Rendez-Vous Avec le Destin

Rendez-Vous Avec le Destin
L'affiche
Titre original :
Playdate with Destiny
Production :
Fox Television Animation
Gracie Films
Date de sortie USA :
Le 06 mars 2020 (Cinéma)
Le 10 avril 2020 (Disney+)
Distribution :
20th Century Studios
Genre :
Animation 2D
Réalisation :
David Silverman
Musique :
Jim Dooley
Durée :
5 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Maggie Simpson vit sa première histoire d’amour après avoir rencontré sur une aire de jeux pour enfants le petit Hudson. Elle découvre alors les joies de la vie de couple mais aussi les moments de doute...

La critique

rédigée par
Publiée le 10 avril 2020

Troisième incartade cinématographique des Simpson après un long et un court-métrage sur grand écran, Rendez-Vous Avec le Destin marque d’une pierre blanche le début d’une nouvelle ère. Ce cartoon de cinq petites minutes à peine tient en effet une place particulière dans l’histoire Disney : il s’agit de la toute première production cinématographique de la franchise après le rachat de 21st Century Fox par The Walt Disney Company ! Additionné de la mention « Disney welcomes The Simpsons » (ou en français « Disney souhaite la bienvenue aux Simpson »), Rendez-Vous Avec le Destin n’est ainsi définitivement pas une œuvre comme les autres : elle ouvre la porte à de nouvelles possibilités entre des grands noms de l’industrie du cinéma qui ont pourtant chacun un ton foncièrement différent. Cette dualité sera-t-elle une force ou une faiblesse ? L'avenir le dira...

Inévitablement devenus une tradition à travers les années, les longs-métrages Pixar, quand ils débarquent dans les salles de cinéma du monde entier, ont pris cette ingénieuse tendance d'être précédés d’un court-métrage, souvent aussi qualitatif que le film qui les suit. En 2020, En Avant ne déroge ainsi pas à la règle lors de sa sortie en avant-première le 29 février 2020 aux États-Unis - jour intercalaire ajoutant vingt-quatre heures supplémentaires dans le calendrier grégorien tous les quatre ans, faisant ainsi un clin d’œil aux protagonistes du film ayant droit de passer vingt-quatre heures avec leur père disparu - mais aussi lors de sa sortie nationale au cinéma le 6 mars 2020 aux États-Unis, en se voyant précédé d’un cartoon qui marquera les esprits : les Simpson reviennent en effet sur grand écran avec Maggie en protagoniste principale ! La surprise est alors totale : quelques jours seulement avant, soit le 28 février 2020, la série annonce sur ses réseaux sociaux la nouvelle. Rendez-Vous Avec le Destin sera le titre d'un court-métrage mettant en avant une Maggie Simpson embarquée dans une amourette de bac à sable.

Pour bien comprendre la mécanique de cette décision inattendue mais au symbole fort, il faut remonter à l’événement qui a bousculé le monde cinématographique en 2018. Après une bataille acharnée entre Disney et Comcast enchaînant les surenchères pour acquérir le conglomérat 21st Century Fox, l’annonce est officialisée en juillet 2018 : Disney achète, pour la coquette somme de 71,3 milliards de dollars, l’entreprise de média et son catalogue vieux de plus de quatre-vingt ans. La transaction, finalement effective le 20 mars 2019, inclut ainsi non seulement des franchises cinématographiques d’envergure (La Planète des Singes, Avatar, La Nuit au Musée, Maman, J’ai Raté l’Avion) mais également des séries de renom avec, en tête de liste, une famille d'humanoïdes jaunes à l’humour décalé, Les Simpson. Et The Walt Disney Company entend bien capitaliser dessus, notamment avec l'arrivée de plus de six-cents épisodes sur sa plateforme de vidéo à la demande Disney+, et ce dès son lancement, aux États-Unis évidemment (le 12 novembre 2019) mais aussi en Europe dès le 24 mars 2020 (et le 7 avril en France).

Série télévisée produite par Gracie Films et 20th Century Fox Television, Les Simpson est avant tout une idée originale surgie de l’esprit de Matt Groening. Né le 15 février 1954 à Portland dans l’Oregon de parents nommés Margaret et Homer, il étudie à l’Evergreen State College d’Olympia dans l’État de Washington, une école d’art où il dessine et écrit pour le journal du campus. S’installant ensuite à Los Angeles pour devenir auteur, il enchaîne les petits boulots peu gratifiants et publie parallèlement Life In Hell, une bande dessinée inspirée de sa vie dans la ville tentaculaire qui rencontre le succès et finit par être reprise dans près de deux-cent-cinquante hebdomadaires. Mais Groening est très vite attiré par l’animation, notamment depuis qu’il a découvert Les 101 Dalmatiens (1961). Il saisit ainsi l’opportunité offerte par James L. Brooks, auteur et producteur, de créer une courte pastille animée pour l’émission The Tracey Ullman Show diffusée dès 1987 sur la jeune chaîne Fox. Les Simpson apparaissent alors dans une forme proche de celle qui entrera dans la postérité. Malicieux, Groening nomme ses personnages avec le prénom de ses parents (Margaret, diminuée en Marge et Homer), de ses sœurs (Lisa et Margaret, diminuée en Maggie) ; le terrible Bart tenant quant à lui son nom de l'anagramme de « brat », qui signifie « gosse » en langue anglaise. Chose à savoir, la véritable famille de l’auteur est bien différente des Simpson, qui forment avant tout un foyer américain moyen concentrant, comme l’exige la caricature, tous les excès possibles.

Cet essai d'écriture remporte un franc succès et motive la création d’une série autonome sur la chaîne Fox, le 17 décembre 1989. Le public est alors au rendez-vous avec plus de 27,8 millions de téléspectateurs en moyenne aux États-Unis pour la première saison. Une trentaine de saisons plus tard, la série est devenue la sitcom à la plus grande longévité, ayant traversé presque tous les continents, après avoir été doublée dans de nombreuses langues et recevant des consécrations successives sous la forme de plus de trente Emmy Awards ! Forte d'une véritable galerie de personnages monstre accompagnée de scénarios à l’humour incisif et traitant avec justesse des phénomènes de société contemporains, Les Simpson se décline bien vite dans les Parcs à thèmes (Springfield à Universal Studios Florida, The Simpsons Ride à Universal Studios Hollywood) mais aussi pour la première fois sur grand écran dès 2007 avec Les Simpson - Le Film au succès critique et commercial incontesté puis le court-métrage Dure Journée Pour Maggie en 2012, présenté en première partie du film L'Âge de Glace 4 : La Dérive des Continents. En 2020, ils reviennent donc en salles avec Rendez-Vous Avec le Destin grâce au génie d’un homme qui, à travers les années, a largement contribué au succès de cette famille américaine hors du commun : David Silverman.

Né le 15 mars 1957 à Long Island dans l’État de New York, Silverman est un animateur impliqué dans l’aventure des (Les) Simpson depuis les pastilles créées pour The Tracey Ullman Show. Génial, celui qui s’inspire de Ward Kimball et de Tex Avery définit les principales règles qui sont transmises aux différents studios chargés de l’animation de la série. Il délaisse toutefois un temps les aventures des habitants de Springfield pour travailler pour plusieurs studios, en réalisant notamment quelques séquences de La Route d’Eldorado (2000) pour DreamWorks Animation et en co-réalisant auprès de Pete Docter Monstres & Cie (2001) chez Pixar. Jamais trop loin de l’univers simpsonien qu’il adule, il en signe de nombreux épisodes de 2002 à 2006 (plus de trente à son actif) puis dirige la première apparition des Simpson au cinéma en 2007, leur deuxième en 2012 et enfin Rendez-Vous Avec le Destin en 2020.

Le cartoon Rendez-Vous Avec le Destin n'était pourtant pas destiné au grand écran lorsque, quelques années auparavant, les scénaristes Tom Gamill et Max Pross rédigent les premières esquisses de cette aventure alors prévue pour un simple épisode de la série. À l'époque, Jim Brooks, producteur exécutif des (Les) Simpson, pense pourtant que la séquence pourrait parfaitement être adaptée au cinéma. L'épisode est alors décalé et l'événement du rachat de la série (entre autres) par Disney change la donne : Pixar, qui a dorénavant pris l’habitude de présenter un court-métrage fait maison en avant-propos de la projection de ses films au cinéma, approche l'équipe en charge des (Les) Simpson composée de Matt Groening, créateur de la série, David Silverman, réalisateur, Jim Brooks, producteur exécutif, Gammill et Pross, scénaristes et Al Jean, producteur exécutif, afin de proposer un film en adéquation avec Rendez-Vous Avec le Destin. En mars 2020, En Avant, opus réalisé par Dan Scalon, quête de deux frères dans un monde magique, le tout plongé dans un univers d’heroic fantasy à la sauce Pixar, semble alors pouvoir devenir le compagnon idéal à l'écran. L’épisode The Incredible Lightness of Being a Baby, en lien avec le cartoon, est donc diffusé le 19 avril 2020 au sein de la 31e saison des (Les) Simpson. Mais sa carrière cinématographique est bien vite écourtée lorsqu'une crise sanitaire mondiale se déclare : l’arrivée du coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (ou SARS-CoV-2) menant à la maladie du coronavirus 2019 (ou COVID-19) en Europe puis en Amérique entraîne la fermeture de nombre de cinémas dans le monde entier. En Avant est alors déprogrammé du grand écran et atterrit sur la plateforme américaine de Disney+ le 3 avril 2020. Quelques jours plus tard, Rendez-Vous Avec le Destin fait son entrée sur Disney+ dans tous les pays où la plateforme est en fonctionnement, le 10 avril 2020.

À bien des égards, Rendez-Vous Avec le Destin est un symbole lourd de sens et prometteur pour l’avenir. Assez court de par son format et totalement dénué de parole, il en dit pourtant beaucoup. Si le mutisme des personnages principaux peut perturber au premier abord, il prend pourtant tout son sens lorsque le spectateur comprend le point de vue choisi par les scénaristes : celui de Maggie Simpson, chérubin depuis une trentaine de saisons et autant d'années, qui ne dit mot dans aucun épisode (ou presque, à l’instar du mot « suite » à la fin des (Les) Simpson - Le Film). Cette caractéristique rappelle également les courts-métrages Pixar qui utilisent peu de dialogue mais sont tout autant riches en émotions. Et comme toujours, cette aventure des (Les) Simpson est truffée de références pop et populaires comme ce clin d’œil à La Maison du Docteur Edwardes (1945) d’Alfred Hitchcock et bien d’autres encore.

L’histoire est donc centrée sur la petite Maggie qui, lors de ses nombreuses escapades à l’aire de jeux pour enfants, va rencontrer pour la première fois l’amour en la personne d’un autre bébé. Elle va alors s’imaginer vivre avec lui des moments qu’un couple d’adultes pourrait tout aussi connaître : voyages en tout genre dans des destinations paradisiaques (îles grecques), restaurants en amoureux, moments complices avec son partenaire de jeux et bien d’autres. Mais l’idylle se termine abruptement quand Marge Simpson ramène son enfant à la maison, aboutissant à une rupture de couple déchirante. Maggie va ainsi passer par toutes les étapes qu’une rupture peut apporter, rappelant les codes adultes : crise d’énervement, nuit blanche, tendance à la dépression et au négativisme, etc. Mais fort heureusement, toutes les histoires d’amour ne finissant pas forcément mal, le cartoon Rendez-Vous Avec le Destin s'offre une conclusion digne de l’humour des (Les) Simpson...
D’autres personnages sont également entrevus mais sous la forme de rôles secondaires, comme autant de vecteurs du personnage principal. Il convient de citer Marge Simpson, maman de Maggie aimante et Homer Simpson, son père, qui a comme toujours une vision différente de la parentalité. En cela, le passage de flambeau de la série sous le joug Disney n'enlève en rien l’impertinence et l’irrévérence du programme ainsi que sa propension à traiter de sujets sérieux sous couvert de son humour typique, ingrédient majeur de son succès depuis plus de trois décennies.

Rendez-Vous Avec le Destin rassure ainsi les fans de la première heure et les détracteurs du rachat des actifs de 21st Century Fox par l’ogre Disney et son soi-disant « politiquement correct ». Pour la première production de la franchise au cinéma depuis qu’elle répond à son nouveau patron aux grandes oreilles, le ton employé dans le cartoon est en tout point le même, dont la série fait usage depuis tant d’années. Disney ne montre visuellement le bout de son nez qu’à trois reprises durant le court-métrage. La première, lorsque la silhouette de Mickey se distingue au tout début, finalement s'avérant être Homer avec deux donuts sur la tête (formant les oreilles de la souris) qu'il s'empresse de manger, puis suivi de l’annonce d’accueil portant la mention « Disney Welcomes The Simpsons » et la troisième, à la toute fin, lors de l’affichage des crédits de la société de production Gracie Films : connue par son logo représentant des silhouettes de personnes assis dans un cinéma, un nouveau personnage se retrouve en effet dans son public, la tête de Mickey pouvant ainsi être aisément reconnaissable. Ces rajouts sont donc uniquement à visée symbolique et ne sont évidemment pas voués à rester dans les prochaines productions de la série.

Cartoon à la saveur particulière de par sa position d’ambassadeur d’une nouvelle ère, Rendez-Vous Avec le Destin assume parfaitement son rôle de marqueur de l’Histoire. Fidèle à l’univers des (Les) Simpson si emblématique avec son humour unique et ses scénarios grisants, il promet un avenir radieux pour la famille de Springfield autant dans le domaine télévisuel que dans les salles obscures du monde entier.

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