Tron
L'Héritage

Tron L'Héritage
L'affiche du film
Titre original :
Tron Legacy
Production :
Disney
Date de sortie USA :
Le 17 décembre 2010
Genre :
Science-fiction
IMAX
Disney Digital 3-D
Réalisation :
Joseph Kosinski
Musique :
Daft Punk
Durée :
126 minutes

Le synopsis

Sam est le fils héritier de Kevin Flynn, un expert en technologie informatique, mystérieusement disparu alors qu'il était enfant. Aujourd'hui âgé de 27 ans, il n'entretient quasiment aucun lien avec le trust Encom créé par son père et dont il pourrait pourtant prétendre à la présidence. Tout juste se permet-il chaque année de venir perturber, avec une grande malice, le conseil d'administration de présentation des comptes annuels.

Quand Alan Bradley, le meilleur ami de son paternel, vient l'informer qu'il a été bipé par ce dernier, il n'imagine pas encore que sa quête le mènera dans un univers parallèle où la lutte pour le pouvoir a perverti le système...

La critique

rédigée par
★★★★

Tron, L'Héritage est assurément l'un des paris les plus risqués de la Walt Disney Company. Il est également, et surtout, l'un des films les plus attendus de son label historique Walt Disney Pictures et ce, depuis de très nombreuses années. Annoncé par les plus ambitieux comme étant le nouvel Avatar, censé changer l'approche des spectateurs pour le cinéma, est-il pour autant la nouvelle révolution promise ? Peut-être pas... Mais il est à l'évidence l'une des expériences cinématographiques les plus grisantes jamais vues depuis longtemps. Alliant la beauté d'une image époustouflante à une technologie à la toute pointe du progrès, le tout baigné dans une musique électrisante de grande qualité, il égrène un propos simple mais terriblement efficace, notamment quand il s'agit d'installer une véritable mythologie virtuelle. Le film a une approche presque mystique faisant de son visionnage un moment de plaisir intense, plus encore s'il est vécu en conditions optimales, IMAX 3D. Tron, L'Héritage invite incontestablement le spectateur à découvrir une autre façon d'envisager le cinéma.

Tron, premier du nom, est un film OVNI dans la filmographie des studios Disney. C’est, en effet, une œuvre pionnière qui a littéralement révolutionné le cinéma, un peu comme le fut Steamboat Willie (le premier cartoon avec du son synchronisé), Des Arbres et Des Fleurs (le premier cartoon en couleur) ou Blanche Neige et les Sept Nains (le premier long-métrage d’animation). Tron est ainsi le premier opus de cinéma à utiliser aussi intensément l’imagerie générée par ordinateur : une utilisation qui inspire alors de nombreux artistes en devenir, et notamment John Lasseter. Le réalisateur avoue, à son sujet, que la création de Pixar est directement liée aux potentiels qui l’a ressentis en le découvrant lors de sa création, alors qu’il était simple animateur chez Disney.

Même s’il s’est rentabilisé lors de sa sortie, rapportant 33 millions de $ pour un budget de 17, Tron a tout de même déçu son studio par son incapacité à devenir le blockbuster souhaité. Le public averti, en revanche, ne s'est pas fait prier pour l'élever au rang de film culte. Son impact sur une partie de la jeunesse de l’époque a, il est vrai, largement dépassé le simple périmètre des salles obscures : ses fans se sont mis à voir dans l’ordinateur, l’avenir de l'humanité et la révolution technologique attendue là où la majorité de la planète croyait encore que l’an 2000 se passerait dans l'espace, loin de la terre... En ce sens, Tron est un film avant-gardiste de premier ordre comme l'est Fantasia dans son registre. Il met en exergue un monde jamais exploré, délimité par une nouvelle frontière jamais envisagée : l’informatique et ses innombrables possibilités. Le film possède, en effet, en lui les prémices des idées qui seront à la base du web dont la technologie explosera au milieu des années 90 amenant avec elle, une révolution à la fois industrielle, sociétale et comportementale. Tron a renforcé, au fil des années, son statut d'œuvre culte de par son univers, son imagerie et ses répercussions philosophiques. Même si à l'époque contemporaine, il pêche par la lenteur de son rythme et la complexité mal maitrisée de son histoire, le monde qu'il investit continue de jouir, dans l'inconscient collectif,  d'une aura incroyablement forte.

Dans ces conditions, bâtir une suite à Tron, se révèle être tout sauf une sinécure. Ce film est tellement ancré dans son temps tout en étant finalement peu connu du grand public que sa remise au gout du jour semble tout bonnement impossible. Longtemps fantasmée, l'idée même d'une suite fait d'ailleurs peur : peur de voir l'audace qu'elle constitue se briser sur la complexité du challenge. La crainte du nanar absolu n'est jamais bien loin. Rien d'étonnant, dès lors, à voir les studios Disney s'y casser les dents dessus depuis la fin des années 90. Un temps, il fut même envisagé (juste retour des choses !) que le cousin Pixar soit mis à contribution pour réaliser l'opus. Mais les équipes de Luxo Jr ne font pas mieux que celles de Mickey et ne parviennent pas plus à concrétiser l'essai. Pourtant associées au réalisateur et au créateur du premier film, elles tentent, en vain, plusieurs scénarios, et échouent dans leur volonté de fixer la bonne trame. Toujours très attachée au projet, la Direction de Disney ne se laisse pourtant pas décourager : elle sollicite Sean Bailey, un jeune producteur dont le parcours et les envies semblent coller à ses attentes...

Sean Bailey est un jeune entrepreneur d'Hollywood. Il s'associe très tôt avec Ben Affleck et Matt Damon pour créer une société de production commune, LivePlanet. A travers elle, il fait ses premières armes en qualité de producteur exécutif  dans de nombreux films dont Gone Baby Gone en 2007. Un an plus tard, les compères se séparent et LivePlanet, dissoute. Sean Bailey crée alors la société Idealogy Inc dont l'ambition première est de produire Tron, L'Héritage... Mission accomplie, le tout juste quadra est nommé, en janvier 2010, par le Président des studios, Rich Ross, chef de la production des films "Live" des labels Walt Disney Pictures et Touchstone Pictures !

Pour relancer les pistes autour du projet Tron, L'Héritage, Sean Bailey rencontre bien vite Joseph Kosinski, un publiciste de renom formé à l'ingénierie et à l'architecture. Fan absolu du premier Tron, ce dernier a, en effet, une vision bien précise de ce qu'il convient de faire pour mener à bien une suite respectueuse et respectée. Il séduit alors sans trop de mal, non seulement Sean Bailey mais également, le créateur du film de référence, Steven Lisberger qui entend prendre, pour le second opus, le rôle de coproducteur. Il ne reste donc plus qu'à convaincre les donneurs d'ordre ! Au regard de l'enjeu, les studios Disney ne se contentent pas d'un simple discours, si enjoué soit-il. Ils exigent de l'artiste qu'il prépare un court-métrage test afin de démontrer que les capacités de la technologie contemporaine sont de nature à servir, sans les cannibaliser, les éléments les plus célèbres du monde de Tron premier du nom, aux premiers rangs desquels se trouvent les moto lumineuses et les batailles de disques. Devant le succès du film-test rencontré au Comic Con de San Diego en 2008, "La" grande exposition du monde geek, devenue un rendez-vous incontournable pour  les opérateurs de cinéma, jeu vidéo et  bande dessinée, les cinéastes reçoivent le feu vert pour lancer, cette fois-ci, la production du long-métrage.

Tron, L’Héritage est donc une suite directe, maitrisée et assumée de Tron. Elle rend ainsi parfaitement hommage à son film de référence en s’appropriant goulument toute la mythologie qu'il a construite. Le spectateur retrouve donc chez lui les concepteurs, les programmes, les motos du cycle lumineux, les disques d’identité, les jeux du cirque, la grille… Il fait aussi, avec malice, de nombreux clins d’œil aux icones des années 80, notamment venues de chez Disney comme l’affiche du premier Tron ou celle du (Le) Trou Noir visibles dans la chambre de Sam enfant. Quelques tubes bien sentis des eighties en profitent également pour tenter un come-back. Tron, L’Héritage réussit alors le tour de force de contenter, dès les premières minutes, les fans du premier opus qu'il prend soin de ne jamais trahir. De retour en terrain conquis, ils n'ont, dès lors, qu'à savourer le plaisir rare de réinvestir l'univers Tron !

Pour autant, il n’est pas nécessaire de connaitre le premier film pour apprécier sa suite. Le réalisateur a, en effet, créé une histoire qui peut tout à fait se suivre indépendamment. Pour cela, il n’hésite pas à prendre son temps pour installer son propos et mettre en place les tenants et les aboutissants du récit. La première partie dans le monde réel sonne ainsi juste et permet d'amener, avec finesse et intelligence, la suite des aventures dont la cohérence ne souffre alors d'aucunes critiques. Il faut dire que le film, époustouflant à bien des égards, sait manier le chrono avec une précision rare. Il utilise ainsi des passages plus calmes, entre chaque morceau de bravoures, pour installer la relation entre les personnages, donner les explications nécessaires à la compréhension de l'intrigue, mettre en place la mythologie imaginée et donner des pistes de réflexion quasi-mystique. Car, si le scénario est globalement assez simple (le voyage initiatique d'un fils à la recherche de son père), il s'appuie sur une richesse mythologique bluffante. Le monde de Tron, L’Héritage prend immédiatement tout son sens : la dérive d'un monde idéal vers un univers carcéral implacable. Créé à la base par Kevin Flynn en parallèle de celui déjà développé pour sa société Encom, ce nouvel environnement numérique a, en effet, échappé à son concepteur, renversé par ses propres créatures qui pervertissent alors son dessein. Toute une réflexion mystique sur l'origine du monde et de la vie, l'organisation des sociétés humaines et le destin de l'humanité s'invite avec une facilité presque déconcertante tant le propos est complexe. La portée des thèmes abordés est à l'évidence immense pour peu, bien sûr, que le spectateur soit en capacité de ne pas en rester pas au simple premier degré de l’histoire.

Tron, L’Héritage sait donc être, à la fois, une véritable ode à son prédécesseur tout en disposant d'une identité propre. Ce statut est d'autant plus bluffant que tous deux demeurent extrêmement liés, dégageant l'un et l'autre, une influence incroyablement proche dans leur conception même. Le premier opus s'appuie ainsi sur l’informatique brute et les jeux vidéos tandis que le second digère cette origine et insiste davantage sur le design et la zénitude. En fait, les deux films tentent chacun de révéler la vision de l'avenir qu'ont leurs réalisateurs. Car le vrai côté avant-gardiste de Tron, L’Héritage n’est pas tant, comme son ainé, à rechercher du côté de ses effets-spéciaux qui, à la vitesse de la révolution numérique, seront vite dépassés, mais bien dans son univers unique. Il met ainsi en avant un côté épuré presque froid où le bien-être se limite au strict nécessaire. Dans un monde où les dérèglements climatiques bousculent le modèle de la société occidentale comme jamais, la question de la pérennité de la consommation de masse basée sur l'idée d'entasser encore et toujours plus, trouve un début de réponse dans le film qui, pour cela, s’inspire joliment d’une scène de 2001, L’Odysée de l’Espace. Tron, L’Héritage assoie alors sa construction sur une caractéristique forte, contenu dans son titre même. Elle consiste, en effet, à rendre hommage à des œuvres cinématographiques devenues mythiques. Au delà  de la suite qu'il constitue, le film n’hésite pas, il est vrai, à prendre échos chez ses grands frères de la science-fiction tels La Guerre des Etoiles, Blade Runner ou Matrix et s’en inspire pour créer son propre monde et mener ses propres réflexions.

Dans son souci permanent de respecter son ainé, Tron, L’Héritage s'appuie sur une palette de personnages charismatiques et  bien définis.
Sam Flynn est le premier d'entre eux. Fils de Kevin Flynn, il est devenu, depuis la disparition de son père, un rejeton rebelle, à la tête d'une immense fortune dont il refuse d'assumer la gestion, tout en y portant néanmoins un œil critique. Fougueux et impétueux, il n'a absolument pas froid aux yeux. S'il se refuse à se l'avouer, il ne rêve pourtant que d'une seule chose : découvrir la vérité sur son père. C'est Garret Hedblund, un jeune acteur peu connu, qui en assume le rôle. Il étonne par le panache qu'il déploie lors des scènes d'action ainsi que le charisme qui se dégage de sa silhouette, combinaison futuriste aidante. Par contre, il a beaucoup plus de mal à se rendre convaincant dans les scènes calmes, en particulier, les gros plans, où ses émotions sont feintes grossièrement. Sa tristesse prend ainsi un peu trop des airs de larmes de crocodiles.
Jeff Bridges reprend son rôle de Kevin Flynn, tenu quelques 28 ans plus tôt dans Tron, premier du nom. C'est sans doute d'ailleurs la première fois au cinéma qu'il s'écoule un temps aussi long pour la réinterprétation d'un même personnage par un même comédien. Depuis sa participation au film de 1982, Jeff Bridges a ainsi eu le temps d'embrasser une belle carrière d'acteur, confirmé et reconnu par ses pairs, recevant notamment en 2010 l'Oscar du Meilleur Acteur pour son rôle dans Crazy Heart. Ici, il s'attache à faire évoluer son personnage pour qu'il digère les années écoulées. Dans Tron, L’Héritage, Kevin Flynn n'est, il est vrai, plus l'impétueux et le rebelle qu'il était auparavant. Il a pris de l'âge et de la sagesse. Adepte du zen, il a presque une attitude divine vis à vis de ses créations. Pour autant, il n'a rien oublié de son histoire personnelle et familiale, et surtout de l'amour qu'il porte à son fils même s'il n'a visiblement pas fait de grand progrès quand il s'agit de le lui exprimer. Tout le talent de l'acteur se retrouve alors dans sa retenue toute maitrisée qui donne une profondeur insoupçonnée à son personnage.
Quorra est le bras droit de Kevin Flynn. Personnage électronique, elle est d'une beauté renversante alliée à une dextérité et fluidité hors normes qui font, de tous ses combats, cascades et autres scènes d'actions, de grands moments du film. Il faut dire que le personnage est fabuleusement interprété par Olivia Wilde qui arrive parfaitement à combiner à la fois un côté froid et métallique à une touche organique et sexy. Une vraie belle prouesse !
Michael Sheen dans le rôle de Castor, le gérant d'un bar numérique, étonne tout autant. Fantasque à souhait, il transcende son rôle et rayonne dans toutes les scènes -trop rares- où il apparait. Le réalisateur a visiblement manqué quelque chose avec lui en ne lui l'utilisant pas plus !
Les fans reconnaitront enfin Bruce Boxleitner, déjà vu dans Tron, qui reprend ici son rôle d'Alan Bradley, le meilleur ami de Kevin Flynn et concepteur du logiciel originel Tron. Sa participation apporte une touche de nostalgie et un lien émotionnel avec le premier opus tout à fait bienvenue...

Un autre personnage est primordial dans Tron, L’Héritage, mais doit être abordé sur le plan technique puisqu'il constitue une de ses innombrables avancées technologiques. Il s'agit de Clu, le programme créé à l'effigie de Kevin Flynn. Construit à l'époque sur le physique de l'acteur, Jeff Bridges, portant le rôle 28 ans plus tôt, il a depuis suivi sa propre voie en devenant le dictateur du monde électronique autarcique. C'est la première fois dans l'histoire du cinéma qu'un acteur joue ainsi face à une version de lui plus jeune, rendue possible par la motion-capture. Son résultat à l'image frise ici le sans-faute, montrant au passage l'incroyable capacité de cette technique d'animation conspuée par ailleurs. Si certaines expressions faciales de Clu sont, en effet, perfectibles car légèrement moins humaines, elles constituent à l'évidence, des ratés négligeables dans la mesure où ils appuient malgré eux le côté électronique du personnage...
Mais Clu n'est pas, loin s'en faut, la seule prouesse technique du film. En fait, il en regorge tellement qu'il est fastidieux de les énumérer, sauf à vouloir tomber dans les travers d'un catalogue de professionnels cinématographiques. Les plus notables, tout en évitant un jargon barbare, consistent dans la première utilisation intensive des costumes luminescents autoalimentés ou la création de costumes moulés exclusivement d'après la sculpture numérique des corps. Mais au delà de ses essais technologiques, c'est son rendu global qui  fait de Tron, L’Héritage une aventure époustouflante par ses décors, ses véhicules, ses costumes, ses matériels, ses mouvements... Car la véritable force du film se retrouve dans sa volonté de mettre la technique , alors disponible, au service de son esthétisme et design si particulier. Le réalisateur a ainsi tenu à ce que les décors soient au maximum "réels" disposant d'objets et d'éléments matériels. Ce parti-pris donne l'agréable sensation que le monde de Tron, L’Héritage existe bel et bien et n'est pas simplement un fantasme numérique. Le spectateur est alors plongé dans un envoutant univers certes froid, métallique et cybernétique mais toujours bien vivant. Chaque scène est pour cela d'une beauté exemplaire. Même dans les séquences de combats ou d'actions, le spectaculaire est au service de l'image. Les chorégraphies ne sont jamais surexposées, donnant à la cohérence visuelle des scènes, un rendu bluffant, permettant au spectateur de se réapproprier la mythologie du premier Tron. Les jeux du cirque avec la mythique course de motos lumineuses se jouent désormais dans une grille en 3 dimensions sur plusieurs niveaux. Le public est littéralement happé par le rendu visuel (la dynamique des engins est ahurissante !) où aucune concession n'a été faite au conformisme ambiant.

Cette magnificence visuelle est d'autant plus remarquable qu'elle se trouve transcendée par une bande-son tout simplement exceptionnelle. Et cocorico, ce sont des frenchies qui réalisent cette maestria : Daft Punk. Ce groupe de musique électronique et de renommée internationale est, en effet, originaire de Versailles dans les Yvelines. Depuis 1993, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, les deux membres du groupe, ont allié leurs talents pour livrer un son électro, house et techno adjoint à des tonalités rock, groove et disco. Ils entretiennent également leurs originalités de style dans leur volonté de ne jamais révéler leur visage au grand public, histoire de cultiver leurs indépendances et libertés d'anonymes. Il n'apparaissent ainsi à l'écran  (et Tron, L’Héritage ne déroge pas à la règle...) que derrière des casques de motards et des combinaisons futuristes. Depuis leurs brillants débuts avec Homework en 1997, le duo a sorti deux albums studio, Discovery en 2001 et Human After All en 2005. Le groupe avoue que Tron, premier du nom, a énormément influencé son style et sa musique. Il a donc accepté sans se faire prier de travailler sur sa suite intervenant même, très en amont, dans le processus créatif du film. Au final, Daft Punk livre un merveilleux mélange de musiques électroniques, d'orchestres symphoniques et de synthèses granulaires. Il offre au public 100 minutes de pur bonheur faisant de l'alliance de l'image 3-D et du son electronique, une expérience totalement grisante !

Il faut dire qu'à la différence de nombreux film, Tron, L’Héritage a tout de suite été pensé pour la 3-D. Le résultat est d'ailleurs époustouflant, non pas par le nombre d'effets qui sortent de l'écran (bien que certains font assurément sursauter) mais par la profondeur qu'il donne aux décors. Il se situe, en revanche, sur un registre moins spectaculaire que celui d'Avatar. Ce dernier disposait, en effet, d'une panoplie de couleurs permettant une combinaison presque infinie de contrastes. La palette des tons de Tron, L’Héritage est, elle, au contraire, assez monochrome, sombre et froide, rendant moins aisée la mise en avant de la profondeur de champ. Elle n'en reste pas moins bien présente tant l'immersion dans le monde électronique est totale. En fait, il s'agit là d'un choix assumé par les auteurs et revendiqué par une mention spéciale exposée avant le générique de début : l'objectif poursuivi ici est de privilégier l'immersion et l'expérience au spectaculaire pur et dur ! Les éléments dans le monde réel sont ainsi en 2-D pour rendre l'entrée dans le monde virtuel encore plus impressionnante, reprenant là une méthode vue en 1939, dans Le Magicien d'Oz, quand Dorothy passe du Kansas au merveilleux pays d'Oz, du noir-et-blanc à la couleur. Un autre indice dans l'expérience qui attend le spectateur se retrouve également dès le logo de Walt Disney Pictures, magnifiquement transcendé...

La meilleure façon de vivre Tron, L’Héritage est de le visionner en IMAX. Le film contient, en effet, 43 minutes d’images stupéfiantes (un record pour un long-métrage en format IMAX), spécialement conçues pour tirer le meilleur parti du grand écran des salles équipées de cette technologie. Plusieurs séquences sur la grille prennent alors toute leur ampleur, éliminant l’effet letterbox et permettant au public de s’immerger encore davantage dans l’univers du film. Passant alors d’un format 2.35 à un format 1.78, pour une image plus grande en haut et en bas de l’écran, l’expérience est totalement immersive. Disposant ainsi d'une qualité visuelle d’une netteté exceptionnelle, d'un système sonore d’une qualité de salle de concert magnifiant la musique de Daft Punk, et d'une architecture des salles conçue pour maximiser le champ de vision, la découverte de Tron, L’Héritage en IMAX est l'expérience d’immersion cinématographique la plus extraordinaire qui soit. Une véritable claque visuelle et sonore aussi impressionnante que celle offerte par Avatar.

Depuis le début, Disney croit énormément en Tron, L'Héritage. Pour les studios de Mickey, c'est un titre fort dont l'univers se prête à merveille au développement d'une solide franchise, un des objectifs revendiqués haut et fort par Bob Iger quand il s'agit de choisir des histoires à produire par sa compagnie.
Ainsi, alors que le film n'est même pas sorti, de nombreux axes de développement sont en passe d'être lancés. La musique a ouvert le bal avec la sortie de la B.O. de Daft Punk. Le jeu vidéo "Tron Evolution" prend le relai faisant le pont entre les deux opus (il s'arrête là où le nouveau Tron commence !). Puis, bien évidemment, des goodies, des habits, des DVD et BD sont légion sans oublier la création de deux séries d'animation (reprenant le même visuel) prévues pour débarquer sur Disney XD en 2012. Des projets se font même jour pour une adaptation en attraction dans les parcs à thèmes de la compagnie. Enfin, le studio avoue bien volontiers qu'il est déjà en train d'écrire le scénario d'un 3ème film... Tout un programme !

Pour autant, rien ne sert de courir... Tout dépend, en effet, des résultats au box-office mondial. Les critiques aux Etats-Unis ont, en effet, été plus que mitigées à propos du film. Toutes s’accordent sur la beauté des images et la superbe musique mais beaucoup reprochent la faiblesse du scénario, les dialogues insipides et le jeu perfectible de certains acteurs. Certains sont même allées jusqu’à prétendre que l’histoire était inexistante voire stupide. Les critiques françaises sont, au contraire, bien plus enthousiastes. Dans ce contexte,  Tron, L’Héritage a fait un démarrage correct aux USA et un score juste honorable à l’international. Le film est, à l'évidence, bien loin des espérances que portaient sur lui les dirigeants de Disney, quitte même à négliger Raiponce, dont les résultats sont autrement plus performants ! Le studio n’a visiblement pas réussi son pari qui consistait à ratisser au-delà de la cible première de Tron : les fans originels, les geeks et les fans boys. Si le film a fait revenir vers le label, le public qui le déserte d'habitude, c'est à dire les garçons ; les familles ont, elles, eu l’air de passer leur chemin. Par son univers aseptisé et métallique, Tron, L’Héritage est évidemment moins abordable qu’un film comme Avatar avec ses couleurs fantasmagoriques et ses forêts verdoyantes. De même, arrivera-t-il à gagner le statut de film culte qu’a décroché son ainé ? Trop tôt pour l'affirmer car, malgré toutes ses qualités, Tron, L’Héritage n’aura de toute façon jamais le qualificatif de pionnier...

Il n'empêche ! Il  faut assurément souligner la formidable prise de risque de Disney. Car, au delà de l'aspect intrinsèque du film, le projet démontre une solide mise en avant du produit associée à une tentative volontariste de s'essayer à des œuvres ambitieuses en thème et en univers. Là, où de nos jours, un grand nombre de studios est attentiste, lançant des projets à rentabilité facile et grand public, Disney ose le renouveau ! Il n'est plus la belle endormie des années 70 et encore moins l'entreprise dirigée par des financiers qu'elle était devenue sous Michael Eisner, en fin de règne. Depuis, l'arrivée de Bob Iger, les studios cherchent bien plus à innover et à jouer l'avant-garde dans la production cinématographique. Ils sont les premiers à parler de synergies fortes entre le cinéma, la télévision, la vidéo, le web et la distribution. Rien que pour cela, la sortie de Tron, L'Héritage est remarquable et louable !

Tron, L’Héritage est une expérience grisante. A la fois totalement fidèle au premier opus mais foncièrement ancré dans l’ère moderne, il est profondément ambitieux autant dans son propos que dans son rendu visuel et sonore. La beauté de ses images, au service d'un esthétisme bluffant, le tout soutenu par une bande-son exceptionnelle, est époustouflante notamment en IMAX 3D, un format à absolument privilégier pour sa découverte.

Tron, L’Héritage  est le chef d'œuvre à ne pas négliger !

A noter :
Tron, L'Héritage a été nommé pour l'Oscar 2011 du Meilleur Montage Sonore.

L'édition vidéo

Jaquette Tron L'Héritage
Jaquette Tron L'Héritage
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