The Queen's Council
Rose Rebelle

The Queen's Council : Rose Rebelle
La couverture
Titre original :
The Queen's Council - Rebel Rose
Éditeur :
Hachette Heroes
Date de publication France :
Le 12 mai 2021
Collection :
Auteur(s) :
Emma Theriault
Autre(s) Date(s) de Publication :
Disney•Hyperion (US) : Le 10 novembre 2020
Nombre de pages :
352

Le synopsis

Belle et le Prince, plus amoureux que jamais, essayent tant bien que mal de se remettre du traumatisme des derniers mois qui leur ont toutefois permis de se rencontrer. Mais ce n'est pas le seul défi auquel ils doivent faire face, car depuis que le sort est brisé, le royaume du prince Léo, effacé des esprits le temps de la malédiction, est à présent la proie du monde extérieur. Il leur faut vite se rendre à Versailles à la cour du roi Louis XVI pour réaffirmer l'allégeance de la principauté - c'est l'an 1789...

La critique

rédigée par
Publiée le 22 juillet 2021

Portant sur La Belle et la BêteRose Rebelle est le premier roman de la série The Queen's Council mettant en scène les princesses Disney, ici en l'occurence Belle, dont le destin est de devenir reine. Comme si elle reflétait sa prise de responsabilités, la tonalité du roman est éminemment plus sérieuse, se rapprochant d'un roman fantasy pour adulte. Ce premier ouvrage – et premier roman de son auteure Emma Theriault – n'est pas sans rappeler la collection Twisted Tales en matière de thématiques évoquées, qui ont trait à des problèmes sociétaux.

Le livre débute avec l'Enchanteresse qui lance la malédiction sur le Prince et d'entrée de jeu, la raison de son geste est expliquée et justifie la tournure du récit situé au moment de la Révolution française. Dans cette version, l'Enchanteresse prend le nom d'Orella, délivrant ainsi une énième interprétation du personnage : différente de celle du remake de 2017 mettant en scène une magicienne vivant en hermite recluse près du village de Belle ; différente de celle de L'Histoire de la Bête de la collection Disney Villains dans laquelle elle est Circé, la petite sœur des trois sorcières emblématiques de la série littéraire et l'ancienne petite amie du Prince ; différente de La Belle et la Bête - Histoire Éternelle dans laquelle elle incarne l'Amour avec sa sœur la Mort qui jouent le destin de Belle et de la Bête autour d'un pari ; différente enfin du Twisted Tale Histoire Éternelle, où il s'agit de la mère de Belle. L'Enchanteresse est décidément un personnage qui enflamme les plumes et qui déjà revêtait une apparence légèrement différente de celle de La Belle et la Bête de 1991 dans La Belle et la Bête 2 : Le Noël Enchanté (1997).

Rose Rebelle fait la part belle à la culture française, ayant dans la version originale de nombreuses citations en français, sans aucune traduction, ce qui est assez étonnant. Le royaume de la Bête est ainsi une principauté française bordée de montagnes qui a une frontière terrestre avec la France, et dont la culture et la langue sont celles des Français. L'auteure aura sans doute été inspirée par la principauté de Monaco dans le façonnement du royaume, ce qui lui a permis de mieux justifier le fait que le reste du monde ait pu facilement oublier son existence pendant la malédiction, et le déroulement subséquent de l'histoire dans le contexte de la révolution de 1789.

À l'instar de la collection des Twisted Tales, il est conféré à certains personnages et lieux de nouveaux noms. Ainsi, le royaume de la Bête s'appelle Aveyon, le lecteur découvre le prénom de LeFou, le village de Belle n'est plus Neuville mais Plesance, etc. Ce dernier élément est d'ailleurs clairement un faux-pas, car en français, le village aurait dû s'écrire Plaisance, ou à la limite Plésance, mais jamais Plesance ; il est d'ailleurs difficile de justifier ce choix, même en se disant par exemple que ces orthographes auraient été trop difficiles pour le lecteur anglophone, du fait de la présence de la langue française dans le texte. Dans le même style, pour jurer, les personnages ne cessent de dire « sacré » qui est un stéréotype eronné véhiculé par les anglophones envers les Français, et ce juron n'a d'ailleurs même pas existé en tant que tel. Par le passé, les gens pouvaient dire « sacredieu » - provenant de « sacré nom de Dieu » ou « sacrebleu », mais pas « sacré ». 

Certains autres noms utilisés proviennent du remake de 2017 et ont remplacé ceux du long-métrage d'animation, tels que l'Armoire (Gardrobe en anglais), ici nommée Madame Garderobe, et qui perd donc au passage sa particule nobiliaire. Emma Theriault s'est ainsi inspirée du film d'animation, du remake, et a apporté des éléments nouveaux : par exemple, Belle est déjà allée à Paris et rêve d'y retourner, cependant elle n'y a pas vécu contrairement à la Belle du remake - elle y allait avec son père lorsqu'il y apportait ses inventions. La mère de Belle est morte de maladie, mais certainement pas de la peste, dans leur village et non pas à Paris. De même, le libraire n'est pas le prêtre du remake, mais le vieil homme du film d'animation, nommé Monsieur Renaud et non pas Monsieur Lévi comme dans Histoire Éternelle. Le point le plus surprenant est le nom attribué à la Bête, Lio en version originale et qui devient Léo dans la version française, qui est le surnom que sa défunte mère, dont il était très proche dans le roman tout comme dans le remake de 2017 d'ailleurs, lui a donné. Dans cette version également, à la mort de sa mère, Léo souffre d'un père trop strict, qui l'a conduit sur le chemin de l'arrogance et du manque d'empathie. L'auteure s'est également appuyée en partie sur la chronologie - déjà confuse - de l'histoire originale, en situant la fin de la malédiction dix ans après l'arrivée de l'Enchanteresse, comme c'était semble-t-il déjà le cas dans La Belle et la Bête en 1991, à en croire Lumière durant la chanson C'Est la Fête. Léo avait donc 11 ans lorsqu'il a été transformé en Bête, ce qui ne correspond pourtant guère aux vitraux et tableaux le représentant sous les traits d'un jeune homme dans le film d'animation de 1991, des incohérences davantage appuyées encore par le film La Belle et la Bête 2 : Le Noël Enchanté où il semble être un adolescent.

L'auteure situe les évènements à l'époque de la Révolution française, mais à l'origine le conte précieux de La Belle et la Bête se déroule durant le règne de Louis XV et non pas celui de Louix XVI, ce qui d'un point de vue sociétal et historique est très différent. En effet, l'histoire originale fut écrite par Gabrielle-Suzanne de Villeneuve en 1740 dans le cadre du recueil de contes La Jeune Américaine et les Contes Marins, mais c'est la version abrégée de Madame Le Prince de Beaumont qui connaît en 1756 un franc succès, publiée dans son manuel Le Magasin des Enfants, et s'inscrit dans l'imaginaire collectif. Contrairement à l'époque tumultueuse de Louis XVI, l'ère du conte est marquée par la préciosité et la légèreté de l'époque rococo dépeinte dans les Liaisons Dangereuses (1782) de Laclos ou La Nuit et le Moment (1755) de Crébillon fils. À cette époque, la noblesse a repris le pouvoir des mains du défunt monarque Louis XIV et compte bien contrôler Louis XV, son arrière petit-fils, héritier du trône à l'âge de cinq ans, pour éviter de perpétuer le modèle de la monarchie absolue. Une génération plus tard, Belle se trouve donc propulsée dans la violence de la lutte des classes à son apogée, pour laquelle l'auteure fait un remarquable travail de simplicité et d'efficacité dans la description de la violence ambiante, qui rend l'atmosphère palpable.

Le clivage de classes entre la Belle et Léo, en plus d'être un sujet très à propos pour le contexte de la Révolution française, lequel n'est pas abordé dans les diverses versions cinématographiques de La Belle et la Bête, sinon au travers des sœurs jalouses de Belle lorsqu'elles sont incluses dans l'histoire, est l'un des thèmes principaux du récit qui préoccupe tout autant Belle que la société qui l'entoure. Il n'y a que Léo et les objets redevenus humains qui ne semblent pas s'en soucier, car ils savent que la beauté du cœur est plus importante que le statut : une autre manière de lire la morale de La Belle et la Bête qui se concentre d'habitude sur le fait qu'une belle jeune fille tombe sous le charme d'une bête, mais il s'agit aussi d'un Prince qui tombe sous le charme d'une paysanne et décide de l'épouser. Cela n'aurait pas été à ce point évident si Disney s'en était tenu à l'histoire originale, dans laquelle Belle, si elle est une roturière, n'est pourtant pas une paysanne, mais une bourgeoise fille de riche marchand (pour lequel le vent tourne). Pour se faire une idée précise de la version originale d'un point de vue cinématographique, il faut voir le magnifique film La Belle et la Bête (1946) de Jean Cocteau ou encore le téléfilm La Belle et la Bête (1976) avec George C. Scott et Trish Van Devere, dont le long-métrage d'animation Disney semble s'être inspiré.

Puisque l'histoire est perçue du point de vue de Belle, qui vit entre deux mondes qui s'affrontent en 1789, le récit ne se positionne pas en faveur ou en défaveur de la Révolution et donne une image assez neutre des évènements : Belle souffre de la pauvreté qui afflige le peuple à cette époque et qui justifiait une révolte, et de par ses liens avec la royauté, elle prend également connaissance de l'abîme d'ignorance dans laquelle Louis XVI était. L'une des idées directrices qui parsèment l'ouvrage est de montrer à quel point les dirigeants de l'époque étaient maintenus dans un état d'ignorance par les nobles, trop contents de garder leurs privilèges et le statu quo. L'auteure mentionne même que Louis XVI avait voulu hausser les taxes des nobles pour éviter de taxer le peuple davantage, ce qu'il n'était pas parvenu à faire en raison de la mainmise de la noblesse sur le pouvoir post-Louis XIV. Le roi est faible et apeuré, il sait ce qu'il se trame mais reste dans un état de déni bien plus réconfortant que la réalité, et qui lui coûtera la vie. À l'instar de Nikolaï II (Romanov) en Russie, presque un siècle et demi plus tard, son manque de vocation à devenir dirigeant en a fait le candidat idéal pour les débordements de la noblesse et conséquemment, l'éclosion de la révolution populaire. Le livre est très intéressant de ce point de vue, car Belle vient du peuple, prône l'égalité, mais est dans une position dangereuse du fait de son mariage avec Léo.

À ce sujet, un faux-pas malheureux et pourtant divertissant de l'auteure est de mentionner à travers un personnage un ouï-dire faisant état que Marie-Antoinette aurait répondu au sujet de la pénurie de pain que le peuple devrait alors manger de la brioche. Le personnage, perplexe, précise qu'il n'est pas certain qu'elle ait réellement dit ça. Cependant, le faux-pas est là : il est incohérent que ce même personnage ait réagi ainsi à l'époque, car il aurait su que lorsqu'il n'y avait plus de pain, l'État obligeait les commerçants à vendre moins cher les produits plus raffinés comme la brioche, pour que le peuple manquant de pain puisse manger quelque chose. Ainsi, le personnage rapportant cette anecdote s'indigne et réagit comme le lecteur contemporain, dénué de contexte, comme s'il ne savait pas que Marie-Antoinette ne faisait que rappeler à son interlocuteur que du fait de la pénurie, les commerçants avaient obligation de vendre les pains sucrés et plus raffinés moins chers - sa réaction est de fait anachronique.

Emma Theriault intègre de nouveaux personnages à l'histoire, hauts en couleur et agréables à lire, mais la grosse erreur est de ne faire interagir que très peu les objets redevenus humains. Ceux-ci apparaissent en effet ponctuellement pour le plus grand plaisir du lectorat, mais ne sont pas véritablement acteurs de l'histoire, ce qui est bien dommage et un parti pris pour le moins surprenant. Le défaut en la matière est qu'il est établi que Léo et Belle n'ont pas de réels rapports hiérarchiques avec ces derniers et qu'ils sont leurs amis les plus proches à l'image du long-métrage d'animation Disney - ce qui ne manque pas de choquer la noblesse. Ainsi, dans toutes les tribulations encourues durant le récit, il n'est pas logique que Belle et Léo ne se soient pas plus tournés vers eux en matière de soutien et conseils. De même façon, le père de Belle est absent de l'histoire pour une raison évoquée une ou deux fois, ce qui aurait pu justifier quelques jours d'absence mais non pas plusieurs semaines, et ce long laps de temps aurait dû causer de l'inquiétude chez Belle étant donné la situation sociale et politique difficile en France, sans compter l'inquiétude de Maurice pour sa fille qui aurait dû se hâter de revenir, mais il n'en est fait mention nulle part.

Aussi, Belle choisit à plusieurs reprises de ne pas divulguer certaines informations à Léo pour telle ou telle raison... et celles-ci sont plutôt maigres. Ces omissions semblent être une technique narrative de l'auteure pour permettre certains développements au récit du fait de l'ignorance des personnages, ce qui est assez embêtant d'un point de vue littéraire. Puis la personnalité de Belle et ses choix, s'ils sont intéressants, ne semblent pas vraiment correspondre avec la Belle du film d'animation. Même si le lectorat la retrouve bien et n'est pas absolument dérouté pour autant – Belle est toujours aussi curieuse par exemple – elle n'est plus aussi déterminée et n'a pas le tempérament bien trempé du long-métrage d'animation Disney qui pourtant la caractérise. Belle est timide, hésitante, confuse, ne s'affirme pas (sauf vers la fin), seule alors qu'elle pourrait se tourner vers ses amis... 

Comme souvent chez Disney, une thématique subtile se positionnant à l'encontre de la chasse est présente, car qui mieux que Gaston, en dehors des films Bambi (1942), Rox et Rouky (1981) et du personnage de Scar dans Le Roi Lion (1994) qui vide la savane de ses habitants herbivores, a mieux porté ce sujet ? Ici, il est clairement établi que Léo ne souhaite pas que quiconque chasse sur ses terres, créant un net contraste avec le vilain du film d'animation qui a failli le tuer et qui est mu par la chasse. C'est un choix délibéré de l'auteure, car au XVIIIe siècle ce n'était pas une question qui faisait polémique comme aujourd'hui. Il faut noter que si Gaston est très proche du personnage de Brom Bones dans La Légende de la Vallée Endormie, ce n'est pas le premier antagoniste profondément chasseur dans l'histoire cinématographique de La Belle et la Bête. En effet, dans la version de 1976, Anthony, marié à l'une des deux sœurs de Belle, est un chasseur prolifique qui ne chasse pas pour manger mais pour le plaisir, sans discrimination d'âge pour ses proies et en quantité démesurée. Belle s'en indigne et ne souhaite qu'une chose, retourner au château de la Bête, qui contrairement à sa famille, lui a appris qu'il ne faut pas prendre plus que ce qu'il est besoin pour manger. 
Anthony est donc le premier auquel est lié ce vice présent chez Gaston, reflétant une recherche de la violence qui se porte sur l'animal comme sur l'être humain, et que le spectateur retrouve dans son comportement avec Belle qu'il traque et dans sa chasse ultime, fanatique de la Bête dont il aimerait suspendre le trophée au mur de la taverne. Mais comme dans le remake, Emma Theriault approfondit le personnage de Gaston et ses motivations, en expliquant qu'il a fait la guerre et qu'à son retour il n'était plus le même. Les passages qui détaillent le passé de Gaston sont très prenants et le rendent un peu plus sympathique. Pour le plus grand bonheur du lectorat, Rose Rebelle reprend la trame des sentiments ambigus de LeFou envers Gaston, présente dans le remake de 2017, qui a créé une controverse malvenue de par le monde. Et ce n'est d'ailleurs pas la seule relation homosexuelle du roman, ce qui crée un bon équilibre du point de vue de la représentation des orientations sexuelles.

Le final de l'histoire annonce ce qui liera entre eux les ouvrages de la série Queen's Council, révélant une idée malheureusement un peu pauvre qui aurait mérité plus d'approfondissement et peut-être même une neutralité de genre qui aurait rendu le concept plus logique et ouvert. Si la thématique féministe est importante dans la société et mérite d'être abordée, il aurait été intéressant de se focaliser sur les personnages Disney royaux et non pas uniquement sur les princesses - la collection des Twisted Tales étant déjà majoritairement menée par des personnages féminins. Il aurait été tout autant heureux d'avoir un livre de cette collection du point de vue de Simba, de Bambi, d'Aladdin, de Kristoff ou de Flynn par exemple - il est à espérer qu'une collection nommée le « King's Council » ou plutôt le « Royal Council » verra le jour. Nonobstant, si pour le lectorat ce lien entre les futurs livres se révélait peu nécessaire, il est tout à fait possible d'en faire abstraction et de considérer Rose Rebelle comme un roman unique à part entière, tout comme il sera probablement possible de considérer les romans suivants de même. Qui plus est et sans trop en dire, l'idée de base, qui aurait gagnée à être plus complexe, rappelle un peu trop la série animée Princesse Sofia, manquant ainsi d'originalité. Le second tome, intitulé Feather and Flame, est quant à lui écrit par Livia Blackburne, et centré cette fois sur le personnage de Mulan.

Rose Rebelle est un très bon livre, haletant, qu'il est difficile de poser sans le finir d'une seule traite, très agréable à lire, et qui in fine ne souffre pas de ses faux-pas. Il se positionne, tant par l'époque que le réalisme de l'histoire, comme une nouvelle version parallèle de La Belle et la Bête, similaire mais différente à la fois que ce soit en termes de personnages, de leurs relations ou des défis auxquels ils sont confrontés. Malgré tous les problèmes énoncés, il s'agit-là d'un excellent roman qui surpasse les récentes séries de livres Disney du point de vue de la qualité de son écriture, du développement de l'histoire et de la profondeur des personnages. Un must pour tous les fans de Disney et de La Belle et la Bête, et un livre qui pourrait même plaire aux personnes n'ayant aucune affinité avec Disney.

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