Maman, J'ai Raté l'Avion !
(Ça Recommence)

Titre original :
Home Sweet Home Alone
Production :
20th Century Studios
Hutch Parker Entertainment
Date de mise en ligne USA :
Le 12 novembre 2021 (Disney+)
Genre :
Comédie
Réalisation :
Dan Mazer
Musique :
John Debney
Durée :
93 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Alors que sa famille part passer les vacances au Japon, le jeune Max Mercer, dix ans, est malencontreusement oublié chez lui. D'abord heureux de mener la belle vie, seul dans la vaste demeure familiale, il se retrouve bien vite confronté à la visite d'un couple d'intrus. Commence alors pour lui une mission de protection de sa maison...

La critique

rédigée par
Publiée le 23 avril 2022

Un enfant oublié chez lui par sa famille en pleines fêtes de fin d’année, contraint d’affronter seuls des cambrioleurs pour protéger sa maison. En lisant cela, il ne fait aucun doute que beaucoup penseront à Maman, J'ai Raté l'Avion !. Comédie familiale culte par excellence, qui fleure bon les années 90, la VHS insérée dans le magnétoscope et le grand bol de pop-corn à déguster en famille ou entre amis. Un film habilement rediffusé chaque année par les chaînes de télévision à l’approche de Noël, pour le plus grand plaisir des téléspectateurs nostalgiques. Mais pas si vite avant de préparer le pop-corn car cette fois, il est question non pas du film de Noël culte pour toute une génération, mais d’un nanar sans saveur, jusque dans son titre : Maman, J'ai Raté l'Avion ! (Ça Recommence). Un film à mi-chemin entre la suite et le remake, qui ne marquera pas grand monde (du moins, c’est à espérer).

Un peu de contexte d’abord, pour ceux qui auraient omis de visionner ne serait-ce qu’une fois Maman, J'ai Raté l'Avion ! premier du nom. Dans ce film sorti en 1990, une famille américaine, les McCallister, prend l’avion en direction de Paris pour y passer les fêtes de fin d’année. Mais dans la précipitation du départ, l’un des enfants, Kevin, est oublié à la maison. Passée l’excitation des premiers instants de liberté totale, le jeune garçon se retrouve confronté à un duo de cambrioleurs et entend bien défendre sa demeure à grand renfort de pièges plus extravagants les uns que les autres. Un film qui reprend les codes et le schéma type de nombre de productions des années 80, dans lesquels les héros sont des enfants ou des adolescents qui se retrouvent à mener une vie d’adultes : de Wargames (1983) à Big (1988), en passant par La Folle Journée de Ferris Bueller (1986), Les Goonies (1985) ou encore Stand by Me (1986). Réalisé par Chris Columbus, scénarisé par John Hugues et produit par 20th Century Fox, le film est notamment porté par Macaulay Culkin, Joe Pesci, Daniel Stern, Catherine O’Hara et John Candy.

Ce qui semblait à l’origine une petite comédie familiale sans prétention rencontre un vif succès à sa sortie et acquiert au fil des années le statut envié de film culte. Une réussite qui ouvre la voie à une véritable saga, dont la qualité des différents opus est plus qu’inégale. Si le deuxième volet des aventures de Kevin McCallister, Maman, J'ai Encore Raté l'Avion... Et Je Suis Perdu Dans New York (1992), se laisse regarder sans déplaisir et rencontre un certain succès, notamment grâce à un retour du réalisateur et du casting original, les films suivants laissent plutôt perplexes.

Nouveaux personnages, nouvelles équipes de réalisation… Grosso modo, seule l’idée d’un enfant affrontant seul des dangers est conservée. Ainsi en 1997, Maman, Je M'Occupe des Méchants, réalisé par Raja Gosnell, inaugure le bal de ces suites de qualité largement inférieure à ses prédécesseurs. Le film, produit par Chris Columbus, a tout de même droit à une sortie dans les salles obscures. La saga déménage ensuite sur la petite lucarne, avec le téléfilm Maman, Je Suis Seul Contre Tous, diffusé pour la première fois en 2002 sur la chaîne ABC dans l’émission The Wonderful World of Disney. La franchise fait son retour en 2012, toujours à la télévision, avec Maman, la Maison est Hantée !, labellisé ABC Family Original Movies

Puis, plus rien jusqu’à ce que Disney ne s’offre la 21st Century Fox en 2019. Cette année-là, Robert Iger, alors PDG de The Walt Disney Company, annonce le projet d’un nouveau film de la franchise Maman, J'ai Raté l'Avion ! (Home Alone en VO), prévu pour une sortie sur la future plateforme Disney+. Rapidement, Dan Mazer est annoncé à la réalisation. Né en 1971 à Hillingdon, aux portes de Londres, il est loin - euphémisme - d'être un grand cinéaste. C’est davantage en tant que scénariste qu’il se fait un nom, en travaillant sur des films comme Borat ! Leçons Culturelles sur l'Amérique au Profit Glorieuse Nation Kazakhstan (2006), Brüno (2009) ou encore Bridget Jones Baby (2016). Ses réalisations n’ont, en revanche, pas marqué les esprits. Il contribue notamment à la déchéance cinématographique de Robert de Niro avec Dirty Papy (2016). Rien de bien rassurant donc à le voir s’emparer de la saga Maman, J'ai Raté l'Avion !. Une chance pour lui toutefois : il est assuré de ne pas porter sur ses épaules le sabordage de cette franchise, puisqu’outre les deux premiers films qui la composent, toutes les autres suites sont déjà des navets purs et simples. De quoi aider les spectateurs à mieux digérer la piètre qualité de ce nouvel opus, dont les intentions, il convient de le souligner, sont bonnes malgré tout.

L’idée de départ de Maman, J'ai Raté l'Avion ! (Ça Recommence) est en fait sensiblement la même que celle du film original. Un enfant oublié seul chez lui pendant les fêtes de fin d’année, et qui défend la demeure familiale face à un duo d’intrus. Mais dans cette nouvelle mouture, il y a comme un hic, et même plusieurs à vrai dire. Pour commencer, le bambin en question, personnage central du film, n’a rien d’attachant. Là où Kevin McCallister remportait l’adhésion du public avec sa bouille d’ange et la sensation de le sentir perdu au milieu d'une famille très nombreuse, aux membres parfois peu sympathiques, il n’en est rien ici avec Max Mercer. Le jeune Archie Yates (déjà vu en 2019 dans Jojo Rabbit) qui l’interprète, n’a ni le charisme ni la qualité de jeu de Macaulay Culkin. Son personnage réussit même à se rendre tout bonnement insupportable dès sa première apparition, tant dans son attitude vis-à-vis de sa mère que du couple Fritzovski. 

Ce couple, justement, se voit confier la lourde tâche de succéder au duo formé par Joe Pesci et Daniel Stern dans le premier film, rien que ça ! Mission loin d’être accomplie tant leurs personnages et les enjeux qui les animent n’ont absolument rien de crédible. À cela s'ajoute un surjeu permanent et caricatural, jusqu'à saturation... Mais plus que les performances des acteurs qui les interprètent, Rob Delaney (Deadpool 2, Tom et Jerry, Ron Débloque, Mission : Impossible 7) et Ellie Kemper (The Office, 21 Jump Street, Comme des Bêtes), c’est leur écriture qui pose problème. Tous deux semblent en effet n’avoir aucune once de maturité en eux, se comportant et raisonnant comme des enfants les trois-quarts du film. Une idée intéressante est pourtant bien lancée : celle de baser l’opposition de l’enfant et de ce duo de « voleurs » sur un malentendu. Si, dans le premier film, les cambrioleurs sont des délinquants professionnels, bien décidés à en découdre par tous les moyens avec Kevin, il n’en est rien dans ce nouveau film. Pam et Jeff ne cherchent qu’à récupérer un bien leur appartenant et qu’ils pensent retrouver dans la maison de Max. Mais ce dernier les prend pour de véritables voleurs et se lance dans la confection de pièges atroces pour les faire fuir. 

Un quiproquo a priori bien trouvé pour asseoir le scénario, mais qui tombe à plat. C’est même finalement une sensation de malaise qui se dégage à voir ce couple « innocent » malmené à ce point par un gamin aussi insupportable. D'autant qu'ils multiplient les tentatives de discussion pacifiques, face à un gosse qui semble décidément n'entendre que ce qui l'arrange... Et pour couronner le tout, les pièges de Max Mercer ne s’avèrent pas aussi savoureux que ceux préparés par Kevin McCallister. Pas de quoi se consoler de ce côté-là non plus donc... Une dernière grosse incohérence vient ternir la crédibilité du film. Dans Maman, J'ai Raté l'Avion !, dont l’histoire se déroule au tout début des années 90, pas de portable ni d’Internet pour permettre à Kevin de communiquer avec sa famille partie à l’autre bout du monde. Et une coupure du câble des télécoms empêche toute utilisation du téléphone fixe. Mais dans Maman, J'ai Raté l'Avion ! (Ça Recommence), comment imaginer une seconde que le jeune Max ne puisse interagir immédiatement avec ses proches via un portable ou Internet ? Des proches qui, soit dit en passant, ne se démarquent pas autant que ceux du film original. Ainsi la mère de Max, Carol, campée par Aisling Bea, souffre de la comparaison avec Catherine O'Hara. Quant aux autres membres de la famille, ils sont tout simplement inexistants et sans intérêt...

Un temps annoncé au casting, Macaulay Culkin se montre finalement bien inspiré en démentant cette information. Du casting original, seul Devin Ratray fait son retour. Celui qui interprétait Buzz McCallister (le frère aîné de Kevin) dans les deux premiers opus campe toujours ce même rôle. Mais entre-temps, le dénommé Buzz est devenu policier. Si les fans purs et durs peuvent sans doute apprécier cette apparition savoureuse et les références à Kevin qui en découlent, cela ne suffit pas à rattraper le reste des dégâts. Maman, J'ai Raté l'Avion ! (Ça Recommence) est totalement dénué de la magie de Noël qui imprègne ses deux premiers prédécesseurs. Il ne dispose d’aucun personnage suffisamment fort pour rivaliser avec ceux qui ont fait des deux premiers opus des films cultes. 

Même la musique, signée John Debney (Hocus Pocus : Les Trois Sorcières, Croc-Blanc 2 : Le Mythe du Loup Blanc, Inspecteur Gadget, Kuzco, l'Empereur Mégalo, Princesse Malgré Elle, Bruce Tout-Puissant, Iron Man 2, Le Livre de la Jungle, L’Âge de Glace : Les Lois de l’Univers…) est totalement oubliable. Il faut dire que rivaliser avec l’immense John Williams, à la baguette sur les deux premiers films, s’avère quasiment impossible. D’ailleurs, les seuls thèmes marquants de ce nouveau film sont les reprises du maestro Williams, c’est dire…

Dans ces conditions, rien d’étonnant à ce que Maman, J'ai Raté l'Avion ! (Ça Recommence) soit cantonné à une sortie sur Disney+ uniquement, le 12 novembre 2021, loin de l’honneur des salles obscures. Il faut dire que le film a tout d’un téléfilm médiocre des après-midis de TF1 ou M6. En France, il supporte en plus un doublage low-cost délocalisé en Belgique, pour en réduire le coût, et par la même occasion la qualité... Côté critiques, tant du public que des spectateurs, ce n'est pas mieux : elles se montrent, dans l’ensemble, très négatives à l’encontre du film, y compris aux États-Unis.

Maman, J'ai Raté l'Avion ! (Ça Recommence) est une preuve supplémentaire, si toutefois il en fallait encore une, que certaines sagas cultes doivent parfois rester associées à de doux souvenirs d’enfance. Vouloir les ressusciter, avec des intentions aussi bonnes soient-elles, est un exercice périlleux et très rarement réussi. Nul doute que tous les spectateurs préféreront mille fois revoir le Maman, J'ai Raté l'Avion ! original, plutôt que cette suite insipide qui n’en a ni l’aura ni le charme.

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