Deux Frères à Hollywood
La Formidable Histoire de Walt et Roy Disney

Deux Frères à Hollywood, La Formidable Histoire de Walt et Roy Disney
La couverture
Éditeur :
21g
Date de publication France :
Le 23 mai 2019
Collection :
Rêveurs de Mondes
Auteur(s) :
Alex Nikolavitch (Scénario)
Felix Ruiz (Dessin)
Nombre de pages :
116

Le synopsis

"Si vous pouvez le rêver... Vous pouvez le faire !". À la tête des Disney Brothers Studios, Walt et Roy Disney parviennent à force de talent et de travail à se faire une place à Hollywood. Dirigée dans la lumière par un Walt dont les colères sont légendaires et dans l'ombre par Roy chargé de donner les moyens à son frère de concrétiser ses ambitions, l'entreprise devient alors au cours d'une histoire parfois mouvementée l'un des géants de l'industrie du cinéma et du divertissement grâce à Mickey, Blanche Neige et les Sept Nains, Zorro ou Disneyland...

La critique

rédigée par
Publiée le 15 novembre 2019

Le 11 juillet 2018, les Éditions du Long Bec frappaient un grand coup avec la sortie du remarquable The Moneyman, une bande dessinée richement documentée retraçant l’histoire des studios Disney. Misant sur une mise en page stylisée et un dessin réaliste, elle se démarquait alors de presque tout ce qui avait pu être écrit auparavant sur le même thème en adoptant un point de vue tout à fait particulier, celui de Roy O. Disney, le frère de Walt en charge des cordons de la bourse de l’entreprise familiale pendant près de cinquante ans. Un an plus tard, c’est à présent au tour de l’éditeur 21g de se lancer dans l’adaptation en bande dessinée de l’histoire des studios de Mickey. L’angle est toutefois différent avec cette fois un style totalement cartoonesque et une intrigue centrée autour du duo qu’ont formé durant toutes ces décennies les frères Disney.

Publiée en mai 2019, Deux Frères à Hollywood, La Formidable Histoire de Walt et Roy Disney est le résultat de la collaboration entre le scénariste Alex Nikolavitch et le dessinateur Félix Ruiz.
Né le 8 juin 1971, Alex Nikolavitch suit un cursus scientifique et multiplie par la suite les métiers avant de parvenir à vivre de sa passion pour l’écriture. Traducteur de plusieurs albums d’Authority et de Batman pour le compte de l’éditeur Semic, de quelques aventures d’Hulk et de The Boys chez Panini Comics ainsi que de la version 2009 de V pour Vendetta, le classique d’Alan Moore et David Lloyd, il est l’auteur de plusieurs albums édités en France et aux États-Unis dont Alcheringa, Central zéro, Spawn : Simonie, L’Escouade des Ombres ou encore Captain Sir Richard Francis Burton aux Sources du Nil. Signant par ailleurs plusieurs essais, romans et nouvelles de science-fiction en plus d’une rubrique régulière dans la revue Fiction, Nikolavitch exerce également sa passion du dessin avec des albums comme Howard P. Lovecraft : Celui qui écrivait dans les ténèbres.
Né en Espagne le 14 avril 1971, Félix Ruiz nourrit lui aussi sa passion pour la bande dessinée depuis près de quinze ans. Autodidacte, il a notamment signé les dessins de New Mutants, Wolverine MAX, X-Men Universe, Astonishing X-Men, Morbius, The Living Vampire, Marvel Boy: The Uranian, Arkham Manor: Endgame ou encore du tome 3 de Batman Eternal.

Édité dans la collection Rêveurs de Mondes, Deux Frères à Hollywood, La Formidable Histoire de Walt et Roy Disney s’inscrit dans une longue tradition pensée par l’éditeur 21g qui, depuis plusieurs années maintenant via sa série Destins d’Histoire, a souvent donné la part belle à la création de biographies en bandes dessinées de certaines des grandes figures de l’Histoire, de Gandhi à Steve Jobs, en passant par Auguste Rodin, Nelson Mandela, Mère Teresa, Albert Einstein, Gustave Eiffel ou encore Léonard de Vinci. Il est dès lors tout à fait évident que la maison d’édition consacre un ouvrage aux deux frères Disney tant l’empreinte de ces derniers sur le siècle précédent fut immense. En découvrant le présent volume dans les rayonnages des librairies, le lecteur sera ainsi immédiatement pris au vif par une œuvre qui, dès la couverture, semble particulièrement alléchante. D’un bleu vif du plus bel effet avec ses deux représentations de Walt et de Roy Disney en version cartoon accompagnés d’un canard et d’une souris portant les costumes si reconnaissables de leurs deux héros parmi les plus emblématiques, le livre donne en effet immédiatement envie de l’ouvrir afin de tourner les pages. Dès les premières pages, l’Âge d’or de l’animation en noir-et-blanc se rappelle alors au lecteur qui revoit vivre le temps de quelques cases les héros plus ou moins oubliés du passé, Gertie le dinosaure, la pétillante Betty Boop, le colossal Popeye, l’espiègle Koko le clown et le tout mignon Oswald. Le style cartoonesque, comme tout droit sorti des séries animées Il était une fois d’Albert Barillé, donne par ailleurs franchement envie de se plonger dans une œuvre qui semble à première vue documentée avec des détails précis sur la vie de Walt Disney comme son amour de jeunesse pour l’œuvre de Charlie Chaplin, sa fraude pour intégrer les rangs de l’armée en 1917, sa passion pour le polo, ses colères explosives ou bien encore l’étonnement de Richard Fleischer, le fils de Max Fleischer, fils du concurrent direct du créateur de Mickey dans les années 1930 choisi à sa grande surprise pour assurer la réalisation de 20 000 Lieues sous les Mers.

Deux Frères à Hollywood, La Formidable Histoire de Walt et Roy Disney, à n’en pas douter, est une œuvre curieuse, attirante, qui pique au vif et semble être pleine de promesses. Avec un sujet passionnant et un angle d’analyse inédit et cartoonesque, la bande dessinée est une rareté, en France en tout cas, et tout un chacun peut immédiatement être séduit... Mais force est de constater que malheureusement, le compte n’y est pas et rapidement, le livre perd de sa valeur tant les lacunes et autres errements sont nombreux...
Le style du dessin, parfois si beau, délaisse notamment au fil des pages son charme, certains personnages ayant franchement une apparence ridicule. Il est en particulier impossible de reconnaître qui que ce soit dans cette histoire, tant l’allure de tel ou tel protagoniste s’éloigne de la réalité. Lillian Disney, Ub Iwerks ou Art Babbitt sont ainsi méconnaissables. Un lecteur ignorant tout de Disney ne pourra en aucune manière s’y retrouver dès lors qu’il s’agira de passer de la bande dessinée à une biographie en bonne et due forme agrémentée de photographies des différents acteurs de cette histoire. Et que dire des deux filles de Walt Disney, Diane et Sharon, représentées page 78 et dont les visages sont franchement décalés ?...
Restant dans le domaine du détail, le dessin parfois déroutant n’est encore rien comparé aux nombreuses erreurs glissées ça et là dans le texte. Quelques fautes d’orthographe, tout d’abord, se sont immiscées comme le nom de Winsor McCay écrit « Windsor McCay » page 6 ou bien la lettre V oubliée dans une phrase prononcée par Art Babbitt dans le phylactère de la dernière case de la page 59. Plusieurs titres sont par ailleurs écorchés comme Blanche Neige et les Sept Nains écrit avec un tiret entre les deux parties du nom de la princesse page 37 ou bien le cartoon L’Avion Fou dont le titre a été changé en « Mickey en avion » page 16 ! La chronologie elle-même en a pris un coup au passage avec une mention de la création de la caméra multiplane située durant la production de Pinocchio page 61, une évocation de Davy Crockett en 1959 page 98 et, pire, l’enterrement de Walt Disney daté du 17 décembre 1967 à la page 103, une erreur franchement grossière quand un livre se targue de raconter la vie du papa de Mickey, évidemment mort le 15 décembre… 1966 ! D’autres erreurs dues à des raccourcis trop simplistes ponctuent également l’album comme lorsqu’il est fait mention page 65 du système de sonorisation Fantasound « créé par Ub Iwerks » alors qu’il s’agit d’une invention mise au point à l’époque de Fantasia par William Garity et J. N. A. Hawkins, tous les deux couronnés aux Oscars en 1942. Page 99, les auteurs suggèrent enfin que c’est Walt Disney qui prive ABC de la série Zorro alors même que c’est la chaîne elle-même qui a annulé sa diffusion de façon complètement unilatérale.

Les erreurs grossières s'accumulent jusqu'à la dernière page puisque même la quatrième de couverture en comporte une. En attribuant la citation "Si vous pouvez le rêver... vous pouvez le faire !" à Walt Disney, les auteurs tombent dans un piège courant. Cette citation écrite par l'Imaginieur Tom Fitzgerald provient en réalité de l'attraction Horizons, ouverte à Epcot en 1983, soit 17 ans après la mort de Walt.

Mais le principal défaut de Deux Frères à Hollywood, La Formidable Histoire de Walt et Roy Disney n’est pas là. Un style peut ou non s’apprécier, c’est une affaire de goût. Une faute d’orthographe peut se glisser dans le corps du texte, c’est consternant mais excusable. Le principal défaut de cette bande dessinée, en réalité, est son angle d’attaque. Deux Frères à Hollywood, La Formidable Histoire de Walt et Roy Disney semble en effet vouloir dresser un portrait à charge du créateur de Mickey au cours de ce qui ressemble franchement parfois à un procès en légitimité, comme si les auteurs, en plus de donner l’impression de vouloir se « payer » Disney, voulaient rétablir ce qu’ils estiment être la vérité trop souvent cachée. Tout ceci n’a rien d’étonnant d’ailleurs lorsqu’on lit, à la fin de l’ouvrage, que l’une des principales sources d’inspiration fut Walt Disney : La Face Cachée du Prince d’Hollywood, le brûlot de Marc Eliot publié en 1993 et qui, de l’avis de tous les spécialistes, s’assure de démolir l’image de Disney avec des informations, si elles ne sont pas nécessairement erronées, sont dans tous les cas déformées pour dépeindre un portrait des plus noirs du célèbre cinéaste. Dès lors, Deux Frères à Hollywood, La Formidable Histoire de Walt et Roy se noie dans les rumeurs dont certaines, comme celle portant sur la date de naissance pipeautée de Walt Disney pages 52 et 53, entretiennent années après années les innombrables théories du complot tournant autour du créateur de Mickey. Et franchement, tout ceci est tellement absurde que le lecteur en vient rapidement à se demander s’il ne va pas découvrir un Walt cryogénisé à la fin de l’album ! À la place, il assiste finalement à l’éparpillement aux quatre vents par Roy des cendres de son frère au cours d’une scène franchement ridicule…
Les raccourcis dans une œuvre qui doit tenir dans seulement 110 pages sont par ailleurs indispensables. Mais le lecteur sera surpris de voir les auteurs de la bande dessinée consacrer des pages entières à des événements qui, dès lors, se voit donner une importance beaucoup trop importante. Quatre pages (32 à 35) sont ainsi consacrées à la rencontre complètement fictive entre Roy Disney, Joseph Goebbels et Adolf Hitler. En plus d’être totalement irréelle, cette partie donne alors l’impression que le frère de Walt, de passage en Allemagne en 1938, s’est entretenu avec le Führer, montré en train de se tordre de rire devant la chanson des nains de Blanche Neige et les Sept Nains avant de comparer le nez crochu de la sorcière au nez des juifs !... Pendant cinq autres pages (36 à 40), Flora, la mère de Walt et Roy, est pour sa part dépeinte comme une vieille femme bougonne, peu confiante en l’avenir de ses fils, voire même désagréable alors même qu’elle a toujours soutenu ses enfants et qu’elle est connue et reconnue par toutes les personnes qui l’ont côtoyée comme une femme pleine d’humour, de joie de vivre, en somme, le rayon de soleil de la famille… Page 40, les auteurs sous-entendent même que c’est Flora, qui détestait selon eux la voix de Mickey doublé par Walt en personne, qui aurait influencé son fils pour faire de Fantasia une œuvre musicale sans dialogue… Page 43, c’est cette fois une page entière qui est consacrée à Elias Disney, père montré comme extrêmement violent avec ses fils. « Vous ne pouvez pas arrêter de bavasser vous deux ? », « Walt, tu n’as toujours été qu’un bon à rien », lance-t-il notamment durant les obsèques de Flora ! Bien sûr, tous les membres de la famille Disney ont parlé des colères noires d’Elias. Walt, d’ailleurs, en a hérité. Mais il est franchement dommage de voir une énième œuvre dépeindre le patriarche de la famille Disney ainsi alors même qu’il fut, malgré les difficultés de la vie, un père aimant et qui a soutenu comme son épouse ses enfants dont il était à l’évidence fier. Neuf pages (66 à 74) portent par ailleurs sur la grève qui a secoué les studios en 1941. Loin d’être un événement mineur, celle-ci prend alors beaucoup de place dans un récit qui ne peut par conséquent aborder d’autres thèmes essentiels. Et trois pages (83 à 85) montrent Walt Disney devant la commission des activités antiaméricaines réunie en 1947 durant la chasse aux communistes. Une rencontre fictive et ridicule entre le producteur et J. Edgar Hoover enfonce d’ailleurs le clou au sujet de cette période… Au final, vingt-deux pages de la bande dessinée sont utilisées pour montrer le lien fictif entre les Disney et les nazis, montrer les parents Disney comme des gens méchants et dépeindre Walt comme un patron autoritaire et anticommuniste… Soit 25 % de la pagination du livre ! Et dans quel but ? Rendre l’histoire plus sensationnelle ?... Un lecteur non averti ne manquera pas de prendre tout ceci pour argent content ce qui est franchement regrettable...

Chacun appréciera de plus certaines lignes de texte douteuses comme celle prononcée par Walt page 13. Donnant les raisons l’ayant conduit à changer le nom de Mortimer en Mickey, le cinéaste explique ainsi que « Lillian trouvait que ça faisait tapette ». « Je te prie de t’abstenir de ce genre de familiarités dégoulinantes à l’avenir », lance également Ub Iwerks à Walt page 63 alors même que les deux hommes, effectivement brouillés pendant un temps, se sont réconciliés et ont mené côte à côte une collaboration extraordinaire basée sur une relation de confiance et de grande estime. Le coup de grâce est donné à la toute fin de l’album, page 105, lorsque Roy Disney, assis sur un banc de Walt Disney World, est apostrophé par un cast portant le costume de Minnie. « Il y a une visite du grand patron aujourd’hui ! S’il voit que tu n’es pas en train de bosser, ça fera du vilain », commente alors la souris… Ridicule !

Frustré par les approximations, les erreurs historiques, le procès d’intention et les vulgarités disséminées ça et là, le lecteur terminera sa lecture avec la postface de Jérôme Wicky, traducteur de comics, scénariste pour Le Journal de Mickey et qui, sur deux pleines pages, se porte en inquisiteur franchement méprisant. Insistant sur le fait que Disney n’est pas le créateur de ses personnages et de ses films, une lapalissade, bien sûr, chacun pouvant comprendre que Walt n’a pas exécuté chaque dessin ni tourné chaque image de ses films, il en vient rapidement à comparer la signature du producteur à celle « d’un Guy Lux » plutôt qu’à celle « d’un Victor Hugo ». Wicky insiste en insinuant que The Walt Disney Company continue d'ailleurs de se servir sur le compte d’autres artistes, expliquant que « la compagnie qui porte son nom se gobergera d’univers imaginaires inventés par d’autres », mention méprisante à peine voilée aux achats récents de Lucasfilm Ltd. et de Marvel. La postface se poursuit avec d’autres commentaires franchement pénibles et surtout totalement déplacés comme « Mickey, ce salaud qui vit dans le péché avec son éternelle fiancée et ses « prétendus neveux » qu’il ne reconnaîtra jamais » ou bien Disney, « Ce personnage aux multiples ambiguïtés, qui conspue ce « gauchiste » de Roosevelt, et aimerait bien qu’on le laisse tranquillement vendre Blanche-Neige [écrit avec un tiret] à ce sympathique monsieur Hitler », appuyant encore une fois l’idée que les frères Disney avaient des accointances avec les nazis alors même qu’ils les ont combattus durant toute la Seconde Guerre mondiale… Jérôme Wicky complète enfin son texte avec une note d’une vulgarité sans nom : « Flora, mère des frères Disney, meurt asphyxiée par une fuite de gaz l’année où les frères Disney vendent Blanche-Neige [écrit avec un tiret] à l’Allemagne nazie : la juxtaposition des deux incidents, digne de l’humour douteux qu’affectionne le scénariste, est pourtant authentique ». Mais enfin, quel rapport entre la mort de Flora Disney et la vente de Blanche Neige et les Sept Nains en Allemagne en 1938. L’auteur semble suggérer que Disney, en vendant son film en Europe (le monstre !), aurait finalement reçu une espèce de châtiment divin avec la mort de sa mère. Sans blague !

Terminer Deux Frères à Hollywood, La Formidable Histoire de Walt et Roy Disney avec ce genre de propos inepte permet finalement de bien résumer ce livre. D’une couverture magnifique, le lecteur se retrouve au final avec un livre fade entre les mains. De dessins parfois très beaux, le lecteur se retrouve au cœur d’une histoire torturée par ses auteurs. D'une envie d'en apprendre plus sur le créateur de Mickey, le lecteur se trouve confronté à des auteurs désireux à l’évidence de donner leur avis et de mettre le doigt là où ça fait mal, répondant à cette mode consistant à dénigrer sans arrêt les frères Disney sans jamais commenter efficacement leur œuvre et leur apport au XXe siècle. D’ailleurs, puisque cette histoire se targue de parler des frères Disney, le lecteur pourra en toute bonne foi se demander où se trouve Roy tant ce dernier est absent... Ah mais oui ! Enfin, mais c'est bien sûr ! Pardon ! Roy se tord de rire aux côtés d’Hitler et de Goebbels ! Voilà donc où il était !...

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