Magic and Music est un épisode diffusé dans le cadre de l'émission de la
chaîne américaine ABC, Disneyland.
Dans cet épisode, le Miroir Magique un personnage récurrent, vu dans de
nombreuses émissions d'anthologie de Disney, assume la présentation. Reprenant
l'acolyte de la méchante Reine sorti tout droit de
Blanche Neige et les Sept Nains,
Walt Disney le transforme, en effet, en hôte de cérémonie détenant les secrets
de la magie des films Disney. Par contre, il n'en fait pas un personnage animé
en tant que tel. Il s'agit toujours d'un visage humain dans un fond noir,
agrémenté d'effets spéciaux. C'est en réalité l'acteur Hans Conried qui lui
prête ses traits et sa voix. Le Miroir Magique revient, entre autres, dans les
émissions spéciales One Hour in Wonderland (1950) et The Walt Disney
Christmas Show (1951), ou les épisodes de l'émission
d'anthologie, Our Unsung Villains (1956) et All About Magic
(1957).

Dans Magic and Music, le Miroir Magique se permet d'interagir avec
Walt Disney et n'hésite pas à tenter de le piéger dans le but de parler de son
thème préféré : la musique. Ainsi, après une introduction où le Maître de
l'Animation s'étonne de recevoir une quantité impressionnante de courriers
demandant le retour du Miroir Magique - des lettres apportées par un facteur
fantôme -, il le confond et lui fait avouer son stratagème. Walt Disney réalise
pourtant son vœux le plus cher puisqu'il aborde dans l'épisode du jour le thème
de la musique classique en proposant trois extraits de long-métrages pour
illustrer ses propos : Bumble Boogie, C'est
un Souvenir de Décembre de Mélodie
Cocktail et La Symphonie Pastorale de
Fantasia.

Au delà des facéties du Miroir Magique, le principal intérêt de cet épisode
est de proposer une version non censurée de La Symphonie Pastorale, telle
qu'elle avait été imaginée lors de la sortie de
Fantasia dans les années 40. En effet, vingt ans plus tard, les Américains
se payent une polémique dont ils ont le secret. Dans les années 1960, la scène
montrant une centaurette noire, nommée Sunflower, avec des traits caricaturaux,
et cirant les sabots de ses frères et sœurs de couleurs plus claires, a, en
effet, été coupée suite à des plaintes d'associations de défense des droits des
Noirs américains. A l'époque, la plupart des cireurs de chaussures aux USA est,
en effet, encore issu de la population afro-américaine. Leur représentation dans
La Symphonie Pastorale est vécue comme une stigmatisation de la minorité
noire maintenue au rang de serviteur de la majorité blanche. En revanche, les
deux centaurettes au corps de zèbre entourant Bacchus et représentant les
Amazones, ont, elles, été maintenues. Pour "effacer" Sunflower devenue gênante,
les censeurs de Disney ont utilisé quelques trucs techniques tel que le zoom
dans l'image (quand le personnage n'est pas seul sur l'écran) ou la suppression
totale de l'image en décélérant la vitesse de quelques secondes en amont et en
aval de la coupe pour conserver, au plus près du possible, le rythme de la
musique. Si des notes ont probablement dû sauter dans la manœuvre (seule une
oreille experte peut toutefois s'en rendre compte), la césure est relativement
propre et n'altère qu'à la marge la partition.

Polémique mise à part, la séquence originale se révèle, après coup, moins
emballante que sa version censurée. Le personnage de Sunflower jure, en effet,
beaucoup trop par rapport au reste tant sa caricature est appuyée à l'excès. Il
fait perdre énormément de grâce à la scène qui gagne en poésie avec sa
suppression. D'un point de vue purement artistique, le retrait de Sunflower sert
à l'évidence la séquence tout entière...

Il n'en reste pas moins que la censure effectuée reste indéfendable. Il
serait temps d'envisager les œuvres dans leur contexte de production. Autant
ajouter un avertissement avant générique pour rappeler cet état de fait est de
bon augure et même salutaire, autant priver les spectateurs d'une séquence ou
pire d'une œuvre toute entière comme c'est le cas pour
Mélodie du Sud est imbécile et
contre-productif. Ne vaut-il pas mieux que le public prenne conscience que la
manifestation du racisme ambiant prenait auparavant mille aspects et
s'infiltrait partout, et ce, pour mieux le combattre à l'époque contemporaine ?
Apprendre à le reconnaitre partout où il se trouve est la première des leçons.
Les Associations de Défense des Noirs américains ont visiblement mal été
inspirées quand elles ont revendiqué la coupe obtenue car le remède est, en
l'espèce, pire que le mal. La politique de l'autruche est la pire de toute. Et
que diable : en appeler à l'intelligence et faire confiance aux spectateurs et à
leurs capacités à envisager une œuvre dans toutes ses significations n'est-ce
pas la première pierre, et sans doute la plus importante, à ce combat si noble
qu'est la lutte contre les discriminations ?

Cinquante plus tard, le débat n'a pas avancé d'un pouce : alors que
les aventures de Monsieur Lapin ont été
remisés en 1986, la coupe de
Fantasia, effective depuis sa ressortie au cinéma en 1969, est maintenue
dans sa réédition vidéo de 2010. A désespérer des hommes...
Magic and Music vaut essentiellement aujourd'hui pour l'opportunité
qu'elle offre de proposer une séquence non censurée d'un chef-d'œuvre Disney.