Rufus
Date de création :
Le 22 juin 1977
Nom Original :
Rufus
Créateur(s) :
Ollie Johnston
Fred Hellmich
Apparition :
Cinéma
Voix Originale(s) :
John McIntire
Voix Française(s) :
Teddy Bilis

Le portrait

rédigé par Karl Derisson
Publié le 19 septembre 2021

En 1977, les studios d’animation Disney signent Les Aventures de Bernard et Bianca, l’adaptation sur grand écran des (Les) Sauveteurs et Au Secours de Penny, les deux premiers opus de la série de livres pour enfants écrits en 1959 et 1962 par l’écrivaine anglaise Margery Sharp. Prenant pour point de départ l’enlèvement cruel de la petite Penny par l’impitoyable Madame Médusa, le film met alors en scène Bernard et Miss Bianca, deux souris travaillant pour la S.O.S. Société qui, au cours de leur enquête haletante pour sauver la petite, croisent toute une série de seconds rôles très forts parmi lesquels le vieux chat Rufus.

Rufus ou la sagesse et l'optimisme des anciens

Rufus entre dans l’histoire à la quinzième minute. Chargés de glaner des indices permettant de retrouver la trace de Penny dont le message de détresse est parvenu jusqu’au siège de la S.O.S. Société à New York, Bernard et Bianca pénètrent en effet dans l’orphelinat Clair-Matin où l’enfant vivait jusqu’il y a peu. Fouillant dans les maigres affaires de la petite rassemblées dans un vieux carton, les deux souris détectives attirent bientôt l’attention du vieux chat couché non loin de là.

Tendant l’oreille pour écouter ce que racontent les deux intrus, Rufus s’offusque bientôt. Des souris ?… Dans son orphelinat !… Alors que son « travail » est justement de les en chasser. Désolé, Rufus informe Bernard et Bianca que leur présence pose ici un problème car s’ils sont découverts, il perdra assurément sa place. Miss Bianca le rassure alors. Hors de question, en effet, pour les deux souris de s’éterniser dans les lieux. Rufus est soulagé, d’autant plus que ses vieux os ne l’autorisent plus à jouer « au chat et à la souris ».

Rassuré, Rufus accepte d’offrir son aide aux deux petits enquêteurs. Il confirme que Penny ne réside plus à l’orphelinat. Avec tristesse, il ajoute que l’enfant s’est enfuie. Cherchant dans sa mémoire, il tente de se souvenir de la dernière fois où il l’a vue. C’était il y a peu. La fillette était seule, assise sur son lit au fond du dortoir. La mélancolie et la tristesse s’étaient emparées d’elle. Le chat lui avait alors demandé ce qui n’allait pas. Pendant de longues minutes, il avait ainsi écouté Penny lui conter ses malheurs. C’était le jour des visites pour les adoptions. Un couple était venu mais il avait porté son choix sur une petite fille rousse. Cette enfant était sûrement plus jolie qu’elle… Malheureuse, Penny avait le cœur brisé…

Triste pour la petite, Rufus a tenté de lui remonter le moral. Expliquant ne pas connaître d’enfant plus exquis, il a essayé d’insuffler un peu d’espoir. Quelqu’un viendrait forcément ici, un jour, pour adopter Penny. C’est certain ! Mais en attendant, il ne fallait pas se démoraliser. Pour illustrer sa pensée, Rufus a alors montré ce petit oiseau bleu, dehors, posé sur une branche. « L’espoir, c’est comme un oiseau bleu », a-t-il expliqué, « On l’aperçoit de loin. Il est dans le ciel tout comme l’Étoile du Berger. On ne peut ni l’acheter, ni l’enfermer dans une cage. Mais il est là tout de même. Et grâce à lui, un jour, tout s’arrange ».

Avec ses mots, Rufus était parvenu à redonner le sourire à Penny. Adorable, elle s’était souvenue qu’elle avait mis dans sa poche deux petits biscuits pour son ami le vieux chat. Penny avait repris confiance mais au grand désarroi de Rufus, elle s’était semble-t-il enfuie quelque temps plus tard… Incité par Bernard à se creuser les méninges, le félin revient bientôt sur un détail important. Une étrange femme s’était présentée pour l’entraîner dans une combine louche. Après, Penny ne se serait selon lui jamais laissée embarquer là-dedans. Cela ne peut pas être ça… À moins que…

Rufus précise que cette étrange femme et son associé ont dans la rue une boutique « minable » de prêteur sur gage. Persuadé qu’il s’agit d’une fausse piste, le chat permet à Bernard et Bianca de relancer leur enquête. Sceptique, il se demande d’ailleurs ce que peuvent faire deux petites souris dans pareille situation…

Disparaissant de l’intrigue après avoir heureusement mené Bernard et Bianca sur les traces de Madame Médusa, Rufus réapparaît à la fin du film. Sauvée après un affrontement rocambolesque entre les héros et l’affreuse mégère, Penny est retournée à l’orphelinat. Heureux dénouement, elle a même été adoptée par un couple de gentils parents. Son rêve s’est enfin réalisé. Ayant contribué à la découverte de l’œil du diable, le plus gros diamant désormais gardé en lieu sûr, la petite fille est interrogée dans le cadre du journal télévisé. Radieuse, elle accepte de répondre aux questions du reporter. Elle apparaît alors à l’écran, tenant tant bien que mal Rufus soulevé malgré lui du sol ! Peut-être le vieux chat est-il alors lui aussi adopté par cette nouvelle famille.

La Conception du personnage

La création des (Les) Aventures de Bernard et Bianca revient à une équipe restreinte de vétérans ayant fait une bonne partie de leur carrière aux côtés de Walt Disney. Autour des réalisateurs Wolfgang Reitherman, Art Stevens et John Lounsbery, elle réunit en particulier les scénaristes Larry Clemmons, Ken Anderson, Burny Mattinson, Vance Gerry, Ted Berman, Dave Michener et les directeurs de l’animation Milt Kahl, Ollie Johnston, Frank Thomas et Don Bluth.

La supervision du personnage de Rufus repose essentiellement sur les épaules d’Ollie Johnston. Membre du groupe très fermé des Neuf Vieux Messieurs, l’artiste originaire de Palo Alto suit les cours de l’Institut Chouinard puis entre chez Disney en 1935. Débutant comme intervalliste sur plusieurs courts-métrages avec Mickey, il monte en grade et devient animateur puis superviseur. Au générique de presque tous les longs-métrages d’animation Disney, de Blanche Neige et les Sept Nains à Rox et Rouky, il a notamment donné vie à Pinocchio, Pan-Pan, Javotte et Anastasie, Alice, Monsieur Mouche, Jock, les trois fées de La Belle au Bois Dormant, Nanny, Archimède, Mowgli et Baloo, le Prince Jean, Winnie et Porcinet ainsi que Rox et Rouky. Grand passionné de trains anciens, élevé au rang de Disney Legend en 1989, Ollie Johnston est mort le 14 avril 2008 à l’âge de quatre-vingt-quinze ans.

Ollie Johnston
Fred Hellmich

Chargé d’animer quelques scènes avec Bernard, Bianca et l’albatros Orville, Ollie Johnston supervise également le dialogue poignant entre Rufus et la petite Penny. Moment de grâce au centre d’un film par de nombreux aspects très sombres, il insuffle alors au personnage du chat une humanité débordante et une sagesse extraordinaire. Rufus apparaît ainsi sous les traits d’un vieux matou philosophe qui s’est donné pour mission de réconforter et de redonner de l’espoir aux enfants de l’orphelinat. À présent incapable de chasser les souris ou de courir à travers la maison, il a noué, durant toutes ces années, une relation très forte avec la petite Penny. Peut-être l’enfant est-elle d’ailleurs la seule pensionnaire de l’orphelinat à se soucier de lui en lui faisant notamment passer de temps en temps des gâteaux chapardés à la cantine. Leur relation est au final très belle, si belle que le chat accepte même sans sourciller d’être soulevé sans ménagement du sol par la petite, très maladroite dans ses gestes lorsqu’il s’agit d’embrasser ou d’emmener avec elle son brave compagnon.

Offrant à la scène une force incroyable et une sensibilité très émouvante, Ollie Johnston livre une animation exemplaire. Rufus est en effet plein de chaleur et d’optimisme. Il tranche alors avec le désarroi de Penny rongée par la solitude et par une certaine forme de jalousie vis-à-vis de ses camarades qui ont la chance d’être adoptés par des parents aimants. Le visage et les mimiques du chat permettent en outre d’accentuer encore ses sentiments. Tantôt dévasté en découvrant la petite en train de pleurer, tantôt désolé pour elle, tantôt rieur et complice, Rufus possède une palette d’expressions remarquables permettant au public, en particulier le plus jeune, de parfaitement saisir les enjeux et de vivre la situation. Le félin est dès lors un vecteur d’émotions intenses, un choix délibéré de la part des scénaristes et des artistes qui, plusieurs fois, préfèrent s’attarder sur le visage du matou en train d’écouter plutôt que sur celui de la pauvre Penny en train de raconter ses malheurs.

Plus que sa sensibilité, Ollie Johnston a au passage partagé avec Rufus quelques-uns de ses traits physiques très reconnaissables. Le chat apparaît ainsi sous la forme d’un vieux marcou possédant une moustache blanche bien fournie. Une écharpe en laine rouge autour du cou, il porte en outre une paire de lunettes qui lui donne de faux airs de son créateur !

Quelques plans avec Rufus sont également dessinés par l’animateur Fred Hellmich. Né le 26 octobre 1926 à Camden, dans le New Jersey, l’artiste est engagé par les studios Disney en 1947. En tant qu’assistant puis animateur, il travaille sur les parties animées du Mickey Mouse Club et sur les courts-métrages Pas de Cow-Boy Sans Cheval et The Truth About Mother Goose. Il collabore aussi aux productions de La Belle au Bois Dormant, Eyes in Outer Space, Merlin l’Enchanteur, Mary Poppins, Le Livre de la Jungle, Les Aristochats, L’Apprentie Sorcière, Robin des Bois puis Les Aventures de Winnie l’Ourson, Les Aventures de Bernard et Bianca et enfin Rox et Rouky. Employé par Hanna-Barbera pour qui il œuvre sur les séries télévisées Les Schtroumpfs, Scooby-Doo et Les Pierrafeu, ainsi que par Ralph Bakshi qui l’associe à la production des (Les) Neuf Vies de Félix le Chat et de Coonskin, Fred Hellmich décède le 16 mai 1983 durant un séjour à Séoul, en Corée du Sud.

Les Voix de Rufus

En version originale, Rufus est doublé par John McIntire. Guidé par Ollie Johnston qui assiste aux séances d’enregistrement, l’acteur né en 1907 à Spokane, dans l’État de Washington, débute sa carrière dans les années 1940. Il apparaît alors dans des dizaines de longs-métrages parmi lesquels Le Droit de Tuer, Embuscade, Quand la Ville Dort, Le Général Invincible, Du Sang dans le Désert, Rebelle de la Prairie ou bien encore Psychose, Un Amour de Coccinelle et Turner & Hooch, son dernier film. Interprète du blaireau dans Rox et Rouky, John McIntire fut marié durant cinquante-cinq ans avec la comédienne Jeanette Nolan qui prête sa voix à Annie Bouée, un autre personnage des (Les) Aventures de Bernard et Bianca. Il décède le 30 janvier 1991 à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

John McIntire
Teddy Bilis

En français, Rufus est doublé par Teddy Bilis. Né à Paris le 13 mai 1913, l’acteur apparaît au théâtre dès les années 1930. Sur scène dans des pièces comme Jeanne la Folle, Un Conte d’Hiver, Roméo et Juliette ou bien encore Le Bourgeois Gentilhomme, le cinéma lui offre quelques seconds rôles dans Du Rififi Chez les Hommes, Porte des Lilas, Les Culottes Rouges, Le Silencieux ou Fort Saganne. Également présent à la télévision, Teddy Bilis prête entre autres sa voix à Gepetto dans le second doublage de Pinocchio, à la Taupe dans Le Crapaud et le Maître d’École, au Roi de Cœur dans Alice au Pays des Merveilles, à Monsieur Mouche dans Peter Pan et au sultan d’Agrabah dans Aladdin. Le comédien est mort à Paris le 30 avril 1998.

Personnage magnifique dont l’apparence, au cœur d’une scène magistrale, est un bel hommage à une vraie légende de l’animation, Rufus symbolise ce dont beaucoup d’enfants dans le monde sont malheureusement privés, la bienveillance et surtout l’espoir.

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