Éloïse / Eilonwy
Date de création :
Le 24 juillet 1985
Nom Original :
Eilonwy
Créateur(s) :
Glen Keane
Mark Henn
Andreas Deja
Apparition :
Cinéma
Livres
Parcs
Voix Originale(s) :
Susan Sheridan
Voix Française(s) :
Barbara Tissier (doublage de 1985)
Chantal Macé (doublage de 1998)

Le portrait

rédigé par Claire Royo
Publié le 06 février 2022

Eilonwy, appelée Éloise dans le premier doublage français, est l’un des personnages qui suit les aventures du jeune Taram dans le film d’animation Taram et le Chaudron Magique (1985), inspiré de la saga de livres Les Chroniques de Prydain parue entre 1964 et 1968, dans laquelle la jeune fille est aussi présente. Bien qu'elle soit une princesse, elle n’a pourtant jamais été reconnue par la franchise Disney Princess créée en 2000 par Disney Consumer Products, sans doute parce qu’elle apparaît dans le dessin animé le plus sombre des studios. Eilonwy rencontre ainsi Taram dans le donjon du château du Seigneur des Ténèbres. À partir de ce moment, Eilonwy et sa boule lumineuse ne quitteront plus le jeune homme, et le suivront dans son aventure. Si la princesse appartient à un long-métrage de 1985, précédé par d'autres dessins animés mettant en scène des personnages féminins doux et discrets, elle n’en est pas moins une jeune fille ayant un fort caractère, très débrouillarde et courageuse.

Une Princesse Courageuse et Directive

Eilonwy apparaît pour la première fois dans les cachots du château du Seigneur des Ténèbres, alors que Taram est enfermé dans une cellule, désespéré d’avoir échoué à sa mission d’escorter son cochon Tirelire à la lisière de la forêt interdite. Alors que le héros se lamente sur son sort, une dalle du sol est soudain déplacée pour laisser passer une boule lumineuse, puis la princesse. Elle s’extirpe du trou le sourire aux lèvres, regarde autour d’elle et dit, pensant se trouver seule : « J’ai cru entendre un bruit ici », avant de se tourner vers le jeune homme. Elle dit alors « Oh, c’était toi ? […] Tu as été fait prisonnier n’est-ce pas ? […] Moi aussi je suis enfermée contre ma volonté ». Tandis qu’elle parle, la boule lumineuse joue avec Taram, et quand ce dernier constate qu’elle éclaire beaucoup, la princesse lui dit « Hahaha, évidemment, elle est magique ! », sur un ton tout à fait banal. 

Comme si la situation n’avait rien d’anormal, elle poursuit avec un grand calme, en époussetant sa robe : « ces cachots sont un cauchemar, s’il n’y a pas de rat ce sera déjà ça ! Au fond, je ne les déteste pas, mais ils m’agacent, parce qu’à tout moment, ils vous sautent dessus ». Alors qu’elle vient tout juste de rencontrer Taram, la jeune fille se livre donc à lui sans méfiance, et se permet une remarque très détachée par rapport à la gravité de la situation. Elle est dès lors présentée comme un personnage calme et réfléchi. Elle change ensuite totalement de sujet et enchaîne par « Je suis la princesse Eilonwy. Es-tu un seigneur ? Un chevalier ? ». Quand le jeune homme lui avoue être un valet de ferme, son sourire s’estompe et elle répond très franchement : « oh, que je suis déçue, je cherchais si désespérément quelqu’un qui m’aide à m’évader ! ». Après cet aveu très direct, la princesse poursuit tout naturellement : « Enfin, si tu veux venir avec moi tu peux », et quand Taram lui demande tout ébahi de joie « c’est vrai ? », elle lui répond encore une fois comme si tout était normal « bien sûr ! Je viens de te le dire ! », tout en redescendant par la trappe au sol. 

Une fois descendus dans les souterrains sous les donjons, Eilonwy donne la raison de sa présence : « Oh, quel méchant méchant seigneur ! Il m’a enlevée pensant que ma loupiole lui dirait où trouver un vieux chaudron magique ! ». Quand le jeune homme lui avoue que le Seigneur des Ténèbres a enlevé Tirelire pour la même raison, elle lui rétorque « ah oui, ton saucisson à pattes ! » et, apprenant que le cochon a des pouvoir magiques, se moque ouvertement du porcher. Elle enchaîne d’un ton sarcastique « oh ! Que c’est intéressant ! », avant de pouffer. Prenant les devants, c’est la princesse qui guide Taram dans les méandres des souterrains, et non l’inverse : Eilonwy semble ici indépendante, courageuse et forte, et va même jusqu’à dire au jeune homme « tu ferais mieux de rester près de moi si tu ne veux pas te perdre ». Cette posture est assez rare en 1985 chez un personnage féminin, et encore plus chez une princesse : Eilonwy bouscule ainsi les rôles dès sa première apparition !

C’est d’ailleurs sa loupiole qui va trouver une mystérieuse chambre mortuaire. La jeune fille prend alors la parole tandis que la boule lumineuse inspecte la pièce : « une chambre mortuaire ! Ce doit être le tombeau du grand roi à qui appartenait ce château, avant que le Seigneur des Ténèbres s’en empare ! ». Eilonwy n’hésite pas encore une fois à montrer sa curiosité et sa témérité : là où d’autres personnages n’auraient pas osé jeter un œil à l’intérieur de la salle, elle s’y précipite pour regarder au-dessus de l’épaule de Taram. Trop appuyés sur le vieux mur, ce dernier s'écroule, entraînant les deux personnages dans la chambre. En grande dame, elle ne tombe pourtant pas, contrairement au jeune homme, puis époussette à nouveau sa robe. 

En regardant Taram à terre, elle lui dit « tu n’as rien ? Alors viens vite ! Aide-moi à poursuivre nos recherches ! » avant de s’engager seule dans la chambre funéraire pour l’explorer. Pendant qu’il est occupé à admirer et dérober l’épée du défunt, Eilonwy observe Crapaud, le sbire du Seigneur des Ténèbres et guette pour s’échapper. La voie libre, les deux prisonniers s’engagent dans le couloir et font halte à un recoin : la princesse remarque à ce moment-là que Taram a dérobé l’épée de la chambre funéraire. Elle apparaît choquée de ce vol, même si le jeune homme souligne que « maintenant, elle ne lui servira plus à rien »… Eilonwy semble ici montrer qu’elle a de fortes valeurs, notamment le respect des morts, et une aversion pour le vol, quelles que soient les circonstances. 

C’est aussi la princesse qui ose regarder en premier le barde prisonnier, pendant qu'il se fait attacher par son geôlier. Une fois ce dernier parti, elle entre sans peur dans le cachot et dit simplement « bonjour » avec un grand sourire, coupant le barde Ritournelle dans sa plainte. Elle continue par « nous allons vous détacher tout de suite. Je suis la princesse Eilonwy, et je crois que vous avez quelques petits ennuis », pendant que Taram se charge de défaire les liens. Face au grand calme de la jeune fille, le barde panique et prononce un discours totalement opposé à la voix posée de la princesse « Quoi ?! Petits ?! Savez-vous où vous êtes ? L’avez-vous vu, lui ?! ». 

Pendant qu’ils s’empressent de le détacher, des gardes reviennent et obligent la princesse et Taram à fuir se cacher. Les deux personnages se séparent alors sur un pont. Lorsqu'Eilonwy rejoint Taram peu après, il vient tout juste de découvrir les pouvoirs magiques de sa nouvelle épée. Le jeune héros lui dit aussitôt d’un air soulagé « Dieu soit loué ! Vous êtes sauve ! », ce à quoi elle répond avec son ton détaché et rationnel habituel « mais bien sûr ! », puis se laisse entraîner par Taram dans les couloirs du château. 

Alors que des gardes arrivent dans un escalier, le jeune homme use de son épée qui se remet à étinceler, cette fois-ci devant les yeux ébahis de la princesse. Elle s’exclame, croyant que c’est aussi la première fois que le héros est témoin de cet effet : « Taram ! L’épée, regarde ! », puis va se mettre à l’abri en attendant qu’il batte les ennemis. Dans leur fuite, ils finissent coincés face à la grande porte du château, et la princesse, effrayée par la hache qui a failli l’atteindre, supplie le jeune homme : « Taram ! Fais quelque chose ! Sers-toi de l’épée ! ». Ses conseils sont efficaces, car le héros se sert de son arme pour briser les chaînes du pont-levis. Ils s’échappent ensemble, rejoints par le barde. 

Quand le spectateur retrouve les trois acolytes, la princesse raccommode le pantalon du barde, déchiré dans sa fuite par le chien d’un gardien. Alors qu’elle examine son œuvre en train de se détacher, elle dit « j’ai presque fini Ritournelle. Ce n’est pas très bien fait, mais ça tiendra quelques temps ! » : la princesse est honnête, et introduit ici une note d’humour après la scène sérieuse où est montré le Seigneur des Ténèbres. Elle poursuit sa conversation avec le barde en finissant sa couture : « vous devriez plutôt chanter notre héroïque évasion ! N’avez-vous pas eu peur, Ritournelle ? ». Quand celui-ci puis Taram nient avoir éprouvé ce sentiment, elle se pique à son aiguille et s’énerve : « pas eu peur ?! Alors que nous nous sauvions au péril de notre vie ! », et poursuit en affirmant que ce n’est pas le porcher mais son « épée magique » qui les a sortis du château. Elle souligne ensuite que l’épée « est magique, ça aide » avec un sourire malicieux. 

Agacé et piqué dans sa fierté, Taram lui répond par une remarque misogyne « une fille ça ne connaît rien aux épées de toute façon ! ». Eilonwy réagit alors très vite et s’emporte à son tour : « une fille ?! Une fille ?! Dis-toi bien que sans cette fille, tu serais encore dans le donjon du Seigneur des Ténèbres ! […] En tout cas moi je ne me vante pas du matin au soir ! C’est d’un ennui mortel ! ». Elle s'offusque face au barde qui tente de tempérer la situation : « comment osez-vous prendre sa défense ! », en lui lançant le pantalon à la figure. La dernière phrase de Taram « c’est une idiote, même si c’est une princesse », semble la blesser particulièrement : elle part la mine triste s’isoler dans la forêt. 

C’est la princesse qui fait le premier pas vers Taram peu après, séchant ses larmes et disant « Ritournelle a tout à fait raison, il faut que nous unissions nos forces, Tirelire doit être retrouvé ! Je sais bien que c’est capital ! ». Quand le jeune homme la remercie de l’avoir tiré de ce donjon, elle répond en toute modestie « oh, mais nous n’aurions rien pu faire sans toi ! ». Peu après, la princesse fait la rencontre de Gurgi, un petit être voleur que Taram a rencontré avant d’être fait prisonnier par le Seigneur des Ténèbres. Elle le trouve de suite « adorable », et prend sa défense quand il affirme avoir vu les empreintes du cochon recherché, tandis que ni le jeune homme ni le barde ne le croient. Elle dit sur un ton énervé « c’que vous êtes mauvaises langues ! Il sait peut-être quelque chose ! ». Elle se fait dès lors entraîner par le petit animal qui joue avec sa robe et la qualifie de « belle dame ». 

Pendant leur voyage sur les traces de Tirelire, Eilonwy aide Ritournelle à marcher, derrière Taram et Gurgi qui ouvrent le chemin. Alors que les compagnons arrivent devant un petit lac, les personnages sont aspirés : la princesse y tombe en tentant de tirer le jeune héros hors de l’eau. Les amis atterrissent ainsi dans un royaume sous-terrain peuplé de petits elfes. C’est la princesse qui reprend ensuite la parole, tandis que tous observent le roi des elfes Bedaine et Monsieur Ronchon tenter de réparer un échafaudage, disant « c’que vous êtes chous ! ». Elle semble attendrie par la petite silhouette de ses hôtes, et ne cesse de sourire en les regardant. 

Alors que plusieurs elfes lui tournent autour, elle s’exclame à l’attention du roi Bedaine « je n’en crois pas mes yeux votre majesté ! », et ne semble ni apeurée, ni violente avec eux, contrairement à Gurgi qui tente de les écraser comme des mouches. Telle une princesse, elle est ici gracieuse dans ses mouvements, souriante et curieuse de cette découverte. Pendant que le roi échange avec les amis sur le chaudron magique, Taram propose d’aller le trouver et de le détruire, afin d’anéantir le Seigneur des Ténèbres à jamais. Eilonwy exprime sa réticence, expliquant d’un regard inquiet « oh, il ne faut pas Taram ». Ce dernier continue son discours et, en prenant sa main, demande à la princesse de l’accompagner. Elle semble surprise de ce geste, mais aussi très touchée. 

Les elfes transportent alors les quatre compagnons en volant jusqu’au marais de Morva où, d’après le roi, se trouve le chaudron. Ici encore, Eilonwy montre sa grâce et sa délicatesse : elle est à l’aise dans son vol, tandis que Ritournelle semble perdre l’équilibre à chaque seconde. Dès leur arrivée, la princesse commente « c’que c’est lugubre ici ! », et relève sa robe pour éviter de l’accrocher. Arrivée en haut d’une colline, elle demande alors à Taram « nous nous sommes égarés ? », et ne semble pas du tout rassurée par le lieu sordide. 

Elle retrouve pourtant très vite son courage quand les aventuriers tombent sur une maison au cœur du marais, et dit en regardant par les carreaux « la maison a l’air déserte. Allons voir à l’intérieur, on ne sait jamais ». En rentrant juste après Taram, et bien avant le barde qui semble mort de peur, elle ne se soucie pas d’être discrète au cas où un danger se cacherait, et dit à voix haute tout en poussant des toiles d’araignées sans dégoût « je ne vois vraiment pas comment nous pourrions trouver le chaudron magique ici ». Après avoir fouillé la maison sans manifester aucune peur, Eilonwy découvre avec les autres personnages une salle remplie de chaudrons. Sa boule lumineuse n’hésite pas à survoler la salle, et la princesse dit alors « je n’y comprends plus rien, qui peut… Qui peut avoir besoin de tellement de… », et se retourne brusquement, coupée par le cri d’une des trois sorcières du marais. 

Eilonwy montre peu après sa naïveté : quand les trois sorcières disent qu’elles vont leur donner le chaudron, elle s’exclame avec un sourire « comment ? Vous nous en faites cadeau ? ». Les vieilles femmes se moquent alors d’elle et de sa candeur. Alors que Taram se résigne à échanger son épée magique contre le chaudron, elle s’interpose immédiatement et tente de l’en dissuader : « Non Taram ! Non ! », avant de finalement le laisser avancer, après avoir parlé avec le jeune garçon. Ici encore, la jeune princesse n’hésite pas à s’interposer et faire face au danger. 

Après l’échange, le chaudron magique sort enfin de terre pour apparaître devant les quatre compagnons. Les trois sorcières, tout à coup présentes dans un sombre nuage, les préviennent que seul un sacrifice peut endormir son pouvoir. Ritournelle prend alors la parole pour leur rappeler le marché passé il y a quelques instants promettant le chaudron contre l’épée. La princesse n’a pas peur de renchérir et dit les poings sur les hanches et les sourcils froncés « oui ! le chaudron, vous nous l’avez cédé ! ».

Peu après, les compagnons se retrouvent autour du feu, tristes et démunis face au chaudron magique indestructible, à moins d’un sacrifice volontaire d’un être vivant. Taram a l’impression de n’être plus rien sans son épée magique qu’il a dû céder aux trois sorcières, mais la princesse le contredit très vite en lui disant « non, tu es un garçon merveilleux, il faut avoir confiance en toi, moi j’ai confiance en toi ». Le jeune homme retrouve alors le sourire, et va presque embrasser Eilonwy, avant que tous deux éclatent de rire devant un grand baiser que Gurgi donne à Ritournelle, tout ému de la situation. 

Cet échange de paroles est le premier moment de complicité amoureuse entre Taram et la princesse, et apporte un caractère touchant à la fois au film d’animation et aux deux personnages. Il est cependant vite abrégé par l’arrivée des griffus du Seigneur des Ténèbres, deux dragons envoyés pour les retrouver, suivis de toute une armée. Tous les héros sont ainsi capturés excepté Gurgi, qui parvient à se cacher avant leur arrivée. Parvenus au château, les trois amis sont attachés devant le chaudron magique et sont témoins du spectacle que ce dernier offre : la résurrection des soldats morts du Seigneur des Ténèbres. Horrifiée par cette vision, la jeune fille dit « j’ai bien peur que ce soit la mort qui nous attende ». Tout semble perdu quand Gurgi arrive devant les compagnons et les détache. Taram, libéré, part aussitôt pour se sacrifier dans le chaudron, Eilonwy lui criant un désespéré « oh, mais Taram c’est impossible, tu vas mourir ! Taram ! Je t’en prie Taram, non ! pas ça ! ». 

Contre toute attente, c’est Gurgi qui prend la place de Taram et se jette dans le chaudron. Le jeune homme, bien que très triste, prend la situation en main et demande à Ritournelle d’emmener la princesse pour la protéger. Ils ne partent cependant pas loin, et Taram les rejoint après la mort du Seigneur des Ténèbres, englouti dans le chaudron magique. Tous trois fuient le château qui tombe en ruine sous leurs pieds, et se réfugient dans une barque. Une grille fermée leur barre alors le chemin, et Taram tente de la déverrouiller, pendant que la princesse le supplie d’être prudent. 

Ils parviennent tout juste à sortir des douves du château avant que ce dernier ne s’écroule. Sur la coque de la barque retournée, ils rament jusqu’à la berge et voient alors le chaudron magique remonter à la surface. Quand les trois sorcières réapparaissent pour reprendre le chaudron et négocier, la princesse ne prend cette fois-ci pas la parole. Gurgi est échangé contre le chaudron et déposé sur la berge : face à cette scène, Eilonwy a les larmes aux yeux, qui disparaissent très vite, car Gurgi revient à la vie, à la plus grande joie des compagnons.

Le petit animal profite d’un câlin entre Taram et la princesse pour les pousser à s’embrasser, avant que tous les quatre se dirigent ensemble vers un pré verdoyant et fleuri, le sourire aux lèvres. Après cette scène, les quatre compagnons partent sur la route avec une démarche joyeuse, prêts pour de nouvelles aventures. La princesse est donc finalement pleinement intégrée à la troupe, ce qui souligne son évolution par rapport au début du film, où elle était montrée très autonome et en conflit avec Taram.

Eilonwy dans la saga Les Chroniques de Prydain

Eilonwy a été inventée par Lloyd Alexander, auteur de la saga de livres Les Chroniques de Prydain parue entre 1964 et 1968. Dans le premier tome, Le Livre des Trois, la princesse fait son apparition dès les premiers chapitres, et ne quitte ensuite plus le héros Taram. Avec sa voix « mélodieuse », et accompagnée de sa « babiole », ou boule lumineuse, Eilonwy est décrite pour la première fois ainsi : « […] elle avait non seulement de beaux yeux d’un bleu vif, mais aussi une longue chevelure blond vénitien qui lui tombait à la taille. Quoique souillée de terre, son visage était fin et délicat comme celui d’un elfe, avec des pommettes saillantes. Sa courte robe blanche tachée de boue était ceinturée de maillons d’argent. La fillette portait autour du cou un croissant de lune en argent au bout d’une fine chaîne. Bien que plus jeune que Taram d’un an ou deux, elle était aussi grande que lui ».


Eilonwy sur la couverture du tome 2 des Chroniques de Prydain, édition de 1980

Dès son apparition dans le livre, la princesse fait preuve d’un fort caractère : très habile avec les mots, elle a un esprit très rationnel, peu enclin à la panique, et n’hésite pas à faire des réflexions au jeune homme, tout comme dans le dessin animé de 1985. Quand elle se présente, Taram lui pose des questions peu précises selon elle, et elle n’hésite pas à lui faire remarquer : à son interrogation « que fais-tu ici ? », la jeune fille répond « je vous ai dit que j’habitais ici. Il faut vraiment vous expliquer les choses longuement pour que vous les compreniez. Mes parents sont morts et mes proches m’ont envoyée ici afin qu’Achren fasse de moi une enchanteresse. C’est une tradition familiale, voyez-vous. Les garçons deviennent des seigneurs de guerre, les filles des enchanteresses ». Dans le livre, Eilonwy est une princesse et rencontre Taram dans les cachots du château de sa tante enchanteresse, ce qui correspond partiellement à l’adaptation cinématographique. 


Eilonwy sur la couverture du tome 1 et 3 des Chroniques de Prydain, éditions de 1990

En découvrant les blessures de Taram dans le livre, elle dit calmement et sans aucune peur « comment vous êtes-vous fait ça ? Il faut croire que vous n’êtes pas très habile au combat, si vous vous laissez assommer et entailler de la sorte. Mais je suppose que ce n’est pas si souvent que les apprentis porchers sont appelés à accomplir de telles tâches ». Les discours de la princesse sont à la fois précis, rationnels et très longs : cette tendance à la digression n’est pas reprise par les réalisateurs des studios Disney Ted Berman et Richard Rich, sans doute pour répondre à la contrainte de la longueur du film d’animation final. 
La description du caractère affirmé de la princesse, ainsi que son apparence physique, à l’exception de la couleur de sa tenue, est bien respectée dans le Grand Classique de 1985. Ce dernier suit aussi le livre dans l’évolution du personnage d’Eilonwy, d’abord très sûre d’elle et hautaine par rapport à l’attitude de Taram, puis s’adoucissant peu à peu pour finalement devenir complice avec le héros. Malgré de nombreuses différences dans la narration et les aventures des compagnons, le personnage de la princesse reste donc fidèle au roman originel. Concernant l’apparence de la jeune fille, les couvertures jouent sur la description de sa chevelure « blond vénitien », entre le roux et le blond, en la représentant parfois rousse, et parfois plutôt blonde. C’est cette deuxième couleur que les studios Disney ont choisi de garder pour leur version du personnage.


Eilonwy sur la couverture du tome 2 des Chroniques de Prydain, édition de 2000

Eilonwy Adaptée par les Studios Disney

Les premières esquisses du personnage d’Eilonwy par les studios Disney ont été faites par l'artiste Tim Burton. Ce dernier avait en effet commencé à travailler sur l’adaptation des romans de Lloyd Alexander, et a livré plusieurs croquis de monstres très variés, mais aussi de Taram et de la princesse. Ces derniers correspondent tout à fait au style de Burton, mais sont le total opposé du résultat final visible dans le film. Eilonwy était représentée avec de longs cheveux blonds, ce qui correspond à la description du roman, un sourire malicieux, sans doute pour rendre compte de son caractère, et perchée sur de très longues jambes, ce qui lui donnait une silhouette quelque peu squelettique. 


Croquis de Taram et Eilonwy faits par Tim Burton

Après le rejet de tous les concepts de Tim Burton, le projet passe entre les mains du célèbre Glen Keane, qui sera ensuite chargé de supersiver l'animation du personnage, aidé par Mark Henn et Andreas Deja. Dès les premières ébauches, la princesse est représentée avec des postures montrant son caractère bien établi, le tout dans des traits beaucoup plus arrondis que ceux esquissés par Burton. 

Sa coiffure et sa tenue ont évolué au fil des croquis, la montrant d’abord les cheveux attachés, puis tressés, et finalement lâchés. L’hésitation présente au sein des couvertures de livre sur sa couleur de cheveux n’a pas lieu d’être chez les animateurs, puisque même Tim Burton la représente blonde dans ses croquis. Elle est toujours représentée en robe, mais l'aspect et l'état de cette dernière changent. Eilonwy est certes une princesse, mais une princesse faite prisonnière et retenue dans les cachots du château du Seigneur des Ténèbres : face à son origine et à sa situation actuelle, comment l’habiller ? Certains croquis la montrent donc dans une robe dépareillée, déchirée sur le bas et raccommodée à plusieurs endroits, ce qui souligne sa situation précaire dans le donjon. 

Malgré ses postures de jeune fille forte, elle apparaît aussi dans les premiers croquis attachée à Taram, comme le décrit la fin de la saga romanesque, dans laquelle tous deux finissent par se marier. Les traits arrondis sont conservés, mais l’esquisse n’est pas encore tout à fait identique au résultat final. 

Peu à peu, les traits s’affinent : la princesse prend la silhouette d’une jeune fille, et non d’une jeune femme, et reste ainsi fidèle au livre, la décrivant comme à peine moins âgée que Taram, qui est quant à lui dans le début de son adolescence. Le caractère têtu de la princesse est toujours représenté, ce qui souligne l’intention des animateurs de faire de ce personnage une jeune fille forte, courageuse et autonome. 

C’est dans les croquis les plus aboutis que Eilonwy est représentée avec sa « babiole », qui ne la quitte pas de toute l’aventure. Dans les dernières esquisses, les animateurs ont développé la silhouette d’une jeune fille avec une robe longue, ni trop luxueuse ni trop pauvre, et aux traits de visage très fins : il ne faudrait pas perdre de vue qu'elle est une princesse ! L’équipe des studios a ainsi parfaitement réussi l’adaptation de ce personnage, à la fois délicate et affirmée, tout en gardant les éléments phares de sa personnalité décrits dans les romans. 

En version originale, la princesse est doublée par l’actrice Susan Sheridan qui, âgée de 34 ans lors de l'enregistrement, donne au personnage une maturité audible immédiatement. Elle prête notamment sa voix à Moomin dans la série télévisée d'animation Les Moomins (1990-1992) ou à Milady de Winter dans la série d'animation Albert le Cinquième Mousquetaire (1994). En version française, le premier doublage de 1985 commet l'erreur de ne pas comprendre l'astuce de la version originale : non seulement Eilonwy devient Eloïse mais elle prend aussi une voix de fillette, réalisée par l’actrice Barbara Tissier, voix française de Jessie dans la saga Toy Story et de nombreux autres personnages Disney. Lors d'un nouveau doublage réalisé en 1998, elle est remplacée par la voix de Chantal Macé, corrigeant le timbre de voix de l'héroïne pour se rapprocher de celui de la version originale.

Susan Sheridan
Barbara Tissier
Chantal Macé
Eilonwy dans les Parcs à thèmes

N’appartenant pas à la franchise des princesses Disney, Eilonwy n’apparaît pas comme personnage dans les différents Parcs à thèmes. Elle n'a fait qu'une unique incursion dans le Disneyland Park, à l'occasion de la sortie du film d'animation, aux côtés de Taram et de Mickey. 

Elle est en revanche présente sur la fresque représentant l’histoire du film d’animation sur les murs intérieurs du restaurant Gurgi's Munchies and Crunchies, ouvert de 1986 à 1993, avant d’être refait et rebaptisé Lumiere’s Kitchen, au Parc Magic Kingdom de Walt Disney World Resort

Taram, Mickey et Eilonwy en 1985
(Disneyland Resort)
Eilonwy représentée sur une fresque du restaurant
Gurgi's Munchies and Crunchies (Walt Disney World Resort)

Si Eilonwy ne fait pas partie de la franchise des Princesses Disney, elle n’en reste pas moins une princesse oubliée majeure parmi les autres personnages féminins des studios, tout comme Kida. Avec ses traits fins, la belle princesse apporte de la douceur et de la beauté dans l’univers du film d’animation finalement très sombre. Comme la princesse d'Atlantide, L’Empire Perdu (2001), Eilonwy a un fort caractère, est courageuse et débrouillarde, et sauve le héros à plusieurs reprises. Précédée par Aurore dans La Belle au Bois Dormant (1959) et Cendrillon (1950), elle est la première princesse à posséder ce caractère et cette personnalité d’aventurière qui tient tête au héros et aux méchants. Ces traits de personnalité viennent en grande partie de l’œuvre romanesque originale, dans laquelle la jeune fille est tout aussi débrouillarde et rationnelle, sans pour autant délaisser son titre de princesse.

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