Walt Disney’s Donald Duck
The Complete Daily Newspaper Comics : Volume 2 • 1940 - 1942

Walt Disney’s Donald Duck - The Complete Daily Newspaper Comics : Volume 2 •  1940 - 1942
La couverture
Titre original :
Walt Disney’s Donald Duck - The Complete Daily Newspaper Comics : Volume 2 • 1940 - 1942
Éditeur :
IDW Publishing
Date de publication USA :
Le 05 janvier 2016
Genre :
Daily Strips
Auteur(s) :
Al Taliaferro (Dessin)
Bob Karp (Scénario)
Nombre de pages :
267

Le sommaire

Essai :
• The Amazing Word of "Don Duck's Pop"

Les histoires :
• 22/07/1940 - 02/01/1943 : Planches quotidiennes

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 15 février 2016

Après le premier volet des strips quotidiens de Donald Duck, IDW Publishing continue sur sa lancée et propose la suite du formidable travail d'Al Taliaferro. Dans ce tome, deux éléments sont à signaler : l'apparition de Daisy mais également le contexte de la Seconde Guerre Mondiale qui se répercute sur la carrière de Donald.

Contrepoint féminin et petite amie de Donald Duck, censée être l'alter égo de Minnie, version canard, Daisy Duck apparait donc pour la première fois dans le dessin animé Don Donald du 9 janvier 1937 sous le nom de Donna Duck. Ce n'est que le 7 juin 1940 dans L'Entreprenant Mr Duck, réalisé par Jack King sur un scénario de Carl Barks, qu'elle acquiert ensuite son nom définitif. Certains considèrent toutefois que Donna et Daisy sont deux personnages différents en raison de la décision de Carl Barks de faire de Donna la sœur de Daisy mais aussi la mère de Lili, Lulu et Zizi dans À Pile ou Face, une bande-dessinée en 1953. Son personnage est finalement au générique de peu de courts-métrages : douze au total, autant dire bien moins que Riri, Fifi, Loulou ou que Tic & Tac. Si le grand écran ne l'a pas très bien servie, Daisy se rattrape plutôt bien en bande-dessinée où sa présence est, il est vrai, plus importante. Il convient cependant de reconnaitre que son personnage, contrairement à d'autres, y demeure somme toute très linéaire et évolue peu. En fait, dans l'esprit du public, comme dans celui des artistes Disney, Daisy n'est qu'un personnage secondaire dont l'histoire d'amour avec Donald est anecdotique, se situant ainsi à des années lumières de l'intensité de celle de Mickey et Minnie.

Carl Barks, même s'il est à l'origine de la création du personnage, ne l'utilisera au final que très peu. Celui qui va réellement donner ses lettres de noblesses à la canne sera en effet Al Taliaferro. Elle apparait pour la première fois dans un strip le 4 novembre 1940 et emménage alors juste à côté de Donald. Ce dernier sort d’ailleurs furieux quand il voit le camion de déménagement abimer ses arbustes ; mais voilà, il croise le regard de la belle et le coup de foudre est immédiat ! Al Taliaferro va ensuite s’évertuer à rendre la canne non seulement attachante mais parfaitement assortie à Donald. Les deux vont ainsi convoler tandis que les lecteurs sont appelés à suivre leur vie de tous les jours. La Daisy d'Al Taliaferro voit son capital-sympathie exploser parce qu’elle est avant tout l'égale de Donald : colérique, de mauvaise foi et… toujours victime de la maladresse de son petit ami ! L'auteur l'utilise aussi beaucoup pour se moquer de la gente féminine : de la propension à choisir des chapeaux improbables à la maladresse au volant, tout y passe. Sur cette démarche, il faut cependant garder en tête que les strips datent du début des années 40, une époque où le machisme de la société est encore très ancré. Pour autant, malgré et surtout grâce à ses défauts, Daisy reste un personnage terriblement attachant dont la carrière dans les strips fait assurément partie de ses meilleures moments. Mieux encore, la Daisy d'Al Taliaferro est clairement plus réussie que la Minnie de Floyd Gottfredson, surtout des années 40, tant cette dernière était devenue pimbèche et cassante vis à vis de Mickey, alors qu’elle était douce et avenante dans les bandes-dessinées des années 30 et dans les cartoons.

L'autre élément important dans ce volet est l’entrée en guerre des États-Unis. Le 7 décembre 1941, l'attaque de Pearl Harbor par les forces japonaises change en effet la donne et pousse l’Amérique à entrer officiellement en guerre. Les studios Disney sont immédiatement réquisitionnés : il leur est demandé de réaliser des productions de propagande militaire ou éducative pour les différents ministères américains. Walt Disney impose alors à son gouvernement Donald en tant que messager des discours officiels, pensant, à juste titre, que les spectateurs se retrouveraient plus dans ce canard irascible que dans n'importe quel autre personnage de la galaxie Disney.
Donald délivre ainsi la bonne parole au peuple américain dans trois courts-métrages (Donald's Decision, The New Spirit et The Spirit of '43) tous initiés par le gouvernement fédéral. The New Spirit est, par exemple, une commande du Département Américain du Trésor distribuée par le "War Activities Commitee" de l'industrie cinématographique américaine. Donald Duck y démontre l'intérêt pour la nation de voir ses citoyens payer leurs impôts en temps et en heure... Là aussi, le choix du canard irascible est imposé par Walt Disney contre l'avis du Secrétaire du Trésor. Bien lui en a pris : non seulement, le court-métrage est nommé pour l'Oscar du Meilleur Documentaire mais son impact est tel que les rentrées fiscales dépassent de loin toutes les espérances !
Sûr de leur qualité, le papa de Mickey ne se contente pas du circuit administratif de distribution pour ses cartoons de propagande. Il décide aussi d'en proposer certains de manière officielle via son réseau habituel, celui de R.K.O Pictures. Un total de huit courts-métrages est ainsi présenté dont le succulent Der Fuehrer's Face, une critique féroce du régime nazi, politiquement incorrect et terriblement efficace. Ce cartoon reste aujourd'hui le seul dans la carrière de Donald à être auréolé de l'Oscar du Meilleur Court-Métrage.

La Guerre a aussi une incidence dans la carrière de Donald dans les strips quotidiens. Le canard n'y est toutefois pas l'ambassadeur américain du gouvernement ou même soldat dans l'armée comme ont pu l'être ses apparitions dans les cartoons du studio. Non, il représente le citoyen moyen qui s’efforce de vivre malgré les restrictions de certaines denrées ou de carburant pour sa voiture. Il tente également de collecter certains matériaux pour aider son pays comme du caoutchouc ou du métal. Les strips sont intéressants car, s’y retrouvent, à travers les gags, différentes visions de la vie des Américains d’alors. Au delà de l'aspect comique, ils présentent en effet un intérêt historique évident. Les gags de Donald, encore plus que les histoires à suivre de Mickey par Floyd Gottfredson, sont un véritable miroir des us et coutumes américaines des années 40. Des pans entiers n'existent plus aujourd'hui comme le fait de voir le cinéma considéré comme un théâtre avec ses ouvreurs ou les ascenseurs disposer de liftier.

Le lecteur suit avec grand plaisir les gags contenus dans ce deuxième volume des strips quotidiens de Donald Duck. Al Taliaferro trace sa propre vision de la carrière de Donald en lui donnant un charme bien à lui, à la fois témoin de son époque mais également totalement intemporel. A déguster !