Éditeur :
Panini Comics
Date de publication France :
Le 02 janvier 2022
Genre :
Comics
Auteur(s) :
G. Willow Wilson (Texte)
Adrian Alphona (Dessin)
Jake Wyatt (Dessin)
Ian Herring (Couleur)
Sara Pichelli (Couvertures)
Justin Ponsor (Couvertures)
Jamie McKelvie (Couvertures)
Matt Wilson (Couvertures)
Kris Anka (Couvertures)
Salvador Larroca (Couvertures)
Nombre de pages :
256

Le sommaire

  • Introduction
  • Métamorphose (Ms. Marvel Vol. 3 #1) (2014)
  • Toute l'Humanité (Ms. Marvel Vol. 3 #2) (2014)
  • Entrée Latérale (Ms. Marvel Vol. 3 #3) (2014)
  • Après le Couvre-Feu (Ms. Marvel Vol. 3 #4) (2014)
  • Légende Urbaine (Ms. Marvel Vol. 3 #5) (2014)
  • Facteur Guérisseur (1) (Ms. Marvel Vol. 3 #6) (2014)
  • Facteur Guérisseur (2) (Ms. Marvel Vol. 3 #7) (2014)
  • Génération Y (1) (Ms. Marvel Vol. 3 #8) (2014)
  • Génération Y (2) (Ms. Marvel Vol. 3 #9) (2014)
  • Génération Y (3) (Ms. Marvel Vol. 3 #10) (2014)
  • Génération Y (4) (Ms. Marvel Vol. 3 #11) (2015)
  • L'Esprit en Friche (Extrait de All-New Marvel NOW! Point One) (2014)
  • Couvertures Alternatives
  • Recherches Graphiques

La critique

rédigée par
Publiée le 03 juin 2022

Dès son arrivée au début de l'année 2014 dans les librairies américaines, Miss Marvel, alias Kamala Khan, frappe un grand coup (de poing) dans le petit monde du comics et rencontre un succès qui surprend tout le monde, y compris dans les rangs de la Maison des Idées. Représentante d'un pays gangrené par le « wokisme » selon les uns, figure d'une Amérique plus diverse que jamais pour les autres, Kamala ne laisse personne indifférent. Avec Ms. Marvel - Tome 1 : Kamala Khan, Panini Comics propose à son lectorat de découvrir les premiers pas de l'attachante super-héroïne de Jersey City dans la collection Marvel Next Gen.

C'est à l'autrice G. Willow Wilson que Marvel doit, en grande partie, le carton de Ms. Marvel. Née le 21 août 1982 dans le New Jersey, G. Willow Wilson se passionne très tôt pour l'univers des super-héros, notamment les Mutants de l'univers Marvel dont elle suit les aventures à la télévision à travers la série animée X-Men (1992-1997, Fox Kids). Alors qu'elle étudie l'Histoire à l'Université de Boston, Wilson se tourne vers la religion et songe à se convertir, d'abord au judaïsme, avant de choisir l'Islam. C'est toutefois lors de son séjour au Caire, où elle a accepté un poste d'enseignante, que la jeune femme embrasse totalement la foi. De retour aux États-Unis, G. Willow Wilson poursuit une carrière d'autrice et de journaliste entamée en Égypte. En 2007, elle est remarquée par la critique après avoir publié chez Vertigo son premier roman graphique, Cairo, assistée des pinceaux de l'artiste M. K. Perker. L'année suivante, sa nouvelle série régulière, Air, toujours créée en collaboration avec M. K. Perker pour Vertigo, lui attire à nouveau les louanges de la presse comme du public, ainsi qu'une nomination aux Eisner Awards dans la catégorie de la Meilleure Nouvelle Série. En 2010, elle signe The Butterfly Mosque : A Young American Woman's Journey to Love and Islam, une autobiographie publiée chez Grove Press/Atlantic Monthly Press. Depuis lors, l'autrice s'est essayée à de nombreux genres littéraires, qu'il s'agisse de son premier roman, Alif L'Invisible (Buchet/Chastel, 2013), ou de son passage chez DC Comics sur la série Wonder Woman en 2018.

Lorsque la talentueuse éditrice Sana Amanat (Hawkeye, La Vie de Captain Marvel) et le respecté Stephen Wacker (The Amazing Spider-Man) contactent G. Willow Wilson pour écrire un tout nouveau comics mettant en scène une jeune héroïne musulmane, l'autrice est certes emballée, mais pas sereine pour autant. Il faut dire que Wilson est bien consciente d'une certaine réalité du marché des comics, comme elle l'a expliqué à de nombreuses reprises dans plusieurs médias : « C'était le tiercé de la mort. Les nouveaux personnages ne font pas vendre. Les personnages féminins ne font pas vendre. Les personnages issus de minorités ne font pas vendre. » C'est donc dire que la pression sur les épaules de Wilson est grande ! Pendant un an, Sana Amanat et G. Willow Wilson s'attachent à peaufiner l'histoire de leur nouvelle héroïne. Va-t-elle porter un voile ? Quelles sont ses origines ? Comment lui choisir un costume et des pouvoirs, et quelle sera la réaction des lecteurs ? Chaque réunion entre les deux femmes soulève de nouvelles questions, d'autant que, de l'aveu même de G. Willow Wilson, Marvel lui laisse carte blanche pour imaginer son personnage. Certes, de nombreuses critiques grondent déjà, accusant une fois encore Marvel de céder aux pressions de la bien-pensance, mais ce qui surprend davantage l'autrice, c'est l'engouement évident que suscite Kamala Khan auprès de toute une communauté de fans ; plusieurs cosplays et autres dessins fleurissent déjà sur la toile alors que le premier numéro n'est même pas encore paru ! C'est finalement le 5 février 2014 que Ms. Marvel #1 est édité, avec un succès fulgurant : non seulement le numéro connaît huit tirages pour répondre à la demande, mais il devient aussi le comics Marvel le plus vendu en édition numérique.

Kamala Khan est une adolescente de 16 ans somme toute ordinaire. Toutefois, sa vie va prendre un tournant pour le moins inattendu un soir où elle se rend à une fête, et ce malgré l'interdiction formelle de ses parents. Moquée par ses camarades sur place, Kamala quitte rapidement les lieux, furieuse. Alors qu'elle rentre chez elle, la jeune fille marche dans les rues de Jersey City baignées d'un étrange brouillard qui n'est autre que de la brume teratogène, libérée par la détonation d'une bombe dans le crossover Infinity. Au contact du brouillard, Kamala s'évanouit. À son réveil, la jeune fille émerge d'un cocon, mais elle a désormais l'apparence de celle qui se faisait appeler Miss Marvel fut un temps... Carol Danvers !

Très vite, Kamala comprend qu'elle possède maintenant des pouvoirs polymorphiques, même si elle ne connaît pas encore sa nature d'Inhumaine. Au fil de ses aventures, l'adolescente va d'abord utiliser ses dons pour se faire passer pour Carol Danvers avant de se forger sa propre identité. Si elle reprend bien le pseudonyme de Miss Marvel laissé vacant, Kamala combat désormais le crime sous sa véritable apparence, revendiquant au passage le titre de justicière de Jersey City ! À travers les onze numéros que compte ce premier tome édité par Panini Comics, G. Willow Wilson explore les différents pouvoirs de Kamala. Assez vite, les métamorphoses sont laissées de côté pour se concentrer sur ce qui fait tout le charme de cette Miss Marvel 2.0. : ses capacités morphogéniques. Kamala peut ainsi modifier à volonté la taille de ses membres ; en allongeant ses bras et en faisant grossir ses emblématiques poings, la jeune fille délivre par exemple des uppercuts capables de mettre au tapis les adversaires les plus coriaces ! Dans le même ordre d'idées, ses pouvoirs lui permettent également de grandir ou de rapetisser pour aborder au mieux chaque situation. Enfin, Miss Marvel possède un facteur guérisseur qui l'aide à se rétablir rapidement après d'importantes blessures, ce qui lui sera d'ailleurs très utile dans ses premières aventures, alors qu'elle fonce tête baissée face au danger.

Depuis ses débuts, Kamala Khan est souvent comparée à Peter Parker. Comme Spider-Man, Kamala est charmante, certes, avec sa maladresse, son caractère enjoué et son côté « loseuse », mais ce qui rapproche véritablement les deux héros, c'est surtout l'identification immédiate qu'ils suscitent et la crédibilité de leurs sentiments. Il faut ici saluer l'excellent travail de G. Willow Wilson qui a réussi à rendre l'adolescente réaliste et complexe, au lieu d'en faire un simple « personnage caution » comme il en existe dans pléthore d'œuvres et qui ne servent ultimement qu'à donner bonne conscience à leurs créateurs, qui se targuent d'être inclusifs. L'autrice, à l'inverse, s'engage dès le premier numéro dans une démarche sincère, en peignant le portrait d'une jeune femme qui a parfois du mal à concilier sa vie d'adolescente américaine avec sa foi. Née à Jersey City de parents ayant fui le Pakistan, « loin du chaos, de la corruption et des bombes » (Ms. Marvel #9), pour trouver un refuge aux États-Unis, Kamala est, de facto, écartelée entre plusieurs sphères sociales toutes régies par des codes complètement différents. Pour elle, il n'est jamais question de rejeter la religion, mais plutôt de chercher à la cerner et à l'incorporer dans sa vie de jeune Américaine de la génération Y, ou milléniale. C'est ainsi qu'elle questionne par exemple le Cheikh Abdullah sur la séparation entre les hommes et les femmes dans sa mosquée, et qu'elle adapte même son burkini pour qu'il devienne son costume de super-héroïne. L'autrice aborde donc le sujet de la religion avec une certaine philosophie tout en s'autorisant, çà et là, quelques pointes d'humour. Dans le premier numéro, Kamala salive par exemple en sentant l'odeur du bacon, la « délicieuse viande impie », avant de faire face avec son amie Nakia à la très populaire Zoé qui assène d'un ton superficiel que « les cultures, c'est passionnant. »

Si les questions religieuses émaillent le comics, Ms. Marvel est avant tout l'histoire d'une jeune ado « paumée ». Véritable geek fan de super-héros et autrice assidue de fanfictions sur le net, Kamala est aux antipodes de ce que n'importe quel élève de son lycée considère comme « cool ». En ce sens, elle est une nouvelle fois à rapprocher de Peter Parker, puisque comme le jeune homme à ses débuts, Kamala est une marginale qui voudrait s'intégrer mais qui ne sait pas comment s'y prendre. Elle peut toutefois compter sur le soutien indéfectible de son ami Bruno, qui apprend très vite sa véritable identité et qui accepte de l'aider dans ses missions, ainsi que sur Nakia, une jeune femme élégante et sérieuse.
La vie de famille de l'adolescente n'est pas non plus de tout repos, et sa carrière naissante de super-héroïne ne va rien arranger à l'affaire, car comme Kamala s'en rend très vite compte, il est difficile de concilier son identité secrète avec sa vie privée... Surtout face à des parents surprotecteurs. À travers son personnage, G. Willow Wilson parle donc à tous les adolescents d'hier et d'aujourd'hui en convoquant des situations quotidiennes dans lesquelles n'importe quel lecteur peut sans peine se reconnaître. À n'en pas douter, l'une des plus grandes réussites de Ms. Marvel tient finalement dans son universalité, au même titre que les aventures de l'attachant Peter Parker ont su conquérir des générations de lecteurs depuis 1962.

Enfin, si la série connaît une telle popularité à son lancement, c'est aussi parce qu'elle souhaite s'adresser avec beaucoup d'humour aux millénials, sorte de laissés-pour-compte d'un monde en décrépitude. Biberonnés aux images choc et aux messages alarmistes des spécialistes de l'environnement, beaucoup de jeunes millénials vivent aujourd'hui déchirés entre la volonté de se battre contre les injustices et un certain cynisme lorsque leur regard se tourne vers les destructions, notamment environnementales, causées par des siècles d'abus et d'industrialisation massive. G. Willow Wilson, qui fait elle-même partie de cette démographie, s'est emparée de cette façon de penser le monde pour façonner l'univers dans lequel évolue Miss Marvel. Au milieu du chaos, Kamala Khan apparaît donc comme le symbole d'un positivisme sans bornes et d'un esprit guerrier. Kamala croit en un monde meilleur, elle veut aider les gens et réparer les injustices, mais l'adolescente va, à plusieurs reprises dans la série, être confrontée à la réalité : elle ne pourra jamais sauver tout le monde, et elle va bien devoir l'accepter.
Dès le second numéro de la série, la philosophie de Kamala est d'ailleurs esquissée, lorsque la jeune femme se souvient d'un passage du Coran que son père cite fréquemment face à l'adversité : « Tuer un seul homme revient à tuer toute l'humanité... Et sauver une seule vie revient à sauver l'humanité. Quand j'étais petite, ça me rassurait toujours. Car ça veut dire qu'en cas de problème... Il y a des gens qui foncent à la rescousse. » L'autrice pousse même le paroxysme jusqu'à proposer, dans les numéros #8 à #11 de sa série, une caricature des millénials tels qu'ils sont souvent représentés dans les médias, c'est-à-dire engagés dans un militantisme excessif ! Débordant d'une fausse bêtasserie, l'arc narratif embrasse en réalité un ton parodique qui sert de manière amusante le propos de l'autrice.

La partie graphique de Ms. Marvel est confiée à l'artiste canadien Adrian Alphona, très à l'aise dans l'illustration d'aventures adolescentes après avoir créé, aux côtés de Brian K. Vaughan, les personnages des Fugitifs de la série Runaways en 2003. Dans Ms. Marvel, Alphona met un point d'honneur à illustrer le plus justement possible les émotions ressenties par ses personnages en exagérant volontiers l'expressivité des héros. Lors des scènes d'action, le dessinateur met à profit les pouvoirs de Kamala pour jouer sans cesse avec les proportions d'une case à l'autre en dessinant des corps étranges et déformés. De manière similaire, Alphona prend visiblement beaucoup de plaisir à dessiner le mastodonte Gueule d'Or, le compagnon à quatre pattes des Inhumains, que l'artiste rend très expressif en accentuant son côté cartoonesque. Du reste, l'artiste adresse à l'occasion des clins d'œil au lectorat en glissant çà et là de petits détails cachés dans les décors et quelques gags visuels que les yeux les plus attentifs prendront plaisir à déceler. Ce très bon travail graphique est appuyé par le coloriste Ian Herring, un autre habitué de la Maison des Idées, qui privilégie ici les couleurs chaudes et feutrées, tout particulièrement lors des scènes dans le foyer des Khan, créant ainsi un sentiment de douceur et sécurité. À l'inverse, lors des séquences plus musclées, l'artiste fait plus souvent intervenir des tonalités froides, comme le bleu et le vert, pour offrir une atmosphère menaçante tout en faisant ressortir le costume de Kamala même au cœur de la nuit.

La nouvelle héroïne rencontre donc sans aucun mal son public parmi les lecteurs de comics Marvel, mais la critique spécialisée couvre elle aussi de louanges l'équipe artistique : Ms. Marvel décroche ainsi en 2015 pas moins de cinq nominations aux Eisner Awards, les Oscars du monde des comics. Et si Kamala repart malheureusement bredouille lors de la prestigieuse cérémonie, elle prend sa revanche dès l'année suivante en décrochant le Prix de la Série au Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême ! Depuis, Miss Marvel multiplie les apparitions dans divers médias, des séries animées Avengers Rassemblement (2013-2019, Disney XD) ou Spider-Man (2017-2020, Disney XD) en passant par le jeu vidéo Marvel's Avengers, édité par Square Enix en 2020, avant de débarquer en grande pompe sur Disney+ en 2022 dans sa propre série « live ».

Première super-héroïne musulmane à obtenir sa propre série, Kamala Khan est avant tout l'un des emblèmes d'une société en pleine mutation. Devenue une nouvelle icône de la Maison des Idées dès son apparition, cette Miss Marvel pleine de charme et de fraîcheur s'est donnée pour mission de rendre le monde un peu plus juste, un coup de poing à la fois. Dotée de beaucoup d'humour et d'une écriture moderne, Ms. Marvel est à découvrir d'urgence, tant Kamala Khan est de ces héroïnes dont le public ne peut que tomber amoureux.

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