Dick Nunis
Date de naissance :
Le 30 mai 1932
Lieu de Naissance :
Cedartown, en Géorgie, aux États-Unis
Date de Décès :
Le 13 décembre 2023
Lieu de Décès :
Orlando, en Floride, aux États-Unis
Profession :
Dirigeant

La biographie

rédigée par Karl Derisson
Publié le 18 janvier 2024

Au printemps 1955, des centaines de candidats se pressent aux studios Disney afin de décrocher un emploi dans le futur parc Disneyland dont la construction est sur le point de s’achever. Parmi eux, Dick Nunis postule pour ce qu’il considère à l’époque comme un simple « petit job d’été » qui, au final, occupera en réalité quarante-ans de sa vie !

Richard A. (Dick) Nunis voit le jour le 30 mai 1932 à Cedartown, dans le nord-ouest de l’État de Géorgie. Dès son plus jeune âge, il se passionne pour le football américain. Ambitionnant de devenir un jour joueur professionnel et entraîneur, il décroche à la sortie du lycée une bourse qui lui permet de poursuivre ses études au sein de l’Université de Californie du Sud (USC). Là, il intègre évidemment l’équipe de football du campus, l’occasion pour lui de partager le terrain avec Ron Miller, l’un de ses coéquipiers qui n’est autre que le gendre de Walt Disney suite à son mariage avec Diane. Particulièrement brillant lors des compétitions, Dick Nunis voit malheureusement son rêve de carrière tourner court. Durant un match, il est en effet victime d’un traumatisme cervical. La blessure est évidemment soignée. Mais elle l’empêche désormais de rechausser les crampons... Dépité, Nunis termine malgré tout son cursus et sort de l’université avec un diplôme en Sciences de l’éducation.

Ses études derrière lui, Dick Nunis se lance dans la recherche d’un emploi. En discutant avec Ron Miller, il en apprend un peu plus sur Disneyland, le parc que Walt et son frère Roy sont en train de bâtir à Anaheim, dans le sud de la Californie. Pour Nunis, c’est une bonne occasion de gagner un peu d’argent facilement en attendant de trouver mieux. Persuadé qu’il ne s’agit là que d’un petit job d’été, il postule donc et se voit embauché le 26 mai 1955. Au départ simple « homme à tout faire », Dick Nunis est rapidement associé à Dorothy Manes et Van Arsdale France, le fondateur de la Disney University et auteur du programme de formation des employés du Parc. À quelques semaines de l’inauguration, leur travail consiste alors à informer les six-cents employés sur la meilleure manière de recevoir les visiteurs tout en respectant à la lettre les codes de bonne conduite inhérents à l’image de marque des studios Disney. Du simple guichetier aux dirigeants les plus hauts placés dans l’organigramme, tout le monde suit donc l’enseignement de Van France, Dorothy Manes et Dick Nunis, y compris Walt et Roy avec qui ce dernier sympathise.


Dick Nunis et Van Arsdale France

Au moment de l’inauguration de Disneyland, le dimanche 17 juillet 1955, Dick Nunis est sur le pont. Comme tous ses collègues, il est ainsi aux premières loges pour découvrir l’ampleur du désastre. La multiplication de faux billets d’entrée a fait exploser le nombre de visiteurs. Dans les allées, c’est l’anarchie la plus totale, le public se ruant vers les attractions où les filent d’attente s’allongent inexorablement. Certains clients passent parfois dans les coulisses. Faute de fontaines en nombre suffisant, les vendeurs de glaces et de boissons sont pris d’assaut par des badauds perdant parfois patience. Il faut dire que la chaleur est particulièrement insoutenable, à tel point que bitume se met à fondre en engluant au passage les talons hauts de certaines femmes. À Fantasyland, une fuite de gaz et le débranchement de certains câbles obligent à fermer l’accès aux attractions. Comme d’autres cadres, Dick Nunis court partout pour trouver des solutions. Appelé en renfort à Frontierland, il est incapable de masquer le désarroi qui s’empare de lui au moment d’apercevoir le Mark Twain Steamboat en train de s’enfoncer dans les eaux des Rivers of America à cause du poids de ses passagers, beaucoup trop nombreux ! Bien sûr, Nunis tente de faire bonne figure, et ce d’autant plus que les caméras d’ABC filment en direct une partie de l’après-midi pour l’émission Dateline Disneyland.


Disneyland, 17 juillet 1955

Surnommé le « Black Sunday », ce premier dimanche d’exploitation est un véritable cauchemar. Dès le lendemain, des mesures sont alors prises pour ne plus revivre un tel calvaire. Dick Nunis est notamment convoqué pour prendre les rênes de Fantasyland. Promu responsable des attractions du land, il est chargé de mettre au point les procédures d’exploitation de chaque manège. Walt Disney souhaite en effet que tout fonctionne correctement. Il veut surtout que chaque visiteur vive une expérience mémorable. Hors de question, dès lors, d’imiter ces fêtes foraines qui, en fonction de l’affluence, accélèrent ou ralentissent la cadence de leurs attractions. Dick Nunis doit ainsi rédiger un cahier des charges permettant d’offrir à chaque client un souvenir identique. Cela nécessite en particulier de calibrer la durée et la capacité de chaque divertissement.


Fantasyland, 1955

Lorsque tout est mis en place, Dick Nunis change de bureau et passe aux services généraux. Son travail consiste alors à organiser et superviser les services internes de Disneyland, à commencer par le secrétariat, la gestion du courrier et la centrale d’appels téléphoniques. C’est un travail moins distrayant que celui consistant à gérer les attractions. Certains pensent même qu’il vient d’être victime d’un certain déclassement dans l’organigramme interne de l’entreprise. Mais Nunis vit ce changement comme une promotion. Il voit d’ailleurs son salaire considérablement augmenter. La comptabilité lui demande toutefois de ne pas encaisser son chèque tout de suite, les finances du Parcs étant encore dans le rouge !


Frontierland, 1955

Dick Nunis ne reste pas longtemps dans les bureaux. Dès la fin de l’été, il est nommé responsable des opérations à Frontierland. Il doit alors faire exactement comme à Fantasyland en rédigeant les procédures des différentes attractions. Il passe ensuite à Adventureland où il est missionné pour un travail similaire. Bientôt, c’est la moitié du Parc qui passe sous sa gestion tant et si bien qu’en 1961, au moment du départ de son supérieur, Doc Lemmon, il est promu directeur des opérations. Dick Nunis n’a alors même pas trente ans ! Surpris d’obtenir un poste aussi élevé à un âge aussi jeune, il apprend bientôt que c’est Walt Disney en personne qui l’a nommé à ce poste. Désormais membre de la direction de Parc, Nunis savoure la chance qui est la sienne de côtoyer de près le créateur de Mickey. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’il fasse partie de l’équipe des « Marcheurs » avec qui Walt parcourt Disneyland pour vérifier que tout fonctionne bien.


Dick Nunis recevant les clés de la ville d'Anaheim, en Californie

Chaque promenade est une belle occasion de discuter de l’entreprise, mais également de la vie et des projets de chacun. Dick Nunis apprend en particulier cette philosophie portée par Walt qui considère que les gens sont ce qu’il y a de plus important. Pour lui, les employés sont importants. Le public est important. Les visiteurs du Parc sont importants. Au cours d’une déambulation, Nunis est cependant victime d’une sacrée sueur froide. Observant Walt Disney allumer une énième cigarette, il s’autorise à exprimer sa désapprobation. Relevant un sourcil, Disney n’est pas sûr de bien comprendre. « Nous interdisons à nos employés de fumer dans le Parc », explique Dick Nunis, « C’est même un motif de licenciement… ». Walt est circonspect. « Donc, si j’allume cette clope, tu vas me virer, c’est bien ça ?! », rétorque ce dernier à son directeur, embarrassé. « Non, monsieur… Je veux dire Walt… », répond Nunis, « Mais cela m’aiderait beaucoup si vous ne fumiez pas… ». Comprenant la situation, Disney écrase sa cigarette et range son briquet. « Je te promets que cela ne se reproduire plus », dit-il à Dick Nunis, blanc comme un cachet d’aspirine !

Fraîchement promu directeur des opérations, Dick Nunis se penche notamment sur la sécurité du Parc. Il n'est en effet pas rare que des pickpockets fassent les poches de certains visiteurs. Pour épauler les forces de police chargées de surveiller le site, Nunis propose à Disney de créer une unité spéciale d'agents de sécurité. Il étudie par ailleurs le développement de certaines attractions comme Pirates of the Caribbean. À l’époque, il s’agit encore d’un simple musée de statues de cire représentant les pires forbans des Caraïbes. Pour donner plus d’impact à l’attraction et satisfaire davantage les visiteurs, Nunis propose de pousser plus loin le concept en le transformant en une croisière sur la mer des Caraïbes. L’idée d’une balade en bateau plaît rapidement à Disney qui la valide sans hésiter.


Pirates of the Caribbean

Très satisfait des bonnes idées de son employé, Walt Disney décide d’associer Dick Nunis à une autre mission, à savoir aider au développement du mystérieux "Project X". Comme d’autres cadres des studios, au premier rang desquels Donn Tatum, Card Walker, Jack Sayers, Joe Fowler et Bob Foster, son rôle consiste à superviser l’acquisition de terrains au cœur de la Floride dans l’objectif d’y bâtir un jour un second parc et – mieux – une véritable ville, une communauté idéale bientôt baptisée EPCOT. Pour conserver le secret, plusieurs sociétés écrans sont mises sur pied. Les fréquents allers-retours entre la Californie et la Floride sont également confidentiels. Walt Disney supervise chaque achat sous le regard attentif de Roy qui vérifie que chaque centime est dépensé intelligemment.


Walt Disney présentant le projet EPCOT

La mort de Walt Disney, survenue le 15 décembre 1966, a cependant tôt fait de compromettre l’édification d’EPCOT. Dévoilé à la presse en 1965, le projet a du plomb dans l’aile. Beaucoup pensent qu’avec la disparition de Walt, celui-ci n’a plus lieu d’être. Roy décide cependant de réaliser le rêve de son défunt frère. Avec l’aide de certains directeurs, Dick Nunis en tête, il s’évertue à superviser l’aménagement du site à commencer par la création de ce second parc. Soucieux de respecter le cahier des charges légué par Disney, il ajourne cependant sine die la construction d’EPCOT.


Dick Nunis, Milton Wier et Bob Mathieson

De 1967 à 1974, Dick Nunis occupe le siège de président du comité en charge des opérations de Disneyland. En 1968, il devient en outre vice-président des opérations. Acceptant de quitter la Californie pour s’installer en Floride avec son épouse Mary et leurs trois enfants, Rich, Lisa et Corey, il participe à l’inauguration de Walt Disney World le 1er octobre 1971. Un an plus tard, en 1972, il continue à grimper les échelons en obtenant le poste de vice-président exécutif de Disneyland et Walt Disney World. L’une de ses missions est en particulier de poursuivre le projet EPCOT qui, altéré, s’éloigne du projet original de ville idéale pour être transformé en Epcot, un nouveau parc basé sur la science, les technologies et l’ouverture sur le monde.


Ronald Reagan et Dick Nunis, Epcot, 1983

En 1980, Dick Nunis achève son ascension avec une place de président de la division Outdoor Recreation. Il supervise alors les activités de Walt Disney World et Epcot puis, à partir de 1989, celles des Disney MGM-Studios. Il sert également comme consultant au moment de la construction de Tokyo Disneyland, le premier parc à ouvrir en dehors des États-Unis en 1983. En tant que membre du Comité directeur des Walt Disney Productions depuis 1981, Dick Nunis assiste au même moment à la crise interne qui secoue l’entreprise. Apprenant l’éviction de Ron Miller, il propose de lui succéder au poste de directeur général. Le conseil d’administration repousse cependant son offre, préférant confier la tête des studios au duo Frank Wells et Michael Eisner fraîchement débauchés de Paramount.


Splash Mountain

Alors que les départs se succèdent parmi les cadres, Dick Nunis conserve pour sa part sa place. Avec l’Imagineer Tony Baxter, il fait partie de ceux qui pensent que les audio-animatronics du spectacle America Sings, qui ferme en 1988, doivent absolument être réutilisés quelque-part. Souhaitant donner plus de consistance à la section Bear Country de Disneyland, il propose alors de créer une attraction de type « bûches » inspirée du long-métrage Mélodie du Sud qui ressort en salle en 1986 pour son quarantième anniversaire. La conception de Splash Mountain est ainsi lancée. Au même moment, Dick Nunis participe par ailleurs au choix du site définitif d’Euro Disneyland.

Élevé en 1991 au poste de président-directeur-général de Walt Disney Attractions, Dick Nunis décide de prendre sa retraite le 26 mai 1999. Pour saluer comme il se doit ce « petit job d’été » qui, au final, dura quarante-quatre ans jour pour jour, il est récompensé le 10 novembre de cette année par un Disney Legends Award. Une fenêtre portant son nom est également placée sur Main Street U.S.A., au premier étage de la boutique Disney Showcase. « Sachez que c’est un véritable honneur et un privilège de voir mon nom trôner sur Main Street U.S.A. aux côtés de ceux de tous ces gens formidables qui ont consacré leur vie à faire de Disneyland ce qu’il est devenu aujourd’hui », déclare Nunis, très ému au moment de dévoiler sa fenêtre ornée de l’inscription « Coast to Coast Peoplemoving, World Leader in Leisure Management, Dick Nunis, Proprietor, Founded 1955, Offices Anaheim, Orlando, Tokyo, Wave Machines a Specialty ». La mention « Coast to Coast Peoplemoving » fait alors référence au rôle qu’eut Dick Nunis pour convaincre des centaines d’employés de Disneyland d’accepter de traverser tout le pays d’Ouest en Est pour participer à la construction et au lancement de Walt Disney World. « Wave Machines a Specialty » renvoie à cette machine à vagues que Nunis avait fait installer au cœur de l’attraction Seven Seas Lagoon à Walt Disney World. Très efficace, l’engin avait cependant été retiré rapidement à cause de problèmes sous-jacents. Une machine identique avait toutefois été installée au cœur du Disney’s Typhoon Lagoon Water Park inauguré en 1989 !

Toujours installé avec sa famille à Orlando, à quelques kilomètres seulement de Walt Disney World, Dick Nunis profite de sa retraite tout en occupant un siège au sein du conseil d’administration de l’Université de Floride centrale entre 2001 et 2008. En 2022, il publie ses mémoires, Walt’s Apprentice: Keeping the Disney Dream Alive.

Entouré par sa famille, Dick Nunis s’éteint le 13 décembre 2023. Il avait quatre-vingt-onze ans. « Aujourd’hui », écrit Bob Iger à l’annonce du décès, « nous pleurons la disparition de Dick Nunis, une vraie légende Disney dont le travail au sein de The Walt Disney Company a touché des millions de gens à travers le monde. Ce qui commençant jadis par un simple job d’été est en réalité devenu une belle histoire longue de quarante-quatre ans. Dick a appris de la bouche même de Walt ces valeurs et cette philosophie qu’il a ensuite disséminées dans tout ce qu’il a pu faire pour Disney. Nous sommes reconnaissants pour ce qu’il a accompli et nous adressons nos amitiés sincères à sa famille et à tous ceux qui l’aimaient ». « Au nom de tous les Cast members, Imagineers et employés de Disney Experiences, je tiens à exprimer toute la gratitude à Dick Nunis », ajoute Josh d’Amaro, le président de Disney Experiences, « Dick a laissé un impact incroyable sur nos Parcs. Aux côtés de notre fondateur, Walt Disney, il a aidé à façonner notre entreprise, à créer de la joie pour des millions de familles à travers le monde, tout en établissant des standards que toute l’industrie du divertissement tente aujourd’hui d’atteindre ».

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