” ainsi que les effets visuels “bluffants et travaillés”. De plus, le message pointant du doigt les dangers et l’ingérence de la technologie dans la vie quotidienne reste dans les mémoires et fait partie des points positifs du film. Les rares avis négatifs pointent toutefois, à tort, la complexité de l’intrigue, les trucages omniprésents et la tendance des scénaristes - et du réalisateur - à diaboliser les avancées scientifiques et technologiques.

Outre sa réussite critique et commerciale, le film remporte les prix de Meilleur Film de Science-Fiction, Meilleure Réalisation (Steven Spielberg), Meilleur Scénario (Scott Frank et Jon Cohen) et Meilleure Actrice dans un second rôle (Samantha Morton) à la cérémonie des Saturn Awards. Parmi ses autres récompenses, sont à noter le Prix du Meilleur Film par l’organisation américaine Broadcoast Music Incorporated, celui de la Meilleure Actrice dans un second rôle par l’association de critiques de cinéma Online Film Critics Society et enfin, ceux de Meilleur Acteur (Tom Cruise), Meilleur Réalisateur (Steven Spielberg) et Meilleure Actrice Britannique (Samantha Morton) par le magazine Empire. Par ailleurs, son succès donne vite lieu à plusieurs adaptations et dérivés. La première en jeu vidéo d’action sous le titre Minority Report : Everybody Runs, reprenant la phrase présente sur les affiches américaines. Sorti en automne 2002, l'opus est disponible sur Playstation 2, GameCube, XBox et Game Boy Advance. La série télévisée Person Of Interest, diffusée sur la chaîne américaine CBS de 2011 à 2016 et créée par J.J. Abrams (Star Wars : Le Réveil de la Force) reprenait sensiblement le même concept, à savoir des agents du FBI traquant de futurs criminels désignés par une machine. Enfin, une série télévisée intitulée Minority Report se voit diffusée entre septembre et décembre 2015 sur la chaîne FOX. Faisant suite au film, elle mettait en scène les Precogs revenus à la vie civile et assistant le FBI dans la résolution de crimes.

Spectaculaire par ses effets spéciaux et sa trame avant-gardiste, chef-d’œuvre d’action et de science-fiction, Minority Report est un film remarquable et visionnaire. Sombre, rythmé et bien réalisé, il respecte habilement l’oeuvre dont il s’inspire et livre une critique juste du système pénal américain.

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