Rasta Rockett

Rasta Rockett
L'affiche du film
Titre original :
Cool Runnings
Production :
Walt Disney Pictures
Date de sortie USA :
Le 1er octobre 1993
Genre :
Sport
Réalisation :
Jon Turteltaub
Musique :
Hans Zimmer
Durée :
105 minutes
Disponibilité(s) en France :
Autre(s) disponibilité(s) aux États-Unis :

Le synopsis

En Jamaïque, en 1987, Derice Bannock vise une sélection en qualité de sprinter aux Jeux olympiques de Séoul de 1988. Mais voilà, au cours des éliminatoires du 100 mètres, les deux favoris, Derice et Yul Brenner, chutent par la faute d'un autre concurrent, Junior Bevil. Déçu d'avoir ainsi raté sa sélection, Derice décide de relever un nouveau défi : participer aux JO d'hiver de Calgary dans la catégorie... bobsleigh ! Il demande alors à son meilleur ami, Sanka Coffie, de l'aider à mener ce pari un peu fou...

La critique

rédigée par
Publiée le 28 février 2021

Inspirée d'une histoire vraie, Rasta Rockett est une comédie au succès instantané et devenue au fil des ans un film culte des studios Disney des années 1990. À la fois drôle et émouvant, porté par des personnages ultra-attachants, il est à la fois une ode à la persévérance mais aussi au droit à une deuxième chance. Passant du chaud au froid, du rire aux larmes, les spectateurs sont certains de vivre un excellent moment.

Rasta Rockett adapte de façon assez libre le destin de la première équipe de bobsleigh de la Jamaïque. Durant les Jeux olympiques d'hiver à Calgary en février 1988, la compétition voit en effet la première participation aux jeux d'hiver de cet État insulaire des Caraïbes, plutôt habitué aux jeux d'été. Cette idée improbable vient en réalité de George B. Fitch et William Malloney, deux hommes d'affaire américains travaillant alors sur place qui font le rapprochement entre le bobsleigh et le Push Car local, une sorte d'engin caréné monté sur quatre roues et dévalant les pentes de la capitale Kingston. Après la validation des autorités sportives du pays, les deux hommes se mettent ainsi à la recherche d'athlètes, mais la tâche s'avère difficile et ils se rabattent finalement sur des membres de la force de défense jamaïcaine. Leur choix s'arrête alors sur le capitaine Dudley Stokes, pilote d'hélicoptères, Devon Harris, lieutenant et sprinteur, Michael White, meilleur sprinteur du pays, ainsi que Samuel Clayton, ingénieur dans les chemins de fer. Après un entrainement chaotique sur leur île puis à l'étranger, Samuel Clayton cède sa place à Caswell Allen. lls passent ensuite les épreuves de qualification et au grand étonnement de tous, malgré leur amateurisme, sont finalement sélectionnés. Mais à trois jours de la compétition, le nouveau membre de l'équipe, Caswell Allen, se blesse et se voit remplacé par Chris Stokes, le frère d'un des autres compétiteurs, alors qu'il n'était jamais monté sur un bobsleigh auparavant. À cours de finance, ils sont aussi obligés de vendre des T-shirts sur place, à Calgary. Leur histoire commence alors à passionner le public et les médias en recherche de héros insolites. Mais le rêve tourne court car durant la troisième manche, le capitaine perd le contrôle de son véhicule dans un virage et l'engin se retourne, anéantissant leur chance de médaille. Les quatre athlètes finissent tout de même le parcours à pied sous les applaudissements du public.

L'idée du film de Rasta Rockett remonte à 1989 quand Jeff Sagansky, alors responsable de Tri-Star Pictures, une filiale de Columbia Pictures, achète les droits cinématographiques de l'histoire de l'équipe olympique jamaïcaine de bobsleigh de 1988. Les athlètes acceptent même de soutenir le film à condition qu'il ne soit pas désobligeant ni pour l'équipe, ni pour la Jamaïque. Le projet est alors développé en tant que film dramatique prenant pour titre Blue Maaga et comme réalisateur Fran Kuzui (Buffy, Tueuse de Vampires). Le studio consolide même le financement en s'associant avec des producteurs allemands quand malheureusement le deal capote et le réalisateur part sur autre chose, plombant totalement le projet. Il rebondit alors dans les mains de Dawn Steel, alors à la tête de Columbia Pictures. Nouvelle péripétie, elle quitte le studio pour monter une société de production indépendante, emportant avec elle l'idée de Blue Maaga puisque les nouveaux responsables de Columbia n'en veulent pas.

Dawn Steel convainc alors les studios Disney de sortir le film. Toujours prévu pour être un drame, le label Touchstone Pictures est d'abord envisagé dans un premier temps tandis que les réalisateurs Jeremiah S. Chechik et Brian Gibson sont pressentis à la mise en scène mais finalement le premier part tourner le film Benny & Joon chez MGM tandis que le second s'attèle à Tina chez Touchstone Pictures. Côté casting, de grands noms circulent pour jouer les athlètes comme Denzel Washington, Eddie Murphy ou Wesley Snipes. Mais l'ambition du projet est revue à la baisse, le budget se limitant à 14 millions de dollars, une séquence étant même coupée du script car trop coûteuse à tourner. De même, le scénario est ajusté pour que le film soit désormais une comédie apte à sortir sous le label Walt Disney Pictures. Le titre se voit également changé afin d'être plus positif et devient donc en anglais Cool Runnings. En français, l'opus est renommé en Rasta Rockett, prenant en réalité le nom du Push Car de Sanka Coffie vu au début du long-métrage.

Finalement, Jon Turteltaub est choisi pour réaliser le film.
Né le 8 août 1963 à New York, il baigne dans le milieu de la fiction aux côtés de ses parents, son père étant producteur et scénariste de télévision. À la fin de ses études, il sort diplômé de la Wesleyan University, puis de l'USC School of Cinematic Arts en 1988. Deux ans plus tard, il débute au cinéma en réalisant Think Big et poursuit en 1991 avec Driving Me Crazy. L'année suivante, il obtient son premier succès public avec Ninja Kids chez Touchstone Pictures mais c'est avec la comédie Rasta Rockett (1993) chez Walt Disney Pcitures que la carrière de Jon Turteltaub prend un véritable élan. Il réalise alors plusieurs films pour les studios Disney, dont L'Amour à Tout Prix (1995), Phénomène (1996), Instinct (1999), Sale Môme (2000) et surtout Benjamin Gates et le Trésor des Templiers (2004) et sa suite Benjamin Gates et Le Livre des Secrets (2008). Il collabore de nouveau avec Disney sur L'Apprenti Sorcier (2010) avant de se tourner vers la télévision. Il fait son retour au cinéma en 2018 avec le film de requins, et succès planétaire, En Eaux Troubles.

Rasta Rockett se base donc sur une histoire vraie mais au final, mis à part le concept de départ, peu de choses le sont dans le film. Les seuls éléments réels sont le fait que quatre athlètes jamaïcains ont participé pour la première fois aux Jeux olympiques d'hiver de Calgary dans l'épreuve du bobsleigh et qu'ils ne finiront pas la compétition à cause d'un accident. Pour le reste, tout est fictif à commencer par les protagonistes, que ce soient les sportifs ou l'entraîneur. Les événements sont aussi mensongers. Par exemple, contrairement à ce que prétend le long-métrage, les sprinters sélectionnés ne se sont pas faits refouler auparavant aux qualifications des Jeux olympiques d'été. Le financement est également tout autre tandis que la fédération sportive de Jamaïque soutient bien les athlètes dans leur décision là où elle ne veut pas en entendre parler dans le long-métrage. Les qualifications dans le film sont aussi particulièrement simplifiées puisqu'elles se passent certes à Calgary dans la vraie vie mais aussi aux États-Unis et en Autriche. C'est d'ailleurs cette séquence en Europe qui sera coupée dans le script pour réduire le budget. La compétition est aussi beaucoup romancée, notamment le fait que les autres équipes ont pris les Jamaïcains de haut ; au contraire, en réalité, elles les ont plutôt encouragés et même aidés matériellement. De même, les épreuves de la discipline olympique sont réduites dans le long-métrage passant à trois, une par jour, au lieu des quatre habituelles, étalées sur deux jours. Si le crash a bien lieu, il n'est pas dû à un problème mécanique comme le suggère l'opus mais bien à une erreur de pilotage. Enfin, le final est particulièrement embelli pour insister sur la performance et le côté dramatique. Certes les athlètes finissent bien à pied dans la vraie vie mais ils ne portent pas pour autant le bobsleigh sur leurs épaules.

Si le scénario ne suit pas la réalité, cela n'enlève en rien la qualité d'écriture de Rasta Rockett. En particulier, le film est une excellente comédie apte à amuser le public grâce à des situations cocasses, des répliques bien senties et des personnages dont la maladresse déclenche le sourire. Les séquences d'entraînements en Push Car, dans un bobsleigh improvisé fait de bric et de broc, sont ainsi particulièrement drôles car elles impliquent des chutes en tout genre. Ce qui est amusant également est le côté poissons hors de l'eau des Jamaïcains quand ils arrivent dans un pays aussi froid que le Canada : ils sont en effet loin d'être habitués à des températures aussi basses et leur réaction est à mourir de rire. Le film insiste aussi sur leur différence de culture, notamment avec leurs vêtements colorés qui détonnent particulièrement par rapport au côté sérieux des combinaisons des autres athlètes. Le long-métrage en profite également pour rendre hommage au folklore de la Jamaïque tout en bienveillance, sans aucune moquerie. Enfin, il peut être aussi souligné la scène dans le bar qui apporte son lot de bonne humeur avec l'apprentissage de la country par l'un des sportifs ou encore un côté potache, un peu plus tard, avec la bataille généralisée qui fait suite à une dispute ridicule.

Mais au delà de la comédie, Rasta Rockett est aussi un film de sport. Il prône particulièrement la persévérance, le travail, la confiance en soi mais aussi l'intégrité et l'honneur. Le long-métrage transmet ainsi des valeurs positives, notamment en montrant comment cette équipe va au bout de ses rêves malgré la difficulté et les moqueries environnantes. Alors qu'au début, les sportifs constituent un assemblage d'individualités, petit à petit leur esprit d'équipe se forme et chacun essaye d'aider l'autre à progresser aussi bien sportivement que dans sa vie en général. L'entraîneur n'est d'ailleurs pas en reste. D'abord réticent à s'occuper d'eux, il est finalement convaincu par leur opiniâtreté et va tout faire pour les amener le plus loin possible dans ces jeux à nul autre pareil. Le discours qu'il fait aux instance sportives qui veulent disqualifier ses sportifs iconoclastes, car ils pensent qu'ils peuvent donner une mauvaise image du bobsleigh, est ainsi particulièrement poignant. Et bien sûr, leur exploit lors de la deuxième journée des jeux est vraiment grisant. Le public comme les journalistes se prennent alors d'affection pour ces sportifs qui sont là où personne ne les attendait. Et alors qu'ils étaient moqués au début, ils deviennent la coqueluche de la compétition via un revirement d'opinion que seul le sport est capable de fournir.

Rasta Rockett, derrière son aspect sportif et son côté drôle, sait aussi apporter, comme tout bon film Disney, une touche d'émotion. Déjà, les personnages vont bien évoluer tout au long du film. Il y a, par exemple, un fils qui veut suivre les traces de son père et ramener également une médaille par fierté familiale mais qui va finalement se rendre compte qu'il y a bien plus important que gagner. Un autre sportif de l'équipe veut, au contraire, lui se démarquer de l'influence néfaste de son paternel qui l'empêche de prendre confiance en lui et de vivre sa propre existence. Un troisième athlète va, quant à lui, apprendre l'empathie et la camaraderie en brisant la carapace qui le protège des coups émotionnels, persuadé qu'il ne pourrait réussir que par lui-même. Et naturellement, la fin est vraiment belle grâce à la réaction des quatre sportifs après leur accident. Après qu'un boulon s'est détaché, ils perdent en effet le contrôle du bobsleigh dans un virage et l'engin se retourne, les traînant sur plusieurs mètres à une vitesse folle. Pour la petite histoire, cette séquence n'a d'ailleurs pas été refaite pour les besoins du film mais se voit bien constituée d'images d'archives des jeux de Calgary, tournées par la télévision à l'époque. Une fois stoppés, les quatre Jamaïcains, sachant pourtant que leur parcours olympique vient de s'arrêter net, souhaitent absolument finir la course dignement en franchissant la ligne, eux et leur bobsleigh. La foule leur fait alors en triomphe pour saluer leur courage et leur honneur. Il est alors impossible pour le spectateur, à cet instant, de ne pas verser une petite larme.

La grande réussite de Rasta Rockett tient donc en ses personnages particulièrement attachants, la performance étant à saluer tant le casting est, à une exception près, composé d'inconnus.
Derice Bannock est ainsi joué par Leon Robinson qui, s'il a la carrière la plus longue des quatre héros, n'a pas fatalement joué dans des films marquant. Il est pourtant parfait dans ce rôle de sprinter qui veut aller aux Jeux olympiques par tous les moyens, quitte à changer de sport. Il va alors devoir apprendre à avoir l'esprit d'un capitaine afin d'être à la fois une inspiration pour ses coéquipiers mais aussi un chef qui mène son équipe à la victoire.
Sanka Coffie, le meilleur ami de Derice, est interprété par Doug E. Doug. L'acteur jouera ensuite dans deux autres films Disney, Opération Dumbo Drop en 1995 et Le Nouvel Espion aux Pattes de Velours en 1997. Ici, il constitue l'élément comique de l'opus, débutant en tant que conducteur maladroit de Push Car puis en étant le moins sportif des quatre athlètes de l'équipe de bobsleigh mais en affirmant pourtant fièrement ses inspirations rasta. Le personnage est ainsi et notamment très amusant lors de son acclimatation au froid ou encore avec ses répliques drôlissimes.
Le rôle de Yul Brenner est tenu, lui, par Malik Yoba. Ce sprinteur costaud est particulièrement bourru, n'aimant absolument pas être touché. Derrière cette froideur se cache en réalité un homme qui veut échapper à sa condition et pour qui le sport est un moyen de se faire connaître afin de quitter son île natale et la misère qui va avec, selon lui.
Enfin, l'acteur Rawle D. Lewis campe, pour sa part, Junior Bevil. Fils à papa, il est un maladroit patenté qui va faire tomber Yul et Derice durant leur éliminatoire pour les jeux d'été. Bien que son père soit très riche et qu'il ne manque absolument de rien, le jeune homme ne se sent pas bien dans sa peau, n'arrivant pas à se faire respecter, que ce soit par son paternel mais également par son entourage.

Disney envisageait de proposer le rôle de l'entraîneur Irving Blitzer à Kurt Russel, un acteur qui avait débuté sa carrière chez eux dans les années 70 et qui était devenu alors l'une de leurs égéries masculines. Mais l'acteur John Candy a particulièrement insisté pour jouer le personnage, acceptant même une baisse de salaire. Il était en effet persuadé que Disney avait de l'or en barre avec ce scénario, et que les studios ne s'en étaient même pas rendus compte. Il faut dire que John Candy avait déjà de la bouteille, s'étant fait remarquer dans des films comme 1941 de Steven Spielberg, Les Blues Brothers de John Landis, Splash de Ron Howard chez Touchstone Pictures, La Petite Boutique des Horreurs de Frank Oz ou La Folle Histoire de l'Espace de Mel Brooks. Il avait également assuré la voix du personnage de Wilbur dans Bernard et Bianca au Pays des Kangourous et signé une apparition dans Maman, J'ai Raté l'Avion !Rasta Rockett marquera alors son dernier succès avant de mourir d'une crise cardiaque à 43 ans en 1994. Ici, John Candy rend le personnage du coach Irving Blitzer à la fois amusant, de par son caractère bien trempé, mais aussi attachant dans sa façon de se racheter des erreurs de son passé en essayant de mener ses poulains au bout de leur rêves. Il n'hésite ainsi pas à les secouer quand il le faut mais aussi à les encourager quand ils baissent les bras. Surtout, il ne supporte pas l'injustice dont ils sont les victimes, encore plus quand elle est basée sur des aprioris ridicules.

Le succès de Rasta Rockett doit aussi beaucoup à sa bande originale. La musique instrumentale est en effet composée magnifiquement par Hans Zimmer, dont la plus grande reconnaissance viendra sûrement l'année suivante avec sa superbe partition dans Le Roi Lion. Avant cela, le compositeur s'était fait remarquer dans d'autres films des studios Disney. En 1990, il propose ainsi la musique de Green Card chez Touchstone Pictures et l'année suivante de Croc-Blanc chez Walt Disney Pictures. La bande originale de Rasta Rockett offre également un certain nombre de reprises de chansons iconiques, notamment I Can See Clearly Now de Johnny Nash interprété ici par Jimmy Cliff, le fameux chanteur de reggae jamaïcain. Le single va d'ailleurs se classer au top 40 des meilleurs ventes notamment aux États-Unis, au Canada, en France ou encore au Royaume-Uni.

Rasta Rockett est plutôt bien accueilli par la presse quand le public, lui, plébiscite carrément le film. Le box office aux États-Unis est ainsi de 68 millions de dollars tandis qu'il rapporte dans le monde plus de 154 millions de dollars. Pour un budget de 14 millions au départ, l'entreprise s'avère particulièrement rentable pour les studios Disney. La France, où l'opus sort le 13 avril 1994, lui fait un triomphe avec plus de 2.5 millions d'entrées. Rien d'étonnant donc à ce qu'il soit devenu culte dans l'hexagone.

Rasta Rockett est une comédie sportive, bienveillante, portée par une morale positive et des personnages attachants. Son aura a fait qu'elle est passée au fil des ans au rang de film culte, rediffusée régulièrement avec succès à la télévision pour le plus grand bonheur du public.

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