Cruelle Diablesse
L'Histoire d'une Femme Diabolique

Cruelle Diablesse : L'Histoire d'une Femme Diabolique
La couverture
Titre original :
Evil Thing : A Tale of That De Vil Woman
Éditeur :
Hachette Heroes
Date de publication France :
Le 30 septembre 2020
Genre :
Disney Villains
Auteur(s) :
Serena Valentino
Autre(s) Date(s) de Publication :
Disney•Hyperion (US) : Le 7 juillet 2020
Nombre de pages :
284

Le synopsis

En plein cœur du Londres du XXe siècle, dans une somptueuse demeure de Belgrave Square, la jeune Cruella d'Enfer semble avoir devant elle une vie toute tracée. Riche héritière et dernière de sa famille à porter le nom d'Enfer, Cruella vit ainsi d'indolence et de caprices, en attendant d'être suffisamment âgée pour faire son entrée dans la société et briller autant, sinon plus que sa mère, Lady d'Enfer, qu'elle idolâtre.
Un jour, toutefois, un drame se produit, et la vie de Cruella s'en trouve à jamais bouleversée. Parvenant de justesse à ne pas sombrer dans la cruauté et l'aigreur grâce au soutien de sa meilleure amie Anita, la pupille d'un riche Lord qui fait ressortir sa part d'humanité, Cruella semble capable de reprendre son avenir en main. Hélas, le destin est capricieux...

La critique

rédigée par
Publiée le 10 octobre 2020

Fashionista du dimanche que Miranda Priestly congédierait d'un claquement de langue agacé, démone aux aspirations d'une noirceur rarement égalée, Cruella d'Enfer est une méchante haute en couleur ; un paradoxe au vu de son obsession immodérée pour le noir et le blanc ! Dénuée de pouvoirs magiques et apparaissant dans Les 101 Dalmatiens, un film à mille lieues des contes de fées tant il est profondément ancré dans le monde réel, Cruella semble détonner au milieu des autres méchants mis à lumière jusqu'alors par Serena Valentino dans sa série littéraire, Disney Villains. Et pourtant ! Cruelle Diablesse : L'Histoire d'une Femme Diabolique, le septième tome de la saga, s'éloigne certes de la mythologie des Nombreux Royaumes mise en place durant plus de dix ans par Valentino, mais il brille grâce au talent de son autrice, qui n'a depuis longtemps plus rien à prouver lorsqu'il s'agit d'inventer l'histoire passionnante de ces personnages meurtris et chouchous du public.

Serena Valentino est née le 7 avril 1970 à San Jose, dans l'État de Californie aux États-Unis. Élève appliquée, elle révèle très tôt un talent certain pour l'écriture, impressionnant d'ailleurs ses professeurs qui l'invitent à développer ses qualités littéraires. Elle n'en a pourtant cure et lorgne en effet bien davantage sur une carrière théâtrale. La jeune femme entreprend d'ailleurs des études dans cette direction, désireuse d'enseigner l’art du théâtre. Pour autant, elle n'a jamais abandonné complètement l'écriture. La vingtaine bien consommée, Serena Valentino fait découvrir à son ami, Ted Naifeh, une historiette qu’elle a écrite, empreinte d’une ambiance gothique et mettant en scène des personnages de contes de fées modernes. Charmé par le récit de la jeune autrice, il entreprend aussitôt de l’illustrer, persuadé que le genre du comics est parfait pour le raconter. De cette collaboration entre les deux artistes naît alors le premier des 28 numéros de la série de comics GloomCookie, éditée à partir de 1999 par Slave Labor Graphics.
En 2002, toujours chez le même éditeur, Serena Valentino signe une nouvelle série de comics, intitulée Nightmares & Fairy Tales, dont le personnage principal, Annabelle, est une poupée de chiffon racontant les histoires plus ou moins tragiques des personnes l'ayant possédée. Serena Valentino, au cours des 23 numéros que comporte la série, fait se côtoyer tour à tour des créatures mystiques issues du folklore et des personnages emblématiques de contes de fées, dans des histoires macabres teintées d'humour noir.

Impressionnés par les talents de conteuse de Serena Valentino après avoir lu la série de comics Nightmares & Fairy Tales, les éditeurs de Disney Press la contactent pour lui soumettre un projet de roman. Lui proposant d'écrire une histoire centrée autour d'un ou de plusieurs personnages issus des films des Walt Disney Animation Studios, l'autrice jette immédiatement son dévolu sur les méchants Disney, et plus particulièrement sur le personnage de la Reine Grimhilde. Miroir, Miroir : L'Histoire de la Méchante Reine sort alors dans les librairies étasuniennes le 18 août 2009. Prévu au départ comme un roman unique, son succès convaincra néanmoins Disney Press de poursuivre sa collaboration avec Serena Valentino, en lui proposant d'écrire un second roman explorant le passé d'un nouveau méchant. C'est alors la Bête qui, curieusement, est choisie par l'autrice pour figurer dans son deuxième livre, L'Histoire de la Bête, qui sort le 22 juillet 2014. Lié au roman précédent grâce à la présence de personnages inédits et récurrents, il faudra toutefois attendre le troisième tome, Pauvre Âme en Perdition : L'Histoire de la Sorcière des Mers, édité le 26 juillet 2016, pour que la série trouve une véritable unité au sein de la collection Disney Villains. C'est d'ailleurs depuis ce roman, présentant le passé de la terrible Ursula, que les histoires sont non seulement bien davantage connectées entre elles mais, surtout, que la publication des livres devient annuelle.
Le 3 octobre 2017, Maléfique fait ainsi une entrée fracassante dans la collection, avec Maîtresse de Tous les Maux : L'Histoire de la Fée Noire, précédant Mère Gothel qui, le 7 août 2018, voit à son tour son passé exploré dans N'Écoute que Moi : L'Histoire de la Vieille Sorcière. Le 2 juillet 2019, le sixième tome, Les Étranges Sœurs : L'Histoire des Trois Sorcières, se concentre pour la première fois non pas sur un méchant emblématique de Disney, mais plutôt sur les personnages inédits imaginés par Serena Valentino et présents depuis le premier tome de la collection. Face au succès tant critique que public de la série Disney Villains, trois nouveaux romans sont prévus dès l'été 2019, dont le premier, centré sur le personnage de Cruella d'Enfer et titré Cruelle Diablesse : L'Histoire d'une Femme Diabolique, sort le 7 juillet 2020. Le huitième tome, mettant en scène Madame de Trémaine et intitulé Cold Hearted, est annoncé lui pour l'été 2021.

Cruelle Diablesse : L'Histoire d'une Femme Diabolique, ouvre un nouveau cycle de la saga littéraire Disney Villains. Après six tomes passés à suivre les machinations des Étranges Soeurs, trois sorcières qui n'ont fait que détruire la vie de leurs anciens amis et alliés et maudire jusqu'à leur existence même, ce septième volume s'éloigne drastiquement de l'univers des contes de fées pour s'ancrer dans un environnement quasi contemporain de celui du lectorat. Exit donc les guerres intestines entre le bien et le mal, incarnées par la jeune Circé et ses diablesses de sœurs, pour revenir à un récit beaucoup plus sobre, centré exclusivement sur la destinée de Cruella et le mal incurable qui la ronge. En cela, le roman est certainement à rapprocher du premier tome, Miroir, Miroir : L'Histoire de la Méchante Reine, qui proposait lui aussi une plongée vertigineuse dans la psyché de la Reine Grimhilde.
Puisque Cruella est jusqu'à présent, et à l'exception de la Bête, la seule antagoniste de la série littéraire à ne pas trouver la mort dans le film d'animation dont elle est issue, Serena Valentino s'amuse à jouer avec le style narratif de son roman, pour offrir cette fois-ci un livre écrit à la première personne, rédigé sous la forme de mémoires. La personnalité flamboyante de Cruella se prête évidemment très bien à l'exercice, cette dernière ponctuant à l'occasion les chapitres de remarques personnelles quant au déroulé des événements, le tout avec le bagout que le lectorat lui connait. Pour la première fois, c'est donc la méchante en vedette qui raconte sa propre histoire ! Excellente idée au demeurant, la narration offerte par Miss d'Enfer en personne permet au lectorat d'être sans doute plus proche qu'il ne l'a jamais été auparavant des pensées habitant l'esprit torturé d'un méchant dans la série. En outre, et puisque la destinée de Cruella est telle une longue descente dans l'antre de la folie, son aveuglement face aux agissements de sa cruelle mère et son refus de voir qu'elle a été abusée toute sa vie n'en sont que plus crédibles, alors que ces éléments auraient été plus difficilement justifiables si le roman avait été écrit à la troisième personne.

Le cadre temporel du récit n'est jamais clairement défini, mais il est tout de même aisé de le deviner grâce à quelques indices glanés à la fois dans le roman et le film d'animation dont il s'inspire. Dans Les 101 Dalmatiens (1961), Cruella lit un exemplaire du journal Reynold's News and Sunday Citizen affichant en première page la nouvelle du rapt des chiots de Pongo et Perdita, daté du 2 novembre 1958. Dans son roman, Serena Valentino fait se situer cette action quelques mois après le vingt-cinquième anniversaire de Cruella, tout en fournissant une explication rationnelle à son aspect décharné, sa peau d'une pâleur cadavérique et la couleur de ses cheveux, pour le moins peu commune. Après tout, comme le dit Roger Radcliff juste avant d'entonner sa chanson Cruelle Diablesse, Cruella était « la chère compagne de classe » d'Anita, indiquant de manière implicite que les deux femmes ont sensiblement le même âge !
Cruella semble ainsi être née aux alentours de l'année 1933, dans la période de l'entre-deux-guerres, bien que le récit ne débute véritablement qu'à ses onze ans, en 1944, donc. L'absence de contexte historique ne plombe certes jamais le roman, mais il aurait toutefois été intéressant d'avoir le point de vue de Cruella sur la participation de l'Empire britannique à la Seconde Guerre mondiale, ou tout du moins, obtenir quelques informations sur la façon dont les membres de la haute société étaient plus ou moins affectés par les conflits. C'est d'autant plus vrai que la Seconde Guerre mondiale, et notamment l'offensive aérienne nazie, a causé de lourds dégâts dans la cité londonienne, la ville ayant eu à essuyer de multiples attaques de bombes volantes V1 et de fusées V2. Belgrave Square, le lieu qu'a choisi Serena Valentino pour y installer la demeure familiale de Cruella, a d'ailleurs été la cible de plusieurs attaques aériennes nazies, mais il a aussi été utilisé pour y entreposer des véhicules de guerre.
En réalité, l'ambiance dépeinte dans le début du roman semble plus proche de celles de l'entre-deux-guerres et des Années Folles, rappelant parfois Gatsby le Magnifique, le roman de F. Scott Fitzgerald publié en 1925, en lieu et place d'un contexte de conflit mondial. Évidemment, le lectorat ne s'attend guère à trouver un traité d'Histoire en soulevant la couverture de Cruelle Diablesse : L'Histoire d'une Femme Diabolique, mais il semble pourtant que l'ancrage du roman dans le réel, son action se déroulant durant une bonne partie de la première moitié du XXe siècle, était propice à quelques considérations historiques. Du reste, il est toujours possible d'imaginer que la ville présentée dans Les 101 Dalmatiens comme dans Cruelle Diablesse : L'Histoire d'une Femme Diabolique est avant tout une Londres fantasmée, auquel cas ces éléments historiques deviennent bien rapidement obsolètes.

Cruella est donc, au début du roman, une demoiselle promise à un brillant avenir, ayant pour elle son nom et la fortune familiale. Née d'un père joyeux et espiègle et d'une mère vénale et cruelle, la jeune femme semble bien vite prendre pour modèle la matriarche de la famille, au grand désespoir des servants de la maisonnée, et notamment sa gouvernante, Miss Pricket. Très tôt déjà, Cruella n'a pour seul souhait que de ressembler à sa mère, en qui elle voit la distinction absolue. Il faut dire qu'avec son extraordinaire beauté, sa grâce et son goût pour les belles choses, notamment les manteaux de fourrure hors de prix, Lady d'Enfer paraît être le modèle à égaler dans la bonne société londonienne. Peu encline à passer du temps avec sa fille, qu'elle réprimande à la moindre occasion, que ce soit pour une robe enfarinée ou simplement pour une tenue portée plus d'une fois, Lady d'Enfer est une femme d'une froideur sans pareille, et tous, sauf Cruella, parviennent sans peine à voir clair dans son jeu.
Lord d'Enfer, lui, est un homme très séduisant et, à l'inverse de sa mégère de femme, prompt à la plaisanterie. Très pris par son travail à la Chambre des lords, le patriarche trouve toutefois un moment un soir pour rendre visite à sa fille, afin de lui offrir un présent : des boucles d'oreilles de jade. À ce qu'il se raconte, ces bijoux auraient été trouvés dans un coffre au trésor pirate, et ils auraient été maudits par des créatures magiques. Serait-ce là l'œuvre des Étranges Sœurs, qui auraient trouvé le moyen de maudire une pauvre âme supplémentaire sans plus de cérémonie ? Serena Valentino laisse planer le mystère durant tout le roman sans jamais trancher sur la question, laissant volontairement les interrogations du lectorat entières. Nul doute en tout cas que la talentueuse conteuse est la seule à détenir ces réponses et qu'elle les égrainera avec malice dans de futurs tomes de sa série à succès ; il faut bien reconnaître que l'autrice réussit, comme souvent, à transporter son lectorat grâce à ses retournements scénaristiques habiles.

Dans Cruelle Diablesse : L'Histoire d'une Femme Diabolique, Serena Valentino fait également intervenir de nombreux personnages secondaires inédits. Contrairement à plusieurs des autres tomes de sa série, où ces nouveaux personnages manquaient parfois d'épaisseur psychologique, tous sont ici bien servis et véritablement plaisants à découvrir ! De la vieille et joviale cuisinière Madame Baddeley à la douce gouvernante Miss Pricket, qui tolère difficilement la manière dont Lady d'Enfer traite sa propre fille, jusqu'au fidèle majordome Jackson, tous les personnages inventés par Valentino trouvent sans peine leur place dans le récit et contribuent à rendre la lecture très plaisante. Enfin, Jack Shortbottom, un personnage intrigant et très important dans le développement du personnage de Cruella, fait lui aussi mouche auprès du lectorat.
Fait nouveau dans la série Disney Villains, qui n'avait laissé jusqu'alors que peu de place aux protagonistes des films d'animation Disney, à l'exception notable de Blanche Neige qui apparaît fréquemment dans la saga, une héroïne est cette fois-ci presque aussi développée que la méchante vedette : Anita. Jeune femme brillante et généreuse portant un amour sororal à Cruella, et cela en dépit de ses accès de colère et de son snobisme irritant, Anita parvient souvent à faire ressortir ce qu'il y a de plus beau en Cruella, car comme toujours chez Serena Valentino, personne ne naît jamais foncièrement mauvais, et l'espoir semble toujours permis pour les emblématiques méchants. Reste alors à savoir si Cruella aurait pu emprunter un autre chemin, et si elle est finalement victime de la pression sociale, de drames répétés, d'une malédiction joaillière ou encore détruite par sa propre mère – et pourquoi pas tout cela à la fois ? – ; c'est au lectorat qu'il convient de se forger sa propre opinion, au terme de ce joli roman qui suscite mille questionnements.

Durant les quelques 280 pages du livre, le lectorat suit donc avec un plaisir constant l'évolution de Cruella. Délaissant l'action très présente dans les précédents tomes pour fournir au contraire un travail d'introspection fouillé de la psychologie délicieusement tordue de Cruella, Serena Valentino fournit l'une des meilleures histoires de sa saga littéraire. De la jeune femme snob qui appelle ses servants des « moins que rien » et les désargentés fréquentant les hautes sphères des « entre-deux », jusqu'à une bien courte rédemption qui laisse entrevoir tout l'amour qu'elle a à donner, Cruella est un personne superbement complexe.
Cruelle Diablesse : L'Histoire d'une Femme Diabolique sonne alors toujours juste et offre un parcours tout à fait logique à ce « vampire qui vous ferait frémir », venant parfois même titiller l'émotion du lectorat pour l'histoire de cette femme basculant peu à peu dans l'hystérie, jusqu'à décider de tuer des chiots pour confectionner un manteau de fourrure ! Le récit se permet même de pousser bien plus loin l'histoire dépeinte dans le film d'animation, en inventant une origine à Perdita, mais aussi en jetant un éclairage nouveau sur les motivations de Cruella. Et si ce n'était pas par pur caprice que Cruella avait besoin des chiots de la famille Radcliff ? Cerise sur le gâteau, le roman ne consacre pas plus de quelques pages à la redite du film d'animation dont il s'inspire, et il le fait en plus avec beaucoup plus de finesse que pour certains des autres tomes, où le copier-coller mot pour mot des dialogues des longs-métrages rendait la lecture parfois pénible.

Cruelle Diablesse : L'Histoire d'une Femme Diabolique est un roman surprenant. S'il semblait au début n'avoir guère sa place dans la grande fresque imaginée jusqu'alors par Serena Valentino, le récit est en réalité un véritable souffle de fraicheur pour la série, réussissant à glisser çà et là quelques indices le rattachant subtilement à la mythologie des Nombreux Royaumes tout en ne cessant jamais de se focaliser sur l'histoire de Cruella. Indéniablement, la star, c'est elle !
Cruelle Diablesse : L'Histoire d'une Femme Diabolique est une franche réussite et un excellent roman de la série Disney Villains, Serena Valentino prouvant, une fois de plus, qu'elle est maîtresse de son univers et que tout peut arriver entre les pages habitées par les méchants du panthéon Disney.

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