Il fut longtemps reproché à Walt Disney ne pas assez
considérer ses employés. Certains, d’ailleurs, le lui avaient sévèrement reproché
lors de la grande grève du Printemps 1941. Somme toute, ce reproche était
certainement fondé. Comment passer du temps avec ses centaines de salariés, dans
une entreprise aussi gigantesque que les studios Disney ? Ainsi, les petits
employés, les techniciens, les assistants, étaient-ils parfois négligés, mais
Disney se faisait un devoir de connaître chacun d’eux. Et les meilleurs d’entre
eux étaient rapidement repérés et récompensés.

De gauche à droite (premier rang) : Wolfgang
Reitherman, Les Clark, Ward Kimball et John Lounsbery
De gauche à droite (deuxième rang) : Milt Kahl, Marc Davis, Frank Thomas, Eric
Larson et Ollie Johnston.
C’est à la fin des années 1940 que Disney mit en avant neufs jeunes
animateurs talentueux, qui avaient fait leur preuve au cours des quinze
dernières années. Il faut dire qu’à cette époque, les anciens piliers des
studios partaient les uns après les autres. La grève du printemps 1941 avait
conduit au départ d’artistes aussi talentueux que Vladimir Tytla, l’animateur de
Chernabog, de Dumbo, de Grincheux et
de Stromboli, ou encore d’Arthur Babbitt, le superviseur de la Reine de
Blanche Neige et les Sept Nains et
de Geppetto. D’autres, comme Burt Gillett, le réalisateur de nombreux dessins
animés de Mickey, David Hand, le réalisateur de
Blanche Neige et les Sept Nains et
Bambi, Grim Natwick, l’animateur de
Blanche Neige, ou encore Norman Ferguson, le superviseur de la Sorcière de
Blanche Neige et de Grand Coquin et Gédéon dans Pinocchio, étaient partis ou
s’apprêtaient à partir à la retraite, sans parler de Fred Moore, le superviseur
des nains et du personnage de Crapule, qui sombrait chaque jour un peu plus dans
l’alcool, avant son décès, dans un accident de voiture tragique, en novembre
1952… Un à un, les premiers associés de Disney quittaient l’entreprise, et Walt
savait qu’il se devait de s’entourer d’une nouvelle équipe d’artistes, capable
de superviser la réalisation de ses films. C’est ainsi qu’il promut neuf de ses
animateurs les plus talentueux. Chacun d’eux avait travaillé sur ses premiers
longs-métrages d’animation, et chacun s’était distingué par ses idées, par son
talent, par son énergie. Rapidement, il donna un surnom à cette jeune équipe :
ses « Nine Old Men », ses « Neuf Vieux Messieurs », ou « Neuf Sages » comme on
les appelle parfois… En réalité, ils étaient loin d’être vieux ! Ce petit surnom
renvoyait en fait au surnom moqueur que le Président Franklin Roosevelt avait
donné aux neuf juges de la Court-Suprême des Etats-Unis qui lui mettaient
souvent des bâtons dans les roues. Chez Disney, rien de tout cela. Le surnom
était une marque d’affection, et surtout de confiance. Faisaient partie de ces
neuf « vieux » Les Clark, Wolfang Reitherman, Eric
Larson, Ward Kimball, Milt Kahl, Frank Thomas, Ollie Johnston, John Lounsbery et enfin Marc Davis, qui
contribuèrent pendant près de 40 ans au développement de l’empire Disney, que ce
soit au cinéma, à la télévision et dans le développement des parcs à thèmes…