L'Âge de Glace
Les Aventures de Buck Wild

Titre original :
The Ice Age Adventures of Buck Wild
Production :
Disney
Bardel Entertainment
Date de mise en ligne USA :
Le 28 janvier 2022 (Disney+)
Genre :
Animation 3D
Réalisation :
John C. Donkin
Marshall Fels Elliott
Musique :
Batu Sener
Durée :
82 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Crash et Eddie, les frères opossums d’Ellie, cherchent à obtenir leur indépendance. Ils décident alors de quitter leur tribu et de s’installer dans le monde souterrain, peuplé principalement de dinosaures. En compagnie de Buck Wild la belette excentrique, ils devront faire face à Orson, un protocératops prêt à tout pour prendre le contrôle.

La critique

rédigée par
Publiée le 24 mars 2022

L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild est le sixième film de la saga L’Âge de Glace ainsi que le premier long-métrage spin-off de la franchise, centré ici sur Crash et Eddie. Proposé sur Disney+ le 28 janvier 2022 aux États-Unis, le film est disponible le 25 mars 2022 en France sur la même plateforme de streaming.

L’Âge de Glace est la saga la plus prolifique des studios Blue Sky. Depuis 2002 et la diffusion du premier film, elle a en effet engrangé avec cinq long-métrages plus de trois milliards de dollars cumulés dans le monde ainsi que la création de divers courts et moyens-métrages centrés sur le personnage de Scrat ou encore les fêtes de Pâques et Noël. Malgré une perte de souffle constatée au cinquième opus – L’Âge de Glace 5 : Les Lois de l’Univers avec plus de 400 millions de dollars au box-office dans le monde – la franchise a su se faire une place dans le monde du cinéma d’animation en proposant de plus en plus d’intrigues et de personnages dans son univers au fil de ses productions.

Alors que le cinquième film de la franchise sort en juin 2016, Galen Tan Chu, alors le co-directeur du film, annonce que les studios Blue Sky ont des idées pour un sixième opus et que ce film pourrait voir le jour si L’Âge de Glace 5 : Les Lois de l’Univers réalise une bonne performance au box-office. Le projet est au final abandonné et Blue Sky décide de se focaliser sur des long-métrages originaux : Ferdinand en 2017 et Les Incognitos en 2019. C’est alors qu’en août 2018, le PDG de 20th Century Fox, Stacey Snider, annonce la mise en chantier d’une série basée sur Buck Wild, la belette introduite dans L’Âge de Glace 3 : Le Temps des Dinosaures. En décembre 2020, le projet est modifié et devient finalement un film centré sur Buck mais aussi Crash et Eddie, les frères opossums de la mammouth Ellie. Patatras, le 10 avril 2021, les studios Blue Sky ferment leurs portes ! La production du projet de long-métrage centré sur ces trois personnages est ainsi transférée à 20th Century Studios qui sous-traite l'animation à un studio tiers. Quand l'opus sort sur Disney+ le 28 janvier 2022, le spectateur s'étonne alors de le voir adossé au label Disney, le seul à apparaître au générique en tant que producteur sans que Blue Sky ou 20th Century Studios ne soient cités. L'explication est pourtant simple. Depuis la sortie du film d'animation Le Journal d'un Dégonflé fin 2021, The Walt Disney Company apporte de la cohérence à ses labels : Disney se charge de tous les films familiaux, y compris les franchises appartenant avant cela à 20th Century Studios ; le studio à la fanfare se charge lui du divertissement adulte au sens large tandis que Searchlight Pictures se concentre sur le cinéma art-et-essai.

Néanmoins, se retrouvent à la production de L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild des anciens employés de chez Blue Sky, notamment John C. Donkin qui en est le réalisateur. Ce dernier a travaillé en tant que producteur sur des films comme L’Âge de Glace, Robots, L’Âge de Glace 3 : Le Temps des Dinosaures, Rio, L’Âge de Glace 4 : La Dérive des Continents, Rio 2 ou encore des court-métrages tels que L’Aventure Inédite de Scrat, Visite avec la Tante Fanny, Il Était une Noix, Sid : Opération Survie et Le Monde de Scrat - Partie 2. L’histoire a, pour sa part, été créée par Jim Hecht qui a travaillé en tant que scénariste sur L’Âge de Glace 2 ou encore L’Âge de Glace : La Grande Chasse aux Œufs.

Après avoir réalisé une nouvelle bêtise, les opossums Crash et Eddie décident donc de s’éloigner de leur tribu et de devenir indépendants aux côtés de Buck Wild, la belette qu’ils ont rencontrée dans le monde perdu. Mais ce dernier doit s’occuper d’une affaire bien plus urgente. Il se trouve en effet qu'Orson, un protocératops au cerveau surdéveloppé, souhaite dominer ce monde et en faire un lieu uniquement dédié aux dinosaures où les mammifères seraient constamment en danger.
Bien que le long-métrage semble se focaliser sur Buck Wild de par son titre, ce sont en réalité plutôt Crash et Eddie qui en sont les personnages principaux. Les frères opossums signent leur début dans L’Âge de Glace 2, proposant une autre couche de comédie que celle venue des autres personnages comiques comme Sid ou Scrat. Là où le dernier a un humour cartoonesque et le premier un humour de situation avec des répliques bien senties, Crash et Eddie surfent eux plutôt sur du burlesque très enfantin, puéril avec parfois des références à la pop culture et des gags qui alourdissent les films dans lesquels ils sont présents. Néanmoins, ces personnages demeurent tolérables dans la saga en certaines occasions : lors du second film quand leur sœur est en danger, ou encore dans le troisième volet lorsqu’ils font équipe avec Buck pour sauver Sid. Dans L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild, Crash et Eddie ont beaucoup de mal à porter le film : leurs facéties sont en effet au mieux passables, leurs dialogues peu inspirés et leur présence semble saboter le potentiel du long-métrage. L’histoire de Buck Wild et le chemin que prend le long-métrage sont sur le papier plutôt intéressants : un dinosaure veut prendre sa revanche sur Buck, les spectateurs explorent la backstory de la belette, d’anciens personnages refont leur apparition... L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild regorge ainsi de pas mal de bonnes idées mais leur exécution ne sont jamais à la hauteur.

Buck Wild est un personnage très dynamique qui donne un regain de peps dans les films dans lesquels il apparaît. Sa façon de régler les problèmes et son expertise en survie font de lui un personnage plaisant à suivre, même s’il a des réactions parfois étranges. Zee est, pour sa part, un personnage inédit de la franchise et propose une belle alchimie avec la belette. Plus posée, moins éparpillée, la zorille a tout à fait sa place dans le long-métrage et se montre aussi performante que son partenaire. Malheureusement, le duo a du mal à atteindre son plein potentiel car le film se concentre d’une façon déstabilisante sur le duo d’opossums. Orson se trouve, lui, être un antagoniste tout à fait acceptable. Sa backstory est loin d’être originale, mais elle a le mérite de poser les bases d’un personnage qu’il ne faut pas prendre à la légère malgré les quelques moments où il est ridiculisé face à son armée de raptors. Son but est très clair : faire du monde perdu un lieu où les plus forts – les dinosaures - ont l’ascendant sur les plus faibles, les mammifères. Buck Wild veut donc l’en empêcher ; lui et son équipe ayant réussi à maintenir une paix entre les deux espèces.

Beaucoup des personnages de la saga manquent à l’appel, et c'est une bonne nouvelle tant cela a été l’un des grands défauts de L’Âge de Glace 5 : Les Lois de l’Univers. Se concentrer sur un plus petit nombre de personnages rend en effet l’histoire moins chaotique et permet à tout un chacun d’avoir son occasion de se révéler. Mais un personnage emblématique de la saga brille pourtant par son absence : Scrat, l’écureuil préhistorique et mascotte des studios Blue Sky. Les gags de Scrat permettaient il est vrai au récit de souffler un peu et apparaissaient souvent les meilleurs moments des long-métrages. Or, la suppression du personnage a déconcerté les fans de la saga : L’Âge de Glace rentre visiblement dans une nouvelle ère, L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild devenant un film inhabituel, dissemblable. La raison de cette absence est pourtant à chercher du côté juridique et pas du tout artistique. Blue Sky était, en effet, de longue date en procès sur les droits de Scrat, depuis 2002, avant même la diffusion du premier film. Pour Disney, qui a racheté le studio créateur de L'Âge de Glace en même temps que 20th Century Fox, il s’agit donc d’un test grandeur nature, afin de savoir s'il est possible de se passer de Scrat et si cette convention scénaristique fonctionne pour d'éventuelles prochaines productions. Et le résultat aurait pu être convaincant... si l’histoire avait été convenablement amenée ! Trop de défauts viennent il est vrai plomber les bonnes idées originelles.

L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild dispose de moments vraiment émouvants. Cela arrive lorsque le passé d’Ellie refait surface - dans une scène déjà présente dans L’Âge de Glace 2 et qui a été rallongée dans le film – ainsi qu’au moment où le destin funeste de l’ancienne équipe de Buck et Zee est révélé. D’ailleurs, le film se démarque des autres de la saga en évoquant les aventures précédentes de Manny, Diego et Sid, notamment les évènements du premier film. Cependant, certains éléments empêchent ces scènes de dévoiler toute leur puissance émotionnelle ; la qualité de l’animation en rajoutant à ce bilan maussade

Ainsi, à la différence des cinq précédents films, ce ne sont pas les studios Blue Sky qui se sont chargés de l'animation de L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild mais Bardel Entertainment. Il s'agit là d'un studio d’animation canadien fondé par Barry Ward et sa femme Delna Bhesania en 1987. Il est connu pour avoir travaillé en coproduction avec beaucoup d’autres studios – dont les studios Disney – sur plusieurs films et séries d’animation comme Le Monde de Maggie, Titan A.E., la première saison de Bob’s Burgers, Solar Opposites, la quatrième saison de Jack et les Pirates du Pays Imaginaire ou encore Le Journal d’un Dégonflé. Le studio a même animé le gag du canapé du dernier épisode de la vingt-sixième saison des (Les) Simpson ; ce gag étant un cross-over avec la série Rick et Morty, elle aussi animée par Bardel Entertainment. Au vu de leurs nombreuses contributions dans le paysage audiovisuel, le studio sait produire un travail plutôt qualitatif. Mais ses animateurs doivent ici se comparer avec l’animation de Blue Sky qui s’est améliorée d’années en années, produisant alors au cinquième film des personnages aux mouvements dynamiques, des arrière-plans et des décors impeccables ainsi qu’une colorimétrie intéressante. L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild ne dispose quant à lui pas d'une animation très aboutie en comparaison avec les autres opus de la série ; les mouvements des personnages ne sont pas aussi fluides qu’avant, rendant le tout très rigide et le visionnage difficile. La luminosité générale reste grosso modo la même, l'ensemble étant très clair et manquant de variété. Fort heureusement, le chara design des personnages est plutôt bien respecté, bien que le soin qui leur est apporté n'est pas du niveau des autres films de la saga. Cette impression se ressent dans le pelage de certains mammifères qui semble moins naturel, plus artificiel ou encore dans les mimiques de Sid le paresseux qui déforment bizarrement son visage.

Parfaitement légitime sur le projet, Batu Sener a composé non seulement la bande son de L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild, mais a notamment travaillé sur les musiques de Ferdinand, Dragons 3 : Le Monde Caché, Solo : A Star Wars Story, L’Appel de la Forêt ou encore la série de courts-métrages L’Âge de Glace : Les Aventures de Scrat. Avec le compositeur John Powell, il a aussi créé la musique des quatre derniers films de la saga. Sa partition essaie tant bien que mal de faire ressortir une certaine émotion sur les images du film ; elle y parvient à certains moments, mais sans doute trop peu pour faire oublier les défauts du long-métrage.

L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild reçoit à sa sortie des avis plutôt négatifs. Avec 33 critiques sur Rotten Tomatoes, l'opus reçoit une note clairement défavorable de 3,9/10. Certains fans américains déplorent le changement du casting vocal - seule la voix américaine de Buck Wild étant la même que celle des précédents films -, l’absence de Scrat et le titre quasi-mensonger donnant l’impression que le film allait se focaliser sur la belette. Certaines critiques vont même jusqu’à comparer le long-métrage d’animation à la période où Disney produisait des suites de ses classiques qui sortaient directement en DVD et étaient connues pour être de piètre qualité. Tout cela n’empêche pas Disney d’envisager un possible futur pour la franchise. Une série de six courts-métrages intitulée L’Âge de Glace : Les Aventures de Scrat est, en effet, prévue la même année sur Disney+ ; il s'agit en réalité du dernier projet réalisé par le studio Blue Sky avant sa fermeture. Un septième film est même envisagé, malgré le scepticisme ambiant.

L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild regorge de bonnes idées mais se voit gâché par ses personnages principaux et son animation très moyenne. Les gags ont également bien du mal à fonctionner, rendant son visionnage embarrassant et laborieux. En fait, le standard auquel il devait se hisser se révèle, au bout du compte, trop ambitieux pour lui. L’Âge de Glace : Les Aventures de Buck Wild n’a donc qu’un seul mérite, clairement paradoxal : il dévoile toutes les qualités que recèlent... les cinq premiers films de la saga !

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