Les Simpson - Saison 1
L'écran titre
Titre original :
The Simpsons - Season 1
Production :
Fox Television Animation
Gracie Films
Date de diffusion USA :
17 décembre 1989 - 13 mai 1990
Genre :
Animation 2D
Création :
Matt Groening
Musique :
Danny Elfman
Richard Gibbs
Durée :
286 minutes
Les Simpson - Autre(s) saison(s) :
Saison 01
Saison 02
Saison 03
Saison 04
Saison 05
Saison 06
Saison 07
Saison 08
Saison 09
Saison 10
Saison 11
Saison 12
Saison 13
Saison 14
Saison 15
Saison 16
Saison 17
Saison 18
Saison 19
Saison 20
Saison 21
Saison 22
Saison 23
Saison 24
Saison 25
Saison 26
Saison 27
Saison 28
Saison 29
Saison 30
Saison 31
Saison 32
Disponibilité(s) en France :

Liste et résumés des épisodes

1. Simpsons Roasting on an Open Fire
Noël Mortel
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 1
Date de diffusion USA : 17 décembre 1989
Réalisé par : David Silverman
Durée : 22 minutes
Homer ne recevra pas de prime de Noël…
2. Bart the Genius
Bart le Génie
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 2
Date de diffusion USA : 14 janvier 1990
Réalisé par : David Silverman
Durée : 22 minutes
Bart triche à un test d’intelligence…
3. Homer’s Odyssey
Un Atome de Bon Sens
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 3
Date de diffusion USA : 21 janvier 1990
Réalisé par : Wes Archer
Durée : 22 minutes
Homer est renvoyé de la centrale nucléaire de Springfield…
4. There’s No Disgrace Like Home
Simpsonothérapie
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 4
Date de diffusion USA : 28 janvier 1990
Réalisé par : Gregg Vanzo et Kent Butterworth
Durée : 22 minutes
Les Simpson participent à un pique-nique dans le manoir de M. Burns…
5. Bart The General
Terreur à la Récré
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 5
Date de diffusion USA : 4 février 1990
Réalisé par : David Silverman
Durée : 22 minutes
"Bart est menacé par les terreurs de l’école...
6. Moaning Lisa
St. Lisa Blues
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 6
Date de diffusion USA : 11 février 1990
Réalisé par : Wes Archer
Durée : 22 minutes
Déprimée, Lisa rencontre un jazzman…
7. The Call of the Simpsons
L’Abominable Homme des Bois
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 7
Date de diffusion USA : 18 février 1990
Réalisé par : Wes Archer
Durée : 22 minutes
Homer décide d’acheter un camping-car…
8. The Telltale Head
Bart A Perdu la Tête
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 8
Date de diffusion USA : 25 février 1990
Réalisé par : Rich Moore
Durée : 22 minutes
Bart a tranché la tête de la statue du fondateur de Springfield...
9. Life on the Fast Lane
Marge Perd la Boule
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 9
Date de diffusion USA : 18 mars 1990
Réalisé par : David Silverman
Durée : 22 minutes
Homer fait preuve d’égoïsme pour l’anniversaire de Marge…
10. Homer’s Night Out
L’Odyssée d’Homer
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 10
Date de diffusion USA : 25 mars 1990
Réalisé par : Rich Moore
Durée : 22 minutes
Homer est pris en photo dansant avec une strip-teaseuse…
11. The Crepes of Wrath
L’Espion qui Venait de Chez Moi
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 11
Date de diffusion USA : 15 avril 1990
Réalisé par : Wesley Archer et Milton Grey
Durée : 22 minutes
Skinner propose d’intégrer Bart à un programme d’échange…
12. Krusty Gets Busted
Un Clown à l’Ombre
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 12
Date de diffusion USA : 29 avril 1990
Réalisé par : Brad Bird
Durée : 22 minutes
Homer assiste au braquage du mini-market par Krusty le Clown…
13. Some Enchanted Evening
Une Soirée d’Enfer
Genre : Episode télé
Série : Les Simpson
Saison 1 Épisode 13
Date de diffusion USA : 13 mai 1990
Réalisé par : David Silverman et Kent Butterworth
Durée : 22 minutes
Homer planifie une soirée romantique avec Marge…

La critique

rédigée par
Publiée le 13 septembre 2020

Les Simpson débute sa vie de sitcom la plus longue de l’histoire par une première saison qui introduit les personnages à l’origine de son succès tonitruant. Si l’animation est encore particulièrement rudimentaire et ses créateurs tâtonnent pour trouver les caractéristiques finales de la série, ses éléments clés sont déjà présents, pour le bonheur des spectateurs.

La genèse des (Les) Simpson se trouve dans l’imagination de son créateur, Matt Groening. Né le 15 février 1954 à Portland dans l’Oregon de parents nommés Margaret et Homer, il étudie à l’Evergreen State College d’Olympia dans l’État de Washington, une école d’art où il dessine et écrit pour le journal du campus. S’installant ensuite à Los Angeles pour devenir auteur, il enchaîne les petits boulots peu gratifiants et publie Life In Hell, une bande dessinée inspirée de sa vie dans la ville tentaculaire qui rencontre le succès et finit par être reprise dans près de 250 hebdomadaires. Mais Groening est très vite attiré par l’animation, notamment depuis qu’il a découvert Les 101 Dalmatiens (1961). Il saisit ainsi l’opportunité offerte par James L. Brooks, auteur et producteur, de créer une courte pastille animée pour l’émission The Tracey Ullman Show diffusée sur la jeune chaîne Fox, créée le 9 octobre 1986. Il pense d’abord proposer une adaptation de Life In Hell, mais renonce finalement pour ne pas abandonner les droits de publication sur ce qui constitue alors l’œuvre de sa vie. Dans la salle d’attente du bureau de Brooks, il trouve l’idée d’une famille dysfonctionnelle. Les Simpson apparaissent donc dans une pastille diffusée à partir du 19 avril 1987 et dont le succès dépasse rapidement celui de son émission d’accueil. Alors que Groening souhaite que sa création se démarque des autres programmes télévisés, un animateur émet l'idée de donner la couleur jaune aux personnages. La trouvaille permet incontestablement de rendre visible la famille et contribue au carton tonitruant de la pastille.

Fox commande alors une saison de treize épisodes d’une demi-heure (en incluant la publicité) malgré des craintes initiales quant à la possibilité pour les spectateurs de rester attentifs aussi longtemps. Les idées du créateur des Simpson sont alors encore fluctuantes. Groening nomme dès 1987 ses personnages en reprenant les noms de ses parents (Margaret, diminuée en Marge et Homer), de ses sœurs (Lisa et Margaret, diminuée en Maggie). Le terrible Bart tient quant à lui son nom de l'anagramme de « brat », qui signifie « gosse » en langue anglaise. Toutefois, la véritable famille de l’auteur est bien différente des Simpson et ne constitue pas une source d’inspiration pour les personnages. Les contours de ces derniers doivent donc encore être définis.
James L. Brooks, qui travaille avec Matt Groening par le biais de sa société de production Gracie Films, décide d’intégrer au projet Sam Simon, un auteur-producteur avec qui il a notamment déjà collaboré sur la sitcom Taxi (1978-1983) diffusée sur ABC puis NBC. Si les relations entre Groening et Simon sont conflictuelles, ce dernier dirige l’équipe des scénaristes et contribue avec talent à développer la profondeur des personnages et à les rendre consistants pour une véritable série télévisée.

La Saison 1 s’attache en effet en premier lieu à présenter les membres de la famille. Alors que Homer prendra par la suite une position incontestable de personnage principal de la série, Bart est véritablement le premier héros de cette saison inaugurale. Le sale gosse est ainsi le moteur de l’intrigue de quatre épisodes, tandis qu’il joue également un rôle déterminant dans la plupart des autres. Il semble que les créateurs de la série voient le petit garçon comme un potentiel pilier pouvant correspondre au public envisagé pour la série, plutôt composé de jeunes hommes qui pourraient s’identifier à ce personnage qui serait une caricature de leur passé.
Il n’y a rien de tel pour s’identifier à Bart que de partager ses difficultés, tant rien n’est épargné à l’aîné de la fratrie des Simpson durant cette Saison 1 ! Il est en effet la cible idéale de toutes les terreurs des écoles, qu’il s’agisse des gros bras menés par Nelson ou des affreux surdoués qui l’humilient sans scrupule lorsqu’il intègre très temporairement une école pour enfants au QI exceptionnel. Désireux de rejoindre le camp des loubards pour s’affranchir de celui des victimes, il commet l’irréparable en tranchant la tête de la statue de Jebediah Springfield, le fondateur de la ville, et se voit ainsi poursuivi et persécuté par… l’ensemble de ses habitants ! Jamais véritablement tranquille - il se retrouve pratiquement réduit en esclavage lorsqu’il est envoyé en France pour un échange scolaire -, il voit même ses succès constituer une menace pour la suite : l’arrestation de Tahiti Bob, dont il est l’auteur grâce à un sens de la déduction qui prouve que son intelligence n’est pas si faible, est à l’origine d’une menace récurrente qui pèse par la suite sur lui au cours de la série. S’il fait rire par ses frasques, Bart provoque donc principalement l’émotion du téléspectateur et apporte de la consistance à la série, qui ne se contente pas d’être une simple comédie mais porte également des messages délivrés par ses personnages.

Laissant pour le moment la lumière à son fils, Homer n’est tout de même pas en reste durant cette Saison 1 des (Les) Simpson et voit sa caractérisation être progressivement mise en place au fil des épisodes. Goujat indigne de l’amour que lui porte sa femme et père irresponsable, il finit cependant parfois par montrer qu’il possède un fond noble et un amour sincère bien que maladroit pour sa famille. S’il délaisse Marge et va même jusqu’à lui acheter un cadeau d’anniversaire qu’il destine en réalité à lui-même, il est terriblement malheureux lorsqu’il la sent s’éloigner de lui. Il s’inquiète tant pour sa famille qu’il souhaite lui faire faire une thérapie qui finit très indirectement par ressouder ses membres.
Les scénaristes esquissent peu à peu les grandes caractéristiques du personnage. Sujet à la jalousie et à l’orgueil, il est prêt à tout pour acheter un camping-car inutile dans le but de faire concurrence à son voisin détesté, Ned Flanders. Ses lubies tout à fait temporaires sont d’ailleurs déjà le prétexte pour des aventures loufoques, comme celle de L’Abominable Homme des Bois où il finit pas être confondu avec Big Foot. Véritable boule de nerfs, il se met fréquemment en colère, notamment contre son fils Bart, même si le geste d’étranglement n’est pas encore récurrent. Totalement imprudent dans son travail, il frôle la catastrophe au sein de la centrale nucléaire de Springfield. Enfin, il prend déjà le bar de Moe pour refuge lorsqu’il affronte la moindre difficulté et noie son chagrin dans la bière auprès de ses congénères ivrognes. Tantôt exaspérant et tantôt hilarant, Homer a déjà tout de celui qui est désormais le premier ambassadeur de la série.

Marge constitue quant à elle le personnage féminin fort de la Saison 1 des (Les) Simpson. À première vue, elle possède toutes les caractéristiques de la femme au foyer entièrement dévouée à l’éducation de ses enfants et à la satisfaction des désirs de son mari et se fait un point d’honneur à ne pas rompre avec ses obligations de mère. Cependant, elle ne tombe heureusement pas dans cette caricature et diffère par de nombreuses exceptions à ce modèle. Souvent découragée par l’égoïsme et l’irresponsabilité de Homer, elle est une femme désirable qui se laisse séduire par un professeur de bowling entreprenant. Terriblement tentée, elle revient néanmoins à la raison avant d’atteindre le point de non-retour.
C’est en étant fidèle à son époux et à sa famille qu’elle porte d’ailleurs les sujets les plus forts. Lorsque Homer est pris en photo en train de danser avec une strip-teaseuse, elle condamne son irresponsabilité et dénonce la promotion d’une image dégradante des femmes que représente le cliché. Elle a notamment peur de l’impact négatif qu'il peut avoir sur la vision des femmes de son jeune fils Bart. Loin de l’image d’une femme au foyer docile, Marge est donc dès cette première saison un personnage riche en contradictions qui sait porter un message féministe tout en provoquant l’empathie.

Alors qu’elle défend elle aussi régulièrement la cause des femmes dans les saisons ultérieures, Lisa n’a pas encore atteint ce stade durant la Saison 1. Son aspect de petite fille nettement en avance sur son âge est alors principalement mis en avant. Lisa fait il est vrai souvent preuve de sagesse face aux immatures Homer et Bart. Mais être raisonnable et lucide n’est pas sans effets secondaires chez une enfant. Préoccupée par des sujets qui ne devraient concerner que les adultes, Lisa est en effet déprimée et perd tout goût à la vie. Sa rencontre fortuite avec le musicien surnommé Gencives Sanglantes lui permet alors d’exprimer son spleen (et surtout son blues) via le jazz, en jouant de son saxophone. Si elle reste par moments une enfant qui aime simplement regarder Les Joyeux Petits Lutins, Lisa fait donc preuve d’une capacité à émouvoir les téléspectateurs qui sera confirmée dans la suite de la série.
Sa petite sœur Maggie, nécessairement plus effacée puisqu’elle est privée de parole en tant que bébé, n’en est pas moins essentielle. Assumant son rôle de pantomime à merveille, elle bénéficie à plein du média animé pour faire rire avec des scènes qui seraient impossible dans la réalité, comme lorsqu’elle est adoptée par une famille d’ours dans la forêt. Sans dialogues, elle parvient à exprimer beaucoup par ses gestes.

Au-delà des cinq Simpson, le succès de la série est évidemment lié à sa galerie pléthorique de personnages secondaires. Si nombre d’entre eux sont apparus au fil des années, la Saison 1 en compte d’ores et déjà une quantité importante (quarante-sept au total !) dans l’ensemble des aires qui y sont explorées : famille, école, centrale nucléaire, commerces et forces régaliennes de Springfield, etc. Les animaux de compagnie ne sont pas en reste avec Boule de Neige II et Petit Papa Noël, ce dernier ayant en plus le luxe de constituer le clou de l’épisode inaugural.
Parmi les plus importants peut être noté M. Burns, l’impitoyable millionnaire propriétaire de la centrale nucléaire de Springfield, qui fait preuve d’un mépris à peine voilé pour ses employés. Le personnage reste toutefois à développer, ses apparitions relativement nombreuses restant plutôt superficielles. Il en va de même pour Krusty le Clown, pourtant central dans l’épisode Un Clown à l’Ombre où sa personnalité réelle est seulement effleurée. Malgré un plus faible temps à l’écran, le potentiel comique du Principal Skinner apparaît en revanche pleinement lorsque sa patience est mise à rude épreuve par Bart - et très brièvement par sa mère Agnes. La relation conflictuelle entre Homer et Patty et Selma, les sœurs de Marge, gratifie également les téléspectateurs de scènes hilarantes dès les premières minutes de la série.

Si les personnages des (Les) Simpson fonctionnent immédiatement à l’écran dès leurs premières apparitions, le travail des acteurs qui les incarnent en faisant preuve d’une polyvalence folle y est pour beaucoup. Les acteurs originaux jouent en effet chacun une pléiade de personnages. Dan Castellaneta, également connu pour avoir repris par la suite le rôle du Génie de Robin Williams dans Le Retour de Jafar (1994), incarne Homer, le Grand-Père Simpson, Krusty le Clown et l’encore effacé Barney Gumble. Julie Kavner double quant à elle Marge et ses sœurs Patty et Selma. Nancy Cartwright assume plusieurs enfants, dont Bart, Ralph Wiggum et Nelson Muntz alors que Lisa est incarnée par Yeardley Smith.
Harry Shearer contribue à compléter la galerie en doublant de nombreux personnages secondaires : M. Burns, Waylon Smithers, Ned Flanders, le Principal Skinner, Lenny Leonard, Kent Brockman et le Révérend Lovejoy. Hank Azaria, également connu pour avoir joué le petit-ami scientifique de Phoebe dans Friends, n’apparaît pour le moment qu’en tant qu’acteur récurrent en dehors du casting principal, en jouant Moe Scyzlak et Apu.

La version française n’est pas en reste et a contribué au succès de la série dans l’hexagone par sa qualité. Respectant à merveille le ton original voulu par les auteurs, l’adaptation est orchestrée par le directeur artistique Christian Dura, également connu pour avoir travaillé en 1989 sur les adaptations de Retour Vers le Futur - 2ème Partie et Indiana Jones et la Dernière Croisade.
Le casting vocal égale quant à lui le niveau des acteurs originaux, mené par les extraordinaires Véronique Augereau et Philippe Peythieu qui incarnent Marge et Homer ainsi que de nombreux autres personnages. L’alchimie qui se crée entre les deux comédiens est palpable et les conduira par ailleurs à s’unir plus tard à la ville. Alors qu’ils n’ont que quelques rôles mineurs à leur actif, ils trouvent avec Les Simpson des incarnations qui marquent leur carrière durablement. Joëlle Guigui double Bart tandis qu’Aurélia Bruno assure la voix de Lisa. Michel Modo, connu pour avoir été un gendarme aux côtés de Louis de Funès, Régine Teyssot et Patrick Guillemin complètent principalement l’équipe pour d’autres personnages. Ces talents conjugués rendent dès la Saison 1 la série aussi vivante en version française qu’en version originale, constituant là un bel exploit. L'attention de Matt Groening lui-même, qui considère le doublage français comme la meilleure adaptation de sa série, est alors une reconnaissance bien méritée.

Si Les Simpson s’attache avant tout à présenter ses personnages dans sa saison inaugurale, la série n’oublie pas pour autant d’aborder des thématiques fortes avec un ton rapidement identifiable. Son aspect irrévérencieux est en effet marqué dès les premières minutes du premier épisode, avec un humour décalé et impertinent à l’époque inédit pour une série animée. Elle prouve alors qu’elle sait rire de tous les sujets avec la plus totale des libertés. L’émotion n’est toutefois pas mise de côté et les bons sentiments sont régulièrement au rendez-vous, notamment lors du dénouement heureux de chaque épisode.
Au-delà de la famille de classe moyenne caricaturée avec les Simpson, la série constitue une véritable satire de la société américaine. Le consumérisme y est ridiculisé à de nombreuses reprises, par le prisme d’un commercial prêt à tout pour vendre un camping-car ou par le fait que Bart puisse se faire tatouer en étant seulement un enfant. Le patriotisme aveugle des Américains est également raillé, ceci étant contrebalancé par la caricature des habitants d’autres pays, inaugurée dans L’Espion qui Venait de Chez Moi par des Français sales comme il se doit. Les Simpson réussit par ailleurs une belle mise en abîme en moquant à de multiples reprises son propre média, la télévision ! La place du poste de télévision au sein des foyers américains est mise en exergue, notamment lorsque Maggie choisit de faire un câlin au téléviseur plutôt qu’à Bart ou Lisa. Elle est également montrée comme un relais de bêtise, Homer étant notamment manipulé par des publicités douteuses.

La Saison 1 introduit également différents éléments qui reviendront ultérieurement de manière récurrente dans Les Simpson. Il en va ainsi des canulars téléphoniques des Bart, qui demande à Moe de lui passer un prétendu interlocuteur au nom douteux. Les variables du générique font également leur apparition dès le deuxième épisode, avec la phrase rédigée par Bart au tableau lors de sa punition ou le gag du canapé, créant un rendez-vous avec le téléspectateur qui a hâte de découvrir la singularité qui se cache dans cette itération.
Les références culturelles, qui sont légion dans la série, sont moins nombreuses ici compte tenu du plus faible nombre d’épisodes et de leur fonction introductive. Il en va ainsi de même pour les renvois aux œuvres et personnages de The Walt Disney Company. Bart tire tout de même dans le pilote la barbe du Père Noël - qui s’avère être Homer - comme dans Le Miracle de la 34ème Rue (1947) de 20th Century Studios, tandis qu’il évoque la trilogie Star Wars comme un exemple de guerre positive à la fin de Terreur à la Récré. Les titres originaux des épisodes constituent par ailleurs souvent des clins d’œil à des expressions ou à des œuvres de la culture classique ou populaire. Le 7ème épisode The Call of the Simpsons fait par exemple référence au roman L’Appel de la Forêt (The Call of the Wild) de Jack London et à son adaptation éponyme produite en 1935 par 20th Century Pictures.

Si Disney n’est pas encore omniprésente dans Les Simpson, deux artistes majeurs du futur de l’entreprise font leurs armes sur cette première saison. Brad Bird réalise ainsi l’épisode 12, Un Clown à l’Ombre et se voit crédité comme consultant exécutif sur la saison. Né le 24 septembre 1957 à Kalispell dans le Montana, il décide de faire carrière dans l’animation chez Disney lorsqu’il visite les studios à l’âge de 11 ans et rencontre Frank Thomas et Ollie Johnston. Après avoir été diplômé de l’école d’art California Institute of the Arts (CalArts) notamment fondée par Walt Disney, il devient animateur sur Rox et Rouky (1981) et Taram et le Chaudron Magique (1985) avant de quitter les studios et d’aider notamment au développement des (Les) Simpson. Après un début de carrière prolifique, il est recruté par Steve Jobs chez Pixar et réalise Les Indestructibles (2004), Ratatouille (2007) et Les Indestructibles 2 (2018). Pour Disney, il réalise également À la Poursuite de Demain (2015). Brad Bird ajoute notamment sa patte à l’épisode qu’il réalise dans cette Saison 1 en inscrivant “A113” sur l’uniforme de prisonnier de Krusty. Ce code, récurrent dans sa filmographie et dans les films de Pixar, fait référence à une salle de classe de CalArts par laquelle sont passés Bird, John Lasseter ou Tim Burton.
Rich Moore marque également la première année des (Les) Simpson. Né le 10 mai 1963 à Oxnard en Californie et également passé par CalArts, il officie sur les cinq premières saisons des (Les) Simpson. John Lasseter lui propose en 2008 de rejoindre les Walt Disney Animation Studios, pour lesquels il écrit et réalise Les Mondes de Ralph (2012) et écrit et co-réalise Zootopie (2016) et Ralph 2.0 (2018) avant de quitter le studio en 2019. Il réalise ici les épisodes 8 (Bart A Perdu la Tête) et 10 (L’Odyssée d’Homer), le premier d’entre eux étant probablement le meilleur de la saison, fort d’une narration non-linéaire et d’une mise en scène restituant avec brio le désarroi de Bart.

Malgré le talent de Bird, Moore et des autres membres de l’équipe de cette Saison 1, son animation laisse pour le moins à désirer. Comme pour la pastille du (The) Tracey Ullman Show, elle est gérée par le studio Klasky Cuopo, basé à Hollywood. Cette structure ne dispose toutefois pas de la capacité suffisante pour assurer la production d’une saison d’épisodes d’une vingtaine de minutes et décide alors de sous-traiter une partie de l’animation, comme cela se fait sur de nombreuses séries animées diffusées à la télévision. Le studio sud-coréen AKOM se charge alors des tâches secondaires : tandis que les Américains gèrent le design des personnages et des décors, les Sud-Coréens traitent les dessins d’intervalles, la colorisation et la captation des images.
Le résultat est pourtant catastrophique et les rendus initiaux du premier épisode mis en chantier, Une Soirée d’Enfer, sont accueillis avec stupeur par les producteurs de la série alors qu’au moins 70% de l’animation doit être recommencée à zéro. Alors que l’existence même des (Les) Simpson est menacée, les résultats sont heureusement meilleurs sur le deuxième épisode, Bart le Génie. Il est en conséquence décidé de retarder le début de la série, prévu pour l’automne 1989, à la fin de l’année. Une Soirée d’Enfer est quant à lui repoussé à la fin de la saison tandis que Noël Mortel possède la thématique parfaite pour le contexte de sa diffusion, le 17 décembre. Il n’en reste pas moins que l’animation de cette première saison des (Les) Simpson dans son ensemble est clairement ratée. Si elle s’améliore globalement progressivement au fil des années, le fossé entre ces treize épisodes et la Saison 2 est déjà marquant. Certains aléas peuvent se comprendre sur une série qui en est à ses balbutiements et pour laquelle les moyens déployés ne sont pas encore ceux des saisons suivantes mais certaines bévues sont impardonnables. Smithers apparaît notamment avec une couleur qui n’est pas la sienne lors de l’épisode Un Atome de Bon Sens, une erreur imputable à Klasky Cuopo et illustrant le manque de rigueur du studio, remplacé dès 1992 par Film Roman pour l’animation de la série.

Heureusement, la musique des (Les) Simpson marque quant à elle dès ses débuts par sa qualité. Matt Groening demande au désormais célèbre Danny Elfman de composer le fabuleux générique de la série. Le musicien américain, issu du groupe de new wave Oingo Boingo, est le compositeur favori de Tim Burton et signe notamment pour Disney les bandes originales de L'Étrange Noël de Monsieur Jack (1993), Bienvenue Chez les Robinson (2007) ou Frankenweenie (2012), lui valant en 2015 la distinction de Disney Legend. Groening lui montre un projet de générique d’ouverture, donnant au compositeur l’idée de quelque chose de rétro. Elfman écrit alors le thème dans sa voiture, sur le chemin du retour après leur rendez-vous. Ce dernier donne même de la voix avec deux amis sur le fameux “The Simpsons” entendu au début du générique. Il s’agit incontestablement d’une grande réussite, le thème du générique se rendant entêtant et aussi agréable à entendre au début de chaque épisode que distinctif pour l’identité de la série. Il est à juste titre nommé en 1990 pour l’Emmy Award de l’Accomplissement Exceptionnel pour un Thème Musical Principal. La musique entendue au sein des treize épisodes est quant à elle composée par un autre membre du groupe Oingo Boingo, Richard Gibbs (Le Nouvel Espion aux Pattes de Velours, 101 Dalmatiens 2 : Sur la Trace des Héros), qui ponctue efficacement les situations des épisodes.
La musique est également centrale dans l’épisode St. Lisa Blues avec le personnage de Gencives Sanglantes, jazz-man torturé, qui permet d’introduire la tradition des morceaux chantés au sein des (Les) Simpson avec la participation de guest-stars, ici le chanteur et comédien Ron Taylor. La complainte du musicien et de Lisa est une excellente chanson qui apporte à l’histoire et traduit les émotions de la petite fille, de manière aussi réussie que dans les meilleures comédies musicales.

La Saison 1 des (Les) Simpson est diffusée aux États-Unis du 17 décembre 1989 au 13 mai 1990 et devient instantanément la première série de la chaîne Fox à figurer parmi les trente séries les plus regardées de la saison. Elle parvient en effet à réaliser des audiences incroyables et à réunir 27,8 millions de téléspectateurs en moyenne. En France, la série débarque le 15 décembre 1990 sur Canal+ avec l’épisode Une Soirée d’Enfer et s’installe sur la case du samedi à 19h05 en clair. La Saison 1 est diffusée jusqu’en mars 1991, la chaîne cryptée enchaînant alors avec la Saison 2. Collant parfaitement au ton alors irrévérencieux de l'antenne, Les Simpson rencontre un important succès, réunissant plus de 1,5 million de téléspectateurs le 22 décembre 1990. L’impact de cette première saison sur les destins parallèles des jeunes chaînes Fox et Canal+ est dès lors incontestable tant Les Simpson leur a apporté de nouveaux publics et a contribué à leur identité décalée par rapport à leurs concurrentes déjà installées. Une véritable franchise naît ainsi et voit ses personnages être déclinés sur des produits dérivés qui génèrent 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires en seulement quatorze mois !
La réussite est également importante du point de vue des critiques, qui soulignent la qualité de la série et son ton audacieux. Les Simpson est nommée cinq fois aux Emmy Awards et remporte celui du Programme Animé Exceptionnel pour l’épisode 9, Marge Perd la Boule. Le côté poil à gratter des (Les) Simpson crée néanmoins déjà la controverse, le vilain garnement Bart déplaisant notamment hautement aux parents les plus conservateurs. Leurs protestations et tentatives de boycott n’auront heureusement aucune incidence sur l’avenir de la série et sur sa liberté de ton, bien au contraire !

La Saison 1 des (Les) Simpson pose les premières pierres de la mythique série. Bien que le ciment ne soit pas encore totalement sec, notamment du point de vue de l’animation, les personnages principaux et les thématiques majeures se façonnent en tant que piliers qui, sans prendre une ride, permettront à la série de faire rire durant des décennies.

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