Casse-Noisette et les Quatre Royaumes

Titre original :
The Nutcracker and the Four Realms
Production :
Walt Disney Pictures
Date de sortie USA :
Le 2 novembre 2018
Genre :
Fantastique
IMAX
3-D
Réalisation :
Lasse Hallström
Joe Johnston
Musique :
James Newton Howard
Durée :
100 minutes
Disponibilité(s) en France :
Autre(s) disponibilité(s) aux États-Unis :

Le synopsis

La regrettée mère de Clara lui a laissé en souvenir une boite secrète sans toutefois lui remettre la clé permettant de l'ouvrir. La veille de Noël, lors de la fête organisée par son parrain, Drosselmeyer, la jeune fille découvre un fil d’or qui la conduit jusqu’au précieux sésame qui se trouve conservé dans un monde étrange et mystérieux composé de quatre Royaumes : celui des Flocons de neige, des Fleurs, des Friandises ainsi qu'un quatrième, le plus sinistre d’entre tous, placé sous le joug tyrannique de la Mère Gingembre…

La critique

rédigée par
Publiée le 21 novembre 2018

Casse-Noisette et les Quatre Royaumes est un joli film de Noël, parfait pour passer les fêtes de fin d'année en famille dans les salles obscures. Adapté librement du fameux conte et du ballet s'en inspirant, il propose une histoire moderne, un brin prévisible, mais qui n'oublie pas d'insuffler magie et émerveillement.

L'opus s'inspire donc du conte allemand Casse-Noisette et le Roi des Souris d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann.
Né le 24 janvier 1776 sous le nom de Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann, il sert en tant que juriste dans l'administration prussienne de 1796 à sa mort avec seulement une interruption de huit ans autour de 1806. Mais son activité principale reste la littérature qu'il publie en changeant son troisième prénom, Wilhelm, avec celui d'Amadeus en hommage à Mozart, son modèle. Il est ainsi l'auteur de nombreux contes comme L'Homme au Sable, Les Mines de Falun ou Casse-noisette et le Roi des Souris et de plusieurs romans, avec pour œuvre principale Le Chat Murr. Il meurt de maladie le 25 juin 1822 à l'âge de 46 ans.

Casse-Noisette et le Roi des Souris a été publié en 1816 avant d'être repris dans le recueil Les Frères de Saint-Sérapion en 1819. Le conte raconte ainsi comment le soir de Noël, la petite Marie s'endort, entourée de ses cadeaux dont Casse-Noisette, un pantin de bois. Mais, lorsque sonne le douzième coup de minuit, les jouets s'animent ! Casse-Noisette se prépare, en effet, à affronter le terrible Roi des Souris pour sauver une princesse victime d'une affreuse malédiction. Marie, qui assiste au combat, se retrouve alors entraînée dans une aventure fantastique et périlleuse… Le conte est ensuite traduit en français par Émile de La Bédollière en 1838 ; néanmoins, une adaptation moins fidèle à l’original sous le titre Histoire d'un Casse-Noisette, signée par Alexandre Dumas en 1844, est restée longtemps la plus célèbre. L'auteur français change, entre autre, le prénom de Marie en Clara. Cette dernière sert alors de base au scénario de Marius Petipa, le chorégraphe du théâtre Marinsky à Saint Petersbourg qui commande la musique à Piotr Tchaïkovski en 1892. Le compositeur, qui adore le conte d'Hoffmann, est en réalité déçu par la version tronquée et édulcorée présentée par le ballet au point d'affirmer dans la foulée n'être pas satisfait de sa partition. La musique de Casse-Noisette est, pour autant, connue de tous et considérée comme l'une des plus grandes réussites de Tchaïkovski avec Le Lac des Cygnes et La Belle au Bois Dormant.

La première adaptation au cinéma du conte remonte à 1940 par Walt Disney au sein de Fantasia. Il s'agit de la deuxième séquence du film qui reprend des extraits de musique de Tchaïkovski (La Danse de la Fée Dragée, La Danse Chinoise, La Danse des Mirlitons, La Danse Arabe, La Danse Russe et La Valse des Fleurs) dans une version que le Maître de l'animation voulait éloignée de l'image traditionnelle donnée par le ballet. Il y préfère ainsi une ode à la nature qui prend ici vie au sens premier du terme. Les elfes virevoltent, les plantes s'amusent, les poissons dansent. Et parmi tout ce petit monde en ébullition, rayonnent alors les champignons, assurément les vraies vedettes de la séquence. Animés par Art Babbitt, ils marquent en effet les esprits à commencer par le tout petit qui, sorte de Simplet, accuse toujours un temps de retard sur ses congénères. Et c'est l'extrait toute entier qui, plein de grâce et d'enchantement, prend un air d'hymne à la magie Disney. Enfin, pour être complet sur le sujet, Disney utilisera une nouvelle fois en animation le conte de Casse-Noisette, des années plus tard, en 1999, dans la série Mickey Mania, avec dans les rôles principaux Mickey en tant que Casse-Noisette et Minnie et dans celui de Marie.

Enfin, le 4 mars 2016, les studios Disney annoncent plancher sur une adaptation de l'histoire de Casse-Noisette, en prises de vues réelles cette fois, s'inspirant aussi bien du conte d'Hoffmann que du ballet de Tchaïkovski. Ils en confient la réalisation à Lasse Hallström.
Né le 2 juin 1946 à Stockholm en Suède, Lasse Hallström, après un passage de six ans à la télévision du pays, réalise son premier long-métrage au milieu des années 70. En 1985, il acquiert une renommée internationale avec Ma Vie de Chien, nommé deux fois aux Oscars. Il débute ensuite une carrière américaine, en 1991, avec Ce Cher Intrus, puis enchaîne en 1994 avec Gilbert Grape réunissant Johnny Depp et Leonardo DiCaprio. Lasse Hallström tourne alors le sublime L'Œuvre de Dieu, la Part du Diable en l'an 2000, d'après le livre de John Irving et décroche sept nominations aux Oscars (dont Meilleur Film et Meilleur Réalisateur). L'année suivante, il poursuit avec Le Chocolat qui récolte, quant à lui, cinq nouvelles nominations dans la course aux célèbres statuettes (dont Meilleur Film et Meilleur Actrice). En 2005, pour Touchstone Pictures, il réalise Casanova dans laquelle Heath Ledger interprète le rôle-titre du célèbre séducteur de Venise. Depuis, ce prolifique réalisateur livre presque un film par an ; avec, entre autre en 2014, un autre film distribué par Touchstone, Les Recettes du Bonheur.

Comme beaucoup de blockbusters, Casse-Noisette et les Quatre Royaumes a droit à un mois de reshoots : malheureusement à cause d'un problème de planning, Lasse Hallström n'est pas en mesure de se libérer pour les tourner si bien que les studios Disney décident alors de choisir Joe Johnston pour les mener. Chose rare dans pareil cas, Lasse Hallström propose gentiment que Joe Johnston soit désigné dans le générique en temps que co-réalisateur.
Ce réalisateur, bien connu des fans des productions des labels de Mickey, débute véritablement sa carrière, en 1977, en qualité de collaborateur sur les effets spéciaux de La Guerre des Étoiles. Ce baptême du feu prestigieux lui ouvre alors la voie royale puisqu’il devient, à sa suite, responsable dans le même registre sur les deux autres volets de la  mythique saga de science-fiction, L'Empire Contre-Attaque et Le Retour du Jedi. Il enchaîne sur les effets spéciaux des (Les) Aventuriers de l'Arche Perdue, pour lesquels il remporte un Oscar. Proche collaborateur de George Lucas et de Steven Spielberg, Joe Johnston officie ensuite en qualité de directeur artistique sur Indiana Jones et le Temple Maudit et de superviseur des séquences aériennes sur Always. Après avoir assuré, en 1987, le poste de réalisateur de la seconde équipe sur Miracle sur la 8ème Rue puis, l'année suivante, produit, pour Lucasfilm Ltd., le film fantastique Willow, il se lance, en 1989, dans la mise en scène avec Chérie, J'ai Rétréci les Gosses pour Walt Disney Pictures. Il connaît ainsi un large succès public et confirme, par la même, son goût prononcé pour la fantaisie, l'aventure et les prouesses techniques les plus osées. Joe Johnston signe, deux ans plus tard et toujours chez Disney, le film d'action Rocketeer. Il revient dans le giron de Mickey en 2004 avec Hidalgo - Les Aventuriers du Désert qui sort, cette fois-ci, chez Touchstone Pictures. Enfin, parmi ses réalisations les plus remarquables, se doivent d’être soulignées Jumanji en 1995, Jurassic Park III en 2001, Wolfman en 2010 et le superbe Captain America - First Avenger en 2011 chez Marvel Studios.

Ce qui impressionne au premier abord dans Casse-Noisette et les Quatre Royaumes est sûrement l'ambiance qui s'en dégage dès les premières minutes. L'opus transporte immédiatement dans les fêtes de Noël, que cela soit dans le monde réel ou dans les Quatre Royaumes. Grâce à des décors splendides et des costumes superbes, le long-métrage est, en effet, un émerveillement à regarder. Le spectateur passe la première demi-heure à s'extasier devant tout ce qu'il voit et se retrouve dans un cocon emmitouflant avec l'impression d'être devant un bon feu de cheminée. L'opus est dépaysant, magique et enchanteur. La magie de Noël transpire à chaque bobine. Alors bien sûr, certains reprocheront les décors numériques dont les derniers films Disney à prises de vues réelles se sont fait un chantre depuis Alice au Pays des Merveilles en 2010, mais il serait faire preuve de mauvaise foi de prétendre que le film est laid tellement il est visuellement époustouflant. Enfin, il sera salué l'ode à la science et à la mécanique avec un petit côté steampunk sans exagération et très sympathique.

Le scénario prend le pari de s'éloigner du conte originel pour le réinventer. La véritable héroïne est donc Clara : le film tournant autour de son histoire, de sa quête d'elle-même alors qu'elle a du mal à sortir du deuil de sa mère. Le récit repose sur la confiance en soi, la transmission de valeur entre une mère et sa fille, mais aussi les fausses apparences et les intentions qui se cachent derrière. Certes, la trame n'a rien d'innovante ni de surprenante mais elle fonctionne plutôt bien et le spectateur suit la quête de Clara au sein des Quatre Royaumes avec plaisir. Il ressentira peut-être une petite baisse de régime en milieu de long-métrage mais globalement il passe du bon temps en gardant à l'esprit qu'il est clairement devant un film pour les enfants cherchant magie, émerveillement et voyage dans un pays enchanteur. Le choix d'avoir fait de Clara la princesse de ce monde n'est ainsi en rien anodin : le but étant clairement de rendre le personnage encore plus magique pour les petits afin qu'ils s'identifient à elle. Eux aussi vont sûrement avoir envie de plonger dans un monde extraordinaire et devenir le prince ou la princesse de la contrée de leur rêve.

Dans le visuel et l'histoire, Casse-Noisette et les Quatre Royaumes donne vite l'impression d'être un mélange entre le film Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton et Le Monde de Narnia - Chapitre 1 : Le Lion, la Sorcière Blanche et l'Armoire Magique. Il faut dire qu'il prend quelques éléments des deux pour mieux se les approprier et se faisant dès lors vite pardonner cet emprunt tant il s'avère plus convaincant que ses aînés. Le personnage de Clara est ainsi bien plus attachant qu'Alice ou les quatre enfants de Narnia. Le spectateur s'émerveille avec elle et comprend le manque que l'absence de sa mère a provoqué. De plus, elle n'est pas, contrairement aux deux autres films, une chevalière en armure même si elle ne s'interdit pas de réparer les erreurs qu'elle a commises quitte à rentrer dans la bataille. Casse-Noisette et les Quatre Royaumes s'amuse également à rendre hommage à ses différentes inspirations grâce à une jolie scène de ballet sans oublier un sympathique clin d'oeil à Fantasia.

Certains adultes et critiques reprocheront sûrement à Casse-Noisette et les Quatre Royaumes de s'être trop éloigné du conte originel. Le film s'en est, en effet, servi d'inspiration mais a choisi de réinventer totalement le propos en se focalisant principalement sur Clara. Le personnage de Casse-Noisette n'est ainsi plus un prince et l'histoire d'amour entre lui et Clara a été complètement gommée. Il s'agit ici plutôt d'une amitié platonique ; Casse-Noisette étant plus un guide, un confident et un garde du corps. Il est, en outre, bien plus secondaire que dans le conte. Le rôle des autres personnages est aussi chamboulé et aucun d'eux n'est là où les spectateurs les attendent de prime abord même si tous devinent très vite où les réalisateurs veulent les amener. De même, les Quatre Royaumes sont certes explorés mais assez rapidement. Sur ce point, le titre du film est en réalité assez trompeur car il ne parle pas du personnage principal mais uniquement des destinations de Clara dans cette quête hors norme. Il vaut donc mieux se fier à l'affiche, beaucoup plus fidèle, pour mettre en avant qui et quoi est important dans le film.

Le casting et les personnages de Casse-Noisette et les Quatre Royaumes est plutôt sympathique même s'il constitue à l'évidence le point faible de l'ensemble.
Heureusement, le premier rôle de Clara Stahlbaum est lui réussi !. La jeune actrice Mackenzie Foy apporte, en effet, toute sa fraîcheur et sa spontanéité rendant son personnage particulièrement attachant. La jeune Clara est ainsi une férue de mécanique et de science mais sait s'émerveiller devant le monde fantastique qui s'ouvre à elle sans jamais en rejeter l'improbabilité. Sa relation avec sa mère et le chemin qu'elle doit parcourir pour vivre désormais sans elle est, en outre, le cœur du film et ce qui la relie vraiment aux spectateurs.
Jayden Fowora-Knight est, quant à lui, le Casse-Noisette, alias le Capitaine Philip Hoffman. Il joue ici le protecteur, le guide et l'ami de la belle Clara. Sympathique, il est tout de même un peu transparent et lisse ; une situation dommageable puisqu'il est censé être le personnage central du conte et du ballet. Il y a là peut-être la véritable déception du film !
Keira Knightley (la fameuse Elizabeth Swann dans la saga Pirates des Caraïbes) incarne ici La Fée Dragée. L'actrice s'amuse visiblement comme une folle dans le portrait de l'une des quatre souveraines des Quatre Royaume. Toute en sucre et à la voix suave, elle y ajoute parfois quelques expressions en français pour donner à la Fée un amusant petit côté guindé. Elle a tout de même tendance à en faire un peu trop, frôlant parfois la caricature.
Helen Mirren (vue récemment dans le film Touchstone PicturesLes Recettes du Bonheur) assume, elle, un rôle un peu à contre emploi en tant que Mère Gingembre, la souveraine du Quatrième Royaume sombre et inquiétant. Le personnage s'allie, en effet, avec le Roi des Souris pour dérober à la jeune Clara un objet qui lui appartient et auquel elle tient particulièrement.
Morgan Freeman, le grand acteur qui joue pour la première fois dans un film Disney, campe, pour sa part, le parrain Drosselmeyer. Même s'il n'a qu'un petit rôle au début et à la fin du long-métrage, il y apporte toute sa chaleur et sa bienveillance. 
De même, il faut signaler l'intervention de Matthew Macfadyen qui joue Mr. Stahlbaum, le père de Clara. L'acteur apparaît  certes peu dans le film, et dit peu de mot, mais arrive parfaitement à retranscrire les émotions de ce mari accablé par la perte de sa femme et de ce père désemparé sur l'attitude à adopter avec ses enfants.

Si le casting pêche, la musique de Casse-Noisette et les Quatre Royaumes fait elle des merveilles. Le compositeur James Newton Howard, dont les fans Disney se rappellent pour les superbes partitions de Dinosaure, Atlantide, l'Empire Perdu, La Planète au Trésor - Un Nouvel Univers et Maléfique, est au meilleur de sa forme. Il réutilise ainsi de façon intelligente certains extraits du ballet de Piotr Tchaïkovski tout en insufflant sa propre touche. Il rend le film encore plus féerique, envoûtant et épique. Il sera, en outre, salué la chanson du générique Fall On Me interprétée magnifiquement par Andrea Bocelli et son fils Matteo Bocelli.

Étonnamment, Casse-Noisette et les Quatre Royaumes se fait méthodiquement descendre par la critique aux États-Unis et étrangement encore plus qu'Un Raccourci dans le Temps qui était, lui, bien plus clivant. Si tout le monde salue  le visuel - certains critiquant toutefois, encore et toujours, l'utilisation trop importante du CGI -, le scénario est lui jugé en carton et les personnages creux. Le film souffre également du syndrome des aléas de production qui fait que les critiques partent souvent avec un a-priori négatif sur lui. En attendant, avec un premier week-end à 20 millions de dollars, l'opus aura bien du mal à rembourser son budget estimé à 130 millions de dollars. Son box office de démarrage se situe ainsi en dessous d'Un Raccourci dans le Temps (33 millions) et de Jean-Christophe & Winnie (24 millions) qui ont rapporté tous deux aux alentours de 100 millions de dollars aux États-Unis pour un budget moindre (respectivement 103 millions et 75 millions). Au final, sur les trois films films purement "Live" de Disney en 2018, Casse-Noisette et les Quatre Royaumes est le plus cher à produire mais celui qui aura eu le moins de succès.

Casse-Noisette et les Quatre Royaumes est un film parfait pour les fêtes de Noël. Il est assuré de transporter toute la famille dans un endroit merveilleux et enchanteur. Et s'il a de grande chance de passer inaperçu au cinéma, il risque de devenir un incontournable des fêtes de fin d'année à la télévision, en vidéo ou en streaming. Le temps lui rendra justice...

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