Titre original :
Penguins
Production :
Disneynature
Date de sortie USA :
Le 17 avril 2019
Genre :
Documentaire
IMAX
Réalisation :
Alastair Fothergill
Jeff Wilson
Musique :
Harry Gregson-Williams
Durée :
76 minutes

Le synopsis

Steve, un manchot Adélie, rejoint des millions d'autres mâles lors du printemps austral sur les terres gelées de l'Antarctique afin de construire un nid convenable et trouver une partenaire dans le but de fonder une famille. Rien de tout cela ne lui est facile, d'autant plus qu'il est la proie de nombreux prédateurs, des orques aux léopards de mers sans parler des labbes qui s'attaquent à ses œufs ou ses petits.

La critique

rédigée par
Publiée le 05 octobre 2019

Penguins est un superbe documentaire de Disneynature qui, une nouvelle fois, propose des images tout simplement sublimes. Si le propos est un peu redondant pour le public français (le comportement des manchots Adélie étant très proche des manchots empereurs vu dans La Marche de l'Empereur en 2005 et L'Empereur en 2017), la forme, elle, est bien plus dynamique que pour les films français. En utilisant une personnification poussée ainsi que de la musique pop, le documentaire est certes plus enfantin mais aussi plus rythmé et palpitant.

En 2008, The Walt Disney Company renoue avec le genre du documentaire animalier que le papa de Mickey lui-même avait décidé de populariser quelques 60 ans auparavant. Passionné de flore et de faune, Walt Disney peut, en effet, être considéré comme le pionnier du documentaire animalier grand public. Dès 1948, il met, ainsi, en chantier la collection des True-Life Adventures dont les courts et longs-métrages seront multi-oscarisés. Cette série, inaugurée avec le mini documentaire, L'Ile aux Phoques, constitue d'ailleurs la première véritable incursion de la compagnie au château enchanté dans la production de films "live". Elle comporte un total de sept courts-métrages dont La Vallée des Castors (1950) ou La Terre, Cette Inconnue (1951), avant de s'ouvrir, en 1953, avec Le Désert Vivant, au format des longs-métrages. Ce dernier devient, à partir de cette date, la norme de production des True-Life Adventures et concerne, au final, six œuvres dont La Grande Prairie (1954) ou Le Grand Désert Blanc (1958). Au total, en comptant les courts et longs-métrages, la série aura gagné en tout, pas moins de huit Oscars !

La renaissance de la production de documentaires axés sur la nature et les animaux sauvages au sein du catalogue Disney est due à l'initiative du français Jean-François Camilleri. Alors manager de la filiale hexagonale de Walt Disney Studios Motion Pictures, il a, en effet, en 2005, la brillante idée d'accorder sa confiance à un jeune réalisateur tricolore, Luc Jacquet, en acceptant de produire son premier film, La Marche de l'Empereur. Le pari est osé. Proposer sur grand écran, à destination du grand public, un long-métrage, documentaire animalier, sur la vie des manchots empereurs vivant en Antarctique apparaît, il est vrai, à l'époque comme un rêve doux-dingue, caprice d'un producteur, en mal de respectabilité auprès de l'intelligentsia hexagonale, sacrifiant, pour une fois, la recherche du seul profit commercial sur l'autel de l'expérimentation cinématographique. L'avenir prouvera le parfait contraire. Seul contre tous, Jean-François Camilleri démontre l'incroyable potentiel du genre, confirmant son rang dans le milieu du cinéma français de producteur hexagonal à part entière, véritable découvreur de talents. La réussite commerciale de La Marche de l'Empereur est, en effet, loin d'être un succès d'estime. En France, le film taquine allègrement les deux millions d'entrées ! Le résultat est tel que l'intérêt de proposer le documentaire à l'export apparaît vite évident. Comble de l'ironie, le marché américain lui ouvre rapidement ses portes, mais sans Disney. La maison mère de la filiale française menée par Jean-François Camilleri fait, en effet, la fine bouche et refuse cette histoire de manchots incongrue. Warner Bros., elle, sent le joli coup venir et accepte de distribuer le film sur le sol américain. Il devient vite à l’époque le plus gros succès pour un long-métrage français en Amérique du Nord. Il remporte même l'Oscar du Meilleur Documentaire, véritable pied de nez à la France qui lui a refusé le moindre César. Devant l'ironie de l'histoire, Jean-François Camilleri ne prend pas ombrage et pardonne à sa tutelle, son erreur d'appréciation. Il la comprend même tant son pari était osé... Il entend d'ailleurs l'aider à la réparer et à l'amener à occuper enfin le terrain du documentaire grand public, à destination des salles obscures. Il crée pour cela, une société de production spécifique, Disney Nature Productions, qui présente ainsi un premier long-métrage en 2007, Le Premier Cri, film ethnologique sur la naissance à travers le monde, beaucoup moins abordable qu'un simple documentaire animalier. Il continue ensuite de faire confiance à Luc Jacquet et distribue son deuxième long-métrage, Le Renard et l'Enfant, un docu-fiction axé sur l'amitié d'une petite fille et d'une renarde. L'œuvre très personnelle séduit à nouveau le public français.

Patiemment, le remuant patron de la filiale française convainc sa maison-mère d'investir le marché. Elle accepte finalement de créer un nouveau label de films à l'instar de Disney, Touchstone Pictures ou Hollywood Pictures. Disneynature est ainsi présenté mondialement en avril 2008. Basé en France, il est logiquement dirigé par Jean-François Camilleri et poursuit deux objectifs : distribuer des productions "maison" à l'international et productions étrangères aux États-Unis. Les premiers chantiers sont déjà sur les rails. Le programme est alléchant. Les Ailes Pourpres, Le Mystère des Flamants sort ainsi en décembre 2008 suivi par Pollen et Félins en 2011, Chimpanzés en 2012, Grizzly en 2014, Au Royaume des Singes en 2015, Nés en Chine en 2016, L'Empereur en 2017, Blue en 2018 et Penguins en 2019. Par ailleurs, le film britannique Un Jour sur Terre est distribué aux États-Unis en 2009, sous label Disneynature, ainsi que le film français Océans en 2010. Enfin, en 2016, il propose son premier film directement en sortie digitale, Grandir suivi un an plus tard par Ghost Of The Mountains et Expedition China.

Penguins est donc réalisé par Alastair Fothergill et Jeff Wilson.
Alastair Fothergill débute à la télévision anglaise sur des documentaires animaliers. Il investit ensuite vite le grand écran, sur le même créneau et toujours avec succès. Ce scénariste et réalisateur britannique est ainsi à l’origine du long-métrage La Planète Bleue, de la série télévisée Planète Terre ainsi que du film dérivé de celle-ci, Un Jour sur Terre (celui-là même distribué par Disneynature aux USA). L’homme et le label commencent alors une jolie collaboration qui aboutit aux réalisations de Félins, ChimpanzésGrizzly, Au Royaume des Singes, Blue et Penguins.
Sur Penguins précisément, Alastair Fothergill est secondé par Jeff Wilson qui réalise ici son premier long-métrage pour les salles obscures. Avant cela, l'homme se cantonnait à la seule production de documentaires animaliers pour la télévision.

Penguins met l'accent sur une espèce en particulier, le manchot Adélie. Cet oiseau est caractéristique pour être l'une des rares espèces de manchots à avoir un plumage de queue saillant lui valant le surnom de manchot à longue queue. Les manchots Adélie affichent ainsi un plumage blanc à la gorge, au ventre, autour des yeux et sous les nageoires tandis que reste du plumage est noir de jais. Le film suit alors le parcours d'un jeune mâle, que les cinéastes baptisent Steve, qui vient pour la première fois se reproduire, préparant un nid, trouvant une partenaire (qui se voit donner le nom d'Adeline), fondant une famille et enfin, élevant ses petits. Le long-métrage montre de la sorte parfaitement les caractéristiques de l'espèce ; la séquence de la construction du nid à partir de petites pierres est ainsi fascinante tout comme le fait que les adultes, mâle comme femelle, régurgitent la nourriture accumulée afin de nourrir leur progéniture. Même si le manchot Adélie est le sujet principal du film, le manchot empereur qui partage le même habitat est brièvement aperçu dans une scène utile qui permet de bien comprendre la différence entre les deux espèces tout en les comparant via une approche narrative plutôt amusante.

Ce qui étonne dans Penguins, et le dénote particulièrement des autres films du label, c'est qu'il est un long-métrage particulièrement drôle et léger. Ce ressenti est dû au personnage de Steve qui s'avère particulièrement photogénique allié à la voix du narrateur Ed Helms (connu pour son rôle dans la sitcom The Office). L'acteur arrive, en effet, à donner au personnage de Steve un côté jeune macho maladroit puis un aspect de père débordé plein de bonne volonté. Allié aux images, son texte est souvent amusant si bien que le spectateur se prend à sourire à de nombreuses reprises. L'anthropomorphisme est ainsi poussé à son maximum dans ce film Disneynature permettant ainsi de rendre particulièrement attachants ces oiseaux. Il est impossible de ne pas s'attacher aux personnages et de ne pas vibrer en même temps que ce qui leur arrive. Le tout est, en plus, rehaussé par des images à couper le souffle où la force des éléments à l'image de la tempête, la beauté des décors enneigés ou la netteté des eaux sous la banquise sont tout simplement saisissantes.

Penguins ne s'interdit pourtant pas quelques moments intenses. Le film ne fait, il est vrai, pas l'impasse sur certains prédateurs du manchot Adélie. Les orques comme les léopards des mers sont particulièrement dangereux. La fin montre, par exemple, les seconds se cacher dans les interstices de la banquise pour attaquer les jeunes manchots qui tentent de rejoindre la mer pour la première fois. Les images sont impressionnantes surtout que le long-métrage ne cache pas la violence en montrant certains oiseaux se faire attraper et dévorer. Il en est de même avec les labbes, des goélands des haute latitudes, qui mangent les œufs des manchots mais aussi les tout petits oisillons qui viennent de naître. D'autres séquences extrêmes sont montrées comme celle où Adeline doit combattre une tempête de neige, contrainte de rester immobile alors qu'elle couve ses œufs. Ces scènes dures qui ponctuent le film mettent le spectateur en haleine. La fin est d'ailleurs particulièrement prenante et le public reste accrocher à son siège, espérant que tout se terminera bien pour les personnages pour lesquels il s'est pris d'affection.

La musique instrumentale de Harry Gregson-Williams (Au Royaume des Singes) pour Penguins est, quant à elle, fort sympathique et souligne bien l'action. Pour autant, la vraie particularité de l'opus est assurément son utilisation de chansons pop des années 70 et 80 qui donnent au long-métrage un ton léger, presque anachronique mais lui permet d'apporter une touche de modernité dans son approche tout en permettant au spectateur de bien plus s'impliquer dans le récit des animaux personnifiés. Stir It Up interprété par Patti LaBelle permet par exemple de lancer le titre du film d'une façon vraiment incongrue, à l'opposée des effets majestueux des précédents documentaire du label. Ensuite, Can't Fight This Feeling, chantée REO Speedwagon, est utilisée à bon escient pour illustrer l'histoire d'amour naissante entre Steve et Adeline tandis que Work To Do des Average White Band est entendue quand Steve et les autres mâles partent à la recherche de nourriture pour leurs petits. Enfin, le public reconnaîtra aussi Here I Go Again de Whitesnake.

Penguins est très bien reçu par la critique américaine qui salue ses magnifiques images alliés à un récit prenant et instructif sans qu'il soit didactique et rébarbatif. Malheureusement, le public ne suit pas et le film réalise le plus mauvais score pour un film Disneynature au cinéma atteignant, avec 7 millions de dollars, juste la moitié du box office du précédent long-métrage du label, Nés en Chine, qui était déjà le score, même si honorable, le plus faible du studio à l'iceberg. Penguins n'a même pas droit à une sortie cinéma en France : la distribution récente de L'Empereur l'empêchant sûrement d'être proposé dans l'Hexagone vu la redondance du sujet des deux films. Malheureusement, l'échec financier de Penguins semble entériner un avenir bien sombre pour le label Disneynature né en France. Déjà, cela prouve que le public s'est lassé des documentaires animaliers au cinéma. Ensuite, le rachat d'une partie de 21st Century Fox par The Walt Disney Company dont la cession est actée en mars 2019 fait rentrer dans le giron de Disney la très forte marque National Geographic. Il est évident que Disney n'a aucun intérêt à garder deux labels de documentaires, surtout quand l'un des deux est largement moins connu que l'autre. Le départ de The Walt Disney Company de Jean-François Camilleri, créateur du label à l'iceberg, en mars 2019 semble d'ailleurs valider ce constat. La mort de Disneynature ne sera sans doute jamais officielle mais le label devrait s'éteindre en catimini comme d'autres anciens studios Disney à l'image de Touchstone ou Hollywood Pictures. L'arrivée de Blue directement sur la nouvelle plateforme de streaming Disney+ aux États-Unis confirme encore plus la mise en sommeil programmée...

Chant du cygne ou non de Disneynature, Penguins n'en demeure pas moins un film magnifique qui sait connecter son public avec ses personnages et son récit. Une belle réussite !

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