Titre original :
Strange Magic
Production :
Lucasfilm Ltd.
Date de sortie USA :
Le 23 janvier 2015
Distribution :
Touchstone Pictures
Genre :
Animation 3D
Réalisation :
Gary Rydstrom
Musique :
Marius De Vries
Durée :
99 minutes

Le synopsis

Un royaume peuplé de fées, d'elfes et de lutins fait face à une sombre forêt dissimulant d'affreux gobelins et de monstrueuses créatures. Rien ne semble devoir réunir ces deux mondes que tout oppose…

La critique

rédigée par
Publiée le 02 juin 2015

Strange Magic est le dernier film sur lequel s'est investi George Lucas. Rejeté par la critique et le public, sorti en salles sans conviction par The Walt Disney Company via son label Touchstone Pictures sorti de son sommeil pour l’occasion, le film n'est pourtant pas le navet intégral annoncé. Il n'en reste pas moins mauvais avec son design affreux, des reprises de chansons juste pitoyables comparées à leurs interprétations d'origine et surtout des personnages peu attachants. Reste alors une histoire qui sort un peu des sentiers battus malgré un méchant est vu et archi revu.

Investissant l’univers de l’animation, George Lucas propose dès 1983, via Lucasfilm Ltd., un premier film animé avec l’expérimental, Twice Upon a Time. En 1988, il remet le couvert mais en son nom propre avec le plutôt réussi Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles. Les autres longs-métrages d’animation de Lucasfilm Ltd. tourneront ensuite autour de l’univers Star Wars ; quatre étant des remontages, douze ans plus tard, d’épisodes de séries animées datant des années 80, Star Wars : Droïdes et Star Wars : Ewoks.

En 2003, George Lucas crée une nouvelle filiale dans l’idée de proposer des séries animées autour de sa franchise Star Wars : Lucasfilm Animation. La première d’entre elle est Star Wars : Clone Wars qui est diffusée entre 2003 et 2005. En 2004, il fonde une succursale à Singapour pour y développer une série de plus grande envergure Star Wars : The Clone Wars, diffusée elle entre 2008 et 2014. Pour son lancement, le label propose parallèlement un long-métrage d’animation pour le cinéma : Star Wars : The Clone Wars. Pour autant, la télévision n’est, une fois encore, pas très loin puisqu’il s’agit en réalité du pilote de la série éponyme. En 2015, à la surprise générale, Lucasfilm Animation allié à Lucasfilm Animation Singapour et à Industrial Light & Magic sort un film d’animation élaboré dans le plus grand secret : Strange Magic. Il s’agit en réalité d’une adaptation du (Le) Songe d'une Nuit d'Été de William Shakespeare écrite par George Lucas et réalisée par Gary Rydstrom.

Né à Chicago le 29 juin 1959, Gary Rydstrom est diplômé de l'École de Cinéma et Télévision de l'USC. En 1983, il entre à Skywalker Sound, une filiale de Lucasfilm, Ltd. comme opérateur son. Il contribue alors à de nombreux projets en tant que directeur du son, mixeur effets sonores et mixeur bruitages. Il remporte notamment sept Oscars pour Terminator 2 : Le Jugement Dernier, Jurassic Park, Titanic et Il Faut Sauver le Soldat Ryan. Pour The Walt Disney Company, il s'est chargé du design sonore des premiers courts-métrages Pixar : Luxo Jr., Red's Dream, Tin Toy, Knick Knack, mais aussi de Quiz Show, Toy Story, James et la Pêche Géante, Hercule, L'Homme Qui Murmurait à l'Oreille des Chevaux, 1001 Pattes, Toy Story 2, X-Men , 102 Dalmatiens, Atlantide, L'Empire Perdu, Monstres & Cie, Le Monde de Nemo, Hulk, Cheval de Guerre, Rebelle, Les Mondes de Ralph, Lincoln et Lone Ranger : Naissance d'un Héros ; et également de nombreux Lucasfilm, Ltd. comme Indiana Jones et le Temple Maudit, Star Wars : Les Aventures des Ewoks - La Bataille pour Endor, Willow, Star Wars : La Menace Fantôme, Star Wars : L'Attaque des Clones, Star Wars : La Revanche des Sith et Star Wars : Le Réveil de la Force ; sans oublier sa collaboration à de plusieurs productions pour les parcs à thèmes Disney : Captain EO, Star Tours, Muppet's Vision 3D, Le Visionarium - Voyage à Travers le Temps, Chérie, J'ai Rétréci le Public, It's Tough to be a Bug ! et Mickey's PhilharMagic. Enfin, Gary Rydstrom passe aussi derrière la caméra pour les cartoons Extra-Terrien et Vacances à Hawaï. Son premier long-métrage était censé être Newt pour Pixar mais le projet a le triste statut d'être le premier, et seul, long-métrage du studio à être abandonné alors qu'il avait été officiellement annoncé. Strange Magic devient donc son premier long-métrage en tant que réalisateur.

Le Songe d'une Nuit d'Été (A Midsummer Night's Dream) est une comédie de William Shakespeare écrite entre 1594 et 1595. Il raconte une histoire complexe dont l'action se déroule en Grèce et réunit pour mieux les désunir deux couples de jeunes amants : Lysandre et Démétrius d'une part, Hélèna et Hermia d'autre part. Hermia veut ainsi épouser Lysandre mais son père, Égée, la destine à Démétrius, dont est amoureuse Hélèna. Lysandre et Hermia s'enfuient alors dans la forêt, poursuivis par Démétrius, lui-même suivi par Hélèna…

Sur cette base, George Lucas produit et écrit donc le scénario de Strange Magic, un OVNI cinématographique qui aura mis quinze ans pour arriver à l'écran. Il explique avoir voulu construire un Star Wars pour filles avec un film qui, à l'origine, devait être chanté intégralement (il ne l’est au final qu'à 50%). Il s’agit d’une grossière adaptation lointaine du (Le) Songe d'une Nuit d'Été combinée avec d’autres contes comme La Belle et la Bête ou Le Vilain Petit Canard, le tout mélangé à des précédentes productions de Lucas comme American Graffiti et Labyrinthe. Ainsi, pour le meilleur et surtout pour le pire, scénaristiquement, le film ne ressemble à aucun autre : il est confus à souhait. Tout part dans tous les sens entre deux fées princesses, un fée guerrier, un gobelin et un elfe. A partir de là, des couples se forment par amour véritable ou par duperie via une potion magique. Le résultat est parfois drôle mais la plupart du temps laisse perplexe. Quelques bonnes idées se font tout de même jour comme les scènes dans le palais du Roi Bog ainsi que le téléphone arabe des champignons. Pour le reste, il y a beaucoup de choses déjà vues comme le beau soldat volage qui ne cherche que le pouvoir ou la jeune princesse complètement déjantée qui ne pense qu'à s'amuser... Quant à la morale de l’histoire, elle reste d’une platitude sans nom : l'important est de trouver le véritable amour qui est toujours accessible à qui le cherche. Voilà. Tout est dit ! Sauf que le résultat est assez poussif et souvent grossier. Au final, le spectateur ne passe pas forcément un mauvais moment devant l’histoire de Strange Magic mais elle reste trop peu palpitante pour vraiment le convaincre. Et comme elle constitue le seul atout du film, le désastre n’est pas loin…

Le design de Strange Magic est clairement son gros point faible. L'apparence des personnages est, en effet, tout simplement laide : aucun n’est vraiment attirant qu’il soit humain, monstre ou animal. Les personnages féériques et les monstres semblent d’ailleurs être un mixte entre Arthur et les Minimoys et Epic : la Bataille du Royaume Secret sans jamais attendre le charme du rendu de ces deux films. Le problème principal se trouve en fait dans l’absence manifeste de décision des dessinateurs. L'elfe Sunny parait ainsi être un être magique disposant d’une tête d'humain très réaliste alors que les petits personnages sont eux totalement caricaturaux ; le reste du cast naviguant lui entre deux eaux et notamment les fées Marianne, Dawn, Roland et le Roi Bog. Ce constat est d’autant plus affligeant que les décors sont eux fort bien réussis à commencer par la Forêt Sombre véritablement intrigante.

Dans ces conditions, les personnages de Strange Magic peuvent difficilement se rendre attachants.
Marianne est ainsi une princesse fée qui doit épouser Roland un guerrier fée. Fille ainée du Roi des Fée, elle est follement amoureuse jusqu'à ce qu'elle découvre l’infidélité de son promis. Elle perd alors tout intérêt pour l'amour et devient une guerrière impitoyable.
La princesse Dawn est, elle, la deuxième fille du Roi des Fées. Beaucoup plus légère et volage que sa sœur, elle cherche l'amour à tout prix sans se rendre compte qu’elle l’a devant ses yeux en la personne de Sunny, son ami elfe. Ce dernier est très fidèle en amitié mais n'arrive pas à déclarer sa flamme…
Rolland, quant à lui, est un guerrier Fée qui ne rêve que d'une chose : s’emparer du trône pour pouvoir faire la guerre. Et pour cela, il est prêt à s'enticher de la princesse Marianne.
Enfin, le Roi Bob est le maître de la Forêt Sombre et règne sur les gobelins et autres monstres. Il déteste par-dessus tout l'amour depuis une mauvaise expérience dans sa jeunesse. Son attitude désespère d’ailleurs sa mère qui espère voir son fils tomber amoureux.

L'autre point faible de Strange Magic est à rechercher dans ses chansons. Comme Moulin Rouge! avant lui, le film s’évertue à reprendre des chansons d'amours des années 50 aux années 80. Sauf que toutes sont massacrées ! Sur un total de 15 reprises ou parties chantées, tout, sans exception, est fade et raté. Interprétées façon pop, les versions livrées n'arrivent jamais à la cheville des originales chantées par Elvis Presley (Can't Help Falling in Love), Bob Marley (Three Little Birds) ou Whitney Houston (I Wanna Dance with Somebody (Who Loves Me)). Si Moulin Rouge! avait eu l'excellente idée de proposer des reprises imaginatives avec des réinterprétations qui s'éloignaient complètement des œuvres originales au cours de séquences de chorégraphies magnifiques, Strange Magic offre lui un spectacle de chants et de danses médiocre, digne d’un télé-crochet de bas étage.

Mal né, Strange Magic a eu un destin funeste. En production pendant plus de quinze ans, bien avant le rachat de Lucasfilm, Ltd. par The Walt Disney Company en 2012, le studio de Mickey en a hérité sans trop vraiment savoir quoi en faire. Il était ainsi trop avancé pour être stoppé mais n’avait pas la qualité d’un Pixar ou Walt Disney Animation Studios pour prétendre être dignement assumé. Au-delà, son nouveau propriétaire n’avait d’ailleurs pas besoin d'un troisième studios d'animation, notamment après la fermeture il y a quelques années d'ImageMovers Digital et plus récemment la mise en sommeil de DisneyToon Studios. Mais voilà, s’agissant d’une projet personnel de George Lucas, Strange Magic faisait partie du deal conclu pour la revente de sa société entière. Contraint contractuellement, Disney a donc annoncé en novembre 2014 une sortie de l’opus pour fin janvier 2015 via son label Touchstone Pictures, histoire de bien le différencier par rapport à l'animation Disney, suivant là le modèle de distribution de Gnoméo et Juliette. Cette précipitation dans l’annonce de la sortie témoigne de la volonté de Disney de se débarrasser, aussitôt prêt, du boulet. Sans envie, le label n’a ainsi clairement pas eu le temps de vendre le film catalogué avant même d’être vu comme nanar. Les critiques se sont alors défoulées dessus et n’ont pas épargné George Lucas tandis que le public ne lui a accordé aucune chance. Récoltant 12 millions de dollars, le flop est monumental ! Strange Magic détient le triste record du film d'animation à ouvrir sur plus de 3 000 écrans et obtenir le plus faible résultat au box-office de tous les temps. Autre conséquence de son échec cinglant, l’opus n'est sorti qu'en DVD et non en Blu-ray aux États-Unis, une situation non vue depuis plus de huit ans !

Loin de la catastrophe annoncée, Strange Magic n’en reste pas moins un mauvais film avec des personnages peu attachants, des chansons massacrées et un design affreux. Seuls son histoire un peu innovante et ses jolis décors sont à mettre à son crédit, définitivement misérable.

L'édition vidéo

Jaquette Strange Magic
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