Titre original :
Fresh
Production :
Legendary Pictures
Hyperobject Industries
Date de mise en ligne USA :
Le 4 mars 2022 (Hulu)
Distribution :
Searchlight Pictures
Genre :
Thriller
Réalisation :
Mimi Cave
Musique :
Alex Somers
Durée :
114 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Noa, une jeune femme malchanceuse en amour, fait la rencontre de Steve, un homme séduisant, dans un supermarché. Après un rendez-vous au cours duquel elle tombe sous son charme, Noa accepte volontiers l’invitation de Steve à passer le week-end avec lui en amoureux. Pendant leur séjour, elle découvre rapidement que ce dernier a un appétit très particulier et insatiable…

La critique

rédigée par
Publiée le 03 mai 2022

Distribué par Searchlight Pictures pour la plateforme de streaming Hulu, dont The Walt Disney Company est actionnaire majoritaire, Fresh est diffusé en France et dans plusieurs autres pays sur Disney+ au sein de l'univers Star. Le sujet principal et la trame du long-métrage sont toutefois à des années-lumière des standards de la firme aux grandes oreilles.

Avant tout, Fresh est une idée originale de Lauryn Kahn, scénariste, actrice et réalisatrice américaine de courts-métrages, également grande amatrice de films d’horreur. Tout en rédigeant le script, elle cherche l’idée d’un film qui plairait autant aux passionnés qu’à ceux qui n’en regardent pas ou en sont réfractaires. Elle imagine ainsi pouvoir combiner différents genres en un seul film et séduire le plus grand nombre. Pour ce faire, elle emprunte une structure assez particulière : une première partie dans la pure tradition des comédies romantiques, puis un retournement de situation qui plonge le spectateur dans la torture psychologique, pour se finir dans un bain de sang, le tout non sans une pointe d’humour et de sarcasme. Le scénario est alors écrit en deux mois et présenté à Legendary Studios qui, séduit par l’idée, se charge de produire le film en collaboration avec Hyperobjet Industries, société d’Adam McKay, réalisateur entre autres de Frangins Malgré Eux (2008), Very Bad Cops (2010) et Don’t Look Up : Déni Cosmique (2021) pour Netflix, mais aussi scénariste sur Ant-Man (2015), et qui avait déjà travaillé à plusieurs reprises avec Lauryn Kahn.

Pour la mise en scène, le tâche incombe à Mimi Cave, dont le parcours se limite jusque-là aux courts-métrages et aux clips musicaux, et qui réalise ici son premier long-métrage. 
Du côté de la distribution, les premiers rôles sont attribués à Daisy Edgar-Jones et Sebastian Stan. Ayant fait ses débuts à la télévision britannique dans la série Cold Feet en 2016, la première est apparue par la suite dans un second rôle dans La Guerre des Mondes, coproduction franco-anglaise, entre 2019 et 2021. Elle connaît ensuite la consécration en interprétant l'un des personnages principaux dans la mini-série Normal People en 2020, qui réalise des records d’audience et se voit exportée dans le monde entier. À cette occasion, elle est nommée aux Golden Globes dans la catégorie Meilleure Actrice dans une mini-série. Fresh constitue le premier film où Daisy Edgar-Jones tient le rôle principal.
Face à elle, Sebastian Stan commence sa carrière en jouant dans plusieurs séries télévisées en tant qu’invité (New York, Police Judiciaire) avant d’obtenir un rôle important dans Gossip Girl en 2007 et dans la mini-série Kings en 2009. Il joue ensuite les seconds couteaux au cinéma, puis est choisi pour interpréter James “Bucky” Barnes, alias le Soldat de l’Hiver, dans la trilogie Captain America : First Avenger pour le Marvel Cinematic Universe entre 2011 et 2016, ainsi que dans Avengers : Infinity War (2018) et Avengers : Endgame (2019), puis dans la série Falcon et le Soldat de l’Hiver en 2021. En parallèle, il apparaît dans quelques succès dont Seul Sur Mars (2015), Moi, Tonya (2017), Le Diable, Tout le Temps (2020) et la mini-série Pam & Tommy (2022).
Parmi les acteurs complétant le casting, sont à noter Jonica T. Gibbs (les séries Good Trouble pour Freeform et Twenties), la Québécoise et ex-miss Météo de Canal+ Charlotte Le Bon (Yves Saint Laurent, Les Recettes du Bonheur, Vice-Versa), Dayo Okeniyi (Hunger Games, Terminator Genisys, la série Shades of Blue) et Andrea Bang, connue au Canada dans la série Kim’s Conveniance, inédite en France, où elle tient le rôle principal.

Il est certes assez étonnant de voir Fresh proposé par Disney+ compte tenu de son sujet et des thématiques qu’il aborde. Il n'en reste pas moins que son postulat de départ est tout à fait classique en termes de comédie romantique du 21e siècle. Déçue par les applications de rencontre et enchaînant les rendez-vous ratés ou sans suite, Noa, une jeune femme dans la trentaine, ne croit plus en l’amour et a bien du mal à faire confiance aux hommes. Jusqu’au jour où elle tombe sur Steve, un bel inconnu, dans les couloirs d’un supermarché, entre deux courses. Leur premier échange est tout ce qu'il y a de plus banal et gênant, mais cela ne les décourage pas de se revoir et de se donner une seconde chance lors d’un rendez-vous galant, chacun d’eux étant séduit par la maladresse de l’autre. Tout semble se passer pour le mieux et les deux tourtereaux se découvrent peu à peu des points communs : la perte d’un proche, les dangers de la technologie sur les relations humaines, une légère phobie sociale. L’une est artiste dissimulant une forte associabilité et une timidité qu’elle essaie tant bien que mal de vaincre, l’autre est chirurgien et affiche un visage qui en ferait craquer plus d’une. Contre toute attente, le coup de foudre se produit et ils passent une première nuit ensemble. Une introduction plutôt agréable dans l’ensemble, même si la surprise est absente et les situations attendues.
Aussitôt, lorsque Steve propose à Noa de partir avec lui en week-end dans son chalet isolé en pleine forêt alors qu’ils se connaissent depuis si peu de temps, les premières interrogations surviennent et il devient clair que les intentions du personnage sont tout sauf louables. Mais c’est sans compter sur le génie de Lauryn Kahn qui, au lieu de livrer une banale histoire de tueur ou de violeur en série, propose une toute autre approche, beaucoup plus sordide et inattendue. Au bout de trente minutes de métrage alignant les clichés du film romantique indépendant sans tomber dans les poncifs du genre, c’est un voyage au coeur de l’horreur auquel le spectateur est convié. Steve profite en effet de la naïveté de Noa pour la droguer, l’attacher, l’enfermer dans une cellule au sous-sol de sa demeure et lui annoncer qu’il va prélever petit à petit des morceaux de son corps pour sa consommation personnelle, mais aussi les vendre une fortune à des clients particuliers, friands de chair humaine. C’est donc un véritable coup de poing jeté en pleine face, sur fond de morceaux pop et électro entraînants, que le film donne au spectateur qui, même si le début ne laissait planer aucun doute sur les intentions et la nature du bellâtre, a de quoi rester choqué et dépassé par ce qui se déroule sous ses yeux.

L’une des grandes forces de Fresh est donc de réussir à dissimuler la véritable nature de son personnage principal, et donc sa fausse image de film à l’eau de rose, avant une révélation choc qui prend forcément de court avant même la moitié du métrage et change complètement la dynamique de l’intrigue. La comédie romantique vire ainsi à l’horreur et à la survie avec en toile de fond le cannibalisme, le tout non sans une certaine ironie et un second degré assez bien dosé. Car malgré des sujets très sombres et non adaptés à tous les publics, Fresh, en changeant complètement de registre, conserve tout de même un second degré extrêmement appuyé qui prête à sourire et permet de passer un moment agréable du début à la fin. Loin de sombrer dans la facilité et les clichés du film d’horreur classique et voyeuriste, à coups de plans gores et sanglants fortement appuyés, le scénario se montre audacieux, beaucoup plus intelligent qu’en apparence et n’a pas peur de prendre des risques en mélangeant tous les genres afin de plaire au plus grand nombre. Le film conserve ainsi une légèreté propre à la comédie grâce à quelques scènes entraînantes, les dialogues entre la victime et son bourreau qui, en dépit de la situation assez cauchemardesque, sont un bijou de sordide et d’écriture, et un humour noir remarquablement amené et jamais lourd. 
Le duo d’acteurs joue également beaucoup pour la réussite de Fresh. En bourreau des cœurs dissimulant une bien sombre nature, Sebastian Stan amuse aussi bien qu’il effraie par sa capacité à jouer sur les deux tableaux. Touchant en tant que célibataire cherchant le grand amour, inquiétant et loufoque quand la vérité éclate, l’acteur trouve ici un de ses meilleurs rôles et a droit aux scènes les plus gentiment décalées du film, ne serait-ce que lorsque son personnage est derrière les fourneaux et s’accorde une petite danse. Le spectateur finit par se prendre rapidement d’affection pour ce chirurgien aux fausses intention. Face à lui, Daisy Edgar-Jones, plus en retenue mais néanmoins émouvante, incarne la pauvre victime par laquelle le public suit l’histoire et à laquelle il est très facile de s’identifier. Dotée d’une forte détermination cachée derrière une fausse sensibilité, Noa gagne d’emblée l’adhésion, que ce soit au début du film lors de ses rendez-vous ratés puis progressivement lorsqu’elle se trouve être le dindon de la farce. Pleine de ressources, nettement plus maligne qu’en apparence, elle donne du fil à retordre au psychopathe aussi bien physiquement que d’un point de vue psychologique, quitte à rentrer dans son jeu, au point qu’il devient difficile de savoir lequel des deux manipule l’autre !

À leurs côtés, les acteurs secondaires ont toutefois du mal à exister et à sortir leur épingle du jeu bien que le scénario les mette en valeur. Leurs personnages sont néanmoins suffisamment bien écrits pour que le spectateur puisse les trouver attachants ou qu’ils ne parasitent pas l’intrigue ! Dans la peau de Mollie, la meilleure amie de Noa plus enjouée et dynamique que celle-ci, qui voit d’un mauvais œil sa rencontre avec Steve et se lance à sa recherche lorsqu’elle ne donne plus aucun signe de vie, Jonica T. Gibbs s’en sort avec les honneurs et incarne une sympathique alternative à l’héroïne. Charlotte Le Bon joue Ann, l’épouse de Steve, qui semble en savoir plus qu’il n’y paraît sur les réelles activités de son mari et représente le meilleur second rôle du film, bien que le scénario n’arrive pas toujours à la mettre en valeur. Andrea Bang est Penny, une autre victime de Steve, prisonnière depuis plus longtemps que Noa et avec laquelle l’héroïne va se lier d’amitié, bien qu’elles soient dans des cellules séparées, ce qui donne lieu à de belles scènes jouant sur la santé mentale de Noa et interrogeant sur l’existence réelle de Penny. 
Bien aidée par une intrigue sortant des sentiers battus, la mise en scène de Mimi Cave suit habilement la trajectoire du scénario, bien que la réalisatrice plonge d’emblée le film dans la pénombre. Le ton est donc automatiquement donné, et ce malgré l’aspect faussement léger, la suite du métrage reprenant ainsi le schéma en toute logique. Les premières minutes se déroulent essentiellement dans des lieux aux lumières faibles, les scènes de jour sont peu nombreuses et l’action s’exerce régulièrement dans des espaces clos, accentuant le sentiment de claustrophobie vécu par l’héroïne, également partagé par le spectateur. La réalisation a beau être minimaliste sur certains points, elle n’en demeure pas moins inventive et réussit à provoquer le malaise, même dans les moments d’échanges et d’introspection, quand elle n’inspire pas le rire ou l’entrain lors de scènes plus violentes. La force du film repose ainsi en partie sur les contrastes entre horreur et légèreté, Mimi Cave s’étant beaucoup inspirée de cinéastes comme Pedro Almodovar pour l’univers pop et coloré, mêlé à des personnages excentriques et torturés et une intrigue à la fois sobre et dérangeante.

Encore plus que son twist inattendu, c’est aussi par son discours intelligent sur les relations contemporaines que le film peut plaire au plus grand nombre. Une fois la véritable nature de Steve dévoilée, le spectateur assiste, en parallèle des tentatives de fuite de Noa, au quotidien assez banal de ce dernier, partagé entre son activité de chirurgien vendeur et consommateur de viande humaine et son rôle de mari et père, installé dans une maison de banlieue. Outre son sujet horrifique, Fresh interroge sur les rapports amoureux malsains, dénonce la masculinité toxique, pointe du doigt les apparences parfois trompeuses et la pression sociale selon laquelle être en couple est indispensable dans la société contemporaine. Très vite, il est révélé que la femme de Steve est une de ses anciennes victimes à qui il a laissé la vie sauve, faisant d’elle une survivante, mais aussi sa complice. En restant à ses côtés et en gardant le silence sur ses activités, elle participe indirectement au massacre d'innocents, malgré l’emprise, indiscutable, qu’il exerce sur elle. Faut-il tout accepter par amour, même le plus sordide, tout en sachant qu’il est impossible d’aller contre ? Faut-il obligatoirement trouver sa moitié pour être heureux ? Si le cannibalisme est le thème principal, c’est essentiellement le message féministe véhiculé par le scénario qui frappe le plus et prend le spectateur aux tripes. Il est tout de même regrettable que cet aspect du film ne soit pas plus développé pour revenir ensuite à la survie de l’héroïne, ainsi que le final, satisfaisant, mais amené beaucoup trop vite et assez maladroit.

La musique joue aussi un rôle important dans Fresh, qui bénéficie d’une bande originale dantesque, gérée par Alex Somers, artiste visuel et musicien américain, membre des groupes Parachutes et Jònsi & Alex, ayant déjà travaillé sur la composition de quelques films et séries télévisées (Nouveau Départ, Aloha, Black Mirror, Honey Boy). En sélectionnant des sons lourds et pesants, à base de claviers, synthétiseurs et basses très graves, Alex Somers plonge le spectateur dans une ambiance particulièrement glauque et inquiétante, même au début du film. Le compositeur laisse entendre que tout peut basculer à n’importe quel moment, malgré le ton léger emprunté dans la première partie, avant de suivre la tournure du scénario et accentuer les moments d’effroi et de panique. La bande-son de Fresh est, quant à elle, une véritable réussite, composée en grande partie de musique pop et de chansons allant des années 1960 aux années 1980 qui contrastent avec les événements du film et viennent renforcer son second degré. Parmi elles, sont à noter Heads Will Roll des Yeah Yeah Yeahs, déjà présente dans la bande-annonce, You’re Not Good Enough de Blood Orange, La Fin du Monde de Juniore, I Hear A New World de Joe Meek & The Blue Men, Obsession du groupe Animotion et Endless Summer Nights de Richard Marx.

Fresh est projeté pour la première fois en public lors du Festival du Film Indépendant de Sundance le 20 janvier 2022. Avant cela, Searchlight Pictures avait acquis les droits de distribution dans son pays d’origine et à l’international. Une première a ensuite lieu au cinéma Hollywood Legion-Post le 3 mars 2022 avant sa mise en ligne le lendemain sur Hulu dans son pays d’origine. À l’international, le film sort dans la plupart des pays le même jour sur Disney+, disponible au sein de l'univers Star, et le 18 mars 2022 au Royaume-Uni et en Irlande.
Du côté des critiques et contre toute attente, Fresh reçoit un accueil très positif. La presse salue en effet le sujet, aussi excitant que repoussant, et son passage de la romance soft au thriller horrifique, l’escalade de violence, la prestation des acteurs et le final. Quelques avis négatifs reprochent néanmoins la mise en scène de Mimi Cave, qu’ils jugent “impersonnelle”, le manque d’identité de l'ensemble et l’absence de parti pris qui, selon eux, voit l'opus hésiter entre deux genres diamétralement opposés. Le succès critique de Fresh est également public, puisque le film se place parmi les programmes les plus vus lors de sa mise en ligne sur Disney+ faisant alors figure d’OVNI adoubé dans le catalogue de la plateforme.

Partant sur une idée de base originale et assez inattendue, Fresh est une excellente surprise, à réserver à un public averti. Bénéficiant d’une écriture solide, d’une distribution impeccable et d’une réalisation plutôt maîtrisée tout en évoquant différents sujets pertinents, le film s’avère beaucoup plus intelligent que ne le laisse présager son synopsis. Un bel exercice de style, à ne toutefois pas regarder juste après une rencontre...

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